Charles Millon, né le à Belley (Ain), est un homme politique français.

Longtemps membre de l'UDF, il est maire de Belley de 1977 à 2001 et député de l'Ain entre 1978 et 2001, période durant laquelle il siègera comme vice-président de l'Assemblée nationale de 1986 à 1988. Soutien de Jacques Chirac lors de l'élection présidentielle de 1995, il est nommé ministre de la Défense de 1995 à 1997 dans les deux gouvernements Juppé.

Président du conseil régional de Rhône-Alpes en 1988 à la mort de Charles Béraudier, il est réélu en 1992 et en 1998. Réélu en 1998 avec les voix du Front national, il est exclu de l’UDF, voit son élection invalidée en 1999 et cède son fauteuil de président à Anne-Marie Comparini, sa colistière.

Après avoir abandonné sa mairie de Belley, il tente sans succès de gagner celle de Lyon puis fonde et prend la présidence du parti La Droite. Il se tient en retrait de la vie politique jusqu'en 2017, lorsqu'il intègre l’équipe de campagne présidentielle de François Fillon.

Biographie Formation et premiers engagements Il naît dans une famille de droite et fait ses études secondaires à l'institution Lamartine (Belley), puis à l'école Sainte-Marie Lyon, avant d'entamer des études de droit et d'économie à l'université de Lyon et d'obtenir une licence de sciences économiques et un diplôme d'études supérieures de sciences économiquesDemir Serge, « Les fidèles de Charles Millon », L'Express, 8 novembre 2001..

En 1965, il adhère au Cercle Charles Péguy, fondé deux ans plus tôt à Lyon par le biologiste Michel Delsol, professeur à l'Université catholique de Lyon, son futur beau-pèreAux origines du cercle Charles Péguy, sur le site de ce cercle.. Groupe anti-communiste, ce cercle mêle divers courants de droite, dont des monarchistes, des chrétiens ralliés à la République, des humanistes proches de Jacques Maritain et des personnalistes proches d'Emmanuel Mounier ; il s'inscrit dans les milieux de la droite catholique conservatriceMathias Bernard, La guerre des droites, op. cit., p. 244. Catholique pratiquant, Millon est alors favorable à la peine de mort et contre l'avortement.

Il y rencontre sa femme, Chantal Delsol, une philosophe, historienne des idées politiques, et romancière française. Disciple de Julien Freund, elle se définit comme « libérale-conservatrice ». Éditorialiste au Figaro et à Valeurs actuelles, Chantal Delsol est depuis 2007 membre de l'Académie des sciences morales et politiques. Le couple a six enfants, dont un adopté d'origine laotiennePaul-François Paoli, La gauchiste de la famille, Le Figaro, 6 mars 2008 et Thomas Millon.

Il participe au MADEL (Mouvement autonome des étudiants lyonnais), opposé au « désordre » de Mai 68. Exempté du service national, il obtient une licence en sciences économiques et un diplôme d'études supérieures de sciences économiques. Il participe activement ensuite à la revue du Cercle Péguy, L'Astrolabe, fondée en 1971, et, devenu conseiller juridique, adhère en 1974 à l'Association des chefs d'entreprise libres, dont il devient « le plus jeune administrateur et membre du comité directeur », comme secrétaire. Son adhésion s'explique selon ses mots par son aversion pour « une administration tentaculaire et irresponsable » et pour « l'action ponctuelle ou démagogique des hommes politiques » et ses craintes devant « la faillite de la gestion bureaucratique » et « l'Université étatisée, souvent communisée (sic) » : « L'entreprise sera la dernière à mourir. C'est donc là qu'il faut d'abord mener le combat »L'Informateur des chefs d'entreprise libres, n° 605, mai 1974 (Ch. Millon, "Pourquoi j'ai adhéré à l'ACEL"), n° 615, avril 1975. Devenu député, il y donne une conférence lors de son assemblée générale de Ibid., n° 650, juin-juillet 1978.

Il cofonde au début des années 1970 le cabinet d'avocats Delsol-Millon-Gariazzo (DMG) à Lyon, en collaboration avec son beau-frère Jean-Philippe Delsol, aujourd'hui devenu le cabinet Delsol Avocats..

Parcours politique Débuts À 32 ans, Charles Millon est élu maire de Belley en 1977.

Député de l'Ain L'année suivante, il est élu député de l'Ain en tant que candidat de l'UDF, il siège à l'Assemblée sous les couleurs de ce parti jusqu'en 1995. Par ailleurs conseiller juridique et fiscalNotice sur le site de l'Assemblée nationale., il fait partie des adhérents directs de l'UDF. Étant l'un des plus farouches opposants à la loi de nationalisation de 1982, il publie en 1984 L'Extravagante Histoire des nationalisations.

Il est vice-président de l'Assemblée nationale de 1986 à 1988Samuel Laurent, « Charles Millon soupçonné de malversations », Le Figaro, 9 janvier 2009., lors de la première cohabitation. En , avec le soutien de Valéry Giscard d’Estaing, il est élu président du groupe UDF de l'Assemblée nationale, battant François Léotard par 45 voix contre 41 au second tour.. Il conserve cette fonction jusqu'en 1995, lorsqu'il devient ministre de la Défense.

Millon est élu président du conseil régional de Rhône-Alpes en .. ; il le reste jusqu'en . À cette fonction, il met en place plusieurs projets : le Permis de Réussir pour stimuler l'autonomie des lycées et la créativité des équipes pédagogiques, les Contrats globaux de développement, permettant d'apporter une aide à des opérations multiformes de développement et aménagement initiées par les différents territoires rhône-alpins, la liaison Lyon-Turin, les jumelages avec la Catalogne, le Bade-Wurtemberg et la Lombardie, la participation de la France aux Olympiades des métiers, la création du Mondial des métiers et Lyon 96.

Il fait partie des dirigeants de l'UDF qui s'opposent aux discours du Front national et à une alliance avec le parti de Jean-Marie Le PenMathias Bernard, p. cit., p. 223.

Ministre de la Défense des gouvernements Juppé Après l'élection présidentielle de 1995, il est nommé par Jacques Chirac ministre de la Défense du gouvernement Juppé (RPR).

Au sein du gouvernement Juppé, il est chargé du dossier sur la transformation de l'armée française, fondée sur la conscription, en armée de métier. Cette loi est abandonnée à la suite de la dissolution de l'Assemblée nationale en 1997. Un nouveau projet de loi sera présenté à la nouvelle Assemblée et la loi sera promulguée le http://www.armees.com/armees/armee-de-terre-386/recrutement/Le-service-militaire-en-France,34389.html, armees.com.

Il se rend en Israël, approfondissant les liens déjà tissés en 1994 par le ministre François Léotard, qui avait signé l'accord-cadre de recherche franco-israélienClaudine Meyer, « Armement: Charles Millon veut doper les échanges avec Israël », Les Échos, 17337, 17 février 1997, 11. ; de nouveaux contrats d'armement sont passés entre les deux États.

Il déclarera en 2009 avoir examiné, sur ordre du président Chirac, les contrats d'armement pouvant donner lieu à d'éventuelles rétrocommissions, et avoir bloqué pour ceux-ci le versement des commissionsFrançois Labrouillère, « Charles Millon : « Chirac m’a demandé de bloquer des commissions illicites » », Paris Match, 23 juin 2009.. L'interruption de celles-ci, décidées en 1994 (sous le gouvernement Balladur) dans le cadre d'une vente de sous-marins Agosta au Pakistan, serait le motif expliquant l'attentat du 8 mai 2002 à Karachi, qui a tué onze salariés de la Direction des constructions navales (DCN) et qui était attribué à l'origine à Al-Qaïda. Le , Charles Millon affirme, devant le juge Renaud Van Ruymbeke, avoir eu « l'intime conviction » de l'existence de rétrocommissions versées jusqu'en 1995 en marge du contrat Agosta de vente au Pakistan de sous-marins françaisSerge Raffy, « Affaire Karachi : la bombe Millon », Nouvelobs interactif, mis en ligne le 17 novembre 2010..

Réélection contestée à l'issue des régionales de 1998 L'UDF se divise lors des élections régionales de 1998 sur la question des alliances avec le Front national (FN), François Bayrou condamnant celles-ci tandis qu'Alain Madelin les soutient. Ne disposant pas de la majorité absolue pour diriger l'exécutif, Millon tente d'abord de gagner la voix de Patrice Abeille (Ligue savoisienne), déterminante car les voix sont également réparties au conseil régional entre gauche et droite., puis il accepte les voix du FNMillon accepte les voix du FN, Libération, 21 mars 1998., soulevant les critiques des élus de gauche mais aussi d'élus de droite, et il remporte ainsi la présidence du conseil régional de Rhône-Alpes, de même que l'ensemble des vice-présidences de commission. Charles Millon, Jacques Blanc et Charles Baur, tous élus avec les voix du FNLibération, 2 avril 1998., sont alors exclus de l'UDF. Alors qu'il a toujours réfuté l'idée de toute tractation avec le FN, Charles Millon fait élire 13 vice-présidents de commissions frontistes (dont Pierre Vial à la commission de la Culture)Mathias Bernard, p. cit., p. 244.

Tandis qu'Alain Madelin et la plupart des personnalités UDF élues avec les voix de l'extrême droite rejoignent le nouveau parti « Démocratie libérale », Charles Millon fonde un mouvement politique éphémère (1998) nommé « La Droite » puis la Droite libérale-chrétienne en 1999, après l'échec d'un projet de fusion entre « La Droite », le RPF de Charles Pasqua et le CNI. C'est un retour à ses combats originels. Plusieurs personnalités appartenant à la droite conservatrice sont présentes au congrès fondateur de « La Droite », dont notamment l'ex-ministre d'État de Valery Giscard d’Estaing Michel Poniatowski. Mais ce nouveau parti est un échec : à part Charles Millon, seuls deux autres députés de « La Droite » s'y inscrivent. Christine Boutin, Alain Griotteray, Fabrice Saulais, ex-conseiller en communication de Bruno Mégret, ou Patrick Louis, président rhônalpin du MPF, font partie de son réseau parisien. En , il est aussi élu vice-président du Mouvement national des élus locaux, une association qui regroupe essentiellement des élus conservateursMathias Bernard, op. cit. p. 245.

Par ailleurs, Charles Millon fait l'objet d'une requête en annulation déposée par Étienne Tête qui aboutira à l'invalidation de son élection par le Conseil d'ÉtatDécision du conseil d'état, Tête, n° 195352, 9 décembre 1998 en . Anne-Marie Comparini (UDF) lui succède alors comme présidente du conseil régional en , en étant élue avec les voix de la gaucheComparini à l'étroit dans son siège, Libération, 11 janvier 1999.

En 2000, il dépose sans succès, avec Michel Meylan, une « proposition de loi constitutionnelle portant reconnaissance du principe de sécurité juridique dans la Constitution »Proposition de loi constitutionnelle portant reconnaissance du principe de sécurité juridique dans la Constitution, Assemblée nationale. Enregistré le 15 mars 2000. Renvoyée à la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l'administration générale de la République, à défaut de constitution d'une commission spéciale dans les délais prévus par les articles 30 et 31 du Règlement.. Le même jour, il fait enregistrer une autre proposition, de loi organique, elle aussi renvoyée à examen futur, « limitant le recours aux dispositions fiscales de portée rétroactive »Proposition de loi organique limitant le recours aux dispositions fiscales de portée rétroactive, Assemblée nationale..