L'ours dans la culture des populations humaines en contact avec cet animal, qui partagea longtemps son biotope avec elles, a toujours occupé une place particulière. Dès l'époque préhistorique, il a incarné une divinité. Si la thèse du culte de l'ours au paléolithique moyen est controversée, de nombreuses formes de vénération liées à sa chasse et associées à des rites parfois violents sont plus tard attestées dans de multiples sociétés autour du monde. L'ours a été considéré comme un double animal de l'homme, un ancêtre tutélaire, un symbole de puissance, de renouveau, du passage des saisons, et même de royauté, puisqu'il fut longtemps symboliquement le roi des animaux en Europe. Étroitement associés à des pratiques et traditions animistes « païennes » parfois transgressives, l'ours et ses cultes furent combattus par l'Église catholique lors des évangélisations successives, ce qui conduisit à la dépréciation et à la diabolisation progressive de l'animal, jusqu'à lui donner une réputation de goinfrerie et de stupidité au Moyen Âge. Les traditions liées à l'ours survivent toutefois dans quelques communautés des régions septentrionales telles que la Sibérie, la Laponie, chez les Amérindiens, mais aussi dans les Pyrénées ; elles furent largement étudiées par les ethnologues. L'ours et le souvenir de ses cultes ont fortement marqué l'imaginaire et la culture populaire en général.

L'ours est en effet présent dans un grand nombre d'histoires mythologiques ou folkloriques remarquables par leurs nombreux points communs, puisqu'elles le mettent souvent en scène aux côtés de jeunes femmes dont il tombe amoureux et qu'il enlève, parfois pour leur faire des enfants dotés d'une force surhumaine. Sa puissance brute et son insatiable appétit sexuel y sont mis en avant, ainsi que son anthropomorphisme, pour en faire une sorte d'homme sauvage et d'initiateur d'unions fécondantes. De nombreuses croyances populaires lui sont associées : ainsi, au Moyen Âge, la femelle était censée lécher longuement ses petits qui naissaient ébauchés et avant terme afin de les ranimer et de leur donner forme (d'où le terme d'« ours mal léché »), et on a longtemps cru que ces animaux survivaient à l'hivernation en se léchant les pattes. Symbole de la Suisse, de la Finlande, de la Russie ou encore de la Californie, l'ours a donné son nom à de nombreux lieux tels que la ville de Berne ainsi qu'à deux constellations, et a inspiré proverbes et expressions populaires.

À l'époque moderne, l'ours est surtout associé à l'enfance à travers l'ours en peluche, devenu l'un des jouets les plus populaires de tous les temps. Ainsi sont apparus les « ours mignons » qui consolent les enfants, en particulier dans des films et séries d'animation, ainsi que les confiseries en forme d'ours. Le lien entre l'ours et l'enfant est purement affectif et émotionnel, et l'animal familièrement surnommé « nounours » ou .

Époque préhistorique L'époque préhistorique est celle d'une cohabitation étroite entre l'Homme et plusieurs espèces d'ours. Michel Pastoureau pense que .

Culte de l'ours thumb|left|Crâne d'ours des cavernes. L'existence d'un culte de l'ours religieux et symbolique dans les grottes préhistoriques est évoquée dès 1920.. On retrouve plus tard ce culte dans de nombreuses sociétés d'Europe, d'Amérique du Nord et d'Asie avec d'innombrables témoignages à l'appui. La question de son ancienneté au paléolithique moyen fait depuis plusieurs décennies l'objet d'un débat entre chercheurs et historiens : les sceptiques, comme André Leroi-Gourhan. et Frédéric Édouard Koby., ne voient dans la présence d'ossements et de crânes d'ours aux côtés de ceux des hommes et dans certaines positions que des coïncidences ou le résultat de phénomènes taphonomiques, qui ont donné naissance à une légende.. Le nombre d'ossements d'ours retrouvés dans ces grottes est toujours extrêmement important, mais la question demeure de savoir s'ils ont été amenés par les hommes, ou s'ils proviennent d'ours morts naturellement. Selon Michel Pastoureau, des os et crânes d'ours semblent avoir été volontairement disposés de manières particulières., et , mais les préhistoriens opposés au culte de l'ours sont majoritaires au début du Marina Pacher, « Polémique autour d'un culte de l'ours des cavernes » dans ..

La plus ancienne trace connue d'association possible entre l'ours et la culture humaine figure dans la grotte du Regourdou, en Périgord. et près de Lascaux, où l'on a retrouvé en 1965 une sépulture humaine datée de avant notre ère et celle d'un ours brun sous une même dalleEugène Bonifay, « L'homme de Néanderthal et l'ours (Ursus arctos) dans la grotte du Regourdou » dans .. Cette grotte fut alors vue par les préhistoriens comme . Selon la thèse soutenue par Christian Bernadac, cet animal aurait pu être le . Au paléolithique supérieur, soit environ avant notre ère, les preuves d'une association symbolique de l'ours avec l'homme sont plus solides, entre autres à la grotte Chauvet, en Ardèche, où des crânes d'ours probablement disposés volontairement de manière rituelle ont été retrouvés.. La consommation de viande d'ours semble également avoir été courante..

Art préhistorique thumb|left|Divers objets d'art préhistorique représentant des animaux, dont (figure 3) un grand ours des cavernes. thumb|Peinture pariétale connue comme , dans la grotte de Magoura.

L'ours figure dans l'art pariétal dès avant notre ère, et représente environ 2 % des dessins animaliers dans les grottes d'Europe occidentale. La grotte Chauvet contient plus de quinze représentations d'ours mais ces animaux ne sont présents que dans un dixième des paléolithiques connues en 2007, comme celle des Combarelles, de Montespan et des Trois-Frères., où est représenté un personnage thérianthrope avec des pattes antérieures d'ours.. Bien que les ours aient fait des cavernes leur habitat favori, elles n'ont vraisemblablement pas été habitées par les hommes qui en décorèrent les parois.. Une célèbre statue en argile, un temps la plus ancienne statue attestée, datant d’environ avant aujourd’hui, représente un ours..

Différentes hypothèses existent concernant la signification des dessins. L'abbé Breuil évoquait un rituel de protection pour la chasse mais l'idée fut abandonnée. Ces dessins furent également vus comme les représentations de mythes sur l'origine des clans ou des emblèmes totémiques.. Plus récemment, une hypothèse évoque une fonction chamanique, et la représentation des visions du chaman durant sa transe..

Dans l'art mobilier, des ours ont été représentés sur tous les supports d'expression habituels : matériaux lithiques (plaques de schiste, calcaire), matériaux osseux (os, bois de renne…). On connaît quelques modelages d'argile provenant de République tchèque (site de Dolní Věstonice).

Une thèse défendue en 2009 a fait état de près de 200 représentations d'ours dans l'art préhistorique, surtout attribuées à la période magdalénienne. Il semble qu'il soit impossible de discriminer les représentations d'ours des cavernes de celles d'ours bruns à travers leur simple représentation, qui obéit plutôt à des volontés d'exagération ou de simplification des formes qu'à une stricte reproduction naturaliste..

Cultes et traditions de l'Antiquité au Moyen Âge en Europe Les nombreuses traces des traditions et des cultes liés à l'ours dans l'Antiquité semblent toutes issues de traditions et concernent des rites de passage ainsi que des initiations dont on retrouve trace dans les récits héroïques qui ont marqué l'Europe entière..

L'ours brun voyait sa force et sa combativité mises en valeur parmi les animaux du cirque de la Rome antique.. Les mœurs de cet animal furent étudiées puisque l'Histoire naturelle de Pline l'Ancien évoque l'hivernation, la vie de l'ours au rythme des saisons, son amour du miel, son anthropomorphisme, et conclut en disant qu'. Il servira d'inspiration aux nombreux auteurs de bestiaires et d'encyclopédies du Moyen Âge et de la Renaissance.

Antiquité grecque thumb|right|La déesse Artémis est étroitement associée à l'ours. Selon Michel Pastoureau, bien que les auteurs de la mythologie grecque n'évoquent pas directement leurs croyances concernant l'ours, il est évident que cet animal possède une symbolique particulière en Grèce antique au regard des preuves apportées par les textes de la mythologie : il n'était pas une divinité, mais l'attribut de certains dieux. La plus vieille légende archétypale d'ours amateur de femmes serait celle de Pâris, nourri du lait d'une ourse, qui enlève ensuite Hélène et provoque la ruine de Troie.. Un rituel est mentionné par Pausanias : les guerriers d'Arcadie revêtaient des peaux d'ours avant de partir en guerre contre Sparte (VIII, 4 et X, 9)..

Artémis est parfois désignée comme : elle prend en effet l'apparence de cet animal et son nom dérive de la racine indo-européenne de l'ours. ; de plus, les prêtresses de ses temples (dont certains sont en lien avec une légende d'ours) étaient parfois nommées arktoi, qui signifie .

Il existe plusieurs variantes de l'histoire de la nymphe Callisto, qui avait fait vœu de chasteté sous la protection d'Artémis mais fut séduite et trompée par Zeus. Tombée enceinte et incapable de cacher son état, elle reçut une flèche d'Artémis qui la changea en ourse et la délivra de son enfant, Arcas (II, 401-496). (dont le nom fait de nouveau référence à l'ours).

thumb|left|L'ours a donné son nom à deux constellations, la Grande Ourse et la Petite Ourse, liées à la légende de Callisto et d'Arcas.

Arcas grandit et devint roi d'Arcadie. Durant une partie de chasse, il aperçut sa mère sous forme d'ourse et s'apprêtait à la tuer quand Héra (ou Zeus) changea Callisto en constellation de la Grande Ourse, tandis qu'Arcas devenait la Petite Ourse ou l'étoile Arcturus. Selon les versions, ils sont tous deux punis par l'Océan qui les condamne à tourner autour du pôle Nord sans jamais pouvoir se reposer, ou par Héra qui exige cette punition (II, 409-507). (III, 8). (II, 153-192)..

Il existe aussi une version ancienne de la légende d'Iphigénie où elle est sauvée de la mort par une métamorphose, non pas en biche, mais en ourse.. L'héroïne Atalante aurait été recueillie et nourrie par une ourse après sa naissance ; après son mariage avec Hippomène, le couple oublia de remercier Aphrodite qui, selon la version la plus courante, les changea en lions. Cependant, il existe une version dans laquelle Artémis les change en ours (III, 106). (X, 560-568).. Pâris, héros de la guerre de Troie, a lui aussi été allaité par une ourse (III, 148-150).. Des cas de passions entre humains et ours sont évoqués, ainsi Polyphonte eut-elle Agrios et Orios de son union avec un oursAntoninus Liberalis, Métamorphoses (XXI)., et une ourse enfanta Acrisios avec Céphale..

Peuples celtes et pyrénéens thumb|right|Statuette votive dédiée à Artio, parmi une collection de figurines en bronze gallo-romaines du trouvées en Suisse, près de Berne 1832.