Au cours de son histoire, l'Église catholique a développé une doctrine en matière de sexualité dans les encycliques Casti Connubii, Humanae Vitae et Evangelium vitæ ainsi que dans l'exhortation apostolique Familiaris Consortio et les enseignements du pape Jean-Paul II sur la théologie du corpsYves Semen, La Sexualité selon Jean-Paul II, Presses de la Renaissance, 2004. . Cette doctrine a évolué ou a été précisée au cours des siècles. Depuis 1992, la doctrine est résumée dans le Catéchisme de l'Église catholique (CEC).

Pour l'Église catholique, la sexualité et le plaisir sexuel sont des aspects de l'amour conjugal, un moyen de parfaire l'union corporelle et spirituelle entre homme et femme. Pour respecter le plan divin et la dignité humaine, la sexualité doit être un don total dans le cadre indissoluble du mariage, et notamment rester ouverte à la procréationCatéchisme de l'Église catholique §2366.

L'Église catholique rejette en particulier la sexualité hors mariage (CEC §2353), la contraception par des méthodes artificielles (CEC §2370) et les rapports homosexuels (CEC §2357).

Doctrine contemporaine Dans la doctrine officielle de l'Église catholiqueSexualité humaine, le mariage chrétien est un sacrement par lequel la sexualité est intégrée dans un chemin de sainteté, où la finalité visée est le « don sincère de soi ».

Pour l'Église catholique, la sexualité et le plaisir sexuel ne sont moralement désordonnés que si le plaisir est recherché pour lui-même, isolé des finalités de procréation et d'union.

La sexualité n'est cependant positive que si elle est accomplie d'une manière qui ne met pas d'obstacle artificiel à la reproduction, afin de demeurer un don total de chacun. Dans la mesure où elle peut aussi conduire l'homme à s'asservir lui-même quand il la recherche pour des fins égoïstes, la relation sexuelle doit être vécue comme un don total de soi-même : pour atteindre la vérité de cette relation, l'être humain ne doit pas se « prêter » à un échange sexuel, mais se « donner » entièrement dans un tel échange. De ce fait, elle considère que la communion de deux corps ne faisant plus qu’un ne peut pas se vivre sans un engagement définitif de vie commune - de même qu'un don ne peut pas être repris.

La théologie du corps développée par Jean-Paul II

Sur ce sujet, Jean-Paul II a développé un enseignement sur la vision catholique de la sexualité au cours de plus d'une centaine d'audiences hebdomadaires entre 1979 et 1984. Connu depuis sous le nom de théologie du corps, ce corpus a été qualifié par l'auteur et biographe américain George Weigel de qui (George Weigel, Jean-Paul II, Témoin de l'espérance, Jean-Claude Lattès, 2005. , ). Depuis, de nombreux auteurs ont tâché d'analyser et de développer la pensée de Jean-Paul II sur la sexualité (cf bibliographie).

Lien entre spiritualité et sexualité thumb|Bénédiction du lit conjugal

La critique de l'amour libre par le catholicisme est issue de considérations d'éthique en liaison avec une approche morale catholique.

Pour un catholique, le sens prioritaire de la vie est de se rapprocher constamment de Dieu, et d'éviter le péché, c'est-à-dire ce qui éloigne de Dieu. Dans ce contexte, le problème pour un catholique est de savoir quel est le but qu'il poursuit réellement, sa priorité à la fois par rapport à lui-même, et dans sa relation à son partenaire.

Dans le domaine de la vie sexuelle, la réflexion de l'Église part d'un double constat : d'un côté, l'homme et la femme sont des êtres sexués, pour lesquels une activité sexuelle est a priori une bonne chose ; d'un autre côté une pratique non maîtrisée ou non disciplinée de la sexualitéCf Catéchisme de l'Église catholique, §2351 : peut conduire à des impasses morales et à des blessures psychologiquesA.Isnard Amour, Tendresse et Bonheur Dépôt légal 1983, . Ces situations d'échec, dans une vision catholique, sont la manifestation de ce qu'on s'éloigne du plan de Dieu.

Pour l'Église catholique, une forme de vie sexuelle « libre », même si elle est compatible avec la nature biologique de l'homme, est jugée dangereuse parce qu'elle n'intègre pas de manière satisfaisante la dimension sociale de l'Homme (dans sa relation à l'autre) ni sa dimension spirituelle (dans sa relation à Dieu). Si une relation à deux se fonde sur une sexualité abordée de manière purement biologique (en quelque sorte, « comme des bêtes »), le partenaire se trouve de fait réduit à un objet sexuelEn fait, dans le temple, les prostituées, qui doivent donner l’ivresse du Divin, ne sont pas traitées comme êtres humains ni comme personnes, mais elles sont seulement des instruments pour susciter la « folie divine » : en réalité, ce ne sont pas des déesses mais des personnes humaines dont on abuse. C’est pourquoi l’eros ivre et indiscipliné n’est pas montée, « extase » vers le Divin, mais chute, dégradation de l’homme. Il devient ainsi évident que l’eros a besoin de discipline, de purification, pour donner à l’homme non pas le plaisir d’un instant, mais un certain avant-goût du sommet de l’existence, de la béatitude vers laquelle tend tout notre être. (Benoît XVI - Deus Caritas est, §4), ce qui n'est pas admissible pour quelqu'un qui se considère comme le « temple de l'Esprit-Saint » 1Cor 3:16 et qui veut reconnaître dans l'autre « l'image de Dieu » Genèse 1:27., ce qui est l'approche normalement revendiquée par un chrétien catholique.

Une forme « libre » de sexualité ne permet pas de se rapprocher de DieuVoir Catéchisme de l'Église catholique, § 2353 : donc est finalement à éviter pour rester cohérent avec sa foi.

Pour rester cohérent avec sa vie spirituelle, le chrétien catholique est donc conduit à rattacher sa vie sexuelle à sa vie spirituelle, en conservant la première place à la spiritualité. Vivre en cohérence avec la foi catholique implique avant tout que la relation sexuelle s'inscrive dans une relation qui respecte l'autre, en tant qu'être spirituel, et qui ne risque pas de le rabaisser à l'état d'objetCf. , §11: « La sexualité [...] n'est pas quelque chose de purement biologique, mais concerne la personne humaine dans ce qu'elle a de plus intime. Elle ne se réalise de façon véritablement humaine que si elle est partie intégrante de l'amour dans lequel l'homme et la femme s'engagent entièrement l'un vis-à-vis de l'autre jusqu'à la mort. ».

La solution retenue par la spiritualité catholique est de « se donner » dans le mariage : on accepte d'être soi-même objet donné, pour ne pas transformer l'autre en objet. Dans le mariage, l'activité sexuelle n'est pas prise pour elle-même, mais est mise au service d'un but spirituel (créer un centre d'amour mutuel, contribuer au bien mutuel des époux, fonder une famille...) qui en devient la valeur première. La théologie du mariage s'appuie bien entendu sur des références bibliques, mais le nœud du problème est que le mariage catholique est un don mutuel permanent, essentiellement parce que toute autre solution conduit fatalement à « chosifier » le partenaire. Mais cette logique du don ne peut fonctionner que s'il est réciproque, et aussi -parce que c'est un don- s'il est permanent. Sinon, il n'est pas authentique. l’amour, qui devient alors une véritable découverte de l’autre, dépassant donc le caractère égoïste qui dominait clairement auparavant. L’amour devient maintenant soin de l’autre et pour l’autre. Il ne se cherche plus lui-même – l’immersion dans l’ivresse du bonheur – il cherche au contraire le bien de l’être aimé : il devient renoncement, il est prêt au sacrifice, il le recherche même. (Benoît XVI - Deus Caritas est, §6)

Sexualité et chasteté La chasteté est souvent confondue avec l'abstinence sexuelle. En réalité, dans l'approche catholique, la chasteté consiste à vivre sa sexualité d'une manière conforme à son état : les relations sexuelles dans un couple sont « chastes » quand elles traduisent une relation authentique de ce couple. « La chasteté signifie l'intégration réussie de la sexualité dans la personne, et par là, l'unité intérieure de l'homme, dans son être corporel et spirituel » (Catéchisme de l'Église catholique, §2337) « La vertu de la chasteté est placée sous la mouvance de la vertu cardinale de tempérance, qui vise à imprégner de raison les passions et les appétits de la sensibilité humaine » (ibid., §2341) La chasteté a donc un contenu positif et n'est pas uniquement une capacité de résistance. Jean-Paul II écrivait ainsi : « Si la chasteté conjugale (et la chasteté en général) se manifeste d'abord comme capacité de résister à la convoitise de la chair, par la suite elle se révèle graduellement comme capacité particulière de percevoir, d'aimer et de réaliser les significations du langage du corps qui demeurent absolument inconnues à la concupiscence elle-même et qui enrichissent progressivement le dialogue des époux en le purifiant et en le simplifiant en même temps »Audience du 24 octobre 1984. Karol Wojtyla signale également que la chasteté est condition d'un amour vrai. Elle s'oppose à l'utilisation de l'autre comme moyen, prônée par l'utilitarisme : « Seuls l’homme et la femme chastes sont capables d’aimer vraiment. La chasteté libère leur relation, y compris leur relation sexuelle, de la tendance à utiliser l’autre qui est objectivement incompatible avec la « bienveillance aimante », et ce faisant introduit dans leur relation cette « bienveillance aimante » ». La chasteté, dans l'enseignement moral chrétien, est une vertu, c'est-à-dire une disposition de la volonté qui lui permet d'agir facilement et avec qualité. Comme toute vertu, elle s'acquiert en se pratiquant. Karol Wojtyla précise ainsi : « La chasteté est une vertu difficile et dont l'acquisition demande du temps ; il faut attendre ses fruits et la joie d'aimer qu'elle doit apporter. Mais elle est la voie infaillible à la joie ».

Sexualité et procréation L'Église appelle les couples à exercer « une paternité et une maternité responsables », c'est-à-dire à accueillir les enfants de manière à la fois « généreuse » et « raisonnable » Paul VI, Humanæ Vitæ . Cette responsabilité s'exerce dans chaque acte sexuelHumanæ Vitæ 11. En effet, l'Église considère que l'acte sexuel comporte deux significations qu'il convient de ne pas séparerHumanæ Vitæ 12 : une signification unitive, c'est-à-dire que l'acte sexuel renforce l'unité des conjoints et leur communion, notamment par le plaisir partagé ; une signification procréative, c'est-à-dire que l'acte sexuel est susceptible de donner naissance à un enfant. L'encyclique Humanæ Vitæ pose comme principe moral que ces deux significations ne doivent pas être volontairement séparées, ce qui exclut de fait deux attitudes opposées : le refus de la signification procréative (le « sexe sans enfant ») : il s'agit des actes posés avant, pendant ou après l'acte sexuel dans le but de le rendre volontairement infécondHumanæ Vitæ 14 : . Tel est le cas de la contraception en général (pilule, préservatif, stérilet, etc), dans la mesure où le couple recherche le plaisir sans assumer la possibilité de donner la vie. En revanche, l'Église considère que les couples peuvent légitimement avoir une relation sexuelle inféconde, par exemple dans une période non fertile du cycle menstruel, ou en cas de ménopause, ou à la suite d'un traitement médical, du moment que le caractère infécond n'est pas recherché en tant que tel.