Nelumbo nucifera, le Lotus sacré ou Lotus d'Orient, est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Nélumbonacées originaire d'Eurasie. C'est une plante aquatique d'eau douce reconnaissable à son port en grande partie émergeant de l'eau, ses larges feuilles peltées dont la cuticule est hydrophobe, et à ses très grandes fleurs, à dominante de rose pour les variétés sauvages.

Récolté et cultivé depuis des milliers d'années comme plante alimentaire, médicinale, ornementale mais aussi plus récemment textile, ce lotus est la fleur sacrée dans les religions orientales (bouddhisme, brahmanisme), dans lesquelles les divinités sont représentées sur une fleur (ou un trône en fleur) de lotus. Le lotus sacré est la fleur nationale de l'Inde, du Sri Lanka et du Viet Nam.

Il n'y a que deux espèces dans le genre Nelumbo et dans la famille des Nélumbonacées, l'autre étant Nelumbo lutea, le lotus d'Amérique, à fleurs jaunes.

Taxonomie et étymologie Le nom scientifique complet actuellement valide est Nelumbo nucifera Gaertn.

L'étymologie du nom du genre Nelumbo vient du nom de la plante en singhalais, tandis que le nom d'espèce nucifera signifie « qui fournit des noix » en latin. Gaertn. rappelle que c'est Gaertner (ou Gärtner) qui est l'auteur de ce taxon.

Nelumbium nelumbo Druce et Nelumbium speciosum Willd. sont des synonymes anciens, qui ne sont plus acceptés par les botanistes. L'appellation Nelumbo nucifera Gaertn. est employée dans 96,2 % des publications y faisant référence. Le GIBF répertorie une quarantaine d'autres synonymes qui ne sont plus utilisés.

Parmi les autres noms vernaculaires français on peut citer : lotus des Indes, lotus magnolia et fève d'Égypte.

Confusions possibles vignette|Vue rapprochée d'un Nelumbo nucifera ou « Lotus sacré » Il ne faut pas confondre cette espèce avec Nymphaea caerulea, le lotus bleu et Nymphaea lotus, le lotus blanc, qui sont ceux représentés dans l'art et les hiéroglyphes de l'Égypte antique, également appelés lotus sacré. Ces derniers sont en réalité des nénuphars non apparentés à la famille des Nélumbonacées. Mais Nelumbo nucifera a été néanmoins introduit en Égypte par les Perses autour de 500 .

Le lotus sacré n'a rien à voir avec le genre Lotus (en français le lotier), qui rassemble des espèces de plantes de la famille des Fabacées.

Description Morphologie Le lotus sacré est une plante aquatique vivace.

Les racines Ses racines sont insignifiantes, situées aux extrémités de chaque tubercule du rhizome au niveau de la nodosité, de couleur brun très foncé et ne sont pas l'organe nourricier principal de la plante.

La tige ou rhizome Sa tige est un rhizome de de diamètre, de de long, fusiforme, spongieux, épais, cassants se développant horizontalement ou de façon légèrement oblique, comportant des cavités tubulaires en nombre variable dans la longueur du rhizome, produisant des tubercules qui s'aboutent les uns aux autres en lignes ramifiées, reliés chacun à l'autre par une nodosité, et fixés dans le fond de l'étang, la vasière ou le bassin artificiel.

Le pédoncule Le pédoncule, d'un diamètre d'environ , peut avoir une grande longueur selon la profondeur de l'eau, car la fleur ne pousse qu'au-dessus de la surface de l'eau (et non pas à sa surface comme les nénuphars) et même, généralement, au-dessus des plus hautes des feuilles. Bien que le lotus préfère des eaux peu profondes, la plante peut survivre jusqu'à de profondeur. Il émerge du rhizome près de l'emplacement des racines. Sa cuticule verte est coriace et épineuse. Sa structure en coupe transversale se présente comme celle du rhizome, avec 7 à 9 trous. Il ne porte qu'une seule fleur, sauf rarissime exceptionVoir l'article en anglais .

Les feuilles Ses feuilles sont vert glauque, arrondies et plus précisément peltées avec une nervure rayonnante, dont le pétiole, de même structure que le pédoncule des fleurs, est attaché au centre du limbe, celui-ci entourant le pétiole. Elles peuvent mesurer jusqu'à voire de diamètre et sont soit flottantes, planes et légèrement ondulée, soit érigées jusqu'à au-dessus de l'eau, orbiculaires, en forme de coupe, dont les bords parfois se retournent vers le bas. Leur surface a un aspect cireux et est particulièrement hydrofuge.

Les fleurs Les fleurs, de couleur blanc rosé de différentes nuances de roses, du très pâle au plus soutenu, tirant parfois un peu vers le carmin le mauve, même dans les variétés sauvages, avec un gradient de couleurs sur un même pétale, dont le bord est souvent plus intensément coloré. Ces fleurs sont grandes, de de diamètre, et comportent une vingtaine de pétales, de très nombreuses étamines et des pistils portés par un réceptacle aplati jaune qui verdit à la défloraison. Les pétales sont hydrophobes.

Le faux-fruit et les graines Le faux-fruit, à maturité, peut mesurer une dizaine de centimètres de diamètre ; ses faces latérales sont striées par des reliefs qui convergent vers le point d'attache du pétiole et le fond du faux-fruit est arrondi ; il est composé et constitué par le réceptacle floral charnu qui ressemble à une pomme d'arrosoir comptant de renfermant chacune un akène, c'est-à-dire un fruit sec à graine unique ne s'ouvrant pas tout seul et de la taille d'une petite noisette (environ 0,8 cm) (Publié initialement le 1er août 2010). La graine est enveloppée d’un péricarpe dur de couleur variable à maturité, allant du vert au brun presque noir, et qui fonce et durcit beaucoup avec le temps en séchant. Une fois le péricarpe ôté, la noix se sépare en deux, laissant apparaître au centre le germePour la morphologie dans son ensemble voir .

Physiologie et biochimie Croissance de la plante C'est une plante aquatique vivace d'eau douce, calme et peu profonde (moins de 2,40 m) des étangs, lacs, marais et berges tranquilles. Elle a besoin de beaucoup de soleil à la saison chaude. Elle supporte le froid hivernal à condition que les rhizomes eux-mêmes ne gèlent pas. Les rhizomes sont généralement suffisamment protégés dans la vase sous l'eau. Mais ce grand froid n'est pas indispensable à sa régénération d'une année sur l'autre. Elle est même parfaitement acclimatée sous des latitudes tropicales. Elle pousse bien dans un limon boueux saturé d'eau et riche en azote. D'où la nécessité d'un apport de fumier décomposé en culture.

vignette|gauche|Jeune feuille en train de se développer en se déroulant symétriquement des deux côtés en sens inverses Lorsque la végétation redémarre après la saison froide, pétioles et feuilles d'une part et pédoncules et fleurs d'autre part poussent à partir des nodosités des rhizomes restés enfouis dans la boue du fond du plan d'eau, pétioles et pédoncules étant de structure identique. Les feuilles poussent d'abord totalement enroulées à côté de leur pétiole auquel elles sont parallèlesVoir l'illustration sur la planche 18 de l'ouvrage de , puis elle se déroulent comme deux rouleaux de manuscrits enroulés en sens inverses, enfin se redressent progressivement formant une coupe posée perpendiculairement sur le pétiole.Durant toute la saison de croissance, on trouve au même moment des jeunes pédoncules avec leur bourgeon, des jeunes pétioles portant des jeunes feuilles encore enroulées, des feuilles bien vertes bien étalées planes et au bord ondulé flottant à la surface de l'eau et d'autres érigées plus ou moins haut au-dessus de l'eau, et d'autres feuilles en train de se dégrader, brunissant plus ou moins, des boutons de fleurs, des fleurs écloses, des fleurs fanées avec leurs étamines déhiscentes puis séchant et tombant, des faux-fruits encore bien verts et dressés vers le ciel sur leur pédoncule ou brunissant d'un brun plus ou moins foncé et alors, leur pédoncule se recourbant vers le bas, contenant leurs graines vertes ou déjà mûres ou ne contenant plus de graines qui sont déjà toutes tombées, tous ces phénomènes étant contemporains les uns des autres.

Les fleurs sont souvent érigées de façon solitaire, grandes et éclatantes, elles s'ouvrent tôt le matin et se referment en fin d’après-midi. Elles durent environ trois jours avant de commencer à se faner. Les deux premiers jours de floraison, les fleurs ont aussi la propriété d'être thermorégulatrices, elles génèrent de la chaleur, maintenant une température entre et pendant la période de pollinisation, ce qui aide à attirer les insectes pollinisateurs, principalement des coléoptères, en augmentant la volatilité des parfums floraux, légèrement anisés. Ces insectes jouent un rôle essentiel dans le processus de pollinisation de la plante.

Rôle dans le biotope Le Nelumbo a un rôle important dans l’écosystème aquatique. Il fournit de la nourriture et un abri à la faune, et aident à purifier l’eau. Par exemple, dans le nord du Queensland en Nouvelle-Galles du Sud en Australie, le lotus est utilisé en pisciculture car il absorbe l'excès de nutriments de l'eau constitué par les déchets des poissons, ce qui permet un recyclage de l'eau.

Particularités des feuilles Le nelumbo nucifera est une plante à feuilles caduques.

Des chercheurs se sont penchés sur la qualité superhydrophobe des feuilles et des pétales de lotus, pourtant bien connue expérimentalement depuis toujours : lorsque de l'eau tombe sur des feuilles, celle-ci ne ruisselle pas, ne mouille pas les feuilles, mais glisse dessus, entrainant avec elle toute poussière ou saleté, ce qui permet aux feuilles et aux fleurs de rester toujours impeccablement propres, sans souillure, malgré l'environnement aqueux souvent très trouble.

Le chercheur allemand Wilhelm Barthlott de l'Institut botanique de l'université de Bonn a montré comment les produits liquides les plus épais, les plus collants (miel), les plus gluants, les plus gras (huile), les plus colorants (tel le rouge Sudan III utilisé pour colorer les billets de banque dans l'attaque de fourgons de transport de fonds) non seulement n'adhèrent jamais à la feuille de lotus, mais de plus la nettoient de ses poussières en les entrainant dans sa glissade. C'est ce qu'on appelle l'effet lotus.

Et ces chercheurs ont découvert que cette qualité ne tient pas à des propriétés chimiques ou physico-chimiques, mais à des propriétés physiques de la surface de la feuille.

Particularités des graines Les graines du lotus sacré détiennent le record de longévité (dormance) en milieu naturel (hors conservation artificielle au sec)Un documentaire très complet de 52 min, du réalisateur Laurent Frapat, dans une coproduction franco-canadienne, et avec la participation de Jane Shen-Miller, , et Wilhelm Barthlott est diffusé en 2002 sur France 5. C’est l’un des six documentaires d'une série intitulée « Super plantes ». Il est visible in extenso sur internet en le cherchant dans les vidéos sur un moteur de recherche en indiquant « Graines d'éternité nelumbo » . En effet, une équipe de chercheurs de l'UCLA a réussi à faire germer une graine datant d'environ provenant du lit asséché d'un ancien lac à Pulantien, dans la province chinoise de Liaoning.