Une catastrophe de pont est la destruction catastrophique d'un pont, par surcharge, incendie, ou défaillance structurelle.
Si les ponts en bois et les ponts en pierre, les plus anciens, fragiles de par leur conception et pas toujours réalisés dans de bonnes conditions, se sont souvent effondrés ou ont été détruits par des phénomènes naturels comme les débâcles d’hivers rigoureux ou des incendies, peu de ces sinistres sont restés dans la mémoire des hommes. Seuls le pont de Stirling en Écosse en 1297 ou le premier grand incendie du pont de Londres en 1212 sont connus comme ayant généré un grand nombre de victimes.
Les catastrophes les plus spectaculaires concernent essentiellement des ponts de grandes dimensions et notamment les ponts métalliques. Pour certains, des phénomènes de résonance de l’ouvrage ont été incriminés. C’est en particulier le cas pour le pont d'Angers en France en 1850, le pont de Saint-Pétersbourg en 1905 et le pont de Tacoma (États-Unis) en 1940. Les expertises modernes ont mis en avant plutôt des défaillances de matériaux ou des phénomènes physiques particuliers comme le couplage aéroélastique tablier-vent pour le pont de Tacoma. Pour beaucoup des phénomènes naturels (tempête, séisme ou coulée de boue) sont à l’origine des sinistres.
Dans la plupart des cas, les causes sont à rechercher dans une fragilité des fondations pour les ponts anciens, ou un défaut dans les matériaux ou dans la structure pour les plus modernes. L’erreur humaine est quant à elle systématiquement présente, soit du fait d’un défaut de conception, soit au niveau de la réalisation, soit enfin dans un défaut de suivi ou d’alerte.
Ponts en bois
Incendie du pont de Londres (1212)
Les premiers ponts étaient en bois et étaient très sensibles au feu. L’incendie le plus spectaculaire, qui provoqua le plus grand nombre de morts, est celui qui se produisit le aux deux extrémités du pont de Londres et qui provoqua la mort de près de .. Il ne doit pas être confondu avec le Grand incendie de Londres qui frappa le centre de Londres (Angleterre) du dimanche 2 au mercredi Toutes les dates sont données dans le calendrier julien, qui restera en usage en Angleterre jusqu'en 1752..
Pont de Stirling (Écosse - 1297)
La première grande catastrophe connue est celle de l’effondrement du pont de Stirling en Écosse en 1297 durant la bataille du pont de Stirling. La stratégie de William Wallace est alors d’attendre qu’un nombre suffisant d’Anglais aient traversé le pont pour ordonner deux charges : la première contre le gros des troupes anglaises et la seconde dans le but de couper la route à toute retraite. Le pont s’écroule au passage de la seconde charge écossaise, sous l’effet de la charge, provoquant la fuite des troupes anglaises restantes.
Incendie du Kapellbrücke (1993)
Le Kapellbrücke, ou pont de Lucerne, était l'un des plus grands ponts couverts en bois d'Europe. Il fut détruit par un incendie le et reconstruit à l'identique l'année suivante..
Ponts en pierre
De nombreux ponts en pierre ont été détruits sur les grands fleuves lors des multiples hivers rigoureux qui ont pu se succéder au cours des siècles, particulièrement au moment de la débâcle. Un accident indépendant de phénomènes climatiques est celui de l’affouillement en pied de pile entraînant un basculement ou un affaissement de celle-ci, puis une chute du tablier puis de l’arche. Un exemple caractéristique de ce type de désordre pour les ponts en pierre est celui du pont de Tours en France.
Pont de Tours (France - 1978)
Le pont Wilson de Tours est le plus vieux pont de Tours encore debout, construit entre 1765 et 1778. Il est composé de quinze arches, long de et traverse la Loire. Quatre arches côté sud s'effondrent successivement les 9 et , suivies de la culée sud le suivant. En tout, cinq piles et six arches s'effondrent, soit un tiers du pont, mais il n’y eut aucune victime. Le seul automobiliste présent sur le site réussit, en accélérant, à s’échapper avant que ne s’effondre la première arche ..
Ponts en briques
Viaduc de Barentin (France - 1846) Le vers du matin« Écroulement du viaduc de Barentin », Journal de Rouen, (lire en ligne), le viaduc de Barentin s'effondre alors qu'il est presque terminé, créant de vives polémiques, accusant la surcharge de ballast ou la faiblesse des piliers. Il est rapidement reconstruit en six mois, nécessitant seize millions de briques.
Ponts métalliques
Au et au début du , plusieurs accidents de ponts métalliques se sont produits et un phénomène de mise en résonance de l’ouvrage a été évoqué au passage de troupes. Lorsque la fréquence de l'action extérieure coïncide avec la fréquence de résonance de la vibration de la passerelle, il y aurait une forte augmentation de l'amplitude du pont, et l'ouvrage ne le supporterait pas. Ce serait ainsi le cas pour les ponts de la Basse-Chaîne à Angers, France (1850), le Pont égyptien (Saint-Pétersbourg, 1905) et le pont de Tacoma (États-Unis, 1940). Dans beaucoup de manuels figurent ces explications; toutefois la connaissance actuelle du comportement des matériaux retient d'autres explications pour ces catastrophes.
Pont de la Basse-Chaîne (France - 1850)
vignette|upright=1.2|La rupture du Pont de la Basse-Chaîne à Angers en 1850.
Le pont de la Basse-Chaîne (Angers), inauguré en , était un pont suspendu ancré au sol, conçu par l'architecte Joseph Chaley et autorisé par le décret royal du pour une durée de concession de .
Le matin du , le du d'infanterie légèreAngers.fr partait en direction de la place de l'Académie pour y passer une revue. Ils revenaient du bois d'Avrillé où ils avaient fait une halte pour prendre un repas. Ce jour-là, une tempête épouvantable s'abattait sur Angers mais les hommes continuèrent leur marche en direction du pont. Le lieutenant-colonel Simonet, qui commandait la troupe, avait fait rompre le pasStructurae.
Une partie du bataillon avait atteint la rive gauche quand le vent violent provoqua des oscillations du pont suspendu, qui furent accentuées par les soldats se balançant d'un côté à l'autre, dans le but d'équilibrer le tablier. Un « craquement formidable » se fit entendre, puis le poids des soldats acheva la rupture des câbles de suspension qui précipita le régiment dans la rivière, provoquant la mort de (226 selon certaines sources), parfois transpercés dans leur chute par leurs baïonnettes. Deux employés d'octroi qui accompagnaient le bataillon moururent noyés dans ce drame. Les écrits, qui tentent de faire part de l'horreur de la scène, mentionnent : Les Archives Départementales du Maine-et-Loire. Plus tard, la tempête, ainsi que l'oxydation des câbles du pont suspendu seront mis en cause dans cette tragédie.
La variante de l'histoire accuse la marche au pas du régiment d'être responsable de la rupture du pont, pourtant arrêtée avant l'entrée du pont selon certains écrits : les vibrations régulières sur le pont suspendu donnèrent au tablier un mouvement ondulant, s'amplifiant car entretenu par le pas des soldats jusqu'à l'entrée en résonance du pont et sa destruction. Le matériau constitutif du tablier du pont, à savoir l'acier, a alors vibré selon la même fréquence que le rythme de la marche au pas du régiment, ce qui a généré ce phénomène. Cette version est contestée puisqu'un règlement interdisant la marche au pas sur les ponts existait avant cette catastropheArt-et-Histoire.com.
Pont suspendu de Yarmouth (Angleterre - 1845)
Le pont suspendu de Yarmouth, dans la ville Great Yarmouth (Royaume-Uni) s’est effondré le sous une surcharge occasionnée par le passage d'enfants sur l'ouvrage. périrent dans cette catastrophe. Ils s'étaient rassemblés sur le pont pour voir un clown cascadeur dans un tonneau tiré par des oies sur la rivière. Quand il est passé sous le pont, l'ensemble de la charge s'est brutalement déplacée, provoquant la rupture des chaînes sur le côté sud, entraînant la chute du tablier dans son ensemble ..
Pont ferroviaire du Tay (Écosse - 1879)
vignette|Les travées manquantes, après la catastrophe Inauguré le , le pont ferroviaire du Tay dessert la ligne Édimbourg-Dundee. Conçu par l'ingénieur architecte Thomas Bouch, il est alors le plus long pont du monde, avec . La portion centrale de l'ouvrage était constituée de treize travées de de portée à au-dessus des eaux. Le une forte tempête s'abattit sur l'Écosse avec des vents de force 10 à 11 sur l'échelle de Beaufort, provoquant l'effondrement du pont sur sa partie centrale lors de la traversée d'un train, faisant environ .
Des défauts de conception (circulation du train dans sa partie centrale entre les poutres porteuses et non au-dessus, vent de référence insuffisant) et de réalisation (des barres de contreventement non fixées et donc sans effet), l'effet du vent et le passage du train (vitesse excessive du convoi) sont des causes qui ont été évoquées dans cette catastrophe. L'enquête conclut que le pont avait été .
Pont ferroviaire sur la Birse (Suisse - 1891)
Le , le pont métallique ferroviaire sur la Birse près de Münchenstein en Suisse, construit en 1875 par Gustave Eiffel, cède sous le poids d'un train. Cet événement, actuellement la plus grande catastrophe ferroviaire en Suisse, fit et Naufrage ferroviaire, article du , 24heures.ch..
Pont égyptien (Saint-Pétersbourg - 1905)
vignette|gauche|250px|L'effondrement de 1905 Le pont Égyptien (en ) à Saint-Pétersbourg en Russie est un pont prolongeant l'avenue Lermontov et enjambant la Fontanka. Le pont d'origine, prévu pour les piétons et les véhicules tirés par des chevaux, exista jusqu'au début du , avant de s'effondrer le quand un escadron de cavalerie le traversa. Le pont actuel est construit au même emplacement en reprenant les sphinx, œuvres de Pavel SokolovAuteur des lions du pont aux Lions et des griffons du pont de la Banque., ainsi que d'autres détails du pont d'origine, ce qui en fait une simple évocation, assez superficielle, de la splendeur d'antan. Ce pont-ci fut achevé en 1955.
Comme pour le pont de la Basse-Chaîne, un phénomène de mise en résonance du pont au passage de la troupe a été évoqué. Toutefois les experts pensent désormais qu'il s'agit plutôt soit d'un problème de conception, soit d'un défaut dans l'acier d'une des chaînes ..
Pont de Québec
vignette|Élévation de la travée centrale en 1916, juste avant l'effondrement.
Premier effondrement (1907)
Le à , après quatre années de construction, la partie sud du pont s'effondra dans le fleuve St-Laurent en à peine , et à peine avant la fin de la journée de travail. Des qui s'y trouvaient, 76 furent tués et les autres furent blessés. 33 des victimes étaient des travailleurs Mohawks de la réserve de Kahnawake, 17 autres victimes étaient originaires des États-Unis, et 26 étaient des Québécois. La tradition orale des Hurons-Wendat de Wendake fait également état de six ou sept victimes provenant de leurs rangs.
Deuxième effondrement (1916)
Le , alors que la partie centrale préfabriquée était en train d'être élevée en place entre les deux sections rebâties, un effondrement tue treize personnes.
Pont de Saint-Denis-de-Pile (France - 1931)
Le au matin, 16 camions sont utilisés pour les essais de charge du pont de Saint-Denis-de-Pile avec un poids total de 120 tonnes. En s'engageant sur le pont, le quatorzième véhicule se déporta et heurta un câble de suspension, un hauban. Le camion qui le suivait le percuta par l'arrière et le projeta plus violemment sur le câble déjà fragilisé, qui céda en quelques secondes. Les haubans se séparèrent du pont qui se cassa en deux plaques qui plongèrent dans la rivière. Douze camions et leurs passagers furent immédiatement engloutis dans les eaux. L'accident causa la mort de treize personnes et fit seize blessés graves ainsi que la « une » de toute la presse nationaleL'histoire de Saint-Denis-de-Pile: un pont plus tard, ou une énorme injustice réparée 80 ans après..
Pont de Tacoma (États-Unis - 1940)