Jacques Alexis Thuriot de la Rozière, né le à Sézanne (généralité de Châlons, actuel département de la Marne), mort le à Liège (Royaume uni des Pays-Bas, actuelle Belgique), est un homme politique de la Révolution française.
Entre 1791 et 1795, il est député de la Marne à l'Assemblée nationale législative puis à la Convention nationale, où il vote la mort de Louis XVI et où il siège au Comité de Salut public.
Biographie Jeunesse Jacques-Alexis Thuriot est issu d'une famille bourgeoise. Son père, Claude Thuriot, est maître charpentier, époux d'Anne Royer.
Jacques-Alexis Thuriot effectue des études de droit. Il est reçu avocat au parlement de Paris.
La prise de la Bastille En 1789, alors qu'il est électeur de Paris, il prend part à la prise de la Bastille et est reconnu comme « vainqueur de la Bastille ». Il est représentant de la Commune de Paris pour le district de Saint-Louis-la-Culture.
Mandat à la Législative En 1791, la France devient une monarchie constitutionnelle en application de la constitution du 3 septembre.
Le même mois, Jacques-Alexis Thuriot, alors juge au tribunal du district de Sézanne, est élu député du département de la Marne, le dixième et dernier, à l'Assemblée nationale législative.
Il siège sur les bancs de la gauche de l'Assemblée. Dès l'ouverture de la session le 3 octobre, il est reçu au club des Jacobins.
Le 1er février 1792, il vote en faveur de la mise en accusation de Bertrand de Molleville, le ministre de la Marine. Le 9 avril, il vote pour que les soldats du régiment de Châteauvieux, qui s'étaient mutinés lors de l'affaire de Nancy, soient admis aux honneurs de la séance.
Le 2 juillet, alors qu'Auguste Vivier (député de l'Indre) accuse les membres du Comité des inspecteurs de la salle de partialité, Jacques-Alexis Thuriot dénonce le journal d'Antoine Barnave et d'Adrien Duport : [...] je demande [...] que l'Assemblée prenne des mesures contre les journalistes qui sans cesse insultent, calomnient les membres de l'Assemblée, et l'Assemblée elle-même. (Applaudissements des tribunes.) Je dénonce en particulier le Logographe qui continuellement altère la vérité et qui nécessairement est payé pour l'altérer (Applaudissements des tribunes.)Le 8 août, il vote en faveur de la mise en accusation du marquis de La Fayette.
La chute de la monarchie La monarchie prend fin à l'issue de la journée du 10 août 1792 : les bataillons de fédérés bretons et marseillais et les insurgés des faubourgs de Paris prennent le palais des Tuileries. Louis XVI est suspendu et incarcéré, avec sa famille, à la tour du Temple.
Le 2 septembre 1792, Jacques-Alexis Thuriot est élu l'un des douze commissaires adjoints au Conseil exécutif. Le 3, il est élu l'un des six commissaires chargés de se rendre au Temple « pour représenter au peuple qu'il est de l'honneur des Français de garder les otages que cet édifice renferme et sur lesquels la loi seule doit prononcer ».
Mandat à la Convention En septembre 1792, Jacques-Alexis Thuriot est réélu député de la Marne, le deuxième sur dix, à la Convention nationale. Il siège sur les bancs de la Montagne.
Le procès de Louis XVI Dès le , Jacques-Alexis Thuriot réclame la mise en jugement de Louis XVI : Les nations étrangères, pour leur propre liberté, réclament un grand exemple ; il faut que le tyran porte sa tête sur l'échafaud... (Interruptions et murmures.) [...] Je n'énonce pas mon opinion ; je dis seulement que si les crimes imputés à Louis sont démontrés, il doit périr sur l'échafaud [...]. Durant la même séance, il est élu, aux côtés de Jean-Jacques-Régis Cambacérès (député de l'Hérault), de Pierre Dupont (député des Hautes-Pyrénées) et d'Edmond Dubois-Crancé (député des Ardennes) pour informer Louis XVI que la Convention lui donne « la faculté de choisir un conseil ».
Lors des appels nominaux, il vote la mort, et rejette l'appel au peuple et le sursis à l'exécution de la peine.
Le député dantoniste Le 8 mars 1793, Jacques-Alexis Thuriot est envoyé aux côtés d'Étienne-Nicolas de Calon (député de l'Oise) auprès de la section des Arcis. Le 9 mars, il est envoyé en mission aux côtés de Philippe-Laurent Pons (député de la Meuse) dans le département de la Marne et de la Meuse afin d'y accélérer la levée en masse.
Le 13 avril, il est donc absent lors du scrutin sur la mise en accusation de Jean-Paul Marat. Le 28 mai, revenu de mission, il vote contre le rétablissement de la Commission des Douze.
Le , Jacques-Alexis Thuriot est élu président de la Convention nationale, et ses secrétaires sont Thomas Lindet (député de l'Eure), René Levasseur (député de la Sarthe) et Jacques-Nicolas Billaud-Varenne (député de la Seine). Le 10 juillet, il est élu membre du Comité de Salut public, le sixième sur neuf, par 155 voix. Le 20 septembre, il démissionne du Comité.
Les historiens Albert Mathiez, puis Bernard Gainot, estiment que Jacques-Alexis Thuriot siège aux côtés des dantonistes. Le 21 brumaire an II (le 11 novembre 1793), il est dénoncé et exclu du club des Jacobins par Jacques-René Hébert, qui l'accuse de s'être opposé à l'arrestation du général Adam Philippe de Custine.
Il prend part à la chute de Robespierre. Le 9 thermidor an II (le 27 juillet 1794), il demande que François Hanriot, le chef de la Garde nationale de Paris, soit décrété hors-la-loi.
Sous la Convention thermidorienne L'historien Albert Mathiez estime que Jacques-Alexis Thuriot, qui prend part dans un premier temps à la réaction thermidorienne, essaie « de se poser en arbitre entre les partis ».
Le 13 thermidor (le 31 juillet), il est réélu membre du Comité de Salut public lors de son renouvellement, le quatrième sur six par 298 voix. Le même jour, sur motion de Benoît-Louis Gouly (député de l'Île-de-France), il est réintégré au club des Jacobins.
Le 12 fructidor (le 29 août), sur sa motion, la Convention rejette la dénonciation de Laurent Lecointre (député de Seine-et-Oise) envers les anciens membres du Comité de Salut public et du Comité de sûreté générale. Le 6 frimaire an III (le 26 novembre), il appuie la libération et la réintégration de Georges Frédéric Dentzel (député du Bas-Rhin), décrété d'arrestation le 27 nivôse an II (le 16 janvier).
L'historienne Françoise Brunel estime que Jacques-Alexis Thuriot fait partie, comme Marc-Antoine Baudot (député de Saône-et-Loire), des députés dantonistes qui siège parmi les « derniers Montagnards ».
Compromis dans l'insurrection du 12 germinal an III (), Thuriot est décrété d'arrestation le 16 du même mois (le ). Il bénéficie de l'amnisitie votée lors de la séparation de la Convention.
Fin de carrière politique Sous le Directoire, Jacques-Alexis Thuriot est nommé, avec l'appui d'Emmanuel-Joseph Sieyès, commissaire du Directoire exécutif près le tribunal de Reims.
Lors des élections législatives de 1798, il est élu député de la Marne au Conseil des Cinq-Cents, mais son élection est cassée par la loi du 22 floréal an VI (11 mai 1798).
Retour à la magistrature Un an plus tard, grâce à l'appui de Sieyès, il est nommé suppléant auprès du tribunal criminel de la Seine. Après le Coup d'État du 18 brumaire, Thuriot est nommé juge titulaire de ce même tribunal. C'est ainsi lui qui en 1804 procède à l'interrogation de Pichegru, Moreau et Cadoudal. Durant la procédure ce dernier ne cesse de le railler, l'appelant avec mépris « Tue-Roi »Laurent Boscher, Histoire de la répression des opposants politiques: La justice des opposants politiques (1792-1804), Paris, 2006., par allusion à son vote régicide. Lorsqu'un jour il demande à Cadoudal ce qu'est devenu un portrait de Louis XVI autrefois en sa possession, le royaliste lui répond brutalement : « Et toi, citoyen Tue-Roi, qu'as-tu fait de l'original ? »Ibid.. Thuriot rédige ensuite le rapport du procès.
L'ancien conventionnel est ensuite membre de la Commission des émigrés, puis en 1805 substitut du procureur général de la Cour de Cassation. Il obtient après quelque temps une promotion comme avocat général. Le , il est fait chevalier d'Empire par Napoléon .
Exil et fin de vie Révoqué lors de la Première Restauration, Thuriot récupère sa charge durant les Cent-Jours. Considéré comme persona non grata après le retour de Louis XVIII sur le trône, il est banni du royaume en 1816 comme régicide.
Après avoir vendu ses biens dans la Marne, il s'exile à Liège. Il s'y installe comme avocat et meurt en 1829, un an seulement avant les Trois Glorieuses qui lui auraient permis de retrouver la France.
Son fils Alexis-Eugène Thuriot sera député en 1849.
Règlement d'armoiries
Sources
Bernard Gainot, Dictionnaire des membres du comité de salut public ; dictionnaire analytique biographique et comparé des 62 membres du Comité de salut public, Paris, Tallandier, 1990.
Notes et références
Annexes Articles connexes
Liste des membres de l'Assemblée législative par département Liste alphabétique des membres de l'Assemblée législative de 1791-1792 Liste des présidents et vice-présidents de l'Assemblée législative Montagne Liste des membres de la Convention nationale par département Comité de salut public Substitut du procureur
Liens externes
Une émeute à Orléans par Alexis Thuriot de la Rozière. Portrait de Thuriot
Bibliographie
Albert Soboul, Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, PUF, 2005
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