Rudolf Höss (également écrit Höß, forme allemande standard, ou Hoeß ou Hoess, prononcé ) est un officier supérieur (, grade équivalent à celui de lieutenant-colonel) allemand de la SS, né le à Baden et mort par pendaison le à Auschwitz. Criminel de guerre, il occupe une fonction de premier plan dans les génocides des Juifs d'Europe et des Tsiganes.

Dès son enfance, Höss se montre peu sociable, préférant les promenades solitaires et les animaux à la compagnie des hommes. Il se détourne de l'éducation catholique que tente de lui donner son père. À seize ans, il s'engage dans l'armée impériale allemande et sert au cours de la Première Guerre mondiale sur le front du Proche-Orient ; il est décoré de la croix de fer. Après le conflit, il s'engage dans les corps-francs ; il est condamné en 1924 à dix ans de prison pour le meurtre d'un militant communiste.

Affilié au parti nazi dès 1922, il entre dans la SS en et commence sa carrière au sein du système concentrationnaire nazi en novembre de la même année. Il est commandant des camps de concentration et d'extermination d'Auschwitz-Birkenau, le plus vaste complexe du système concentrationnaire nazi, du au , puis de nouveau entre le et , période durant laquelle la déportation massive des Juifs hongrois, au nombre de plus de , femmes et enfants, a porté la machine de mort à son paroxysme.

Nazi convaincu, il fait preuve non seulement d'une totale obéissance aux ordres du plus haut gradé de la SS, Heinrich Himmler concernant l'extermination des Juifs, mais aussi d’initiative, afin d'augmenter les capacités exterminatrices d'Auschwitz, notamment en utilisant le Zyklon B dans un ensemble de chambres à gaz.

Après la capitulation allemande en , Höss réussit à se cacher pendant près d'un an, sous une fausse identité et est finalement dénoncé, par sa femme. Il est arrêté par les troupes britanniques le . Il témoigne lors du procès de Nuremberg, puis il est livré aux autorités polonaises et est ainsi jugé par le Tribunal suprême de Pologne du au . Condamné à mort, il est exécuté par pendaison le dans le camp d'Auschwitz même.

Ses mémoires, intitulés Le commandant d'Auschwitz parle, popularisés en France par les pseudo-mémoires de l'écrivain Robert Merle dans le roman La mort est mon métier, constituent un document historique d'une importance reconnue pour la compréhension de la Shoah, de l'univers concentrationnaire et de la mentalité des bourreaux.

Biographie

Premières années : 1900-1918

Issu d'une famille profondément catholique, et assez aisée, Rudolf Franz Ferdinand Höss passe les six premières années de sa vie dans une région isolée voisine de Baden-Baden, à la limite de la Forêt-Noire. À sept ans, Rudolf Höss, ses parents et ses trois sœurs déménagent dans les environs de Mannheim, toujours en dehors de la ville. Son père, Franz Xaver Höss, qui a servi dans l'armée du Reich en Afrique orientale allemande, avant de se lancer dans des activités commerciales, s'y montre beaucoup plus présent qu'à Baden-Baden : il élève Rudolf dans une discipline toute militaire et destine son fils à une carrière ecclésiastique ; ce dernier perd la foi au cours de son adolescence. Dans son autobiographie, Höss caractérise ses années d'enfance par trois éléments : une profonde piété, l'habitude de ne pas extérioriser ses sentiments et une soumission totale aux ordres de tous les adultes. De plus, Höss se définit comme un enfant très solitaire et . Son enfance se déroule sans problèmes de santé, à part une rougeole qu'il a eue très tôt ; son parcours scolaire est limité et ses résultats, vagues.

Le père de Rudolf Höss meurt subitement en 1914, d'une crise cardiaque, peu après le déclenchement de la Première Guerre mondiale ; alors que les blessés évacués du front affluent à Mannheim, Rudolf obtient de sa mère l'autorisation d'entrer à la Croix-Rouge comme secouriste. En 1916, à l'insu de sa mère, il rejoint le régiment dans lequel avaient servi son père et son grand-père ; après une courte période de formation, il est affecté à l'Asien-Korps, envoyé au front en Turquie, participe à la campagne du Sinaï et de Palestine puis en Irak. À 17 ans, il devient l'un des plus jeunes sous-officiers de l'armée allemande et est décoré de la croix de fer de classe. Sa mère meurt en 1917, à trente-neuf ans, alors qu'il est au front.

Militant nationaliste et nazi

En 1919, après la Première Guerre mondiale, Höss s'engage dans le corps-franc Rossbach, fort de et combat les groupes armés communistes dans la Ruhr, la Haute-Silésie et les pays baltes. De 1921 à 1923, il travaille comme apprenti agricole en Silésie et dans le Schleswig-Holstein. Il s'inscrit au parti nazi dès .

Le , Höss participe, notamment avec Martin BormannBiographie de Bormann, au meurtre de Walter Kadow, soupçonné d'être un communiste infiltré et accusé d'avoir livré aux troupes françaises d'occupation de la Ruhr l'activiste nationaliste Albert Leo Schlageter, dont il avait fait la connaissance dans les corps-francs. Arrêté, Höss est condamné à dix ans de prison le . Il est libéré dès 1928, à la suite d'une amnistie concernant les prisonniers politiques. À sa libération, Höss travaille dans des fermes et des propriétés du Mecklembourg et du Brandebourg, comme régisseur et rejoint la ligue d'Artam, organisation dont est également membre Heinrich Himmler ; c'est à cette époque qu'il rencontre sa future femme, Hedwig Hensel, qu'il épouse en 1929, trois mois après leur première rencontre. En , il renonce à l'agriculture et rejoint la SS, selon lui à la demande de Himmler, qui l'aurait remarqué à la suite de son initiative de créer un peloton de cavaliers au sein de la SS. gauche|vignette|redresse|Rudolf Höss avec le grade de SS-Hauptscharführer (1936). Au mois de , il arrive au camp de Dachau et commence sa carrière au sein du système concentrationnaire nazi. C'est à Dachau que Höss apprend la , élaborée par le SS Theodor Eicke et centrée sur la dureté à l'égard des détenus. Selon Laurence Rees, C'est également à cette occasion qu'il

thumb|right|Heinrich Himmler en visite au camp de Dachau (1936).

, Höss est promu , premier adjoint du commandant du camp puis il est nommé Sturmführer (équivalent de lieutenant) et transféré au camp de Sachsenhausen, en tant que chef de la garde.

En , il est chargé par l'Inspection des camps de concentration de présider une commission chargée d'étudier la possibilité de créer un camp de concentration à Auschwitz : cette commission émet un avis favorable qui est transmis à Heinrich Himmler.

Commandant du camp d'Auschwitz : 1940-1943 Création et extension du camp thumb|right|Entrée d'Auschwitz avec l'inscription (« le travail rend libre »). Richard Glücks, qui a succédé à Theodor Eicke en tant qu'inspecteur des camps de concentration, nomme Höss commandant du nouveau camp d'Auschwitz, dont la création a été décidée le . Höss et une poignée de gardes SS y arrivent le , suivis, le , par les premiers internés, allemands de droit commun transférés de Sachsenhausen pour remplir la fonction de Kapo. Après un renforcement de la garde par provenant notamment des camps de Buchenwald, Dachau et Flossenburg, politiques polonais arrivent au camp le . Comme à Dachau et Sachsenhausen, Höss fait apposer sur le portail d'entrée du camp la devise Arbeit macht Frei (le travail rend libre). Dès le , Höss demande au responsable des constructions un rapport hebdomadaire sur l'état d'avancement des travaux visant à alimenter le camp en eau potable, à évacuer les eaux usées et à drainer les terres marécageuses.

Dès , Oswald Pohl ordonne à Höss d'augmenter la capacité du camp en ajoutant un étage aux bâtiments existants, afin de développer le travail forcé dans les carrières de sable et de gravier voisines. En , Höss a une entrevue avec Heinrich Himmler au cours de laquelle les deux hommes évoquent les projets de développement du camp, dans le cadre d'expérimentations agricoles. Si les évadés, le plus souvent des Polonais, ne sont pas repris, Höss fait interner leur famille ou fait sélectionner dix détenus du bloc dont provient l'évadé pour les laisser mourir de faim dans les caves du bloc 11, la prison du camp, . Promu (équivalent de commandant) le , Höss est rapidement débordé par les travaux d'agrandissement du camp principal () d'Auschwitz I ; il délègue donc à ses adjoints la construction du camp de Birkenau (Auschwitz II), initialement destiné à l'internement de prisonniers de guerre soviétiques.

Heinrich Himmler effectue sa première visite à Auschwitz le ; lors de celle-ci, il donne l'ordre à Höss d'entamer des travaux permettant d'interner et de construire une usine de caoutchouc synthétique, pour le conglomérat IG Farben, sur le site de Monowitz-Buna, aussi connu sous le nom d'Auschwitz III. : lors d'un trajet en voiture avec le Reichsführer-S.S. et le général S.S. Erich von dem Bach-Zelewski, il se plaint, sans résultat, du manque de matériaux de construction et de personnel. Après avoir tenté de pallier la pénurie de matériaux, , Höss sollicite lors d'une réunion avec des représentants d'IG Farben, le , le soutien de l'entreprise pour l'extension du camp. Les délégués de l'entreprise chimique acceptent d'étudier la possibilité d'aider le camp et passent un accord avec Höss sur les montants à verser à la SS pour l'exploitation de la main-d'œuvre concentrationnaire et la fourniture de gravier.

Les gazages thumb|Récipients de Zyklon B exposés à Auschwitz. ou , c'est en l'absence de Höss que son adjoint, Karl Fritzsch, mène les premiers essais de gazage de prisonniers de guerre russes en utilisant du Zyklon B dans le sous-sol du block 11 ; à son retour, Höss assiste aux gazages suivants et se déclare par cette nouvelle méthode d'extermination. Le sous-sol du bloc 11 se révélant peu adapté aux gazages, ceux-ci sont transférés de à , dans la morgue du crématoire d'Auschwitz I ; fin avril, il est décidé de les transférer à nouveau, cette fois vers Birkenau.

Fin mai, Höss choisit une petite maison fermière située à la lisière du bois de bouleaux de Birkenau (la « maisonnette rouge », ou bunker 1) comme nouveau lieu d'extermination : après quelques travaux, ce site permet de gazer trois cents à quatre cents personnes à la fois. .

Début 1942, Höss est convoqué à Berlin où Himmler l'informe qu'Auschwitz a été choisi comme centre d'extermination des Juifs en raison de sa situation ferroviaire favorable et de la construction prochaine d'un crématoire permettant d'incinérer par jour : le meurtre de masse doit débuter le . Les installations du bunker 1 ne permettant pas des tueries à grande échelle, Höss improvise une solution en installant dans une autre fermette (la « maisonnette blanche », ou bunker 2), quatre chambres à gaz, d'une capacité totale de , opérationnelles fin . Confronté à des circonstances particulières, combinant une extrême urgence et une grande liberté, Höss innove et met notamment en place la sélection des déportés voués à la mort immédiate, qui devient courante à partir de l'été 1942Arno J. Mayer, La Solution finale dans l'histoire, 9. 408-409.

Himmler se rend à nouveau à Auschwitz le et assiste, silencieux, à l'extermination de Juifs déportés des Pays-Bas. Dans la soirée, il participe à un dîner organisé en son honneur ; selon Höss, Himmler Quelques jours plus tard, Himmler donne l'ordre à Höss d'extraire tous les cadavres des fosses communes, de les brûler et de disperser leurs cendres, afin de rendre impossible toute estimation du nombre des victimes ; il lui ordonne également de porter la capacité du camp à . Satisfait du travail de Höss, il lui accorde une nouvelle promotion au grade d' (équivalent de lieutenant-colonel) .