L'« ultramontanisme », ou « mouvement vers Rome », est un courant qui, au sein de l'Église catholique, affirme la primauté spirituelle et juridictionnelle du pape sur le pouvoir politique et donc la subordination de l'autorité civile à l'autorité ecclésiastique..

Étymologie Apparu pour la première fois en 1690, le terme (ainsi que l'adjectif italien ultramontano) est un emprunt au latin médiéval ultramontanus. , signifiant , donc , c'est-à-dire en Italie, plus précisément à Rome.

L'invention du terme d'ultramontanisme dans son acception catholique revient à un gallican étatiste convaincu, René-Louis d'Argenson, qui l'utilise dans son Journal en 1756René-Louis d’Argenson, Journal et mémoires, 1756, t. 9, p. 190. Dès le , le terme qualifie les juristes qui confèrent une valeur absolue aux décisions de la curie romaine.. Cette connotation devient surtout polémique au en faisant référence à un système despotique opposé à la république chrétienne, si bien que des historiens des religions comme Philippe Boutry tendent à préférer le terme d'« intransigeance ».

Contexte historique Origine Née au chez les catholiques français de la Ligue pendant les guerres de Religion, cette orientation est reparue au cours du face aux alliances non catholiques de . Au , l'ultramontanisme, soutenu principalement par les jésuites, entre en conflit avec le jansénisme parlementaire et gallican.

Apparu dès le début du , il défend la juridiction universelle du Pape et le développement de son influence à travers un renforcement du pouvoir pontifical.. La doctrine des ultramontains repose essentiellement sur deux principes, l'infaillibilité pontificale et la suprématie du spirituel sur le temporel.

Développement au C'est une orientation principalement française qui s'oppose alors au gallicanisme qui, lui, prône le développement d'une Église nationale. Au , l'ultramontanisme s'oppose aux idées issues des bouleversements politiques et technologiques de la Révolution française et industrielle. Dans ces temps d'émergence des mouvements nationaux, des réactions ultramontaines apparaissent également en Allemagne, en Belgique, en Suisse et au Canada. Le cadre historique dans lequel se développe l'ultramontanisme au est celui de la Restauration en France, c'est-à-dire d'un courant politique qui, à partir de , tend à prendre le contrepied de la Révolution française. Ses principaux penseurs sont Joseph de Maistre., Félicité de Lamennais et . Les changements économiques et politiques caractéristiques de la révolution industrielle s'accentuent au point que le noyau de la modernité semble devenir la technologie. Le catholicisme éprouve des difficultés à trouver ses marques dans ce contexte.

En même temps la lecture et l'écriture connaissent une grande expansion dans toutes les classes de la société, suscitant bien des remises en cause nouées dans un désir d'émancipation de l'individu.

Dès les années 1850, l’Europe et les États-Unis sont touchés par la révolution intellectuelle : on se retrouve en pleine effervescence sur le plan de l’alphabétisation. Au un public de lecteur s'est formé et c'est la raison même pour laquelle on crée une censure des œuvres. L'école primaire obligatoire et gratuite est dans la constitution dès 1848Constitution de 1848, ch. 2, art. 13. et la population alphabétisée passe de 30 % en 1830 à 90 % en 1850.. En France, la situation s'améliore doucement avec une brusque accélération entre 1865 et 1900Jean-Pierre Pélissier et Danièle Rébaudo, « Une approche de l’illettrisme en France : La signature des actes de mariage au dans « l’enquête 3 000 familles » », dans Histoire et mesure, volume 19n mis en ligne le 15 juin 2007, référence du 9 mars 2008.. Il en résulte que l'école sera le point focal du conflit entre les deux Frances.

Opposition idéologique au gallicanisme Les ultramontains s'opposent, en France, aux gallicans. Le clivage est d'abord ecclésiologique. Le gallicanisme prône l'existence d'une Église de France relativement indépendante du Saint-Siège et autonome au sujet des nominations d'évêques. Le gallicanisme ayant été porté à son paroxysme avec la Constitution civile du clergé de 1790, le retour à la monarchie avec la Restauration en 1814 a discrédité cet important courant ecclésiologique français.

Les idées ultramontaines s'imposent lentement grâce à l'action de nombreux apologistes, au premier rang desquels Lamennais, Montalembert, Blanc de Saint-Bonnet, Lacordaire, et d'évêques, en particulier Thomas Gousset et Louis-Édouard Pie. Les thèses romaines sont popularisées grâce au journal L'Univers de Louis Veuillot (à partir de 1840). Et le cercle de Mayence (ou cercle alsacien) d'André Raess contribue à répandre ces idées en Allemagne.

L'ultramontanisme, au départ mal vu par le clergé français, prospère face à la succession de déceptions vécues par les catholiques français après la monarchie de Juillet en 1830. Ne se sentant plus soutenus par un pouvoir d'essence catholique comme l'étaient la monarchie d'Ancien Régime et la Restauration, les catholiques se tournent vers le pape comme seul guide possible. Le concile Vatican I parachève cette évolution en 1870 : il consacre la primauté absolue du pape (celui-ci a autorité sur tous les autres évêques, les décisions d'un concile ne lui sont pas supérieures) et affirme l'infaillibilité pontificale quand le pape, en matière de foi ou de morale, prononce, en vertu de sa charge, solennellement et ex cathedra, qu'« une doctrine doit être tenue par toute l'Église ». L'installation de la Troisième République en 1871 enracine définitivement l'ultramontanisme parmi les catholiques français, en grande partie hostiles à ce régime dont les lois d'inspiration anticléricales des années 1880-1905 semblent leur montrer que le clergé n'a plus rien à attendre de favorable, et ce jusqu'au compromis de 1905 conduisant au vote de la loi de séparation de l'Église et de l'État.

Cette ecclésiologie a été aussi facilitée par le développement des communications (le chemin de fer qui rend le pèlerinage à Rome plus facile, la presse, etc.), et l'expansion géographique du catholicisme (missions). La perte de sa souveraineté temporelle en 1870 élargit l'audience religieuse du pape.

L'expression d'une piété Le ralliement du clergé aux thèses romaines exprime aussi une volonté d'unité autour de Rome, le siège apostolique. D'où l'adoption de la liturgie romaine dans tous les diocèses français et l'adoption d'une théologie morale romaine (celle d'Alphonse de Liguori). En philosophie, le pape Léon XIII privilégie le néothomisme. Les vecteurs de cette unité sont les congrégations romaines (congrégation de l'Index), les ordres religieux masculins qui se reconstituent (bénédictins, dominicains, assomptionnistes…), les séminaires nationaux fondés à Rome. Le pape, « vicaire de Jésus-Christ », devient lui-même un objet de dévotion.

relayées par de nombreuses confréries et associations pieuses, culte des saints, culte des reliques — importées de Rome…

Aujourd'hui, le terme ultramontanisme n'est plus guère utilisé puisque son contraire, le gallicanisme, a presque entièrement disparu.

Chefs ultramontains du Canada Ignace Bourget (1799-1885) ; Louis-François Richer Laflèche (1818-1898) ; Georges-Alexandre Courchesne (1880-1950).

Personnalités françaises Camille de Soyécourt : intervient dans la relation entre Napoléon Ier et l'Église catholique.. Le philosophe Joseph de Maistre Le journaliste et homme de lettres Louis Veuillot Le cardinal Louis-Édouard Pie Le philosophe Antoine Blanc de Saint-Bonnet

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Catherine Maire, Quelques mots piégés en histoire religieuse moderne: jansénisme, jésuitisme, gallicanisme, ultramontanisme, Annales de l’Est, Association d’historiens de l’Est, 2007, p. 13-43 . . . Philippe Boutry, « Ultramontanisme », dans Philippe Levillain (dir.), Dictionnaire historique de la papauté, Paris, Fayard, 1994, p. 1651-1653. Nive Voisine et Jean Hamelin (dirs.), Les Ultramontains canadiens-français, Montréal, Boréal Express, 1985 . Erich Garhammer, Seminaridee und Klerusbildung bei Carl August von Reisach. Eine pastoralgeschichtliche Studie zum Ultramontanismus des 19. Jahrhunderts Prof. Dr. Erich Garhammer, Würzburger Pastoraltheologe, feiert seinen 65

Articles connexes Catholicisme social Anticléricalisme Intransigeantisme Deux glaives Césaropapisme (terme opposé) Gallicanisme (terme opposé) Montanisme Res Publica Christiana Sédévacantisme Traditionalisme (Espagne) Catholicisme traditionaliste (post Vatican II)

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