Bizerte ou Banzart ( ) est une ville du Nord de la Tunisie située entre la mer Méditerranée et le lac de Bizerte. Elle est le chef-lieu d'un gouvernorat peuplé de plus d'un demi-million d'habitants. La ville compte en 2014.
Géographie Localisation
vignette|gauche|Vue aérienne de Bizerte en 2012.
Elle se trouve à une soixantaine de kilomètres au nord-ouest de Tunis, la capitale du pays, et à cinq kilomètres du cap Blanc, la pointe septentrionale de l'Afrique. La ville se situe à la pointe sud-est d'un isthme sur la rive nord du canal de Bizerte reliant la mer au lac de Bizerte. Elle est reliée au reste de son aire urbaine située sur la rive sud du canal, formé par la localité de Zarzouna et les villes de Menzel Jemil et Menzel Abderrahmane, par un pont mobile qui débouche directement sur la RN8 menant à Tunis. Elle est située à une altitude de 33 mètres..
Outre la RN8, la ville de Bizerte est reliée à Tunis par l'autoroute A4, ce qui la met à environ de l'aéroport international de Tunis-Carthage. Elle est le chef-lieu d'un gouvernorat qui regroupe aussi les villes de Menzel Bourguiba à vingt kilomètres, Mateur à à l'ouest de Bizerte sur l'axe menant à Tabarka et à la frontière tuniso-algérienne et Sejnane à 67 kilomètres ; il en est de même des regroupements urbains autour d'Utique () et des villes de Ras Jebel () et El Alia () sur l'axe sud menant à Tunis.
Climat Bizerte bénéficie d’un climat méditerranéen, caractérisé par des hivers doux et humides et des étés chauds et secs. Située en bordure de la mer Méditerranée, la ville est influencée par des conditions maritimes qui modèrent les variations climatiques saisonnières..
Arrondissements La ville de Bizerte est composée de quatre arrondissements. : Médina, Aïn Mariem, Zarzouna et Hached. Histoire Antiquité Comptoir fondé aux environs de 1100 av. J.-C. par les Phéniciens. sous le nom d'A'Kra., la ville passe sous l'influence de Carthage après la défaite d'Agathocle de Syracuse. Elle est ensuite occupée par les Romains sous le nom d'Hippo, Hippo Accra, Hippo Diarrhytus ou Diaritus ou encore Zaritus. (Hippo-Zaryte dans le roman Salammbô de Gustave Flaubert.). Pline l'Ancien la mentionne dans son Histoire naturelle : . sous le nom latin d'Hippo Dirutus, qu'il présente comme une déformation de l'adjectif grec diarrhutos qui signifie .
La conquête d'Hippo-Diarrhytos par les Romains efface d'un trait neuf siècles d'histoire punique. Démantelée, la ville voit son territoire passer sous la coupe d'Utique qui prend le parti de Rome. Il faudra longtemps pour qu'une nouvelle ville romaine s'érige à la place du site punique d'Hippo Diarrhytus. Sous l'Empire romain, Hippo entretient des relations maritimes suivies avec Ostie et Rome, comme en témoigne une mosaïque décorant sa représentation commerciale dans la place des Corporations. Dès le , la ville et le territoire, sous l'action dynamique d'Augustin d'Hippone et l'impulsion de quelques évêques, les grands propriétaires terriens et l'aristocratie se rallient au christianisme.
Son nom arabe, Banzart, dérive d'une déformation phonétique de son nom antique..
Moyen Âge La ville est ensuite conquise par les armées arabes qui l'islamisent. À partir de 1050, le déferlement des tribus hilaliennes provoque l'effondrement de l'État ziride et le pays éclate en une multitude de petites principautés indépendantes. Bizerte n'échappe pas à la tentation séparatiste. La restauration de l'autorité des Almohades annonce une nouvelle rupture : quelque vingt ans plus tard, l'Ifriqiya accède au statut de province autonome et voit émerger la dynastie hafside.
Temps modernes
vignette|Entrée du fort de Bizerte construit au .
En 1535, les troupes de Charles Quint prennent la ville, mais les Ottomans les chassent en 1574.. Elle connaît alors, grâce à son port, sa première grande période de prospérité. C'est alors une base de course associée à Tunis.. En réaction, la ville subit le bombardement de la marine du roi de France en 1681. Les et , l'escadre du comte de Broves bombarde à nouveau la ville et détruit les installations du port. En 1784 et 1785, ce sont les Vénitiens qui bombardent la ville et le port avec des bombes incendiaires..
L'abolition de la piraterie en 1818. aurait pu porter un coup fatal à Bizerte mais le lac, dans lequel se reproduisent dorades, soles, mulets, loups et pageots si faciles à piéger quand ils regagnent la mer en empruntant le chenal qui traverse la ville, compense pendant quelques années ces pertes de revenus. Les Bizertins deviennent donc pêcheurs et c'est par centaines de tonnes que le poisson est exporté chaque année vers Tunis, l'Italie et la France.
En 1786, un décret beylical accorde à la France les droits exclusifs de la pêche du corail mais les contrebandiers suivent aussitôt. Génois, Catalans, Vénitiens, Siciliens, Pisans, Corses, ils fondent nombre d'entrepôts et de commerces dans l'îlot de R'baâ mais ne mettent qu'une cinquantaine d'années à détruire les massifs de corail.
Époque contemporaine En 1850, ces groupes ethniques ne sont plus que .
Protectorat français La France obtient l'autorisation de conquérir la régence lors du traité de Berlin en 1878.. Les navires de la marine française entrent dans le vieux port de Bizerte durant la campagne de Tunisie en mais, le , ils le quittent à la suite de pressions diplomatiques des Britanniques qui voient d'un mauvais œil la création d'une base militaire maritime à 250 milles de Malte.
vignette|Plan de Bizerte en 1890.
La France entreprend très tôt, en 1886, la construction d'un grand port du fait du rôle stratégique de la ville sur le canal de Sicile avec le creusement du chenal qui n'est achevé qu'en 1892 ; ce canal est creusé pour relier la mer Méditerranée au lac de Bizerte où est aménagée une rade. L'aménagement du port s'accélère notamment sous l'impulsion de l'amiral Gustave Besnard (ministre de la Marine) et du capitaine de vaisseau Joseph-Henri Merleaux-Ponty dans les années 1897-1898, avec la montée de la tension entre la France et le Royaume-Uni pendant la crise de Fachoda.. À une vingtaine de kilomètres plus au sud, de l'autre côté du lac, est fondée la cité de Ferryville, appelée de nos jours Menzel Bourguiba ainsi que l'arsenal de la marine de guerre française dit de Sidi-Abdallah. Sous le protectorat français, la ville croît rapidement : la municipalité de Bizerte est créée par le décret du .. En 1898, un pont transbordeur est édifié sur le canal pour joindre la ville à la rive sud du canal ; il reste en service jusqu'en 1909.
En , le gouvernement français autorise la flotte de l'Armée blanche de l'Armée des volontaires, dernier vestige de la flotte de la mer Noire de la marine impériale russe, à se réfugier à Bizerte. Les réfugiés russes sont répartis dans différents camps militaires français proches de Bizerte, Nador (ancien camp de prisonniers), Sfayat, Djebel Kébir pour les élèves de l’école navale, Djebel Djelloul, Tabarka, Aïn Drahim, Saint-Jean, Roumi et Chreck ben Chabane. Le dernier navire, le cuirassé Général-Alekseïev, est vendu à un démolisseur en 1935.. L'église Saint-Alexandre-Nevski de Bizerte, toujours en service, témoigne de cette époque.
En , le reliquat de la marine républicaine espagnole commandée par l'amiral Miguel Buiza Fernández Palacios est autorisée à pénétrer dans la rade de Bizerte par le gouvernement français. Elle compte trois croiseurs, sept contre-torpilleurs et un sous-marin et transporte ..
Résistance au colonialisme
vignette|Vue de l'avenue de France.
En dépit de relations souvent pacifiques entre les communautés européenne et musulmane, la ville de Bizerte a été un haut lieu de la résistance au colonialisme. À la fin de 1921, une première cellule du parti nationaliste du Destour est inaugurée dans la médina de Bizerte majoritairement peuplée de musulmans. Les premiers groupes de nationalistes locaux s'organisent à travers le parti et les syndicats autonomes de la Confédération générale des travailleurs tunisiens. En 1924, des heurts éclatent dans le cadre de conflits ouvriers : les émeutes dégénèrent à deux occasions en affrontements..
En , le mufti de Bizerte, le cheikh Idriss Cherif, promulgue une fatwa déclarant que les Tunisiens naturalisés français sont considérés comme des apostats et ne peuvent être enterrés dans un cimetière musulman. Cette fatwa est un élément clé de la contestation des naturalisations qui constitue l'une des revendications principales des nationalistes tunisiens dans les années 1930..
Le , des incidents ont lieu à la suite du décès d'un habitant musulman de la ville naturalisé français. Les groupes de Tunisiens se présentent autour du cimetière musulman pour empêcher l'inhumation du défunt dont la famille décide finalement de procéder à l'enterrement dans le cimetière européen. Le jour même, un naturalisé spahi veut enterrer son fils mort jeune dans le cimetière musulman, ce à quoi les habitants s'opposent également. La situation dégénère en affrontements avec intervention sans gravité des forces de l'ordre ; l'enterrement a finalement lieu..
Le , une manifestation quitte la cellule destourienne de la médina pour protester contre la déportation du leader local du parti, Hassan Nouri. À son arrivée dans la ville européenne, elle est prise à partie par les forces de l'ordre qui ouvrent le feu en faisant six morts parmi les manifestants, dont Salah Ben Ali, et une trentaine de blessés. Les meneurs dont Habib Bougatfa sont ensuite arrêtés..
Le , c'est lors d'un meeting populaire à Bizerte que Habib Bourguiba lance l'appel à la lutte armée afin d'accéder à l'indépendance. Cet appel lui vaut d'être arrêté avec d'autres chefs nationalistes le , prélude au congrès clandestin du Néo-Destour proclamant la lutte armée pour l'indépendance.
Seconde Guerre mondiale
vignette|Bombardement de la ville par des Boeing B-17 Flying Fortress en janvier 1943.
Lors du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Bizerte est l'un des plus importants ports militaires de la Méditerranée. La base aéronavale couvre alors une superficie de et comporte un complexe opérationnel composé de l'amirauté, d'un abri pour les torpilleurs et les sous-marins, d'une base d'aviation maritime (Kharrouba), d'une base d'aviation terrestre (Sidi Ahmed) ainsi que des postes de détection sur les hauteurs de la ville sans oublier l'arsenal et l'hôpital maritime de Sidi Abdallah. Cette infrastructure et l'emplacement stratégique de la base n'ont pas manqué d'éveiller l'intérêt des forces de l'Axe.
À la suite de l'opération Torch, l'amiral Derrien, alors commandant en chef du camp retranché autonome de Bizerte, qui avait initialement invité ses hommes à rejoindre les forces alliés, doit accepter le de mettre la base à disposition des forces de l'Axe après avoir reçu un ultimatum de trois heures de la part des Allemands. Cette décision prise en partie sous l'influence de Jean-Pierre Esteva, résident général de France en Tunisie aux ordres du régime de Vichy, aurait été aussi motivée par la volonté de protéger les infrastructures militaires et civiles de la ville. Les Alliés en font alors une cible privilégiée de leurs bombardements qui détruisent beaucoup plus d'objectifs civils que militaires. : alors que le port commandé par Lilienhoff-Zwowitzky est relativement épargné, la ville européenne est détruite à 77 % et les habitants la fuient pour se réfugier tant à Ferryville et Tunis que dans les villages alentour.