Les premiers comités d'action lycéens (CAL), qui apparaissent fin 1967 et joueront un rôle essentiel en , sont directement issus de la forte mobilisation dans les lycées pour lutter contre la guerre du Viêt Nam, dans le sillage du Comité Vietnam national et autour de personnalités qui ont combattu quelques années plus tôt pendant la guerre d'Algérie.

En mai 68, la France compte près de 400 CAL dans les lycées occupés et leur coordination nationale parisienne crée le journal Barricades le .

Après une scission qui donne naissance à l'UNCAL, les comités d'action lycéens dépérissent. Ils renaîtront sous diverses formes, sous la forme de coordinations à l'occasion des mobilisations de 1986 contre la loi Devaquet, en 1990 pour obtenir plus de moyens financiers pour l'éducation, en 1998 contre Claude Allègre, en 2005 contre la loi Fillon, et plus récemment en 2016 contre la loi El-Khomri.

Histoire

Contexte Le mouvement contre la Guerre du Vietnam déclenche des heurts avec l'extrême droite au Quartier latin, et des manifestations populaires dans la jeunesse des lycées du Quartier latin, en préparation desquelles l'extrême-gauche recrute des lycéens, parmi lesquels, un grand nombre d'enfants de résistants. Après Mai 68, la violence va continuer pendant deux ans dans ces lycées1969 - L'escalade de la violence stoppée à Louis-le-Grand, article d'Ivan Levaï en 1969, republié le 13/05/2019 par L'Express ..

Congrès MJCF de mars 1966, puis comités Vietnam de la rentrée En , plusieurs cercles lycéens du Mouvement jeunes communistes, à Colbert, Lavoisier, Carnot, Voltaire, Decour, Louis-le-Grand, Condorcet, Charlemagne, Henri-IV, Turgot deviennent des , car ils mènent campagne pour la mixité des cercles et pour une autre presse, « l’éducation théorique »Contribution des cercles Colbert, Lavoisier, Carnot, Voltaire, Decour, Louis-Le-Grand, Condorcet, Charlemagne, Henri-IV, Turgot au congrès fédéral parisien de mars 1966.. Lors du congrès du MJCF en 1966, un petit groupe mené par Maurice Najman critique sévèrement la non-mixitéGabriel Monod, Charles Bémont, Sébastien Charléty, dans la Revue historique (France) - 2000.

Puis à la rentrée 1966, Maurice Najman fonde avec Michel Recanati l'esquisse du premier comité Vietnam lycéen (CVL) au lycée Jacques Decour. Les lycées Turgot et Henri-IV suivent immédiatement.

Le Comité Vietnam Lycéen était particulièrement implanté au lycée Henri-IV et fut le point de départ du comité d'action lycéen. Parmi ses militants, le futur journaliste de Libération, Nicolas Baby, ou encore le futur ambassadeur et époux de Marisol Touraine, Michel Reveyrand-de Menthon.

Au cours de cet hiver 1966-1967, quatre futurs leaders de Mai 68 créent ainsi les premiers comités Vietnam lycéens, Joël Grynbaum au lycée Turgot, Nicolas Baby au lycée Henri-IV, Maurice Najman et Michel Recanati au lycée Jacques Decour. Ces comités de aux lycées Decour, Turgot et Henri-IV préfigurent les comités Vietnam lycéens (CVL) officiellement fondés en décembre, dont le succès inquiète le PCF qui exclut ses militants, lorsqu'ils en sont membres, des JC en .

Puis, Maurice Najman et quelques amis appartenant aux établissements Jacques Decour et Turgot créent des « Comités d'information et d'action pour le soutien à la lutte du peuple vietnamien », à Decour, Turgot, Henri-IV. Ils sont exclus du MJCF et rejoignent alors le Comité Vietnam national (CVN) fondé en par le mathématicien Laurent Schwartz.

Hiver 1966-1967 En 1966/1967, une classe de mathématiques supérieures au lycée Condorcet, après l’envoi au service militaire d’un de leurs professeurs, envoie une lettre au Monde et sort un tractRobi Morder, Les Cahiers du Germe trimestriels , 2002 .. Une manifestation réunit , le professeur fut libéré de ses obligations militaires. Quelque temps plus tard, un tract dénonçant les sanctions menaçant des élèves aux cheveux trop longs lance le mot d’ordre : « non au lycée-caserne ».

Le est organisé un meeting de plusieurs centaines de lycéens au Cinéma MongeSalle de plus de fauteuils, qui a fermé ses portes à la fin des années 1970 pour devenir un supermarché. autour de Jacques Decornoy, Léo Matarasso, avocat d'Henri Alleg, Jean-Pierre Vigier, secrétaire général du Tribunal RussellCf la tribune Libres opinions publiée dans Le Monde le 9 janvier 1968. Jean-Pierre Vigier titre son "papier" : La victoire des Vietnamiens. Il est présenté en bas de page ainsi : « M. J.-P. Vigier, maître de recherche au CNRS, secrétaire général du tribunal Russel, est rentré récemment d'un voyage dans les maquis du Laos et au Vietnam du Nord. Il a appartenu à l'état-major du général de Lattre de Tassigny lorsque celui-ci était inspecteur général de l'armée. », revenu du Nord-Vietnam pour témoigner sur les crimes de guerre américains, Claude Roy, le chanteur Marcel Mouloudji et le grand reporter Roger Pic, militant PCF, qui projette son film Malgré l'escalade, tourné au Vietnam.

Le meeting Monge s'avère un grand succès : au cours des mois suivants des comités naissent dans une vingtaine de lycées parisiens et quelques-uns apparaissent même dans les banlieues riches (Neuilly, Saint- Germain-en-Laye).

Le , Nicolas Baby, alors âgé de , est accusé d'avoir brûlé un drapeau américain arraché à la cathédrale américaine de Paris pour protester contre la guerre au Vietnam à l'occasion de la visite du vice-président américain Hubert Humphrey à Paris. La photographie de presse l'identifiant a été diffusée dans le monde entier. Il est sanctionné par une exclusion temporaire du lycée Henri-IV, mais cette décision est ensuite reportée face à la menace d'une manifestation d'ampleur.

Mobilisations de l'automne 1967 Dès la rentrée 1967, des mobilisations contre « les lycées-casernes » et pour la « liberté d'expression » sont animées par de jeunes « pablistes » dissidents des Jeunesses communistes et des militants protestants de l'Alliance des équipes unionistes, qui comme la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) et l'Union des étudiants communistes (UEC) a subi une reprise en main en 1965, l'équipe de rédaction du journal des étudiants protestants Le Semeur, étant désavouée par les dirigeants plus âgés.

Environ participent à la journée unitaire du contre la guerre du Viêt Nam, dont de nombreux lycéens, alors que le Mouvement de la paix, proche du Parti communiste français avait refusé en de les rencontrer pour organiser en commun une série de manifestations contre « l'escalade » au Vietnam.

Entre-temps, le , la chanteuse pacifiste Joan Baez est mise en prison aux États-Unis, avec sa mère activiste elle aussi, à Santa Rita (Californie), pour avoir apporté leur soutien aux objecteurs de conscience. Les Jeunesses communistes organisent des pétitions pour sa libération dans les lycées contestées par l'administration , ce qui débouche par exemple le sur l'interdiction de toute activité politique au sein du lycée Romain-Rolland d'Argenteuil, décision très contestée par les jeunes.

Le , un tract commun de l'UNEF et de divers syndicats de la FEN (enseignement supérieur et secondaire, bibliothèques, administrations universitaires...) lance une manifestation de plusieurs milliers de personnes pour le jour de la rentrée solennelle de l'université: étudiants et lycéens se mobilisent contre la réforme Fouchet des universités et contre les ordonnances sur la Sécurité sociale. Le , c'est une manifestation nationale de la Jeunesse communiste, patronnée par Jean Ferrat, militant pour la campagne « Un bateau pour le Viet-Nam ».

Le mouvement se poursuit et le , dans plusieurs lycées parisiens où existent des « Comités Vietnam Lycéens » (CVL), des militants arrivent à entraîner dans la grève des étudiants en terminale qui participent aux cortèges de l'UNEF ainsi qu'aux manifestations intersyndicales. Certains lycées parisiens sont en grève le , jour de l'appel de l'UNEF.

À la mi-décembre, il ne s'agit plus seulement du Vietnam mais de leur participation, en tant que comités lycéens, au Mouvement de 1967 contre les ordonnances sur la sécurité sociale, aux côtés de l'UNEF et à sa manifestation du 13 décembre 1967, avec notamment un meeting commun de la CGT et de la CFDT68 à Caen par Alain Leménorel, 2008, et une demi-douzaine de lycées ont déclenché une grève de solidaritL'explosion de mai, 11 mai 1968 par René Backmann, Lucien Rioux - 1968. Les principales manifestations en province ont eu lieu à Lyon (), Le Mans, Lille ( à ), Saint-Étienne (), Bordeaux, Grenoble, Rouen () ou encore Marseille, Le Havre, Dijon, Toulon ( à )Le Monde du 15 décembre 1967 à .. À Paris, Michel Perraud, président de l'UNEF et des représentants de la FEN ont pris la parole sur l'estrade de fortune. Lorsque des politiques comme Waldeck Rochet, Jacques Duclos et Claude Estier veulent y monter, ils décident finalement de s'abstenir à la suite de protestations attribuées à des militants CFDT. L'UNEF se bat au même moment contre la réforme Fouchet des universités La Signification politique de la réforme Fouchet, tract de mars 1966 . et les règlements des résidences universitaires, accusés de freiner la démocratisation des universités.

C’est au lycée Jacques-Decour qu'est créé, le , le premier comité d'action lycéen , lors d'un meeting rassemblant entre 100 et . Maurice Najman y prend une part très active. Un bulletin est édité dont la fonction est dans le titre : Liaisons. Le thème le plus mobilisateur, au-delà des questions pédagogiques et du problème de la sélection, est d’abord la lutte pour la « liberté d’expression ».

Maurice Najman fait la rencontre de Véronique Kantor, future femme de Coluche, qui milite elle au comité du Lycée Rodin, actif dans la réflexion sur la culture: il veut introduire la danse dans l’enseignement de la musique, car « l’expression corporelle […] a été jusqu’à présent une discipline totalement inconnue, et qui serait extrêmement bénéfique pour le développement et la personnalité de l’élève »<ref>La problématisation de la participation à travers l'histoire de la gouvernementalité, par Pierre Sauvêtre, dans la revue Participations en 2013 .</ref>.

Le 13 décembre 1967, les élèves de sept lycées parisiens avaient voté une grève contre la réforme Fouchet des universités, mais le proviseur du lycée Rodin à Paris devient célèbre car il déclare que ce vote est sans valeur, qu'il ne le reconnait pas parce que, selon lui, les lycéens, en tant que mineurs, n'avaient pas la possibilité d'effectuer ce type de consultationMai dix-neuf cent soixante-huit, page 100, par Wolfgang Drost, et Ingrid Eichelberg, 1986The French Student Uprising, November 1967 - June 1968 par Alain Schnapp et Pierre Vidal-Naquet - 1971.

Début 1968 Le Parti communiste français (PCF) rejoint le mouvement rebelle et fonde en janvier 1968 un Comité national d'action (CNA).

Au Lycée Condorcet, une grève a lieu le 11 janvier pour protester la décision de la direction de faire rattraper deux jours de classe non-travaillés du 21 et 22 décembre. En 1968, plusieurs journaux parmi lesquels Le Figaro se sont indignés de voir des très jeunes gens dans la rue et dès le 13 décembre 1967, plusieurs lycées avaient fait grève avec l'UNEF et les syndicats de salariés contre la réforme de la sécurité sociale. Au ministère de l'Éducation nationale on transmet des consignes de sévérité aux proviseurs"Lucien Rioux et René Backmann, L'Explosion de mai 1968. Histoire complète des événements, Paris, Robert Laffont, 1968.