vignette|upright=0.8|Affiche de propagande de 1940 commémorant le 2600 anniversaire de la fondation mythique de l'empire par l'empereur Jinmu.

Cet article retrace l'histoire du Japon impérial pendant la première partie de l'ère Shōwa (entre 1926 et 1945) et en décrit l'expansionnisme sur la zone de la « sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale ». Mis en œuvre dès l'ère Meiji et poursuivi durant l'ère Taishō, l'expansionnisme japonais s'intensifia durant l'ère Shōwa, jusqu'à aboutir à une guerre ouverte dans l'ensemble de l'Asie au cours de la Seconde Guerre mondiale. La défaite militaire du Japon en 1945 mit un terme à son expansionnisme militaire.

Fondements idéologiques thumb|left|upright|Inauguration le 25 novembre 1940, à Miyazaki, du monument au , avec le terme calligraphié par le prince Yasuhito Chichibu gravé sur sa faceDavid C. Earhart, Certain Victory, 2008, . thumb|Emblème de lAssociation de Soutien à l'Autorité Impériale (大政翼賛会, Taisei Yokusankai), le parti fondé le 12 octobre 1940 par Fumimaro Konoe, qui visait à implanter une structure totalitaire destinée à promouvoir la guerre totale. thumb|upright=0.8|Sadao Araki, ministre de l'Armée, ministre de l'Éducation dans le cabinet Konoe et l'un des principaux théoriciens du régime shôwa

Comme l'a fait remarquer Noémi Godefroy, maîtresse de Conférences à l'Inalco, la politique coloniale mise en place à l'occasion de l'annexion et de la prise de contrôle de l'île de Hokkaidō, notamment à partir des années 1870, disposa d'un dont l’analyse peut dans une certaine mesure s’avérer utile à la compréhension de la politique extérieure japonaise qui suivra la Restauration de Meiji.

Plus tard, ulcérés par le traitement accordé à leur nation par les puissances occidentales lors du traité de Versailles et opposés au traité naval de Washington et au traité naval de Londres, de nombreux politiciens et militaires japonais comme Ikki Kita, Sadao Araki et Fumimaro Konoe réactualisèrent la doctrine du hakkō ichi'u (les huit coins du monde sous un seul toit) et mirent en place une idéologie fondée sur la supériorité de la race nipponne et son droit à dominer l'Asie. Cette idéologie présentait le Japon comme le centre du monde et prenait assise sur l'institution impériale et l'empereur, considéré comme le descendant de la déesse Amaterasu Omikami. Dans le même temps, l'impérialisme japonais s'appuya sur la thèse alors prédominante en anthropologie physique selon laquelle les Japonais partageaient, en tant que peuple asiatique métissé, des origines communes (notamment avec les Coréens), justifiant ainsi une politique annexionniste dans le but de réunir ce qui s'apparentait à .

Partageant les mêmes vues ultranationalistes que Kita et Shūmei Ōkawa, Nisshō Inoue élabora pour sa part une synthèse d’ultranationalisme et de bouddhisme. Avec la Ketsumeidan, il fut l’instigateur en 1932 d’une série d'assassinats politiques dont celui du Premier ministre Tsuyoshi Inukai ouvrant la voie à la mainmise des militaires sur la vie politique Bouddhisme et terrorisme dans le Japon ultranationaliste. La Conjuration du Sang, Pierre Lavelle, novembre 2005.

À compter du mois d', coïncidant avec le 2600 anniversaire de la fondation mythique de la nation, le concept du hakkō ichi'u fut officiellement adopté par le gouvernement Konoe comme devant conduire à l'établissement d'un « nouvel ordre en Asie orientale »Walter Edwards. "Forging Tradition for a Holy War: The Hakkō ichiu Tower in Miyazaki and Japanese Wartime Ideology." Journal of Japanese Studies 29:2 2003, .. Des pamphlets reprenant ces principes, comme le Kokutai no hongi (Les Fondements de la politique nationale), furent distribués gratuitement dans la population et les écoles.

La propagande, présente depuis le début de l'ère Shōwa, atteignit son paroxysme avec l'intensification de la « guerre sainte » (seisen) du Japon contre la Chine et son entrée en guerre contre l'Occident. Chaque soldat déployé sur le front portait sur lui un exemplaire de poche du Senjinkun dont la phrase introductive était : John W. Dower, Embracing Defeat, 1999, . L'étranger devint dès lors un kichiku (bête), un être inférieur qui ne pouvait qu'être méprisé. Ce mépris favorisa la violence à l'encontre des populations civiles des pays conquis et des prisonniers, conduisant dans certains cas jusqu'au cannibalisme.

Le peuple japonais étant considéré génétiquement supérieur, plusieurs mesures eugénistes furent mises en place par les gouvernements successifs du régime shōwa dans le but de maintenir cette supériorité. Le gouvernement de Fumimaro Konoe promulgua ainsi une Loi nationale sur l'Eugénisme qui ordonnait la stérilisation des handicapés mentaux ou des « déviants » et interdisait l'utilisation des moyens contraceptifsRihito Kimura, Jurisprudence in Genetics, Waseda University , Jennifer Robertson, Blood Talks, . Le gouvernement de Naruhiko Higashikuni instaura quant à lui l'une des dernières mesures eugénistes du régime. Le , le ministère de l'Intérieur ordonna la création d'un service de prostitution afin H. Bix, Hirohito and the making of modern Japan, Perennial, 2001, . Des clubs de ce type furent rapidement mis en place par Yoshio Kodama et Ryoichi Sasakawa.

Structure militaire

thumb|upright=1|Des soldats saluent l'empereur Shōwa chevauchant l'étalon Sirayuki.

Dès le , l'expansion militaire du Japon fut dirigée par le quartier général impérial (Daihonei), une structure indépendante du conseil des ministres et de la Diète du Japon.

Le commandant de cette institution était l'empereur Shōwa qui, selon l'article 4 de la constitution adoptée sous l'ère Meiji était « …à la tête de l'Empire, combinant en sa personne les pouvoirs de souveraineté, et exerçant ceux-ci conformément aux dispositions de la présente Constitution ». L'article 11 disposait d'autre part que « L'Empereur possède le commandement suprême de l'Armée et de la Marine ».

Pour l'assister dans sa tâche, l'empereur pouvait compter sur le ministre de l'Armée et le ministre de la Marine ainsi que sur deux chefs d'état-major. À ces officiers s'ajoutaient l'inspecteur général de l'entraînement militaire et l'inspecteur général de l'aviation.

thumb|upright=0.8|Étendard de l'Armée impériale japonaise de 1870 à 1945 thumb|upright=0.8|Étendard de la Marine impériale japonaise de 1889 à 1945 thumb|upright=0.7|Article du 13 décembre 1937 du Nichi Nichi Shimbun racontant les exploits des sous-lieutenant Mukai et Noda lors d'un concours de décapitation. Le compte s'est arrêté à 106 contre 105.

Les principaux officiers à avoir occupé ces fonctions sont : Ministre de l'Armée Hajime Sugiyama (1937-1938, 1944-1945) Seishiro Itagaki (1938-1939) Shunroku Hata (1939-1940) Hideki Tojo (1940-1944) (Tôjô occupa parallèlement la fonction de premier ministre de 1941 à 1944) Korechika Anami (1945) Ministre de la Marine Mitsumasa Yonai (1937-1939, 1944-1945) (Yonai fut premier ministre en 1940) Zengo Yoshida (1939-1940) Koshirō Oikawa (1940-1941) Shigetaro Shimada (1941-1944) Chef d'état-major de l'Armée Kotohito Kan'in (1931-1940) Hajime Sugiyama (1940-1944) Hideki Tojo (1944) Yoshijiro Umezu (1944-1945) Chef d'état-major de la Marine Hiroyasu Fushimi (1932-1941) Osami Nagano (1941-1944) Shigetaro Shimada (1944) Koshirō Oikawa (1944-1945) Soemu Toyoda (1945) Inspecteur général de l'aviation Naruhiko Higashikuni (1937) Hideki Tojo (1938-1940) Kenji Doihara (1941-1943) Korechika Anami (1944-1945) Inspecteur général de l'entrainement militaire Shunroku Hata (1936-1938, 1944-1945) Kenji Doihara (1945)

Le quartier-général impérial disposait également d'une division de l'information (Daihonei hōdōbu) qui assurait le contrôle de l'information et la propagande de la guerre, notamment en alimentant les médias écrits et radio. Des journalistes accompagnaient ainsi fréquemment les unités de combat pour rapporter leurs faits d'armes, comme ce fut le cas lors du « concours pour décapiter cent Chinois » qui eut lieu avant le massacre de Nankin.

Malgré leurs ambitions, les effectifs des Forces armées restent relativement réduits ; si entre 1937 et fin 1941, celles-ci passent de plus de hommes à 2,1 millions d'hommes sous les drapeaux ; une agriculture et une industrie exigeant beaucoup de main-d'œuvre et un système de conscription archaïque font que la mobilisation ne concerne au total entre 1937 et 1945 que 7,4 millions de Japonais pour une population de 70 millions d'habitants (en excluant les colonies)Par comparaison, la Grande-Bretagne avec ses 48 millions d'habitants à l'époque mobilise entre 1939 et 1945 6,2 millions de personnes..

Organismes de développement économique

L'impérialisme Shōwa visait notamment à assurer au Japon le contrôle de pays producteurs de pétrole, de fer, de bois, de caoutchouc, de riz et de soja. C'était aussi un moyen d'offrir des débouchés à une population japonaise qui était en croissance constante depuis 1854.

Afin d'assurer le développement économique de l'Empire, le gouvernement Konoe mit en place la Kōa-in, l'Agence de développement de l'Asie orientale, dont le rôle était de structurer l'exploitation des colonies, notamment par le biais d'un système de travaux forcés. Selon un document retrouvé en 2007 par le journaliste Reiji Yoshida, la Kōa-in fournissait des fonds aux trafiquants de drogue en Chine en vue de l'utilisation d'une partie des bénéfices de la vente de l'opium, de l'héroïne et de la morphine au profit des gouvernements d'occupation du Mandchoukouo, de Nanjing et de MongolieReiji Yoshida, « Japan profited as opium dealer in wartime China », The Japan Times, 30 août 2007..

Des ententes furent également conclues avec les Zaibatsu, notamment Nissan et Mitsubishi, qui participèrent activement à l'effort de guerre en fabriquant des équipements militaires.

À compter de 1937, l'empereur institua l'opération Lys d'or, en confiant la supervision à son frère Yasuhito Chichibu et à son cousin, Tsuneyoshi Takeda. Cette opération avait pour but de rassembler les richesses pillées dans les territoires conquis.

Chronologie de l'expansion impériale thumb|center|400px|L'expansion impériale et la zone d'extension maximale de la sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale.

Royaume de Ryūkyū (1872-1879) Le royaume de Ryūkyū, situé sur l'archipel des Îles Ryūkyū, chapelet d'îles allant de l’île de Kyūshū à l'île de Taïwan. Il est habité par une population parlant des langues japoniques, mais ayant de plus étroites relations avec la Chine qu'avec le Japon. C'est une des premières conquêtes de l'empire du Japon.

Taïwan (1895) et Corée (1910)

Taïwan et la Corée furent incorporées à l'Empire dès l'ère Meiji, le sort de la première étant une conséquence de la première guerre sino-japonaise.

Cette annexion fut suivie d'une phase d'assimilation sociale et culturelle coïncidant avec le début de l'ère Shōwa. Ainsi, l'enseignement des langues autochtones étant interdit, les citoyens furent contraints de renoncer à leur nom d'origine.

Une partie des Coréens fut déportée vers l'archipel nippon afin de travailler dans les usines japonaises (voir Zainichi), et des Coréennes furent utilisées comme « femmes de réconfort » par l'armée impériale japonaise. Les Coréens émigrés au Japon furent également victimes de répressions, le séisme de Kanto, qui toucha Tokyo en 1923, étant notamment le prétexte à des représailles et des massacres contre cette population.

Le Japon abandonna la Corée en 1945, à la suite de sa défaite qui signa la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Îles du Pacifique

alt=Carte des mandats internationaux dans le Pacifique (1921).|vignette|Carte des mandats internationaux dans le Pacifique (1921).