thumb|upright|Alphonse-Joseph van Steenkiste, gentilhomme de S.S. le pape Léon XIII, comte par bref pontifical d'avril 1882, Chevalier de l'Ordre de Saint Sylvestre ou de la Milice dorée, décoré de la Croix de Mentana et de la médaille Benemerenti.
La noblesse pontificale comprend les familles – étrangères aux États pontificaux – qui ont été anoblies et titrées par les souverains pontifes, principalement après la disparition des États du pape en 1870.
La noblesse pontificale ne doit pas être confondue avec la noblesse romaine constituée par les anciennes familles féodales soumises à l'autorité du pape et par les familles romaines qui avaient rempli des charges importantes auprès du souverain pontife et composaient la noblesse civile..
La noblesse pontificale ne détient aucun pouvoir ni privilège en Italie et a la particularité d'avoir été conférée par les papes dans plusieurs pays qui ne la reconnaissent pas tous légalement. Les familles de la noblesse pontificale portent presque toujours un titre de noblesse.
Historique La souveraineté temporelle des papes ne remonte pas à une époque précise. La formation de leur domaine n’a été achevée qu’à l’aube des temps modernes après un long travail d’influence qui dura tout le Moyen Âge. Ce n’est qu’en 1623 qu’Urbain VIII termina la formation des États de l’Église en prenant possession du duché d'Urbino. Ces « États » se composaient alors principalement des États italiens (autour de Rome notamment) et français (le Comtat Venaissin et Avignon).
Le système féodal dominait dans ces États, comme dans ceux de l’Europe. La noblesse féodale des États situés en Italie était représentée par les grands barons feudataires qui s’opposaient aux communes et au patriciat civique. Dans les États « français », il existait aussi une noblesse féodale, à côté de laquelle se développait une noblesse acquise par les charges. Enfin, en plus des catégories de nobles déjà cités, le pape créait également des nobles sans fief. Le titre le plus connu était celui de « comte palatin ».
L’annexion des États pontificaux en France en 1791 marqua la fin de la souveraineté du pape sur le Comtat Venaissin (capitale : Carpentras) et l’État d'Avignon (c'est-à-dire la ville d'Avignon). Ces deux États ont une origine différente et leur administration le fut également pendant plus de quatre-cent-cinquante ans, quoique limitrophes. Quant à la noblesse des États « italiens », les souverains pontifes s’efforcèrent de lui enlever tous ses privilèges de juridictions pour ne plus lui reconnaître que des privilèges honorifiques.
À partir du (1815, 1827 et 1853), les souverains pontifes réalisèrent l’unité entre l’ancienne noblesse féodale, le patriciat civique et la noblesse qu’ils avaient créés, en même temps que le titre de comte palatin disparaissait au profit de celui de « comte romain », désormais accordé par le pape seul et non plus par ses représentants.
Privés de leur souveraineté temporelle, d'abord partiellement , puis complètement , les papes n’en continuèrent pas moins à accorder des titres à leurs sujets catholiques principalement italiens, français, belges, et espagnols, mais aussi natifs d'autres pays.
Distinction entre noblesse pontificale et noblesse romaine On distingue la noblesse pontificale de la noblesse romaine, constituée par les anciennes familles féodales soumises à l'autorité du pape et par les familles romaines qui avaient rempli des charges importantes auprès du souverain pontife et composaient la noblesse civile. La noblesse romaine est pontificale mais la noblesse pontificale ne fait souvent pas partie de la noblesse romaine.
La première est liée à la citoyenneté romaine, la deuxième s’étend aux citoyens des États pontificaux en dehors de la ville de Rome et à tous les sujets de l’Église catholique, membres de l’Église en tant que baptisés, même à l’extérieur de ce que furent les frontières de l’État pontifical. Les pontifes romains, au cours des siècles, élargirent ou reconnurent en effet différents types de noblesse.
La noblesse féodale dans les États italiens de l’Église La soumission de la féodalité, poursuivie aux , fut achevée par Jules II (Pax romana de 1511). Pie V, par la bulle Admonet nos du , régla le problème de l’inaliénabilité des fiefs et de leur récupération par le Saint-Siège. Urbain VIII, en 1639, accentua son emprise sur les grands feudataires en réglant le problème des titres joints aux fiefs. L’acheteur d’un fief devra obtenir l’autorisation de porter le titre du fief qu’il acquiert.
La noblesse féodale comprenait les descendants des grandes maisons qui, au Moyen Âge, s’étaient disputé le contrôle de Rome, comme les Colonna et les Orsini. À celles-ci il faut ajouter les familles amenées à Rome par les papes de la Renaissance, comme les Barberini, les Boncompagni, les Borghese, les Chigi, les Odescalchi. À cette noblesse appartiennent les familles des ducs et des princes romains qui représentent aujourd’hui l’ancien baronnage féodal.
La noblesse civile ou civique Elle est composée par ceux qui eurent d’importantes charges publiques. Dans la constitution Urbem Romam du , Benoît XIV fit rédiger le tableau des cent quatre-vingts familles romaines qui avaient rempli ces charges auprès du souverain pontife ou dans le gouvernement de la ville ; de celles-ci, soixante furent choisies pour former la classe des « coscritti » (litt. les conscrits), les patriciens conscrits romains, accentuant la dualité nobiliaire entre noblesse féodale et civile.
Après avoir retrouvé ses États en 1815 (Congrès de Vienne), le pape Pie VII rétablit l’ancienne noblesse dans ses provinces et confirma l’existence de la nouvelle (tout comme Louis XVIII en France). Il supprima définitivement le titre de comte palatin pour ne retenir que « comites » (comtes). Par son motu proprio du , il confirma l’abolition de la féodalité dans les provinces de l’État pontifical. C’est l’aspect politique des fiefs qui était supprimé par l’abolition de leur juridiction, mais le titre qui restait attaché au fief subsistait et devenait honorifique. Ce titre appartenait au possesseur du fief et non à la famille.
C’est cependant Pie IX qui, par chirographe du , mit fin à la distinction entre noblesse féodale, patriciat civique et noblesse créée par le pape ou ses représentants, en inscrivant le les familles princières et ducales des États romains qui avaient reçu ces titres du Saint-Siège dans le Livre d’or de la noblesse capitoline, c’est-à-dire au tableau de la noblesse de Rome institué par la constitution Urbem Romam. L’ensemble des inscrits, baronnage et noblesse civique, fut alors appelé patriciat romain.
Ainsi l’usage, depuis Grégoire XVI, de titre romain fut définitivement établi sous Pie IX. On parla désormais de titres romains et non plus de titres pontificaux.
Dévouée au service du pape, cette noblesse romaine montra sa fidélité au trône de Pierre en refusant de collaborer avec Napoléon III et en se serrant autour de Pie IX lors de l’invasion piémontaise. Après l’unification italienne de 1860, une grande partie de la noblesse romaine, par fidélité au pape, ferma ses palais et ses salons et renonça à occuper les premières places dans le nouveau royaume, en subissant, même d’un point de vue financier, de lourdes conséquences. Cette noblesse en deuil prit le nom de noblesse noire.
Malgré la disparition du pouvoir temporel, Pie IX, Léon XIII et leurs successeurs jusqu’à Paul VI maintinrent les grandes charges de la cour pontificale qui, avec le temps, étaient devenues héréditaires. Au sommet de la hiérarchie, les deux princes assistants au trône étaient les « chefs de nom » des familles Colonna et Orsini : le grand-maître du Saint-Hospice était le prince Ruspoli ; le « vessillifero » (porte-étendard) de la Sainte Église romaine, le marquis ; le grand écuyer, le marquis Serlupi-Crescenzi ; le commandant de la garde noble était toujours choisi parmi les princes romains.
Font donc partie de la noblesse romaine, au sens étroit, de jure : les anciennes familles féodales résidant à Rome ; les descendants des nobles énumérées dans la bulle Urbem Romam de Benoît XIV du ; les familles des papes, à partir de Benoît XIV.
Plus vaste est la noblesse pontificale qui comprend à son tour non seulement la noblesse d’origine féodale et civique de tous les États pontificaux, y compris les États pontificaux de France : Avignon et le Comtat Venaissin, mais aussi et, surtout dans les deux derniers siècles, les familles dont les titres émanent du pontife non comme souverain temporel mais comme souverain pontife, chef de l’Église catholique.
La noblesse dans les États pontificaux de France : Avignon et le Comtat Venaissin Les différentes catégories de noblesse Souverain temporel dans ses États, le pape créa donc des nobles et des titres, comme dans tout État organisé. La noblesse des États pontificaux de France se divisait en deux catégories bien distinctes. La première comprenait les familles venues autrefois des pays étrangers, d’Italie notamment, attirées par le séjour des papes et de leurs légats et la seconde, les familles originaires du pays, qui étaient le plus grand nombre. Ces dernières, en dehors de quelques familles féodales, acquéraient la noblesse soit par charge, soit par lettre d’anoblissement, c’est-à-dire par bref. Les trois premières charges anoblissantes étaient réservées à des Italiens, mais les dix autres pouvaient être données à des Français. La plus importante à laquelle un Français pouvait accéder était celle de primicier de l’université d’Avignon (chef des services). Cette charge donnait à son titulaire le bénéfice de la noblesse héréditaire.
Le pape Clément XII adressa au grand-maître de l’Ordre de Malte un bref daté du , par lequel il confirmait que la noblesse héréditaire était acquise aux primiciers de l’université d’Avignon, tandis que le roi de France leur accordait le titre de gentilhomme de sa Chambre. Beaucoup de familles comtadines arrivaient à la noblesse par le grade de docteur de l’université d’Avignon. Une bulle du pape Paul III déclara nobles les avocats-docteurs du Comtat. La charge de vice-recteur du Comtat donnait à son titulaire le bénéfice de la noblesse héréditaire.
Leur noblesse, personnelle sur la tête du premier docteur, devenait héréditaire et transmissible sans conteste si le fils du docteur devenait docteur lui-même. Certaines familles obtinrent des lettres de noblesse qu’elles firent enregistrer à la chambre apostolique ou à la rectorie (de la délégation d’Avignon).
Les habitants du Comtat Venaissin jouissaient des mêmes privilèges et étaient assimilés à la noblesse française. La noblesse du Comtat Venaissin « faisait » ses preuves devant Chérin et d’Hozier sans distinction en raison de son origine et elle était admise aux écoles militaires, aux pages et à toutes les charges et dignités du royaume.
Reconnaissance de la validité des titres pontificaux par le pouvoir royal Louis XV reconnut en France la validité des titres conférés par les papes en tant que souverains des États pontificaux, notamment par un édit donné à Versailles en qui créait dans tout le royaume des offices de banquiers expéditionnaires en cour de Rome et de la légation d’Avignon. Cet édit tarifait les droits à payer à la suite de l’obtention d’une bulle de comte palatin et précisait: « Parce que ladite création forme et requiert le titre de noblesse si on l’obtient avec la clause pro descentibus masculis et in perpetuum […] à cause de la perpétuité on ajoute aux frais ordinaires cent dix livres […] »