Pordenone (en frioulan et en dialecte pordenonais vénète : ) est une ville d'Italie d'environ , siège de l'organisme de décentralisation régionale de Pordenone, située dans la région autonome du Frioul-Vénétie Julienne.

Principale ville du Frioul occidental, bâtie sur la rive ouest du Noncello (dont le cours se termine juste au-delà de la rivière Meduna, principal affluent de la Livenza), au centre d'une zone urbaine d'environ 86 000 habitants constituée avec la commune de Cordenons à l'est, et celle de Porcia à l'ouest, sa vocation portuaire passée se manifeste dans le nom de Portus Naonis (en latin « port de la Naone » ou « Noncello »).

Ancienne capitale de la province du même nom, elle est le siège de l'organisme régional de décentralisation homonyme (EDR), institué par la loi régionale (« Exercice coordonné des fonctions et des services entre les autorités locales du Frioul-Vénétie Julienne et création d'organismes régionaux de décentralisation »), et créé le . Même après la suppression de la province, la commune de Pordenone a conservé les prérogatives liées à la qualification de « capitale provinciale »Art. 46 del la loi régionale du ..

Géographie Le territoire de Pordenone est situé dans la basse plaine du Frioul de la plaine du Pô, au sud des Préalpes carniques. L'emplacement de la première colonie n'est pas accidentel : elle était située sur une route alternative à la via Postumia, appelée « stradalta », qui reliait les villes romaines d' Opitergium (Oderzo) et Iulia Concordia (Concordia Sagittaria) avec Bellunum (Belluno) et Iulium Carnicum (Zuglio) et le Norique.

La basse plaine de Pordenone est caractérisée par une abondance d'eau et le phénomène d'exsurgenceLivio Poldini, Due tipici habitat della pianura pordenonese. "Magredi" e risorgive, dans Le Tre Venezie, Anno XI, n. 9, peptembre 2004, pp. 6-15..

Histoire

Antiquité À l'époque romaine, le noyau urbain est situé dans le cours supérieur du fleuve Noncello, à peu près à l'endroit où se trouve aujourd'hui le hameau de Torre. Les origines romaines de la ville ont été confirmées par les découvertes qui ont eu lieu au : le comte Giuseppe di Ragogna, aristocrate propriétaire du château de Torre, a trouvé, à la suite d'une campagne de fouilles (1940-1948 ; 1950-1952), les vestiges d'une villa romaine, également utilisée comme site de transformation et de stockage de produits agricoles et marchandises. La richesse des trouvailles, telles que des fragments de fresques habilement réalisées à la main et des matériaux de mosaïque raffinés, reflète la grande richesse des propriétaires. Le lieu a probablement été choisi pour la présence, plus au nord, d'un grand gué fluvial, facilement accessible à pied depuis la « villa », où se trouvait probablement aussi un petit débarcadèreCfr. Diplomatarium Portusnaonense, a cura di Giuseppe Valentinelli, Pordenone, Concordia sette, 1984..

Moyen Âge Avec le début du Haut Moyen Âge (à partir du ), les voies fluviales prennent une plus grande importance et le noyau de la ville se déplace vers la vallée, dans une position qui permet le débarquement de plus gros bateaux. La ville se développe alors sur la rive droite du fleuve Noncello, près d'un bras de mer qui profite d'une motta (butte, remblai) entourée à l'ouest par le canal de la Codafora et au nord-est par celui du Molini, prenant le nom de Portus Naonis.

Comme le reste du Frioul, elle fait partie du duché du Frioul et plus tard de la Marche du Frioul, même si toute la période allant de l'époque romaine jusqu'au environ est peu documentée. Des découvertes récentes dans la zone de la cathédrale Saint-Marc, et en particulier dans la zone devant la mairie et sous le Palazzo Ricchieri, montrent que Pordenone est habitée, à peu près sous le règne de Bérenger Ier de Frioul, par des populations de Carinthie, qui à l'époque sont de culture slave. La première mention probable de la ville de Pordenone se trouve en 1204 dans le carnet de voyage de Wolger, évêque de Passau, qui deviendra patriarche d'Aquilée.

Pendant une courte période où la ville fait partie intégrante de la patrie du Frioul, au début du , probablement après 1221, les Babenberg, ducs d'Autriche et de Styrie et anciens seigneurs de Cordenons, obtiennent des seigneurs de Castello, vassaux du Patriarcat, la domination de Pordenone : les membres de la famille royale d'Espagne, plus récemment Felipe VI, portent toujours le titre de seigneurs de PordenoneAbdica Juan Carlos "signore di Pordenone" - Tra i tanti titoli che il sovrano di Spagna cederà al figlio c’è anche quello che lo lega alla provincia (Abdica Juan Carlos "seigneur de Pordenone" - Parmi les nombreux titres que le souverain d’Espagne cédera à son fils, il y a aussi celui qui le lie à la province), dans Messaggero Veneto, 3 juin 2014.<ref>Re Juan Carlos di Borbone abdica e lascia anche i suoi 'titoli friulani'. Una piccola parte del palmarès del monarca spagnolo è legata al nostro territorio. Al titolo di re di Spagna vengono infatti associate due onorificenze 'local''' (Le roi Juan Carlos de Bourbon abdique et laisse aussi ses 'titres frioulans'. Une petite partie du palmarès du monarque espagnol est liée à notre territoire. Au titre de roi d’Espagne sont en effet associées deux distinctions 'local'), dans UDINETODAY, 3 juin 2014.</ref>, duc de Carinthie et de Styrie. Les Babenberg donnent en concession aux seigneurs locaux, dont les di Ragogna, les tâches d'administrateurs et de collecteurs de dettes. Avec l'extinction de la famille Babenberg en 1246, leurs possessions reviennent à Frédéric II (empereur du Saint-Empire).

Pordenone est conquise par le roi Ottokar II de Bohême lors de son occupation des duchés d'Autriche, de Styrie, de Carinthie et de Carniole entre 1257 et 1270. En 1270, Ottokar se proclame « dominus Portusnaonis », soulignant l'importance qu'il accorde à la domination de Pordenone. Lorsqu'en 1276, vaincu, il est contraint de restituer toutes les terres autrichiennes et les domaines voisins à l'empereur Rodolphe Ier de Habsbourg, Pordenone revient également aux mains impériales, à tel point qu'en 1282, Pordenone devient le patrimoine personnel de la maison de Habsbourg, représentant de facto une enclave de l'archiduché d'Autriche sur le territoire du patriarcat d'Aquilée.

Le château de Torre et la petite zone environnante, après les raids de Gregorio da Montelongo en 1262, deviennent la propriété des patriarches d'Aquilée, qui les accordent ensuite en fief aux nobles de Prata puis les échangent avec les seigneurs de Ragogna. Le village de Vallenoncello appartient longtemps à l'évêque de Salzbourg.

Entre les , la fragmentation politique de la région s'accentue encore car Corva (fraction actuelle d' Azzano Decimo) est donnée à la famille Prata qui acquiert également certaines parties de Fiume Veneto. thumb|Bouclier funéraire portant les armoiries de Pordenone (1493), Museum Karlsplatz, Vienne, Autriche. En 1291, le duc Albert Ier (roi des Romains) accorde à la ville un premier statut qui reste en vigueur jusqu'en 1438, date à laquelle un nouveau statut est rédigé, plus adapté aux nouveaux besoins de la commune. Ce second texte reste en vigueur jusqu'au début du . Au , la colonie de Pordenone se développe considérablement grâce au commerce fluvial florissant et, en 1314, elle reçoit le statut de ville. Le 23 août 1318, un violent incendie ravage la ville qui jusqu'alors est presque entièrement construite en bois. Après cette catastrophe, la décision est prise de reconstruire la ville avec des bâtiments en pierre. En 1347, le campanile est inauguré, construit à côté de la cathédrale Saint-Marc. La région de Pordenone demeure une zone d'intérêt pour les patriarches, qui tentent à plusieurs reprises de la conquérir. Les armoiries actuelles de la ville sont concédées au début des années 1400 par Guillaume d'Autriche. Le blason est presque le même que celui qui était précédemment accordé par Ottokar.

Lors de l'invasion vénitienne de 1420 qui aboutit à l'annexion de l'État patriarcal d'Aquilée à la république de Venise, les possessions des Habsbourg ne sont pas touchées. Pordenone reste donc une enclave autrichienne. En 1499, le Frioul subit la pire invasion turque de son histoire. Les Turcs (qui sont en réalité principalement des Bosniaques) sèment la mort et la dévastation jusque dans les environs de Pordenone, tandis que la ville elle-même réussit à se sauver grâce à ses murs ; les Turcs ne peuvent pas résister à un siège.

La ville souffre également - comme presque toutes les villes de l'époque - de nombreuses pestes et épidémies (en 1444, 1485, 1527, 1556 et 1576), dont la pire a lieu en 1630, lorsque près de la moitié de la population meurt.

Temps modernes Le 20 avril 1508, le condottiere Bartolomeo d'Alviano « mène les armes vénitiennes à la conquête de Pordenone »Comune di Pordenone, Gli Statuti della Città di Pordenone 1291 - 1991, "Dall'aquila al leone", dans Pordenone Oggi, Edizioni Il Prisma, 16 juin 1993, p. 10., l'enlevant aux Habsbourg pour le compte de la république de Venise. Venise ne garde la ville que deux ans, la perdant à nouveau en 1509. Cependant, en 1514, Bartolomeo d'Alviano lui-même la ramène sous le contrôle de la Sérénissime. Le passage définitif des Habsbourg à Venise n'a cependant eu lieu qu'avec la Diète de Worms le 3 mai 1521. Venise ne gouverne pas directement la ville, préférant l'accorder en fief à Bartolomeo d'Alviano, qui la gouverne en signoria. À sa mort en 1515, il est remplacé par son épouse Pantasilea Baglioni, sœur du capitaine mercenaire Gian Paolo Baglioni, puis par son fils Livio (dont le portrait présumé par Le Pordenone est exposé dans la cathédrale de la ville), mort au combat à 1537.

Cette année-là, Pordenone et les territoires voisins passent sous le contrôle direct de la république de Venise et y restent pendant plus de deux siècles et demi. La Sérénissime maintient les statuts de la ville et reconnait, au moins sur le papier, les privilèges déjà acquis sous le règne des Habsbourg ; elle prévoit également de réactiver l'économie de Pordenone en créant un nouveau port et en renforçant les activités manufacturières.

Époque contemporaine vignette|125px|Oblitération du Royaume lombard-vénitien en 1861. thumb|Vue de Pordenone au début du . Situé entre Udine et Venise, relié à la voie ferrée et routière Venise-Pordenone-Udine et Gorizia, Pordenone, aux , trouve un équilibre parfait entre une culture traditionnelle conservatrice de source vénitienne et un souffle innovant des Français et Austro-Hongrois : le front conservateur, tout en faisant un clin d'œil au progrès des autres nations, entretient une relation sociale et culturelle étroite avec Venise et le monde de la tradition transmise, tandis qu'à l'opposé, les progressistes tentent de rompre avec le passé pour embrasser les idées nouvelles arrivées notamment avec la campagne d'Italie (1796-1797) de Napoléon Bonaparte..

Avec la chute de la république de Venise, Pordenone retourne à l'Autriche avant l'intermède napoléonien. À la suite de la capitulation de Bonaparte et aux décisions prises au congrès de Vienne, la ville réintègre l'empire d'Autriche et est agrégée avec le reste du Frioul et de la Vénétie au royaume de Lombardie-Vénétie : elle est ainsi incluse par les Autrichiens dans la province du Frioul qui a Udine pour capitale. La construction de la route de Pontebbana et de la ligne de chemin de fer Venise-Pordenone-Udine en 1855, entraîne, d'une part, un déclin inexorable du port et de la voie fluviale, mais, d'autre part, donne lieu à l'affirmation de l'industrie. À partir des années 1840, de nombreuses filatures de coton sont construites aux côtés des papeteries déjà nombreuses et de l'usine Ceramica Galvani.

Après l'annexion au royaume d'Italie (1861-1946), qui a lieu en 1866, l'introduction de l'électricité en 1888 permet la modernisation des centrales et une augmentation de la production industrielle.