thumb|400px|Localisation des coteaux de Gascogne, entre Adour et Garonne, en aval du piémont pyrénéen, dans le Grand Sud-Ouest français.
Les inondations de 1977 en Gascogne, engendrées par des précipitations inhabituelles provoquant la crue des cours d'eau des bassins versants situés au cœur de la région, ont occasionné des pertes humaines et des dégâts matériels sans précédent pour ce type d'événement dans cette partie du bassin aquitain et révélé le caractère insuffisant du système de prévention et l'inadéquation de la structure agro-hydrologique gasconne.
Déroulement de la catastrophe
Après un printemps frais et pluvieux dans la régionLambert et Vigneau, op. cit. p. 35, des orages localisés alternent, depuis le début du mois de juillet, avec des journées de forte chaleur. Dans la nuit du 6 au , les secteurs de Marmande et Condom connaissent d'importantes précipitationsLambert et Vigneau, op. cit. p. 17. La pluie tombe sans discontinuer sur toute la Gascogne depuis la soirée du : dès 19 heures, des paquets de cumulo-nimbus s'amassent au pied nord des PyrénéesLambert et Vigneau, op. cit. p. 21 et à 21 h, une progression est constatée (a posteriori) du sud-ouest vers le nord-est de la Gascogne, du plateau de Lannemezan à l'est de la Baïse jusqu'au bassin moyen de la Save. L'intensité des abats d'eau est telle que, en 5 heures, les villes de Castelnau-Magnoac et L'Isle-en-Dodon sont noyées sous 100 millimètres de pluieLambert et Vigneau, op. cit. p. 3.
Le à 3 heures du matin, la Save, transformée en torrent, ravage le village de vacances de L'Isle-en-Dodon. Cinq personnes trouvent la mort. Les vacanciers trouvent refuge dans les arbres du camping. La ville d'Auch n'est alertée qu'à 7 heures du matin, alors que le Gers a déjà dépassé la côte d'alerte de plus d'un mètre cinquante. Les villes de Masseube, Mirande, Lombez, Saramon, L'Isle-Jourdain, Lombez, Fleurance, sont menacées par la montée du niveau de la Baïse, de la Save, de la Gimone et du Gers ( 14 à Auch dès 9 heures du matin). Les services météorologiques publient, à 10 heures, pour les Gaves, l'Adour, l'Ariège et la Garonne (dans ses parties supérieure et moyenne), un avis de préalerte indiquant (toujours a posteriori) les chutes d'eau occasionnées lors des douze dernières heures par un corps pluvio-orageux stationné sur l'Ariège et les Pyrénées centrales. La Gascogne est oubliéeLambert et Vigneau, op. cit. p. 4.
Or, la pluie redouble d'intensité. À 9 h, la cote du Gers à Auch est de , atteignant dès 12 heures le niveau de la crue de 1952 ( 15). Le Gers qui, remontant par les égouts, a déjà envahi les rues de la basse ville autour de la « Patte d'oie », voit son débit augmenter de manière soudaine ( par heure) et importante ( 76 à 15 heures 40), gonflé par ses affluents, le Sousson et le Cédon : la basse ville est dévastée et coupée de sa partie haute, la crue ayant emporté deux ponts de la ville (pont Saint Pierre). Le Gers amorce sa décrue sur la ville dès 16 heures, toutes pluies ayant cessé sur la Gascogne. Cinq personnes sont tuées sur la ville d'Auch et y sont sinistrées.
Suivant sa course folle vers la Garonne, le Gers emporte sur son passage la petite ville de Montestruc pendant que les autres rivières inondent les plaines alluviales, arrêtées uniquement par les contreforts des coteaux de Gascogne. C'est ainsi que la station thermale de Castéra-Verduzan est ravagée en une heure par l'Auloue. Au matin du , le Gers atteindra la hauteur de 90 à Layrac, point de confluence avec la GaronneLambert et Vigneau, op. cit. pp. 7 et 40.
À 19 heures, alors que la pluie a cessé depuis 16 heures et que le Gers a amorcé sa décrue, le plan ORSEC est enfin mis en œuvre. Il mobilise jusqu'au CRS, 250 secouristes de la Croix-Rouge et plus de volontaires organisés au sein de 43 centres de secours déployés dans toute la région.
Le département du Gers comptera 51 communes touchées, plus de sinistrés dont à Auch, 16 morts, maisons endommagées, hectares ravagés et 18 ponts emportés. Les dégâts sont globalement estimés à 1 milliard de francs de l'époque..
Analyse des causes et des conséquences
L'analyse de la situation météorologique des journées des 6, 7 et 8 juillet 1977 a révélé une circonstance quasiment imprévisible et imparable sur laquelle les moyens de prévention ne seront jamais qu'incomplètement opérants : un « déluge » soudain et ininterrompu durant, par endroits, près de dix-sept heures avec deux épisodes paroxystiques dont un en milieu de nuit. Ce type de manifestation ne peut qu'être « subi », les prévisions météo les plus fines n'étant pas en mesure d'en prévoir l'intensité, la durée et/ou l'extension, et le calcul de la probabilité des périodes de retour des crues centennales ou millénales étant plus qu'aléatoire. Sauf, au mieux, à en diffuser l'alerte de manière à permettre aux citoyens et aux services publics de s'organiser.
Les efforts de prévention ont dès lors porté, certes sur l'amélioration des systèmes d'alerte des averses inondantesCf. la carte de vigilance « crues » du SCP Garonne, mais surtout sur les causes structurelles du désastre dont l'analyse a conclu à la nécessité de « faire la part de l'eau », de « laisser la place à la crue », en agissant sur la prévention de ses effets par une véritable politique d'aménagement et d'entretien du territoire et sur le respect de la législation sur les zones inondables par les rivières gasconnes, ce qui était bien loin d'être le cas en 1977, alors que ces effets n'étaient pas ignorés puisque la crue de 1952 était encore dans les mémoires, si ce n'est celle de 1897Lambert et Vigneau, op. cit., pp. 49 à 54.
Une cause conjoncturelle : la situation météorologique exceptionnelle
vignette|Les bassins versants de l'Adour et de la Garonne.
Le mois de juillet est, en Gascogne, un mois où se produisent d'intenses averses orageuses. En ce sens, l'averse du 6 pouvait ne pas révéler de caractère exceptionnel et rien ne laissait présumer l'ampleur qu'allait prendre ce phénomène lors des journées des 7 et , tant dans son intensité, que dans sa durée ou dans le déplacement de sa localisation et d'autant que les journées orageuses des 2 et 3 avaient été suivies d'un grand ensoleillement les 4 et 5Lambert et Vigneau, op. cit., pp. 50 et 17 :
La durée et l'intensité de l'averse
Roger Lambert et Jean-Pierre Vigneau donnent dans leur étude les informations suivantes extraites des données fournies par les pluviographes :
L'analyse plus fine de ces durées déjà extraordinaires pour une intensité aussi diluvienne les rend encore plus impensables de par les deux périodes paroxystiques qui sont venues aggraver la situation :
L'Isle-en-Dodon : en 1 h 15, entre 2 et 3 h le matin du 8, Castelnau-Magnoac : en 1 h, entre 2 et 3 h, Gimont : en 2 h, entre 4 et 6 h, L'Isle-Jourdain : en 2h entre 4 et 6 h.
Auch : pendant 5 h entre 7 h et 12 h puis encore entre 12 et 13 h (à comparer aux tombés entre 20 h et 7 h), Labéjan : en 2 h entre 11 h et 13 h (le « record », s'il est permis d'employer ce terme).
La localisation des précipitations
Ici les données ne sont plus fournies que par les pluviomètres.
Des causes structurelles
thumb|Le canal de la Neste et la source des rivières gasconnes, sur le plateau de Lannemezan, constituant le « système Neste ».
Le réseau hydrographique gascon
Le réseau hydrographique gascon est constitué, pour l'essentiel, de rivières prenant naissance dans le piémont pyrénéen, disposées selon une orientation sud-nord, puis est-ouest pour une partie, et complétées par de nombreux petits affluents latéraux. Le premier groupe de ces cours d'eau rejoint l'océan Atlantique après avoir traversé les départements des Landes et des Pyrénées-Atlantiques. Le deuxième traverse pour la plus grande part le département du Gers, en drainant d'étroits bassins versants, donnant au relief des coteaux de Gascogne l'apparence d'un éventail, pour enfin se jeter dans la Garonne.
Le système Neste
Dès le , une réponse est trouvée à l'importante question des besoins en eau posée, dès la fin du printemps, par l'étiage inquiétant que connaissent les rivières gasconnes à la suite du régime de hautes eaux de l'hiver. De la proximité avec la Neste, autre affluent de la Garonne et ruisseau des Pyrénées pouvant se transformer en torrent, naît l'idée d'utiliser cette réserve potentielle pour alimenter, aux périodes cruciales, les cours d'eau gersois asséchés : entre les années 1848 et 1862 est ainsi créé le canal de la Neste, un canal de 28 kilomètres, d'une capacité de cubes (portée à cubes dans les années 1950) qui, depuis Sarrancolin, va acheminer par gravitation jusqu'au plateau de Lannemezan les eaux de printemps stockées en prévision des besoins de l'été dans des réservoirs de haute montagne d'une capacité totale de 48 millions de mètres cubes.
Ce que l'on appelle désormais « le système Neste » est constitué du bassin versant de douze cours d'eau répartis sur les kilomètres carrés de la région géographique de Gascogne : la Neste (rattachée, elle, aux Pyrénées), le Bouès, l'Osse, la Baïse, le Gers, l'Arrats, la Gimone, la Gesse, la Save, la Louge, la Noue et le Lavet drainant les départements de Haute-Garonne, Gers, Hautes-Pyrénées et Tarn-et-Garonne, en région Midi-Pyrénées, et Lot-et-Garonne, en Nouvelle-AquitaineGrujard, op. cit., p. 228.
Les rivières gersoises
Dissociées de l'Adour et de ses affluents après la bifurcation de ceux-ci vers l'ouest en direction de l'océan, les rivières gersoises, principalement impliquées dans la catastrophe, et nées pour la plupart sur le plateau de Lannemezan, vont ouvrir leur éventail entre piémont pyrénéen et Garonne, rejointes par les nombreux cours d'eau qui prennent leur source sur les crêtes des coteaux de Gascogne.
<center> Réseau hydrographique gersois d'Ouest en Est Phénomènes particulièrement importants : paroxysmes pluviométriques 15px, destruction d'infrastructures 15px, pertes humaines 15px. {| class="wikitable" |-bgcolor="white" | width="15%" align="center" |Rivière | width="15%" align="center" |Source | width="20%" align="center" |Confluence | width="20%" align="center" |Principales villes traversées | width="30%"|Affluents |-bgcolor="white" | Gélise () | Lupiac | Baïse à Lavardac | Dému, Eauze | Izaute, Auzoue, Osse |-bgcolor="white" | Izaute () | Dému | Gélise à Sainte-Maure-de-Peyriac | Lannepax, Bretagne-d'Armagnac, Cazeneuve, Labarrère | Rieuze (), Launet (), Castillon () |-bgcolor="white" | Auzoue () | Bassoues | Gélise à Mézin | Courrensan, Montréal, Fourcès | Sanipon (), Tonnetau (), Répassat (), Larluzen () |-bgcolor="white" | Osse () | Plateau de Lannemezan à Bernadets-Debat | Gélise à Nérac | Montesquiou, Saint-Arailles, Vic-Fezensac, Mouchan, Gondrin | Lizet (), Guiroue () |-bgcolor="white" | Baïse () | Plateau de Lannemezan à Capvern-les-Bains | Garonne à Saint-Léger | Mirande, Valence-sur-Baïse, Condom | Petite Baïse, Baïsole, Gélise, Auloue |-bgcolor="white" | Petite Baïse () | Plateau de Lannemezan | Baïse à L'Isle-de-Noé | Ponsan-Soubiran, Viozan, Moncassin, Miramont-d'Astarac, L'Isle-de-Noé | Baïse Darré (), Galavette (), Sole () |-bgcolor="white" | Baïsole () | Plateau de Lannemezan à Lagrange | Baïse à Saint-Michel | Saint-Ost, Viozan, Sauviac, Cuélas, Saint-Michel | Lautan (), Léoup () |-bgcolor="white" | Auloue () | Saint-Jean-le-Comtal | Baïse à Valence-sur-Baïse | Ordan-Larroque, Antras, Jegun, Castéra-Verduzan 15px, Ayguetinte, Valence-sur-Baïse | Loustère (), Larros () |-bgcolor="white" | Auvignon () | Mas-d'Auvignon | Garonne à Feugarolles | Mas-d'Auvignon, Castelnau-sur-l'Auvignon, Gazaupouy | Petit Auvignon, Garaillon (), Lignats () |-bgcolor="white" | Petit Auvignon () | La Romieu | Auvignon à Montagnac-sur-Auvignon | La Romieu, Pouy-Roquelaure | Lambronne (), Saumenègre (), Grave () |-bgcolor="white" | Sousson () | Aujan-Mournède | Gers à Pavie