Robert Morrison (en ) est un missionnaire écossais né le à Bullers Green près de Morpeth dans le Northumberland et mort le à Canton.
Il est le premier missionnaire protestant en Chine où il arrive en 1807, envoyé par la London Missionary Society. La Chine étant à cette époque fermée aux étrangers, il opère depuis Macao (colonie portugaise), Canton (seul port chinois ouvert au commerce international sous l'ère Qing) et Malacca (colonie néerlandaise), et se concentre sur l'étude du chinois et la traduction des textes chrétiens, ce qui fit de lui un sinologue, un lexicographe et un pionnier de la traduction entre le chinois et l'anglais.
Biographie Jeunesse et formation Robert Morrison est le enfant de James Morrison, un ouvrier agricole écossais, et d'Hannah Nicholson, une Anglaise, tous deux membres actifs de l'Église d'Écosse. À , il quitte l'école pour entrer en apprentissage dans l'entreprise de son père de venu entretemps marchand de chaussures à Newcastle upon Tyne. Il connaît à l’adolescence une expérience de conversion et choisit de s’engager dans l’église presbytérienne comme ses parents. Il souhaite dès 1801 devenir missionnaire et commence à apprendre le grec et l’hébreu avec le pasteur presbytérien de Newcastle, le révérend W. Laidler. Toutefois ses parents s’opposent à ce projet et ce n’est qu’en 1804, après la mort de sa mère, qu’il pourra se présenter à la London Missionary Society (LMS), où il sera rapidement accepté..
En attendant, Robert Morrison entre le dans un séminaire non-conformiste, la Hoxton Academy, pour y suivre une formation théologique lui permettant de devenir pasteur congrégationnaliste, puis, une fois accepté par la LMS, il intègre le séminaire de Gosport où tous les missionnaires de la société des missions de Londres sont formés. Le responsable de ce séminaire, le pasteur , était conscient du besoin d’évangélisation de la Chine, déjà l’époque le pays le plus peuplé du mondeLa population chinoise est estimée à de personnes en 1800. Voir , notamment à cause d'une brochure publiée en 1798 par le Révérend William Willis Moseley qui appelait à "l’établissement d’une société pour la traduction des Écritures saintes dans les langues des nations orientales populeuses." Le révérend Bogue encourage donc son jeune élève dans le sens d’une mission en Chine. Il avait lui-même rediffusé le pamphlet de son collègue et découvert au British Museum une traduction manuscrite en chinois, probablement de la main d’un prêtre catholique, d’une bonne partie du Nouveau Testament.
Premières années de mission (1807-1809) vignette|300px|Les "treize usines" de Canton, vers 1820, avec les comptoirs danois, espagnol, américain, suédois, britannique et hollandais. vignette|250px|Robert Morrison travaillant à une traduction avec des assistants chinois. Après 3 ans d’étude intensive du chinois, Morrison est consacré pasteur à l’Église écossaise de à Londres le et s’embarque la même année pour l’Orient. Il n’ignore rien des dangers et des difficultés qui l’attendent, qui lui sont confirmées par les premières personnes qu’il rencontre à son arrivée à Macao le - au terme d'un voyage compliqué incluant une longue escale à New York : la Chine est strictement interdite aux étrangers, et le gouvernement a interdit aux Chinois d'enseigner la langue à qui que ce soit, sous peine de mort. De plus, aucun étranger n’était autorisé à séjourner en Chine, sauf à des fins commerciales. Enfin, les missionnaires catholiques de Macao, protégés par les Portugais, seraient violemment hostiles, et monteraient le peuple contre un missionnaire protestant. À peine 3 jours après son arrivée, il est d’ailleurs expulsé par les autorités de Macao et se doit se rendre dans la zone dite des « treize usines » située à l'extérieur de Canton, où se trouvent les entrepôts et établissements de commerce étrangers autorisés à commercer avec la Chine. Là, il mène une vie de clandestinité et de solitude, le plus souvent reclus dans une petite chambre, étudiant le chinois avec un professeur qui exige des sommes exorbitantes et largement escroqué par ses domestiques chinois.
Malade, Morrison doit retourner à Macao le . Il revient avec une parfaite maîtrise du mandarin et du cantonais mais il est toujours aussi pauvre et clandestin. Misérablement logé à Macao, il continue, travaillant sur son dictionnaire chinois et prie même en chinois, afin d’en faire sa nouvelle langue maternelle.
Premier mariage et développement de la mission en Chine (1809-1822) En 1809, il rencontre Mary Morton, , qu'il épouse le de la même année à Macao, qui lui donnera trois enfants : James (né le , mort le même jour), Mary Rebecca (née en ) et John Robert (né le ).
Le jour de son mariage, Robert Morrison est nommé traducteur de la Compagnie des Indes orientales britannique avec un salaire de 500 livres par an. Sa maîtrise de la langue chinoise était déjà reconnue par ces hommes d'affaires avisés, qui en percevaient la valeur pour leurs négociations commerciales. Ce poste lui permet enfin d'avoir une certaine sécurité et de pouvoir continuer à travailler. Sa fonction dans la compagnie, sans entraver la poursuite de son œuvre missionnaire qui reste sa priorité, lui permet de perfectionner son chinois, de multiplier ses contacts avec les Chinois et de se déplacer plus librement.
Il doit cependant retourner seul à Canton, car les femmes étrangères n'étaient pas autorisées à y résider. La mer entre Macao et Canton étant infestée de pirates audacieux, chaque voyage est source d’angoisse. Mary Morrison en souffre d’autant plus qu’elle n’a pas d'autre soutien que son mari. Les lettres d'Angleterre sont rares, les résidents anglais et américains plus préoccupés de leurs affaires que de questions spirituelles, et les Chinois s’opposent parfois aux Morrison. D'autre part, ses assistants chinois le volent fréquemment.
Robert Morrison achève néanmoins sa grammaire chinoise en 1812, et l'envoie au Bengale pour la faire imprimer. Pour des raisons inconnues, il n'en entend plus parler pendant trois années d'angoisse, mais elle est finalement bien imprimée, et devient un ouvrage de référence. Morrison imprime ensuite un tract et un catéchisme. Il traduit le livre des Actes des Apôtres en chinois, et en fait imprimer mille exemplaires localement à prix d'or, ce qui confirme la faisabilité d'imprimer localement ses ouvrages. Puis il traduit l'Évangile de Luc qui est également imprimé. L'évêque catholique de Macao, en ayant obtenu un exemplaire, le fait brûler comme livre hérétique. Les émoluments de Morrison sont portés à par an par la Compagnie. Il publie également en anglais un recueil de traduction de littérature populaire chinoise intitulé Horae Sinicae.
Les autorités chinoises s'émeuvent lorsque certains des ouvrages imprimés par Robert Morrison tombent entre leurs mains. Un édit est alors publié, proscrivant l'impression et la publication de livres chrétiens en chinois sous peine de mort. Morrison fit parvenir une traduction de cet édit en Angleterre, tout en assurant les administrateurs de la London Missionary Society qu'il avait l'intention de poursuivre sa mission avec détermination. Sa position au sein de la Compagnie des Indes orientales lui apportait sans doute une certaine protection, et il était d'autre part l'auteur d'une grammaire et d'un dictionnaire qui n'étaient pas des publications visées par l'édit. Toutefois, cet édit rendait l'installation d'un autre missionnaire à Canton plutôt hasardeuse au moment où la société des missions de Londres envoyait en Chine le révérend William Milne et son épouse.
Le , ceux-ci arrivent à Macao. Malgré tous les efforts que Morrison avait pu déployer, cinq jours après leur arrivée, le gouverneur leur notifie sa décision : ils avaient huit jours pour partir. Non seulement les Chinois s'étaient opposés avec véhémence à leur installation, mais encore l'évêque catholique avait demandé à ce qu'ils soient expulsés. Prudents, les résidents anglais de Macao n'étaient pas intervenu de peur que leurs intérêts commerciaux n'en soient affectés. Tandis que leurs épouses restent à Macao, William Milne et Robert Morrison s'établissent alors à Canton, en attendant le prochain mouvement des autorités. Morrison en profite pour aider Milne à apprendre le chinois. gauche|vignette|Frontispice du dictionnaire chinois de Morrison, volume 1, daté de 1815. Robert Morrison baptise son premier converti le , sept ans après son arrivée en Chine. La même année, la Compagnie des Indes orientales entreprend l'impression du Morrison's Chinese Dictionary, engageant pour ce travail, et faisant appel à sonpropre imprimeur, Peter Perring Thoms, ainsi qu'à une presse à imprimer qu'elle fait venir d'Angleterre. La Société biblique a voté deux subventions de 500 livres sterling chacune pour couvrir les frais d'impression du Nouveau Testament. L'un des directeurs de la Compagnie des Indes orientales lègue également à Morrison pour la propagation de la religion chrétienne. Il consacra cette somme à l'impression d'une édition de poche du Nouveau Testament. L'édition précédente était d'une taille peu commode, ce qui n'était pas un défaut mineur dans le cas d'un livre interdit, susceptible d'être saisi et détruit par les autorités. Dès lors, de nombreux Chinois ont pu emporter de Canton vers l'intérieur de la Chine un ou plusieurs exemplaires de ce livre caché dans sa robe ou parmi ses affaires. Malade, Mary Morrison est envoyée en Angleterre avec ses deux enfants. Pendant six ans, son mari devra travailler dans la solitude. Toujours en 1814, il termine sa traduction en chinois de la Genèse. en 1815, il publie simultanément sa grammaire chinoise et la première partie de son dictionnaire chinois (dont la parution du dernier des 6 volumes aura lieu en 1823).
En 1817, l'université de Glasgow accorde à Robert Morrison un doctorat honoris causa en théologie. La même année, il accompage Lord Amherst dans un voyage diplomatique à Pékin, ce qui lui permet de découvrir enfin la Chine de l'intérieur. En 1819, la traduction en chinois de la Bible complète est publiée. Quelques-uns des livres de l'Ancien Testament ont été traduits avec l'aide de Milne, notamment le livre de Job et les livres historiques.
En 1820, Morrison rencontre l'homme d'affaires américain David Olyphant à Canton, ce qui marque le début d'une longue amitié entre les deux hommes. David Olyphant donna comme prénom à son fils Robert Morrison Olyphant.
Le , Mary Morrison, revenue d'Angleterre l'année précédente, décède du choléra et est inhumée dans le cimetière protestant de Macao.
Le voyage en Angleterre (1822-1825) En 1822, Morrison se rend à Malacca et à Singapour, puis arrive en Angleterre en 1824 où il passe l'essentiel des années 1824 et 1825. Il rapporte en Angleterre une importante collection de livres chinois qu'il se propose d'offrir à une université anglaise. Comme aucune ne les accepte, les livres restent dans les réserves de la London Missionary Society avant d'être finalement acceptés par la bibliothèque d'University College de Londres. Durant son séjour à Londres, il crée la Language Institution pour enseigner les langues aux missionnaires.
Il a également l'occasion de présenter sa Bible chinoise au roi George IV, et d'être reçu dans tous les milieux, suscitant intérêt et sympathie pour la Chine et son travail en Chine. Il donne même des cours de chinois à des membres de la bonne société anglaise. À son retour en Angleterre, il est nommé membre de la Royal Society.
Avant de retourner à son travail de missionnaire, il se remarie, en , avec Eliza Armstrong, avec qui il eut cinq enfants. La nouvelle Mme Morrison et les enfants de son premier mariage retournèrent avec lui en Chine en 1826.
Le voyage est périlleux, et comporte même un épisode de mutinerie, que Morrison aide à résoudre, faisant preuve d'un grand sang-froid.