Le Chat forestier ou sylvestre (Felis silvestris), également connu sous le nom de Chat sauvage d'Europe, est une espèce de mammifères carnivores de la famille des félins. Proche parent du Chat domestique (Felis catus), il s'en distingue par une morphologie plus robuste, une queue épaisse annelée à extrémité noire et un pelage généralement plus dense et uniforme. Espèce principalement forestière, il fréquente aussi des milieux semi-ouverts tels que les bocages, les lisières et les zones montagneuses. Discret et essentiellement nocturne, le chat forestier est un prédateur opportuniste dont le régime alimentaire se compose principalement de petits mammifères. Longtemps persécuté et menacé par la destruction de son habitat et l’hybridation avec le chat domestique, il bénéficie aujourd’hui de mesures de protection dans plusieurs pays de son aire de répartition.
Dénominations Nom scientifique valide : Felis silvestris von Schreber, 1777 Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) : Chat forestier, Chat sauvage d'Europe, Chat sauvage, Chat sylvestre, Chat forestier européen, Chat orné, Chat sauvage européen Noms vernaculaires (langage courant) : basakatu (basque), basakatua (basque), gat fer (catalan), gat salvatge (catalan), kazh gouez (breton), tchet d' bwès (wallon)
Le terme « chat sauvage » fut utilisé par rapports à ses anciennes dénominations et sa parenté supposée avec le chat domestique comme la dénomination Felis catus ferus.
Mais cette terminologie est eurocentrée, et elle est aussi utilisée dans certaines régions pour désigner plus largement un animal non domestique ressemblant à un chat mais n'appartenant pas forcément à l’espèce Felis silvestris. Au Canada français, le terme « chat sauvage » désigne indistinctement, dans le langage populaire, le lynx du Canada, le lynx roux . « Lynx roux, Lynx bai », voire d’autres mammifères comme le raton laveur Chat sur le site du CNRTL.
Étant donné que depuis 2017, le nom Felis silvestris ne désigne plus que deux sous-espèces européennes, les autres ayant été réparties chez les espèces F. lybica, l’appellation « Chat sauvage » est devenue erronée comme dénomination vulgaire recommendée en français et n’apparaît pas dans le document de la Cat specialist group.
Le nom « chat forestier » est une traduction en français de la terminologie binominale latine Felis silvestris « chat sylvestre » ; « chat des forêts ». Certaines sources prétendent que seule la sous-espèce nominale F. s. silvestris peut s’appeler « chat forestier », mais cette affirmation est incorrecte, cela est dû au fait que l’espèce-type est répartie par défaut dans les régions francophones d’Europe. Les noms « chat forestier » et « chat sauvage d’Europe » sont des synonymes.
Taxonomie et évolution Histoire taxinomique gauche|vignette|Illustration du « Chat sauvage » (Felis catus) dans l’Atlas de poche des mammifères de France, de la Suisse romane et de la Belgique, par Martin René, 1910. Felis (catus) silvestris est le nom scientifique proposé en 1778 par Johann von Schreber lorsqu’il a décrit un chat sauvage à partir de textes du début du XVIIIe siècle et antérieurs.
Aux XIXe et XXe siècles, plusieurs spécimens types de chats sauvages ont été décrits et proposés comme sous-espèces, notamment : Felis silvestris caucasica proposée par Konstantin Satunin en 1905 à partir de la peau d’une femelle recueillie près de Borjomi en Géorgie. Felis grampia proposée par Gerrit Smith Miller Jr. en 1907 à partir de la peau et du crâne d’un chat sauvage mâle provenant d’Invermoriston en Écosse. Miller révise sa classification en 1912, proposant Felis silvestris grampia après avoir examiné davantage de peaux de chats sauvages d’Écosse. Felis tartessia, également proposée par Miller en 1907, à partir de la peau et du crâne d’un chat sauvage mâle provenant de Jerez de la Frontera dans le sud de l’Espagne. Les chats sauvages vivant au nord des fleuves Douro et Èbre sont considérés comme étant plus petits que ceux du reste de la région. Le taxon controversé Felis tartessia aurait conservé la taille et les proportions de la forme présente en Europe continentale durant les glaciations du dernier âge glaciaire.
vignette|Répartition historique du complexe d'espèces « Felis silvestris » (le chat forestier est représenté en vert). L'espèce Felis silvestris regroupait historiquement jusqu'à une vingtaine de sous-espèces. Une étude menée en 2007 a conduit au regroupement de ces divisions en six sous-espèces distinctes« The Near Eastern Origin of Cat Domestication », Science, 29 juin 2007. : Résumé. Auteurs : Carlos A. Driscoll et al.. À cette époque, le nom scientifique Felis silvestris désignait au sens large l'ensemble des « chats sauvages » (incluant le chat domestique, le chat orné, le chat de Biet ou le chat ganté), le chat forestier (aujourd’hui Felis silvestris) étant considéré comme la sous-espèce type : Felis silvestris silvestris.
Le genre Felis était alors représenté de la manière suivante (selon l'étude de 2007) :
Systématique actuelle En 2017, une révision taxonomique de l'UICN a élevé plusieurs sous-espèces au rang d'espèces distinctes (comme Felis lybica). Désormais, Felis silvestris se restreint au chat forestier européen et ses populations proches.
+ En 2017, les deux sous-espèces reconnues comme valides sont : Nom binominal, vernaculaire, auteur et images Description Distribution SynonymesChat forestier d’EuropeF. s. silvestrisSchreber, 1777(sous-espèce type)Un peu plus petit et plus élancé, avec une longueur tête-corps variant de 43 à 91 cm chez les mâles et de 40 à 77 cm chez les femelles, pour un poids maximal de 7,3 kg pour les mâles. Son pelage est long et épais en hiver, brun-gris à brun-jaunâtre, avec un motif de rayures noires bien marqué sur la tête, le cou et les membres, ainsi qu’une bande dorsale distincte. La queue est touffue, ornée de plusieurs anneaux noirs avec une extrémité noire.250px|centré Originaire de : Albanie, Andorre, Autriche, Biélorussie, Belgique, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, France, Allemagne, Grèce, Hongrie, Italie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Macédoine, Moldavie, Monténégro, Pologne, Portugal, Roumanie, Russie, Serbie, Slovaquie, Slovénie, Espagne, Suisse, Ukraine et Royaume-Uni. Possiblement éteint : République tchèque. Éteint : Pays-Bas. -Chat sauvage du CaucaseF. s. caucasicaSatunin, 1905Légèrement plus grand et plus massif que son homologue européen, avec une longueur tête-corps de 63 à 75 cm pour les mâles. Il présente un pelage plus clair, grisâtre, avec des motifs latéraux et caudaux plus discrets. La queue est relativement courte, avec généralement trois anneaux noirs et une extrémité noire.250px|centré Originaire de : Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, Russie et Turquie. -
Les spécimens provenant des îles méditerranéennes ne sont pas considérés comme indigènes mais introduits par l'Homme, notamment : Felis lybica var. sarda (Sardaigne, 1885). Felis reyi (Corse, 1929). F. s. cretensis (Crète, 1953).
Phylogénie Les analyses phylogénétiques de l’ADN nucléaire indiquent que la radiation évolutive des félidés a débuté en Asie durant le Miocène, il y a environ entre 8,38 et 14,45 millions d’années. Les analyses de l’ADN mitochondrial suggèrent quant à elles une radiation entre 6,46 et 16,76 millions d’années.
Le chat forestier appartient à une lignée qui se serait séparée de l’ancêtre commun du genre Felis il y a environ 0,59 à 1,62 million d’années. Ces modèles s’accordent pour considérer le Chaus (F. chaus) comme la première espèce à s’être différenciée au sein du genre, suivie par le chat à pieds noirs (F. nigripes), le chat des sables (F. margarita), puis le complexe comprenant le chat ganté et le chat sauvage d'Europe.
Des restes fossiles suggèrent que le chat forestier descend probablement de Felis lunensis (Chat de Martelli) au Villafranchien, il y a plus d’un million d’années. La transition vers la forme moderne se serait achevée durant l’interglaciaire Holsteinien, il y a environ 325 000 à 340 000 ans.
Phylogénie basée sur l'ADN nucléaire Position du Chat forestier au sein des lignées de félidés :
Phylogénie basée sur l'ADN mitochondrial Divergence entre le Chat forestier et les lignées de chats sauvages africains :
Description Forme et dimensions
Mensurations moyennes et poids En moyenne, les mâles présentent une longueur tête-corps de avec une queue de . Les femelles mesurent en moyenne de avec une queue de . La queue dépasse presque toujours 50% de la longueur tête-corps. La hauteur au garrot est comprise entre .
La longueur et le poids du chat forestier ont souvent été exagérés dans le passé. Les études de Condé et Schauenberg, portant sur 177 individus français, ont établi les moyennes suivantes : pour les mâles (maximums de hors saison, et jusqu'à pour des cas exceptionnels)Bourand M. 1999. Le chat « sauvage » ou chat forestier en France et en Bourgogne. Observatoire nivernais. et pour les femelles (maximum de hors gestation, et jusqu'à avec contenu stomacal).
La masse varie de façon saisonnière (jusqu'à d'amplitude). Le poids est à son maximum à l'automne, en prévision de l'hiver, et diminue du début du printemps jusqu'à la fin de l'été en raison du rut et de la mue.
Dans la culture populaire, ce félin est souvent décrit avec des proportions démesurées. Cela s'explique parfois par des mesures réalisées sur des spécimens naturalisés : les traitements imposés aux peaux peuvent occasionner un allongement artificiel de 20% de la longueur totale.
Les populations ibériques présentent des particularités : les grands mâles d’Espagne atteignent de longueur pour un poids de . Ils possèdent des dents proportionnellement plus grandes, leur régime étant davantage axé sur le Lapin européen que les populations du nord (douro et èbre) plus dépendantes des rongeurs. La capacité crânienne du chat forestier varie de .
Le chat forestier dispose d’une excellente vue en faible luminosité, d’un odorat fin et d’une ouïe très développée. Ses oreilles sont larges à la base et ses yeux sont jaunes. Les canines et les dents carnassières sont particulièrement adaptées à la mise à mort et à la section des chair de ses proies.
Pelage Caractéristiques distinctives vignette|Fourrure d’un chat forestier étalée, montrant les marques caractéristiques. Le pelage présente des marques diagnostiques précises : Une Bande dorsale dessinée sous la forme d’une ligne noire unique et continue s'étend du garrot à la racine de la queue. La queue est épaisse et cylindrique, elle porte deux à quatre anneaux noirs fermés et se termine par un manchon noir arrondi. Le front est marqué de quatre bandes sombres se divisant en petites taches. On observe souvent quatre ou cinq rayures noires de la face vers la nuque, dessinant une « lyre » au-dessus des yeux. Sur les flancs, des rayures ou taches irrégulières perpendiculaires à la ligne dorsale, plus diffuses en pelage d'été.
Le menton, le museau et l’intérieur des oreilles sont blancs. Trois teintes dominantes existent : une teinte grise argentée, une teinte rousse fauve ou plus rarement sombre/mélanique (principalement en Écosse).
Variation saisonnière Le pelage d'hiver, entre octobre à mars est plus foncé, plus dense, jusqu'à , et plus long, de sur le dos, que le pelage d'été, avec pour de long. La mue dure environ six semaines.
Comparaison avec le chat domestique
Distinguer un chat forestier d'un chat domestique de type européen est une tâche complexe. Le chat forestier est généralement plus robuste avec un pelage plus long et touffu. Les principaux critères visuels sont : La queue : courte, cylindrique et épaisse, terminée par un bout arrondi chez le chat forestier, contre une queue plus longue, effilée et pointue chez le domestique. Le stop nasal : Plus marqué, avec une courbure entre le front et le museau. Et enfin le volume crânien : Supérieur chez le chat forestier.