thumb|Le château de Voré à Rémalard, dans l'Orne.

Claude-Adrien HelvétiusHelvetius est la traduction en latin de Schweitzer, « Suisse », né le à Paris où il est mort le Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne, 1843, Tome 19, page 90 , est un écrivain et philosophe français du courant des Lumières, auteur de deux ouvrages majeurs, De l’Esprit (1758) et De l’Homme (1772)Helvétius, une doctrine du hasard, par Caroline Grapa, Université de Lille (ULR 1061, ALITHILA, Analyse Littéraire Histoire de la Langue).

Biographie Origines et formation Helvétius est issu d’une famille de médecins : son arrière-grand-père, Johann Friedrich Schweitzer, qui utilise déjà la forme latinisée Helvétius ; son grand-père, Jean-Adrien Helvetius (1661-1727), introducteur de l’usage de l’ipécacuanha en EuropeVoir la page Jean-Adrien Helvetius ; son père, Jean-Claude-Adrien Helvétius (1685-1755), premier médecin de la reine Marie Leszczynska, épouse de Louis XV.

Claude-Adrien, né rue Serpente à Paris, est formé à Caen par son oncle maternel en vue d'une carrière financière, mais il consacre son temps libre à la poésie.

Le fermier général (1738-1751) En 1738, alors qu'il n'a que vingt-trois ans, la reine Marie Leszczynska fait obtenir à Helvétius. une demi-charge dans la Compagnie des fermiers généraux« Helvétius, philosophe matérialiste et fermier général », France culture.. Il détiendra successivement la charge des régions de Champagne/Bourgogne/Ardenne (1738-1741), de Lorraine/Franche-Comté/Trois-Evéchés/Alsace (1742-1746), et enfin de la zone Bordeaux/Dax/Pau (1746-1751).

À ce poste, souvent décrit comme le plus haï de l'Ancien Régime (la ferme générale était chargée des impôts), il se fait remarquer par des projets de réformes. Les sources documentaires sur ses travaux et ses propositions montrent un exécutant loyal, mais aussi « un esprit curieux, inventif, désireux de perfectionner le fonctionnement de la ferme, et n'hésitant pas à proposer des réformes ».

Ses revenus lui permettent d’acheter en 1743 le château de Voré, dans le Perche, à Louis Fagon, intendant des finances.

Avant son départ de la ferme en 1751, il obtient en 1749 la charge honorifique de maître d'hôtel de la reine Marie Leszczynska. Sa richesse lui permet de jouir pleinement de la vie, de s'adonner à ses goûts littéraires et artistiques, et de participer aux goguettes de la Société du Caveau ainsi qu'au Club de l'Entresol, une société progressiste. Il va être, tout comme le baron d'Holbach, un des protecteurs attitrés de la philosophie au « Helvetius Claude Adrien 1715-1771 », article sur L'Agora - une agora, une encyclopédie, subventionnant les travaux de ses pairs, et les accueillant dans le salon littéraire que son épouse organisa à partir de 1760.

Mariage (1751) et descendance

En 1751, il épouse Anne-Catherine de Ligniville d'Autricourt (1722-1800), dame de très haute noblesse car fille de Jean-Jacques de Ligniville, chambellan du duc de Lorraine Léopold de Lorraine.

Leur fille aînée, Elisabeth Charlotte Helvetius (Paris - , Paris - ), dame de Lumigny et La Malmaison, épousa, à Paris (Saint-Roch) le (divorcés le ), Alexandre-François de Mun, marquis de Sarlabous, comte d'Arblade (Armagnac), (Notre-Dame de Bize près Comminges - , Paris - ), cornette au régiment de Noailles cavalerie, page, capitaine, fit les campagnes de Flandre et la guerre dite de Sept Ans, blessé à la bataille de Minden (1759), chevalier de Saint-Louis, brigadier des gardes du corps du Roy (), maréchal de camp (), commandeur de St-Louis (), Grand-Croix de St-Louis (), lieutenant-général des armées du Roy ()

Leur fille cadette, Geneviève-Adélaïde Helvétius (, Paris - , château de Voré à Rémalard, Orne), épouse, le à Paris, Frédéric-Antoine-Marc, comte d'Andlau de Hombourg (, Hombourg - , Paris), officier et homme politique français.

150px|thumb|right|Geneviève Adélaïde Helvétius, comtesse d'Andlau (1754-1817)Portrait par Élisabeth Vigée Le Brun

Le philosophe (1751-1771) En 1751, il abandonne ses fonctions à la Ferme générale et obtient la charge de maître d'hôtel de la reine Marie.

Stimulé par le succès de Maupertuis comme mathématicien, de Voltaire comme poète, et de Montesquieu comme philosophe, il va de plus en plus se consacrer à la réflexion philosophique.

Son appartenance à la franc-maçonnerie n'est pas formellement attestée, mais un certain nombre de documents semblent la prouver. Il aurait été avec Jérôme Lalande le fondateur d'une loge portant le nom de qui connut une courte existence aux alentours de 1766. Sa femme aurait offert à Jérôme Lalande le tablier maçonnique de son époux, qui fut remis à Voltaire lors de son entrée dans cette loge prestigieuse. Un buste à son effigie offert également par madame Helvétius fait partie de la décoration de la loge, enfin des honneurs funèbres maçonniques lui sont rendus le . Toutefois son nom n’apparaît dans aucun registre du Grand Orient de France .. En revanche, sa non-appartenance à la loge des Neuf Sœurs est avérée, cette loge ayant été créée cinq ans après sa mort.

Genèse de De l'esprit Déterminer le moment de rédaction du premier ouvrage philosophique d’Helvétius est une tâche fort complexe et malheureusement décevante puisqu’il est impossible de déterminer une datation précise. En effet, il est possible d’estimer l’écriture de l’ouvrage entre 1744 et 1757. Ces deux dates représentent respectivement la première mention de l’ouvrage au sein de la correspondance de Madame de Graffigny (marraine de madame Helvétius) et le moment de fin puisqu’Helvétius annonce à sa femme qu’il vient de montrer son manuscrit à quelques amis (Stenger, 2011, p. 16). La rédaction de l’ouvrage se serait donc déroulée sur une période de treize ans.

De plus, le statut de l’ouvrage change au cours de ces treize années. Nous prendrons quelques instants ici afin d’en présenter les états. La première lettre qui annonce la rédaction de l’ouvrage est une lettre de madame de Graffigny, écrite le , à François-Antoine Devaux. On peut y lire :

[…] Il parle, il ouvre son âme. Il me fait le résumé d’un livre qu’il va faire imprimer. Ah quel livre ! Locke n’est pas son décrotteur […](Helvétius, 1981, p. 70)

Puis, quelques mois plus tard, le de l’année suivante, Madame de Graffigny laisse entendre au même interlocuteur que l’ouvrage d’Helvétius est presque complété :

"[…] Il [Helvétius] me parla des subdivisions de son livre avec une netteté, un ordre, et une précision si parfaite que, quand il ne serait écrit que comme il parle, il serait admirable. […] Il compte finir son livre pendant sa tournée, mais il ne peut pas le donner tant que la guerre durera par des raisons de convenances et de politique qui sont très sensées." (Helvétius, 1981, p. 75‑76)

Le statut terminé de l’œuvre se confirme au courant de l’année 1757 lorsqu’Helvétius écrit à sa femme deux lettres. La première au printemps 1757 et la seconde en septembre de la même année :

"[…] Je compte demain matin porter à Mademoiselle Dupré les premiers cahiers de mon ouvrage, et je la prierais, si elle en est contente, de les communiquer à M. de Trudaine. Je vais donc faire , en petit, le métier d’adroit et de courtisan. Je souhaite fort que mon ouvrage leur plaise et qu’ils n’y trouvent rien de trop fort […]"(Helvétius, 1984, p. 5)

"J'ai pourtant bien du chagrin de t'avoir fait pleurer, mais c'est que j'avais de l'humeur, peut-être parce que je te quittais, et que j'allais être quelques jours sans pouvoir travailler, et que je voudrais que mon ouvrage fut tout à fait fini pour être en repos".(Helvétius, 1984, p. 20)

Pour ce qui est des possibles modifications entre septembre et la première impression, seul l’ajout d’une citation tirée du Journal étranger du mois de février a été identifié (Stenger, 2011, p. 17).

À cette généalogie de l’œuvre globale s’ajoute le fait qu’il semble être possible de déterminer que le premier chapitre de la première section de l’œuvre a probablement été rédigé avant 1740. En effet, selon Duclos, un ami d’Helvétius, le philosophe de Voré « fit le premier chapitre pour lui [Mme de Villette] expliquer un passage de Locke qu’elle n’entendait pas. »(Stenger, 2011, p. 15)

« Le livre De l’Esprit fit scandale. Condamné par le pape, le parlement et la Sorbonne, il fut brûlé par la main du bourreau. Il n’obtint même pas grâce devant Voltaire, qui l’appela « un fatras ». Helvétius dut subir l’humiliation d’une rétractation publique ». Trop radical pour son temps, le livre sera cependant beaucoup lu par la suite. Helvétius s'en souviendra, et fera en sorte que son second ouvrage important, "De l'Homme", ne soit publié qu'en 1772, soit après sa mort survenue en 1771.

La pensée d'Helvétius La pensée d'Helvétius s'inscrit dans celles de la première lignée de philosophes matérialistes, dans le troisième quart du , comme le baron d'Holbach ou Denis Diderot.

Matérialisme et sensualisme Au sein du courant des matérialistes« Helvétius, précepteur gauchiste »-« Utilitariste anti-kantien »-« La religion d'un mécréant », conférences de Michel Onfray à l'Université populaire de Caen, août 2006, dont on trouvera les synopsis ici, Helvétius développe un sensualisme matérialiste, selon lequel nos idées proviennent du monde matériel qui a lui-même produit en nous des sensations. Sa philosophie est aussi un eudémonisme, c'est-à-dire une doctrine faisant de la recherche du bonheur le fondement de toute motivation, et même de tout lien social. En effet, l'action vertueuse entraîne considération et mérite. En conséquences de son sensualisme et de son eudémonisme, nos vertus elles-mêmes sont vues par Helvétius comme basées sur la sensibilité à la douleur et au plaisir physique« HELVÉTIUS CLAUDE ADRIEN », donc sur un intérêt personnel défini par les réactions de chaque être humain aux stimulations de ses sens. Ainsi, « sans l'intérêt personnel, les hommes ne se fussent point assemblés en sociétéDe l'esprit, discours III, chapitre IV ».

Formation de l'individu Le caractère de chaque être humain est donc la pure résultante des composantes dues à l'expérience vécue, à l'éducation reçue et au milieu social d'origine. Helvétius considère particulièrement l’éducation comme l’élément formateur principal de l’esprit humain et selon lui, tous les hommes sont susceptibles de s’instruire également. Les idées ne naissent pas seules, mais sont le produit du contexte vécu par les individus.