La Dévastation est un cuirassé de la Marine française, navire de tête de la , construit sur le chantier naval de Lorient à partir de 1875.
Origine Dans la marine française l'histoire moderne des navires de guerre de haute mer est marquée par les propositions de l'ingénieur militaire du génie maritime Dupuy de Lôme (1816-1885) : le Napoléon, , qui consacre l'utilisation de l'hélice sur un navire de guerre, en 1850. Qui poursuit avec la frégate cuirassée la Gloire, armée en 1860. La Classe Gloire est le premier type de cette première flotte cuirassée qui comporte principalement trois autres classes : Couronne, Magenta et Flandre. Ces navires sont conçus de 1859 à 1861.
Contexte La France est dans une période charnière après la Guerre franco-allemande de 1870 qui a également fragilisée sa marine avec l'impossible guerre navale, suivi des Communes insurrectionnelles en France en 1870-1871.
En 1871, l'ingénieur du génie maritime Louis de Bussy propose au ministre les plans de navires cuirassés en acier, qui se substitue au fer. Différentes épaisseurs d'acier sont prévues suivant les spécifications, ce qui permet de diminuer le tirant d'eau. Les plans sont acceptés et les cinq années qui suivent donnent naissance à un nouveau type de navire, au nombre desquels se comptent le Redoutable, la Dévastation, le Courbet et les trois exemplaires de la classe Tonnerre : le Tonnerre, le Fulminant, le Furieux, et les trois exemplaires de la Classe Tempête : le Tempête, le Vengeur et le Tonnant.
Conception C'est le développement des cuirassés gardant un gréement trois-mâts, mais avec une batterie d'artillerie lourde installée au centre du navire, protégée par une succession de barbettes sur chaque flanc recevant une artillerie secondaire. Le blindage est en acier. La ceinture est de maximum au centre jusqu'à aux extrémités. Sur l'avant la ceinture recouvre l'éperon.
Sa voilure se compose de trois mâts à gréement carré, focs et beaupré. Vu de profil, les deux cheminées côte-à-côte ne semblent faire qu'une au contraire des cuirassés plus classiques avec des cheminées l'une derrière l'autre. Elles se situent entre le mât de misaine et le grand mât.
Historique de la Dévastation
Lorient 1875-1882
Construction Le cuirassé Dévastation est mis sur cale le , à l'Arsenal de Lorient dans l'une des dix cales des chantiers de Caudan situés sur la rive gauche du Scorff.. Le chantier de construction est dirigé par deux ingénieurs de la marine, Challiot et Chauvoye, Louis de Bussy venant de quitter Lorient.
Le lancement de la Dévastation a lieu sur le Scorff le . :
C'est à flot dans l'avant port de Lorient que le chantier de construction se poursuit et s'achève.
Armement et début essais en mer Au début de l'armement pour essais le capitaine de vaisseau Raillier du Baty prend le commandement du cuirassé, le .
Les essais de recette, en mer, débutent au début du mois d', sous les ordres du commandant Raillier du Baty. Ils ont lieu sous Belle-Île.
Échouage du 12 novembre 1881 vignette|droite|Opérations de déséchouage du cuirassé Dévastation en novembre 1881.Œuvre d'Élodie La Villette (1848-1917) Le cuirassé appareille le pour effectuer des essais à proximité de Belle-Île. Peu après la sortie de la rade de Lorient, le navire s'échoue sur le banc des Trois-Pierres, au nord-est du récif des Errants. Cet accident de mer d'un cuirassé fleuron de la marine provoque une vive émotion dans l'opinion publique, nécessitant des explications du ministre de la marine Auguste Gougeard. Le , il fait publier dans le Journal officiel une circulaire adressée aux préfets maritimes. Elle comprend le compte rendu de l'échouage et un extrait du rapport de la commission d'enquête chargée de rechercher les causes et les responsabilités..
Le , soit cinq jours après l'échouage, le Préfet maritime télégraphie au ministre pour l'informer que le navire a pu être dégagé du fait du soulèvement de la poupe avec des pontons et l'aide d'un vent de sud-ouest qui a augmenté la montée du niveau de la mer. La Dévastation est maintenant amarrée à son corps-mort dans la rade de Lorient. Ne prenant pas l'eau, elle est en attente pour entrer dans la forme de radoub qui est mise à sa disposition.. La remise en état de sa coque a lieu en et .
Poursuite des essais vignette|droite|La Dévastation, peinte en noir avec son gréement complet, en rade de Lorient (1882). Les essais reprennent avec notamment des essais de vitesse : à régime normal, le cuirassé marche à pour un objectif de . Le , l'essai est réalisé à la puissance maximum avec . Il est concluant avec un bon fonctionnement et une vitesse atteinte de . Les points négatifs sont, en comparaison avec les essais du Redoutable, qu'il n'y à pas d'avantage significatif de l'utilisation de deux hélices, au lieu d'une, et que la Dévastation a des qualités de maniabilité inférieures à celles du Redoutable. Néanmoins, la commission conclut positivement son rapport sur ces essais en insistant sur la capacité de puissance dans la durée du navire.
Le , le cuirassé Dévastation est armé, admis pour le service, et le , il est affecté à Brest, à l'escadre de réserve.
Brest (1882-1885) Au mois d', la Dévastation devient le navire amiral de l'escadre de réserve, armée du fait des évènements en Égypte. Elle porte le pavillon du vice-amiral Thomasset..
vignette|redresse|La Dévastation avant février 1887. Le , la Dévastation est mise en réserve deuxième catégorie, à l'arsenal, afin de réparer des fêlures sur les chaudières de la machine. Elle est réarmée pour essais le . Le , elle reprend la mer pour réaliser pendant quatre heures des expériences de consommation. Le résultat est de : pour les deux machines ; nombre de tours ; charbon brulé par cheval et par heure, ; vitesse moyenne, . Durant ces essais il est annoncé dans le cadre du projet de budget pour 1984 que la Dévastation sera incorporée en 1884 dans l'escadre d'évolution afin de pouvoir juger comparativement de ses capacités face à des navires de la génération précédente. Il est prévu qu'elle dispose, pour gérer ses machines : (cela concerne également l'Amiral Duperré, actuellement à Toulon.. Après les essais il est jugé indispensable d'améliorer la manœuvre de ses quatre canons, de gros calibre () en acier situés dans le réduit central, par l'installation d'un appareillage hydraulique Farcot.
Le , retour à l'arsenal, en réserve première catégorie, pour pouvoir effectuer cet important chantier qui impact notamment l'intérieur et l'extérieur du navire. Outre cette installation hydraulique, au cours de ses deux passages à l'arsenal les chantiers ont consisté : pour l'artillerie, à augmenter le nombre de canons révolvers et de torpilles Whiehead, installer des monte-charges plus adaptés et réhabilité les soutes à poudre; pour les superstructures : à la proue la teugue est prolongée vers l'arrière ; les passerelles sont modifiées; un kiosque, des bastingages et des manches à air sont ajoutés; les ancres martins sont débarquées et remplacées par des ancres ordinaires; il y a eu également des modifications d'aménagements et l'ajout d'une cloison transversale à l'avant du navire dans le grand compartiment étanche.
Après ce chantier, de plus de , la Dévastation est réarmée pour effectuer des essais du au . Des problèmes subsistent, le cuirassé est de nouveau mis en réserve dans l'arsenal. On y installe un chargement mécanique pour des pièces d'artillerie qui n'ont pas de chargement hydraulique. Le la Dévastation est en armement pour son affectation au sein de l'escadre d'évolutions.
Le , la Dévastation quitte l'Arsenal de Brest pour le Port militaire de Toulon.. Le cuirassé est en escale à Tanger les 25 et .
Toulon (1885-1899) Le , la Dévastation est arrivée à Toulon..
En 1887, la Dévastation est à l'arsenal pour un chantier de modifications du mois de février au mois de juin. Cela concerne principalement le remplacement de la mature de trois mats à phares carré par trois mats en tôle, équipés chacun d'une double hune militaire. Un bout-de-hors est installé à la place du beaupré. Les canons du gaillard et les canons revolver sont équipés de masques et des filets Bullivant, pour protéger la coque au mouillage, sont installés.
La Dévastation est l'un des navires de l'escadre de la Méditerranée occidentale et du Levant, le , lors de la nomination du capitaine de vaisseau René-Julien Marquis au post de commandant du cuirassé.. Le lors de la prise de commandement du capitaine de vaisseau Frédéric Pissère, la Dévastation porte pavillon du Contre-Amiral Charles Gadaud, Commandant la de l'Escadre de Méditerranée..
Le , dans l'après midi, la Dévastation, accompagnée du Courbet, tous deux catégorisés en cuirassés de deuxième classe, quittent Toulon pour rejoindre Brest et l'escadre du Nord..
Brest (1899-1914) La Dévastation, toujours accompagnée du Courbet entre en rade de Brest, le à , ils restent en grande rade sur leurs corps-mort. Le lendemain, la Dévastation va s'amarrer à proximité de la grande grue de l'artillerie, dans le port de guerre.. vignette|droite|La Dévastation à l'Arsenal de Brest après la suppression du mat central. (après janvier 1899) En , la Dévastation est au port de Brest ou sa mature, de trois mâts, est modifiée avec la suppression du mât central. Il n'y a donc plus que deux mâts de même hauteur, le mât arrière ayant été rallongé. Ils disposent chacun de deux hunes militaires superposées..
En 1903, le cuirassé Dévastation est à l'arsenal de Brest pour une refonte complète qui comprend notamment une modification de ses machines et le remplacement des chaudières cylindriques par des chaudières Belleville. Ensuite, il effectue des essais en mer : lors de l'essai officiel à 6500 chevaux, d'une durée de à la puissance de 6534 chevaux, sa vitesse est de 14,704 nœuds et sa consommation de charbon de par Cheval-heure. À la fin de ces essais, il effectue une période de quatre heure ou la puissance atteint 8859 chevaux pour une consommation de par cheval-heures..
Lorient (1914-1922) De retour à Lorient, il accueille en octobre 1914 des prisonniers allemandsErwan Le Gall, « Lorient et la Dévastation », En Envor, consulté le 2 août 2013..
Larmor-Plage (depuis 1922) Après guerre, la Dévastation est vendue à un industriel allemand. Cependant, pendant son remorquage vers l'Allemagne, il s'échoue le à Larmor-PlageLe Gall, Erwan, « op. cit. », En Envor, consulté le 2 août 2013.. L'épave est aujourd'hui encore visible à marée basse sur la plage de Toulhars, et parfois utilisée pour la plongée sous-marineÉpave de la Dévastation.
Caractéristiques
Des hommes de la Dévastation
Commandement Date Commandement 6 octobre 1880 Capitaine de vaisseau Louis Toussaint Marie Rallier du Baty. 18 août 1882 Capitaine de vaisseau Philippe Adrien-Armand Baucheron de Boissoudy. 16 décembre 1882 Capitaine de vaisseau Ollivier 25 décembre 1884 Capitaine de vaisseau Théodore Edmond Dupuis (1833-1911). 31 janvier 1885 Capitaine de vaisseau Nicolas Arthur Le Bourgeois (1834-1894). 11 décembre 1886 Capitaine de vaisseau Paul Charles Laurent Dieulouard (1838-1914). 27 décembre 1887 Capitaine de vaisseau Thomas Gabriel Léonce Boulineau. 26 novembre 1890 Capitaine de vaisseau Abraham Léon Armand Floucaud de Fourcroy (1831-1929). 27 août 1891 Capitaine de vaisseau Camille Aimé Louis François Gigon (1842-1916). 24 septembre 1892 Capitaine de vaisseau Léonce Albert Caillard (1846-1917). 20 février 1893 Capitaine de vaisseau René-Julien Marquis (1846-1929). 13 juin 1893 Capitaine de vaisseau Frédéric Jean Pissère (1843-1919) 9 mars 1895 Capitaine de vaisseau Charles François Joseph Antoine (1843-1906). 19 mars 1896 Capitaine de vaisseau Jean Bellue (1848-1924). 20 mai 1897 Capitaine de vaisseau Robert Charles Marie Emmanuel Cordier (1849-1901).. 29 novembre 1897 Capitaine de vaisseau Fortin 26 janvier 1901 Capitaine de vaisseau Simon
Autres