thumb|Divinité assise, Empire hittite tardif (). Metropolitan Museum of Art.|alt=Photo d'une statuette en terre représentant un homme souriant assis

La mythologie hittite comprend l'ensemble des mythes de la civilisation hittite, qui se développe au en Anatolie (Turquie actuelle) et forme à son apogée un puissant empire rivalisant avec l'Égypte pharaonique. Cette mythologie est documentée par des textes cunéiformes mis au jour dans la capitale de cet empire, Hattusa.

La mythologie hittite se présente comme un ensemble composite de récits, reflet de la diversité culturelle de l'Anatolie du Elle comprend un groupe de mythes d'origine proprement anatolienne, ayant pour personnages principaux des dieux sans doute issus en grande partie des traditions des Hattis occupant la région avant les Hittites, et préservés dans le cadre de rituels liés aux mythes. Il s'agit surtout d'un ensemble de mythes traitant d'un thème commun, celui du dieu qui disparaît et qu'il faut faire revenir pour rétablir la prospérité du pays, en premier lieu les différentes variantes du Mythe de Télipinu, ainsi que de deux mythes relatifs au combat entre le Dieu de l'Orage hittite et le serpent gigantesque, Illuyanka.

D'autres mythes ont été introduits en Anatolie à partir d'autres régions du Proche-Orient ancien, et ont donc pour personnages principaux des dieux d'origine étrangère : surtout les mythes d'origine hourrite formant le corpus désigné comme « Cycle de Kumarbi », mais aussi des mythes d'origine levantine et mésopotamienne.

Aucun de ces mythes n'est relatif à l'origine des dieux, du monde ou des hommes, alors que les mythes de création occupent en général une place majeure dans les mythologies antiques. À défaut d'offrir des parallèles probants avec les grands thèmes dégagés par les spécialistes de la mythologie indo-européenne, plusieurs de ces textes ont pu avoir une influence sur des mythes grecs antiques, notamment ceux rapportés par la Théogonie d'Hésiode.

vignette|Localisation des régions et principales villes de l'Anatolie hittite.

Les mythes hittites dans leur contexte

Définitions et contours vignette|alt=Photo d'un vaste champ de ruines avec en arrière-plan un mur fortifié.|C'est dans l'ancienne capitale hittite de Hattusa, dont les restes sont aujourd'hui situés en Turquie, que sont retrouvés les textes attestant de nombreux mythes hittites.Ci-dessus : traces de fouilles archéologiques et reconstruction contemporaine partielle des remparts de la ville. Les mythes hittites sont connus grâce au corpus de textes littéraires et rituels exhumés au cours des fouilles des secteurs palatiaux et sacrés de l'ancienne Hattusa (l'actuel site de Boğazkale), la capitale du royaume hittite durant la majeure partie de son histoireLa plupart des textes avec un fond mythologique ont été réunis et transcrits dans .. Elle est la manifestation de l'univers religieux de l'Anatolie du dans lequel se développe la civilisation hittite, qui est en fait un ensemble culturel mêlant plusieurs éléments, avec à côté des Hittites d'autres populations de langue indo-européenne (Louvites, Palaïtes) ou autres (Hattis, Hourrites).. Les bibliothèques de Hattusa (avant tout celle du Grand Temple et celle du bâtiment A du palais royal) reflètent cette diversité culturelle puisqu'elle comprennent des textes dans ces différentes langues, ainsi qu'en akkadien, langue parlée en Mésopotamie, notamment à Babylone dont le rayonnement culturel est alors sans égal. Les textes littéraires hittites renvoient donc à l'influence babylonienne et aussi au rôle croissant de la culture hourrite, particulièrement affirmé durant les dernières phases du royaume, éléments qui se retrouvent dans la littérature mythologique..

Selon le spécialiste de la religion hittite , le mythe peut être défini comme Cette approche permet de distinguer les mythes, ayant avant tout pour protagonistes les dieux, des épopées ou des récits folkloriques, dont les protagonistes principaux sont humains, bien que les dieux jouent souvent un rôle dans ces histoires..

D'autres définitions plus générales des mythes, développées en dehors du contexte hittite, insistent sur leur finalité et les présentent comme un type de légende dont la fonction est (G. Dumézil) ou bien un (W. Burkert) : ..

Des mythes aux origines variées

Le corpus des textes mythologiques retrouvés en pays hittite est particulièrement hétéroclite. Cela reflète la diversité humaine de l'Anatolie de cette époque, mosaïque ethnique et culturelle où se rejoignent des traditions d'origines diverses. Il est courant de procéder à une typologie opposant les mythes d'origine anatolienne et ceux d'origine non-anatolienne. Les premiers sont ceux proprement indigènes au pays hittite. On estime en général qu'ils sont issus du fonds religieux du peuple hatti, qui parlait une langue isolée (donc non indo-européenne à la différence de celle des populations dominant la région à l'époque hittite), et devait être implanté dans la région avant l'arrivée des peuples parlant des langues indo-européennes, tels que les Hittites et les Louvites. En tout état de cause, les études comparatives entre la mythologie hittite et le substrat mythologique des peuples de langue indo-européenne ont été peu fructueuses. La plupart de ces mythes semblent avoir été mis par écrit durant la période hittite ancienne (), destinés à un usage rituel et peu élaborés du point de vue littéraire. L'autre groupe de mythes est composé d'emprunts à d'autres peuples du Proche-Orient ancien qui ont fortement influencé la culture hittite : les Hourrites, qui ont exercé une forte influence sur la religion hittite durant la période impériale (), avec en particulier le Cycle de Kumarbi ; les peuples du Levant ; la Mésopotamie, dont le rayonnement culturel est alors considérable. Il s'agit de textes repris tels quels ou bien traduits, en général plus élaborés du point de vue littéraire que les mythes anatoliens, mais qui n'ont sans doute pas été intégrés dans la vie religieuse hittite (il n'y a aucune indication qu'ils aient eu une fonction rituelle) ; ; ; ..

Les dieux et les humains

Dans la théologie hittite, les dieux, qui sont les protagonistes des récits mythologiques, entretiennent avec les humains une relation qui est celle de maîtres envers leurs serviteurs. Ils résident dans les temples, construits et restaurés par les humains, où ils reçoivent de somptueuses offrandes tout au long de l'année, à l'occasion par des festivités plus importantes. Ils sont les garants de l'existence et de l'exercice de la justice et de la morale parmi l'humanité, donc ils punissent ceux qui négligent leur culte, commettent des fautes, agissent avec malveillance.. Ils ne sont pas pour autant des personnages irréprochables moralement, les mythes les décrivant à plusieurs reprises sous des jours peu flatteurs, et les prières les présentent comme des maîtres pas toujours bons envers leurs fidèles. Ils peuvent négliger leurs responsabilités, et sont soumis aux mêmes émotions que les humains. Ce sont en fin de compte « des humains à plus grande échelle » (T. Bryce) : ..

Les Hittites ne sont pas vraiment adeptes du syncrétisme, et accueillent les dieux venant de divers horizons sans chercher à les amalgamer. Leur panthéon complexe, constitué suivant leurs termes de « mille dieux », comprend des divinités reflétant la mosaïque culturelle qu'est le royaume hittite, vénérées à l'origine par les Hattis, les Louvites, les Palaïtes, les Hourrites, et aussi des dieux venus de Syrie et de Mésopotamie. Le panthéon hittite comprend ainsi plusieurs divinités ayant les mêmes attributs, ce qui se voit surtout par la multiplicité de dieux de l'Orage mentionnés dans leurs textes, distingués en général par leur lieu d'origine (Hatti, Nerik, Zippalanda, Alep), parfois par un attribut plus spécifique (l'éclair).. Il est dominé par des divinités solaires, peu présentes dans les mythes, à commencer par la Déesse-soleil d'Arinna, et par des dieux de l'Orage, en premier lieu le Dieu de l'Orage du Hatti, figure royale qui occupe les premiers rôles dans plusieurs mythes. D'autres entités divines importantes sont les montagnes divinisées, comme le Mont Hazzi qui est le lieu de l'affrontement entre Ullikummi et Teshub dans le cycle de Kumarbi, ou encore l'ensemble de divinités protectrices désignées dans les textes par le sumérogramme LAMMA (ou KAL), le dieu agraire Télipinu surtout connu par les mythes et rituels le concernant, des déesses d'origine hattie (le trône divinisé Halmasuit, la déesse de la magie Kamrusepa, Inara qui est associée à la nature), etc. Les hypostases de la déesse mésopotamienne Ishtar et de son pendant hourrite Shaushga, occupent aussi une position importante ; .. La seule tentative officielle de mise en ordre du panthéon est tardive, datée des règnes de et . Elle est notamment caractérisée par une « hourritisation » culturelle avec notamment la mise en avant du dieu de l'Orage hourrite Teshub, assimilé au grand Dieu de l'Orage hittite.. La présence du cycle de Kumarbi, de tradition hourrite, dans les bibliothèques royales hittites reflète probablement ce phénomène..

Mythes et rituels thumb|Musiciens, scène de fête religieuse des bas-reliefs d'Alacahöyük, Musée des civilisations anatoliennes d'Ankara.|alt=photo d'une pierre de soubassement montrant deux hommes marchant en relief, un tenant un instrument de musique, l'autre un oiseau sur son bras

Les questionnements sur les relations entre mythe et rites sont récurrents dans les études relatives aux mythologies antiques. Dans le cas des textes mythologiques anatoliens le contexte de rédaction est bien rituel, même si ces récits ont sans doute une origine plus ancienne. Ces mythes ont donc été préservés parce qu'ils sont récités lors de rituels, notamment lors des grandes fêtes qui scandent le calendrier cultuel du royaume hittite. Ils ont pour but de renforcer l'efficacité de ces rites, accomplis pour résoudre des problèmes auxquels les mythes font d'une manière ou d'une autre référence. Le mythe d'Illuyanka est ainsi récité au moins lors de la grande fête printanière appelée symbolisant le retour de la fertilité, permise par la défaite du monstre éponyme. Dans les mythes sur le thème du dieu disparu, comme les variantes du Mythe de Télipinu, le rôle de la déesse de la magie Kamrusepa dans le récit renvoie à celui de la prêtresse chargée d'accomplir le rituel ; .. Les rituels décrits dans ces mythes recourent à la magie de type analogique, courante dans les rites de purification hittites durant lesquels on utilise des objets avec lesquels sont réalisées des actions symbolisant l'effet que l'on veut obtenir : dans une des variantes du Mythe de Télipinu, il est ainsi prescrit de brûler des broussailles afin que la colère du dieu brûle également et disparaisse et ainsi assurer le retour d'un état normal dans le pays. :

Ces textes ne sont pas seulement déclamés, ils sont aussi accompagnés de musique afin de renforcer leur efficacité magique, ce qui en fait de véritables spectacles visuels et sonores.. Les récits du Cycle de Kumarbi, présentés comme des « chants » (hittite -, sumérogramme SÌR) sont rédigés dans un style poétique et manifestement destinés à être chantés devant une audience., sans qu'on ne leur connaisse d'utilisation rituelleSur la question de l'oralité : ..

Les mythes anatoliens

Le mythe de Télipinu et le thème du dieu qui disparaît vignette|alt=photo d'un champ fertile avec des fleurs au premier plan.|Le dieu agraire Télipinu est souvent associé à des mythes où sa disparition entraîne une perte de fertilité du pays : seul son retour peut relancer la croissance des végétaux et ainsi éviter la famine des hommes.