Marguerite YourcenarYourcenar est une anagramme imparfaite de son nom de famille, Crayencour., pseudonyme de Marguerite Cleenewerck de Crayencour, née le à Bruxelles (Belgique) et morte le à Bar Harbor dans l'État du Maine (États-Unis), est une femme de lettres et académicienne française (naturalisée américaine en 1947). Romancière, nouvelliste et autobiographe, elle est aussi poète, traductrice, essayiste et critique littéraire.
Elle est la première femme élue membre de l'Académie française en 1980 et la première femme dont l’œuvre est publiée de son vivant dans la Bibliothèque de la Pléiade en 1982.
Biographie Jeunesse Marguerite Antoinette Jeanne Marie Ghislaine Cleenewerck de Crayencour est née dans une maison de l'avenue Louise, à Bruxelles, d'un père originaire de la Flandre française et issu d'une famille de l'ancienne bourgeoisieCe n'est qu'en 1925 qu'une branche de la famille Cleenewerck de Crayencour sera anoblie en Belgique., Michel Cleenewerck de Crayencour, et d'une mère issue de la noblesse belge, Fernande de Cartier de Marchienne, qui meurt dix joursMarguerite Yourcenar Josyane Savigneau, Gallimard, 1990, p. 27. après la naissance de l'enfant.. Elle est la nièce d'Émile de Cartier de Marchienne, ambassadeur belge en poste à Londres pendant la Seconde Guerre mondiale.
alt=Une vieille photographie noir et blanc d'un château.|gauche|vignette|Mont-Noir, en Flandres, château de la famille Dufresne construit en 1824 par l'arrière-grand-père de Marguerite Yourcenar, Amable Dufresne (1801-1875).Il restera la propriété de la famille Dufresne jusqu'à la mort de Noémie en 1909. Michel Cleenewerck de Crayencour, le père de Marguerite Yourcenar, le vend en 1913, peu de temps après l'avoir hérité de sa mère.
Marguerite est élevée par une bonne, Barbara, chez sa grand-mère paternelle Noémie Dufresne (dont elle fait, dans Archives du Nord, un portrait acide). Son père, un notable anticonformiste, cultivé et grand voyageur, est souvent absent et joue sa fortune au casino. Elle passe ses hivers dans l'hôtel particulier de sa grand-mère rue Marais à Lille et ses étés, jusqu'à la Première Guerre mondiale, dans le château familial situé au sommet du mont Noir dans la commune de Saint-Jans-Cappel (Nord), construit en 1824 par son arrière-grand-père Amable Dufresne (1801-1875) et qui restera la propriété de la famille Dufresne jusqu'à la mort de Noémie en 1909.
Michel Cleenewerck de Crayencour, le père de Marguerite Yourcenar, le vend en 1913, peu de temps après en avoir hérité. Le château sera détruit lors des combats de la Première Guerre mondiale villa Marguerite-Yourcenar..
Lorsqu'elle a 9 ans, elle emménage à Paris avec son père et une nouvelle bonne, Camille, s'occupe d'elle. Marguerite va au théâtre, au musée, lit les livres, comme Tolstoï, que son père lui propose à la lecture. Pendant la Première Guerre mondiale, le père et la fille se rendent en Belgique, puis en Angleterre, et reviennent à Paris en 1915. Marguerite Yourcenar n'est jamais allée à l’école, elle reçoit une éducation à domicile. Toutefois, son père lui donne une éducation humaniste qui lui servira grandement pour sa future carrière. Elle apprend le grec avec un professeur et s’initie seule au latin et à l’italien. En 1919, elle passe la première partie du baccalauréat en candidate libre à Aix-en-Provence avec la mention passable, et ne se présentera pas à la seconde partie.
Son premier poème dialogué, Le Jardin des chimères, est publié à compte d'auteur en 1921 et signé Marg Yourcenarémission "Les docs de la Grande Librairie" de Catherine Aventurier, france tv, saison 2, épisode 2, 19/03/2025.
Yourcenar, anagramme de Crayencour à l'omission d'un C près, est le pseudonyme qu'elle s'est donné avec l'aide et l'accord de son père et qui deviendra son patronyme légal en 1947 lorsqu'elle recevra la nationalité américaine..
Elle accompagne son père dans ses voyages : Londres pendant la Première Guerre mondiale, le Midi de la France, la Suisse, l'Italie où elle découvre avec lui la villa d'Hadrien à Tivoli. Elle l'observe, assiste à ses amours dont elle fera la trame de Quoi ? L'Éternité.
Débuts littéraires En 1929, elle publie son premier roman inspiré d'André GideDans la préface d’Alexis ou le Traité du vain combat, rédigée en 1963, Marguerite Yourcenar affirme que, si le titre fait bien écho au Traité du vain désir de Gide, l'influence de ce dernier fut en réalité faible et surtout formelle, l'empreinte essentielle étant plutôt celle de Rilke., d'un style précis et classique, sous son pseudonyme : Alexis ou le Traité du vain combat. Il s'agit d'une longue lettre dans laquelle un homme, musicien renommé, confie à son épouse son homosexualité et sa décision de la quitter dans un souci de vérité et de franchise. La « Monique » du texte n'est autre que le grand amour du père de Yourcenar, par ailleurs ancienne condisciple de sa mère, Jeanne de Vietinghoff.
Après le décès de son père en 1929 (il a eu le temps de lire le premier roman de sa fille), Marguerite Yourcenar mène dans les années 1930 une vie bohème entre Paris, Lausanne, Athènes, les îles grecques, Istanbul, Bruxelles, l'Italie, etc. Elle fréquente un bar de lesbiennes, rue du Mont-Thabor à Paris, et noue des liaisons avec des femmes dont Lucy Kyriakos.
En 1930, André Fraigneau, alors jeune écrivain et éditeur chez Grasset, découvre l’essai de Yourcenar sur le poète grec antique Pindare, un manuscrit jamais publié. Il joue un rôle décisif dans la carrière de la jeune écrivaine en publiant Pindare, La Nouvelle Eurydice, La mort conduit l’attelage ainsi qu'une première version de Denier du rêve, Feux et Les Songes et les Sorts. André Fraigneau la conseille, l’édite, et l'incite à découvrir la Grèce qui devient un point focal de sa vie entre 1932 et 1939.
Elle éprouve pour lui une passion amoureuse intense et destructrice, mais Fraigneau préfère les hommes, un aspect qui le rend encore plus désirable à ses yeux. Elle décrit dans Feux, paru en 1936, cette impossible passion. Le roman est composé de textes d'inspiration mythologique ou religieuse entrecoupées d'apophtegmes, où l'autrice traite sur différents modes le thème du désespoir amoureux et des souffrances sentimentales. Elle reprend ce thème plus tard dans Le Coup de grâce, paru en 1939, peu après sa rencontre avec Grace Frick, un court roman sur un trio amoureux ayant pour cadre la Courlande en 1919 pendant la guerre d'indépendance lettonne et la lutte des corps francs allemands contre les forces bolcheviques. Comme La Nouvelle Eurydice, ce roman honore les qualités de conteuse et de moraliste de l'autrice. Un public traditionaliste et cultivé est toujours sensible aux dons d'écriture, la pudeur sentimentale et la finesse analytique.
Lorsqu'elle apprend la visite en 1941 de Fraigneau en Allemagne, sur invitation de Joseph Goebbels, elle rompt définitivement avec lui et l'efface de sa vie. Son nom n'apparaît pas dans la chronologie du premier volume de la « Pléiade » sur Yourcenar, paru de son vivant en 1982.
En 1937, elle rencontre à Londres Virginia Woolf dont elle traduit le roman Les Vagues. Cependant, Yourcenar considère le travail de traduction presque comme un travail de co-écriture avec l'auteur, et de nombreux traducteurs feront la remarque que, du fait des libertés qu'elle prend, elle traduit les œuvres dans son style plus qu'autre chose. À son retour à Paris, elle fait la connaissance de Grace Frick qui deviendra sa future compagne pour plus de 40 ans. C'est aussi en 1937 qu'elle part pour la première fois aux États-Unis.
C'est chez Gallimard qu'elle publie en 1938 Nouvelles orientales, un recueil regroupant dix nouvelles historiques ou fantastiques, publiées précédemment dans des revues littéraires. L'ouvrage est dédié au poète grec André Embiricos (1902-1975) avec lequel elle a voyagé. La nature exacte de leur relation, qui s’interrompt en 1939, n'est pas connue.
La bisexualité de Marguerite Yourcenar est affirmée pour certainsPrésentation de Vous, Marguerite Yourcenar. La passion et ses masques, un livre de Michèle Sarde.Proches et amis de Marguerite Yourcenar sur le site du Centre international de documentation Marguerite Yourcenar, notamment avec sa relation avec Grace Frick, sa traductrice, avec qui elle vit jusqu'en 1979; mais qui est remise en question par certains. Elle n'utilise pas le terme homosexuel(le) et refuse les termes strictement médicaux (à une époque où l'homosexualité est considérée comme une maladie mentale) ou pornographique ; à la place, elle revendique une "liberté d'aimer"
Départ pour les États-Unis vignette|gauche|Marguerite Yourcenar lors d'une visite en Finlande, 1954. En 1939, alors que l'Europe s'achemine visiblement vers la guerre, Marguerite Yourcenar, part avec le dernier ferry pour les États-Unis rejoindre Grace Frick12 janvier 1903 - 18 novembre 1979.Sans lien de parenté avec Henry Frick à l'origine de la collection du même nom (Michèle Sarde, Vous, Marguerite Yourcenar, Robert Laffont, 1995, )., alors professeure de littérature britannique à New York et sa compagne depuis une rencontre fortuite à Paris, en , à l'hôtel Wagram. Pendant la guerre, l'autrice ne publie que quelques articles qui paraissent au sein de Les Lettres françaises qui est à l'époque sous la direction de Roger Caillois.. Elle écrit pendant cette période trois pièces ayant toutes pour sujet un élément de la pensée grecque, à savoir, Le mystère d’Alceste (1942), Électre ou la Chute des masques (1943), Qui n’a pas son Minotaure ? (1947). Elle traduit également une grande quantité de « Negro spirituals », une musique dont elle est tombée sous le charme, rassemblés ultérieurement sous le titre de Fleuve Profond, Sombre Rivière..
Grace Frick renonce à sa carrière universitaire. Elle soutient financièrement et psychologiquement Marguerite Yourcenar pendant la guerre et devient la traductrice de son œuvre en anglais.. Elles s'installent à partir de 1950 sur l'île des Monts Déserts (Mount Desert Island, dans le Maine), qu'elles avaient découverte ensemble en 1942, et nomment leur maison Petite PlaisancePetite Plaisance Conservation Fund. Yourcenar passe le reste de sa vie dans cette résidence qui est transformée en 1994 en maison-musée Petite Plaisance, conservant le cadre domestique à l'intérieur duquel l'écrivaine a produit ses ouvrages les plus connus.. Naturalisée américaine en 1947, elle enseigne la littérature française et l'histoire de l'art jusqu'en 1953. Elle rencontre notamment Isabel García Lorca au Sarah Lawrence College et devient l'une des premières à effectuer des recherches sur l'assassinat du poète Federico García Lorca.
Grace Frick organise leur vie, ne se plaint pas après son ablation du sein en 1958, et doit rassurer sa compagne hypocondriaque et sujette à la dépression.. Les deux femmes vivent ensemble jusqu'à la mort de Frick de son cancer du sein en 1979., Marguerite est restée à son chevet jusqu'à la fin, elle n'a presque pas voyagé pendant cette période.
Grands romans Yourcenar s’est voulue — de quelqu’un d’autrefois, à partir d’aujourd’hui« Yourcenar, décidément », France Culture, Concordance des temps, par Jean-Noël Jeanneney avec Henriette Levillain, le ..
Ainsi, pour son roman Mémoires d'Hadrien, elle dit avoir longtemps hésité, pour le choix de son sujet, entre l'empereur Hadrien et le savant persan du Moyen Âge Omar Khayyam. Paru en 1951, Mémoires d'Hadrien connaît un succès mondial et établit définitivement sa réputation d'écrivain majeur, consacrée en 1970 par son élection à l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.