Le vignoble d'Alsace est une région viticole française. Il s'étire en une étroite bande sur presque toute la longueur de la collectivité européenne d'Alsace, entre le massif des Vosges et la plaine du Rhin.

Les vins produits sont essentiellement des blancs (sous les appellations alsace et alsace grand cru), des mousseux (appellation crémant d'Alsace), ainsi que quelques rosés et rouges (appellation alsace). Le vignoble produit également une eau-de-vie, le marc d'Alsace. La réputation de la production vinicole alsacienne s'appuie sur des vins parfois puissants en termes d'arômes, de sucre et d'alcool, notamment le gewurztraminer, le riesling et le pinot gris.

Histoire Vignoble ancien Les débuts de la viticulture en Alsace sont difficiles à dater. Si des sources archéologiques récentes la font remonter à la période romaine, les historiens plus anciens la limitent au haut Moyen Âge.. La région fait partie, de la fin du jusqu'à la crise du , de la province de Germanie supérieure où se trouvent stationnées d'importantes forces militaires. La présence de ces garnisons, tout particulièrement celles composées d'un camp légionnaire situé le long du RhinLes camps légionnaires de la province sont ceux de Mogontiacum (Mayence), d’Argentorate (Strasbourg) et de Vindonissa (Windisch), avec des vexillations notamment à Oedenburg (Biesheim). Ces camps sont placés le long du Rhin pour faciliter leur approvisionnement, tandis que le limes est défendu par les auxiliaires. Source : ., nécessite l'importation de vin en provenance d'Hispanie puis de Narbonnaise. Ces besoins ont stimulé la naissance de la viticulture, notamment dans la vallée de la Moselle (province de Belgique) dont la production est exportée à CCAA (Cologne, capitale de la province de Germanie inférieure) et jusqu'en Bretagne.Michel Kaplan (dir.), Le monde romain, éditions Bréal, Rosny, 1995 , 241.. Les fouilles archéologiques menées depuis 1998 à Biesheim et KunheimLes fouilles du site d'Oedenburg, un camp de vexillation et un vicus situés sur les communes de Biesheim et de Kunheim dans le Haut-Rhin, ont fourni une foule d'informations sur l'alimentation (fosses à déchets et latrines) du au : orge, amidonnier, épeautre, millet, noisette, lin, pavot, olive, chanvre, amarante, arroche, chou, lentille, pois, fève, carotte, endive, pourpier, calebasse, anis, poivre, aneth, coriandre, fraise des bois, prunelle, aubépine, framboise, mûre, sureau, melon, concombre, figue, mûre, cerise, prune, pruneau, pêche et... raisin. Une partie de ces produits alimentaires sont importés (la totalité de l'approvisionnement en olive, calebasse, melon, figue, pêche et poivre ; on a même trouvé des maquereaux). « On relèvera la découverte de raisin (Vitis vinifera). Outre des milliers de pépins, nous avons aussi trouvé des fragments du fruit. Les points noirs observés à leur surface montrent, selon une communication orale de J. Wiethold, qu’il pourrait s’agir de raisins secs. Certains pépins sont mal développés, caractère que l’on retrouve dans la vigne cultivée. À notre connaissance, il s’agit de trouvailles uniques. » Il n'est pas fait mention de pressoir. Source : , 63. ont mis au jour des raisins datés par leur contexte du Haut-Empire. Étant donné la romanisation particulièrement lente de la province de Germanie supérieureLes cités de droit romain sont particulièrement rares dans la province de Germanie supérieure, avec au seulement les colonies d’Augusta Raurica (Augst) et de Noviodunum (Nyon), auxquels se rajoute sous les Flaviens celle d’Aventicum (Avenches). et la faible densité de population, la petite production locale ne peut subvenir au ravitaillement des troupes y stationnant, d'où le maintien des importations..

À partir du début du , la province est en partie conquise par les Alamans, qui traversent régulièrement le Rhin pendant toute la période du Bas-Empire romain pour piller les villes et les campagnes. Au , l'Alsace fait partie du royaume des Alamans, jusqu'à sa conquête par les Francs.

La viticulture ne connait un nouvel essor que sous l'influence des ordres monastiques au plus tard pendant la période carolingienne. La plus ancienne source littéraire. mentionnant la viticulture en Alsace date du début du , attestant l'existence d'une production vinicole dans plus de 160 lieux. Au Moyen Âge, les vins d'Alsace ou « vin d'Aussey » étaient réputés. Ils s'exportaient vers les pays nordiques par l'Ill puis au-delà par le Rhin.

Au , la zone de production s'étendait sur une surface deux fois plus grande que le vignoble actuel. De nombreux bâtiments, encore conservés aujourd'hui et datant du début de la Renaissance, attestent de cette période florissante. De cette époque date aussi la première tentative d'établissement d'une sorte d'appellation d'origine contrôlée : une association de vignerons de Riquewihr décida alors de la date officielle de début des vendanges, et définit les cépages à planter.

La guerre de Trente Ans mit fin à cette période faste et apporta dans la contrée la guerre, les pillages, la famine et la peste. Pratiquement tous les vignobles furent détruits. Après la fin de la guerre, la viticulture se reconstruisit, et la superficie plantée remonta jusqu'à en 1828.

Entre France et Allemagne vignette|Étiquette alsacienne du millésime 1884. En conséquence de la défaite française lors de la guerre de 1870-1871, la République française cède une partie de son territoire à l'Empire allemand, ce qui fait que de 1871 à 1918 l'Alsace fait partie de l'Empire allemand avec la Moselle sous le nom de . Pendant cette période, le pays était la plus grande région viticole allemandeRudolf Nickenig, 100 Jahre Deutscher Weinbauverband, Schriften zur Weingeschichte Nr. 181, Wiesbaden, 2013.. En 1892, une loi allemande autorise le mouillage (ajout d'eau au moût) : le volume de production est privilégié au détriment de la qualité, notamment en plantant des cépages hybrides ainsi que des très productifs (knipperlé, /sauerlamper, sylvaner, goldriesling, chasselas, ou oberlin noir), .. De plus, avec les ravages causés par le phylloxéra, le mildiou et le peronospora, l'industrialisation, le développement des transports ferroviaires bon marché et de la consommation croissante de bière, le vignoble se rétrécit en 1913 à une superficie de ( en Basse-Alsace et en Haute-Alsace).. Une succession de mauvaises années réduit énormément la production : le rendement dans le Bezirk Unterelsaß (le Bas-Rhin) descend à en 1909, puis 7,5 en 1910, 8,7 en 1912, 6,1 en 1913, 2,7 en 1914, 11,4 en 1915, 4,7 en 1916, 4,8 en 1917, remontant à 19,9 en 1918 et en 1919. La Première Guerre mondiale touche le vignoble par la mobilisation de la main d'œuvre, par les combats (limités à l'extrémité sud : offensive en Haute-Alsace d', puis bataille du Hartmannswillerkopf en 1915) et par le manque de produits chimiques.

vignette|« Le vin de la revanche », une du Petit Journal du 14 septembre 1919. Du 16 au , en application des conventions d'armistice, toute l'Alsace est occupée par l'armée française, puis cédée à la France par le traité de Versailles le . Ce traité prévoit que pendant cinq ans les produits alsaciens seront exemptés de douane à leur entrée en Allemagne.. En raison du maintien du droit local (correspondant aux lois françaises antérieures à 1871 et aux lois allemandes de 1871 à 1918), l'Alsace a un statut à part au sein des vignobles français, car la loi allemande du sur les vins y est appliquée jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale : mouillage et chaptalisation restent courants. Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale prive de nouveau le vignoble de ses vendangeurs : la mobilisation est partielle le , puis générale à partir du . Les combats de épargnent les vignes alsaciennes, qui sont annexées de facto à compter d' (au sein du Reichsgau Oberrhein, renommé Reichsgau Baden-Elsaß à partir de ). La vente vers la France et l'exportation sont devenues impossibles, remplacées par le marché allemand ; le service militaire obligatoire est imposé aux jeunes Alsaciens (les « malgré-nous ») à partir de 1942, un peu compensé par la distribution de prisonniers de guerre utilisés comme main d'œuvre. Les combats de la bataille d'Alsace (à partir de ) et surtout de la poche de Colmar (janvier-) ravagent une partie du vignoble et plusieurs villages (Mittelwihr, Bennwihr, Sigolsheim, Ammerschwihr, etc.)., d'où la nécropole de Sigolsheim, entourée de vignes.

Création des appellations La situation dans le vignoble évolue par l'ordonnance du , publiée au JORF du ., qui définit une appellation d'origine « vins d'Alsace » ou « alsace », encadrée tardivement comme appellation d'origine contrôlée par un décret du Décret du 3 octobre 1962 concernant l'appellation contrôlée vins d'Alsace ou alsace : obligation de mentionner appellation contrôlée sur les vins d'Alsace, publié au ., après négociation avec le Conseil interprofessionnel des vins d'Alsace (CIVA), créé pour l'occasion (décret du ). Le décret du . fait apparaître les dénominations de cépage. S'y sont rajoutées les appellations alsace grand cru (décret du Décret du 20 novembre 1975 relatif à l'appellation alsace grand cru, publié au .) et crémant d'Alsace (décret du Décret du 24 août 1976 relatif à l'appellation crémant d'Alsace, publié au .).

Les efforts sont depuis plutôt orientés vers la production de vins de meilleure qualité, la communication commençant à insister sur la notion de terroir. Allant dans ce sens, le décret de 2011 prévoit onze dénominations géographiques au sein de l'appellation alsace, tandis que les géographiques de l'appellation alsace grand cru deviennent autant d'appellations partageant le même cahier des charges, homologué par le .. L'idée d'obtenir de l'INAO la reconnaissance d'une série de premiers crus, qui prendrait place dans une hiérarchie entre les grands crus et les simples dénominations géographiques, est plusieurs fois proposée par l'Association des viticulteurs d'Alsace...

Vignoble vignette|353x353px|Carte de distribution des vignes en Alsace. Le vignoble s'étend sur toute la longueur de l'Alsace, le long d'un axe orienté du nord-nord-est au sud-sud-ouest. Les extrémités sont au nord à Wissembourg (dans le département du Bas-Rhin) sur la frontière franco-allemande (le vignoble se poursuit dans le Palatinat rhénan) et au sud à Leimbach près de Thann (département du Haut-Rhin). L'ensemble forme une mince bande de plus d'une centaine de kilomètres de longIl y a à vol d'oiseau entre l'extrémité du vignoble au nord de Wissembourg et les dernières parcelles à Leimbach, mais le vignoble n'est pas continue. pour une largeur allant de . L'ensemble de la zone de production est parcourue, sur une longueur de ., par la route des vins d'Alsace.

Il s'agit d'un vignoble de piémont, à cheval sur les collines sous-vosgiennes (les contreforts orientaux des Vosges) et la plaine du Rhin. Les vignes s'y développent entre environ d'altitude (point le plus bas autour de Dambach-la-Ville, en plaine d'Alsace) et (limite supérieure de la culture viticole en Alsace à Osenbach, d'altitude en haut du Rangen). La protection des Vosges entraine une semi-aridité, l'exposition majoritaire vers l'est favorise la maturité du raisin tandis que les pentes assurent le drainage.

L'influence allemande a, au cours des siècles, entraîné la mise en place d'une viticulture très différente de celle des autres régions viticoles françaises. Elle est, encore aujourd'hui, remarquable par les cépages utilisés et les méthodes de production.

Surfaces vignette|Vignoble d'Alsace.