L’Antiquaire (en anglais, The Antiquary) est le troisième roman de l'auteur écossais Walter Scott — et son préféré. Il paraît en 1816, sous la signature « l'auteur de Waverley ». Il n'appartient pas, comme Waverley, au genre historique : c'est un roman de mœurs tirant parfois sur le roman gothique, parfois sur la comédie. C'est celui de ses livres que Scott préfère.

L'action se passe en 1794, sur la côte nord-est de l'Écosse. Un jeune Anglais de naissance s'éprend de la fille d'un noble écossais imbu de son ascendance. Une vieille femme des environs, voulant soulager sa conscience avant de mourir, révèle l'effroyable secret d'une autre famille noble. Le jeune homme découvre alors que celui qui l'a élevé n'est pas son père, mais son oncle.

Contexte éditorial

Les deux premiers romans de Scott, Waverley (1814) et Guy Mannering (1815), connaissent un éclatant succès.

Scott écrit L'Antiquaire du à la mi-. Le livre paraît sous la signature « l'auteur de Waverley », le : à Édimbourg, chez Archibald Constable and Co ; à Londres, chez Longman, Hurst, Rees, Orme, and Brown « The Antiquary », sur walterscott.lib.ed.ac.uk, 19 décembre 2011..

En fin d'année, Scott publie son quatrième et son cinquième romans, Le Nain noir et Les Puritains d'Écosse, mais chez d'autres éditeurs et sous le pseudonyme de Jedediah Cleishbotham.

Époque et lieu du récit

Dans l'introduction de la première édition, Scott dit avoir voulu présenter en une trilogie les mœurs de l'Écosse à trois époques récentesWalter Scott, « Avertissement », sur books.google.fr, L'Antiquaire, Furne, Gosselin, Perrotin, 1835, 1. : Waverley, son premier roman, se passe en 1745 ; l'action principale de Guy Mannering, le deuxième, se passe en 1783 ; L'Antiquaire, le troisième, se passe en juillet-.

Fairport, , est une ville imaginaire. Selon l'éditeur de la première traduction française, il s'agirait d'Arbroath, dans l'ancien comté d'AngusL'Antiquaire, éd. cit., 21, note 1..

Résumé thumb|left|Charles Delaye, Miss Wardour et sir Arthur prisonniers des flotsMusée des beaux-arts de Strasbourg. Sur le tableau, les deux personnages sont vêtus en Highlanders. Dans le roman, rien ne les désigne pour tels : ils semblent bien être des Lowlanders..

Un jeune homme mystérieux

Voyageant en Écosse à la fin du , le jeune Anglais Lovel fait la connaissance d’un vieil original, un « antiquaire » (c'est-à-dire un amateur d’antiquités), Jonathan Oldbuck. Tous deux se rendent à Fairport, ville portuaire du nord-est de l'Écosse, où Lovel va séjourner. Oldbuck vit non loin de là. Un soir, il invite son jeune et mystérieux ami à dîner, en même temps qu'un voisin, sir Arthur, et que la fille de celui-ci, Isabella. Or, Lovel a déjà rencontré Isabella. Il l'a connue lorsqu'elle résidait chez sa tante en Angleterre, dans le comté d'York. Elle avait éconduit le jeune homme, car il serait de naissance , et sir Arthur est très imbu de sa propre ascendance.

Surpris par la plus forte marée de l'année au pied d’un à-pic rocheux, Isabella et sir Arthur sont sauvés par la courageuse intervention de Lovel et du vieux mendiant Edie Ochiltree, et par la présence d'esprit de marins-pêcheurs, Saunders Mucklebackit et son fils Steenie.

Un pénible incident oppose Lovel au querelleur Hector, neveu de l’antiquaire. Ce grossier personnage met en doute l’appartenance de Lovel au régiment dans lequel celui-ci prétend servir. Dans le duel qui les oppose le lendemain, Lovel blesse Hector et s’enfuit sur un brick, le Search.

Les manigances de Dousterswivel thumb|alt=deux hommes inquiets, de nuit|right|upright=1|Cherchant un trésor dans les ruines du prieuré Sainte-Ruth, Dousterswivel et sir Arthur perçoivent des bruits inquiétants.

La situation financière du crédule sir Arthur est maintenant désastreuse, car il est subjugué par Dousterswivel, un aventurier allemand versé dans l'occulte, qui lui fait miroiter des gisements de cuivre — et même un trésor enfoui dans les ruines du prieuré Sainte-Ruth. Dousterswivel appâte le nigaud par quelques pièces trouvées à minuit, à grand renfort de fumigations et d'assiette gravée de l'heure planétaire.

Pour montrer qu’il n’est nul besoin de mise en scène nocturne ni de magie pour découvrir des pièces cachées par un escroc, Oldbuck fait creuser dans les ruines en plein jour. On déterre un coffre plein de lingots d’argent — mais dont Dousterswivel ignorait l'existence. Cette petite fortune va permettre à sir Arthur de calmer un peu ses créanciers (mais un peu seulement).

Le mendiant Edie Ochiltree, pour donner une leçon à Dousterswivel, lui laisse entendre que les ruines recèlent également un coffre plein d’or. Tous deux viennent creuser en pleine nuit. Dousterswivel, qui commence à comprendre qu’Edie s’est moqué de lui, est soudain assailli et assommé par une grande figure noire, dans laquelle il n'a pas le temps de reconnaître le jeune pêcheur Steenie Mucklebackit, complice d'Edie. Quand le charlatan revient à lui, il est le témoin d’un office funèbre nocturne dans la crypte de la chapelle. Joscelind, la vieille comtesse de Glenallan, vient de mourir. On l'enterre à la lueur des torches, comme il est de tradition dans sa famille.

De leur côté, Edie et Steenie gagnent la cabane des Mucklebackit. Elspeth, la grand-mère de Steenie, veut décharger sa conscience avant de mourir. Elle prie Edie d'aller demander au fils de la défunte comtesse de venir la voir. Edie se rend donc au château de William, le nouveau comte de Glenallan. Celui-ci vit solitaire, déchiré par un souvenir horrible concernant Eveline Neville, qu'il aimait et qui est morte plus tôt.

Les secrets de la famille Glenallan

Le jour même des obsèques de Steenie, qui vient de périr en mer, William rend visite à Elspeth. Elle fut la favorite de la comtesse Joscelind. Elle révèle au comte un monstrueux secret de

Le comte de Glenallan est bouleversé par ces révélations. Eveline n'était donc pas sa sœur. Il n'a commis nul crime en l'épousant. Il a eu un fils légitime, et ce fils est peut-être vivant.

Oldbuck lui apprend qu'il avait enquêté à l'époque sur cette sinistre affaire : il avait découvert que Teresa avait fui en compagnie d'Edward Geraldin Neville, le jeune frère de William, et que leur voiture s'était dirigée vers la frontière anglaise. Edward vient de mourir. Oldbuck charge un ami anglais de découvrir si le fils d'Eveline et du comte vit toujours.

Rumeur de débarquement imminent

Cependant, les affaires de sir Arthur vont au plus mal. L’huissier Sweepclean et ses recors investissent le château et — malgré la terreur que leur inspire le bouillant Hector — entreprennent de faire leur : ils doivent arrêter sir Arthur, et saisir tous ses biens. Surgit alors Edie Ochiltree, porteur d'une somme d'argent adressée par le fils de sir Arthur, et d'un arrêt de défense suspendant toutes mesures de rigueur à l'encontre du débiteur. Edie apprend à l'antiquaire que c'est lui-même qui avait enterré le coffre de lingots d'argent, sur ordre de Lovel, avant que celui-ci n'embarque sur le Search. Lovel voulait aider sir Arthur à son insu.

Une rumeur d'un imminent débarquement français se fait insistante. Par suite d'une fausse alerte, tout Fairport se met en armes. On voit arriver le comte de Glenallan, suivi de ses volontaires. On n'attend plus que le brave major Neville, qu'on connaît seulement de réputation et qui vient d'être chargé de prendre le commandement de toutes les forces militaires du district. La surprise est générale quand Neville arrive. Il a les traits du pacifique Lovel.

Pour lord Glenallan, il s'agit d'une tout autre surprise : le major Neville ressemble de façon frappante à la malheureuse Eveline. Il est en effet le fils d'Eveline et de Glenallan. Le frère du comte a élevé l'enfant en Angleterre, en faisant croire qu'il était son fils naturel. Lovel, alias le major Neville, est en réalité l'honorable lord GeraldinL'Antiquaire, éd. cit., 445.. Il retrouve son véritable père et, un mois plus tard, épouse Isabella.

Personnages William Lovel, jeune homme mystérieux. Un caractère doux et tranquille. On ne sait rien de lui, sinon que son père serait un gentilhomme du nord de l'Angleterre. Mistress MacLeuchar, mercière à Édimbourg, propriétaire d'une diligence assurant, vaille que vaille, la liaison Édimbourg-Queensferry. Jonathan Oldenbuck (contracté en Oldbuck), laird de Monkbarns. Juge de paix. Vieux garçon, amateur d’antiquités. Plein de sagesse et d'intelligence. Esprit ferme et indépendant. Sa famille descend d'un des inventeurs de l'imprimerie, un Allemand qui a fui les persécutions dirigées dans son pays contre les novateurs, et qui a acheté le domaine de Monkbarns à un laird dissipateur. Jonathan est d'abord clerc de procureur, et il acquiert de grandes connaissances dans les formes des investitures féodales, et dans l'origine et le système des lois de son pays. Mais il se refuse absolument à utiliser ses connaissances dans un but lucratif. En revanche, s'il se soucie bien peu de gagner de l'argent, il est attentif à n'en pas trop dépenser. Ayant hérité du domaine familial, il peut se livrer tout entier à sa passion des vieux papiers et des vieux objets. Moins crédule que son ami sir Arthur, il se laisse berner à l’occasion. Gâté comme un enfant par sa sœur et sa nièce, ce qui le rend facilement irritable. Misogyne affiché, il a en réalité beaucoup d'estime pour la gent féminine. Il garde de sa jeunesse une blessure secrète : épris de la moqueuse Eveline Neville, il s'était trouvé sans le savoir en rivalité avec le joyeux William lord Geraldin, le fils aîné de la comtesse de Glenallan, qui eut tôt fait de tourner en ridicule l'amoureux grave, embarrassé, maladroit et finalement éconduit. Griselda (Grizzy) Oldenbuck, sœur de Jonathan. Très discrète. Feu Mary, l'autre sœur d'Oldbuck, bien plus jeune, épousa un officier highlander de très ancienne famille, qui disparut aux Indes orientales. Elle-même mourut peu après, léguant deux orphelins aux soins de son frère. Capitaine Hector MacIntyre. Quand il vient chez son oncle, chaises et tables tremblent d'effroi à sa vue. Arrogant, impétueux, querelleur. Sa sœur le retient . Maria MacIntyre, jeune, jolie et bien mise. Une taille svelte et élancée. Un air d'espièglerie qui lui va très bien, discret héritage de l'humeur caustique de la famille Oldbuck. Edie Ochiltree, vieux « manteau bleu », ou « mendiant du roi », classe privilégiée de mendiants de profession. Barbe et cheveux blancs, visage vermeil, haute stature, taille droite, démarche assurée. Ancien soldat, compagnie Carrick, , il a combattu à Fontenoy. Parle avec un air d'indépendance et de familiarité. Aime placer son mot en toute occasion. D’un caractère ardent, il est franc, loyal, tranquille, patient. Prudent et discret, il tient lieu de conseiller, de messager et de confident. Sir Arthur Wardour, chevalier baronnet issu d'une ancienne famille. Une fortune . Peu de bon sens. D’une insondable crédulité qui cause sa ruine. Pétri de préjugés nobiliaires. Peu brillant dans les circonstances dramatiques. Voisin et ami d'Oldbuck. Comme lui, amateur de vieilleries. N'étant pas du même niveau de candeur, les deux amis se fâchent parfois. Mais, ne pouvant se passer l'un de l'autre, ils ont tôt fait de se réconcilier. Jacob Caxon, barbier chargé des trois dernières perruques de la paroisse. Il fait office de coursier et de valet de chambre de l’antiquaire, qu'il tient informé des derniers potins de la ville. Isabella Wardour, fille de sir Arthur. Capitaine Reginald Gamelyn Wardour, fils de sir Arthur. Sert à l'étranger. Maggie Mucklebackit, vigoureuse marchande de poisson. Saunders Mucklebackit, vieux marin-pêcheur, époux de Maggie. Ancien contrebandier. Il a longtemps été le pêcheur de la famille Glenallan. Steenie Mucklebackit, fils de Saunders et de Maggie.