Faïza Guène, née le à Bobigny (Seine-Saint-Denis), est une romancière et scénariste française.

Elle publie plusieurs romans, dont Kiffe kiffe demain, un best-seller traduit en vingt-six langues. Ses écrits explorent le thème de l’identité, notamment des Français issus de l’immigration maghrébine.

Biographie Origine et trajectoire Faïza Guène naît en 1985 à Bobigny de parents algériens et grandit avec son frère et sa sœur à Pantin.. Son père, Abdelhamid Guène (1934-2013), arrivé en France en 1952, est mineur dans la région de Saint-Étienne puis maçon en région parisienne. Sa mère, Khadra, émigre en France en 1981.. Pour Faïza Guène, les récits d’immigration de ses parents sont « complètement différents ». Son père arrive en France alors que l’Algérie est encore française, et sa mère rejoint ce dernier plusieurs années après l’indépendance. Elle vit une « enfance heureuse » bien qu’elle réside dans un logement insalubre, qui contraint sa famille à se laver dans les bains publics de la municipalité..

Enfant précoce, elle saute la classe du CP pour intégrer directement le CE1 ayant appris les lettres de l’alphabet et la lecture en regardant l’émission télévisée La Roue de la fortune. Elle est également initiée à la lecture et à l’écriture par un oncle venu d’Algérie. et se met à griffonner des petites histoires qu’elle troque contre des bonbons, promettant à chacune de ses copines qu’elle en sera la princesse..

Ses parents déménagent aux Courtilières, un quartier populaire de Pantin, en Seine-Saint-Denis, alors qu'elle a 8 ans.

Après son baccalauréat, elle s’engage dans des études de sociologie à l’université Paris-VIII qu’elle abandonne par la suite..

Elle vit à Marseille. Elle a pour conjoint l'humoriste Djamil Le Shlag.

Écriture Les romans de Faïza Guène ont en commun de mettre en scène des personnages lucides sur leur position au sein de la société française, racontant le vécu des classes populaires issues de l'immigration maghrébine. Faïza Guène utilise une langue revigorée et souvent argotique, « une langue vivante et drôle ».. Ce style particulier, assez courant dans de nombreux pays comme en témoignent les livres du romancier Irvine Welsh, est plutôt rare et déconsidéré dans la littérature française..

Les Engraineurs À 13 ans, Faïza Guène écrit dans la gazette de son collège. Son professeur de français, Boris Seguin, décèle en elle « une bosseuse qui a du talent ». Elle se passionne pour les sessions de lecture qu’organise ce professeur. Notamment lorsque ce dernier lisait à haute voix le polar La Vie de ma mère ! de Thierry Jonquet.

Il lui propose d’intégrer un atelier d’écriture dirigé par l’association Les Engraineurs. Fondée par le producteur et réalisateur Julien Sicard et lui-même., cette association créée en 1998 a pour objet de « faire émerger une parole artistique » de Pantin. notamment à travers l’écriture de scénarios.

Jusqu'à l’âge de 17 ans, elle écrit et réalise cinq courts-métrages. À 18 ans, elle obtient une subvention du CNC pour réaliser Rien que des mots dans lequel elle fait jouer sa mère.

Faïza Guène décrit sa réussite littéraire comme le fruit d'un « accident », plutôt que d’un « système qui marche ».. Cet accident est sa rencontre avec Boris Seguin. Au début des années 1990, et à la surprise du rectorat, Boris Seguin demande à être muté en Seine-Saint-Denis, où il se présente comme un « fantassin de la fracture sociale » avec l’ambition d’être « le prof que je n'avais pas eu. Devenir ce qui m'avait manqué »..

Qualifié en 1996 de « hussard noir de la République » par le quotidien Libération, il porte une attention particulière au langage de ses élèves. Il est d’ailleurs coauteur de l’ouvrage Les Céfrans parlent aux Français (1996), dans lequel il élabore avec ses élèves du collège Jean Jaurès de Pantin un lexique de leur vocabulaire. L’ouvrage, qualifié par Le Monde de « formidable »., est avant tout une véritable « entreprise sociale » pour Seguin car « décortiquer ce langage populaire, c'est le reconnaître comme langue digne d'intérêt »..

Premier roman (Kiffe kiffe demain) Le premier roman de Faïza Guène, Kiffe kiffe demain (2004), est une comédie sociale. Il s'agit du monologue de Doria, une adolescente de 15 ans vivant à Livry-Gargan, un témoignage sur lequel s’appuie l’écrivaine pour traiter de l’identité.. Pour le linguiste Marc Sourdot, la langue utilisée dans ce roman est celle du « je » et du « jeu », et les textes sont portés par des personnages qui distillent un regard frais, drôle et sans misérabilisme sur leur vie.

C’est à travers Les Engraineurs que Faïza Guène prend goût à l’écriture. Elle écrit C’est en lisant les quelques pages de ce qui deviendra Kiffe kiffe demain que Boris Seguin décide de les envoyer à sa sœur, Isabelle Seguin, éditrice chez Hachette Littératures. Cette dernière propose immédiatement un contrat d’édition à Guène, pour en publier .

En , à la sortie de Kiffe kiffe demain, Le Nouvel Observateur lui consacre une double page. Ce livre, publié à l’âge de 19 ans, est un succès. Vendu à plus de en France et à l’étranger, il est traduit dans vingt-six langues. L’écrivaine publie par la suite cinq romans, des comédies sociales, qui explorent l’identité, notamment des Français issus de l’immigration maghrébine.

En 2007, l’attachée de presse de Hachette Littératures reconnaissait que si Boris Seguin n’avait pas présenté les écrits de Faïza Guène à sa sœur « nous serions sans doute passés à côté du personnage, bloqués dans nos préjugés sur les jeunes des quartiers »..

L’écrivaine publiée par Hachette Littératures, puis Fayard depuis ses débuts, a rejoint Plon. en 2020 pour la publication de son sixième roman La Discrétion.

Autres romans Dans Du rêve pour les oufs (2006), l’héroïne, Ahlème, est une jeune adulte de 24 ans vivant à Ivry-sur-Seine. Sa mère est tuée en Algérie lors de la décennie noire et, entre son père accidenté du travail qui perd la tête et son frère attiré par la délinquance, elle doit faire face à l’effondrement de sa structure familiale.

Les Gens du Balto (2008) décrit une autre facette des habitants de banlieue. Dans ce polar, l’écrivaine met en scène des personnages dans une ville de banlieue pavillonnaire en fin de ligne RER appelée Joigny-les-Deux-Bouts. Le meurtre du patron du Balto, un bar miteux, est le prétexte à un roman choral où témoignent différents personnages potentiellement coupables, face à un lieutenant de police. Les personnages sont issus de trois familles : « la franco-arménienne qui bat de l’aile, l’algérienne travaillée par des bifurcations générationnelles ou la française laminée par l’ennui et la « beaufitude » »..

Dans le drame familial Un homme, ça ne pleure pas (2014), l’écrivaine raconte l’histoire d’une famille issue de l’immigration algérienne, installée dans une maison avec jardin dans la ville de Nice. Les parents rêvent de voir leurs trois enfants grandir dans le respect des traditions familiales, infusées dans la culture algérienne et la religion musulmane. Les enfants ont une double culture et sont tiraillés sur leurs identités. Deux visions radicales s’opposent, celle de Dounia, l’aînée, qui croit en l’égalitarisme républicain, et celle de Mina, qui reste loyale à la culture de ses parents. Entre les deux, le frère cadet et narrateur, Mourad, ne veut pas choisir..

Millénium Blues (2018), un roman nostalgique sur les milléniaux, retrace une histoire d’amitié entre deux femmes, Carmen et Zouzou, que l’on voit grandir à travers les événements marquants du tournant du millénaire, avec ses joies et ses traumatismes. Qu’ils soient individuels ou collectifs (coupe du monde 1998, le 11 septembre 2001, les élections de 2002, la canicule, la grippe A, etc.).. La Libre Belgique note :

Dans La Discrétion (2020), Faïza Guène raconte l’histoire de Yamina, une algérienne qui a connu un double exil, l’un à Ahfir au Maroc pendant la guerre d’Algérie, l’autre en France, à Aubervilliers. À l’aube de ses 70 ans, elle refuse de se laisser envahir par le ressentiment, « elle ne parle pas de son passé, de ses relations conflictuelles avec la France, de la douleur de son exil ».. Ses quatre enfants « ne comprennent pas cette discrétion, héritent d’un sentiment d’humiliation. Et rien ne peut empêcher la colère, à un moment ou à un autre, de sourdre… ».. Pour Le Monde des Livres, Faïza Guène est « épatante » dans sa manière de retranscrire la colère qui se transmet. « Que faire de cette colère ? Se laisser consumer par elle ou la combattre en ne lui laissant aucune prise, comme Yamina ? Faïza Guène maîtrise trop son sujet pour trancher, et accompagne ses personnages vers la lumière »..

En 2024, elle publie Kiffe-kiffe hier ?, un roman dans lequel on retrouve le personnage de Doria dans son premier roman Kiffe kiffe demain (2004). Doria a désormais 35 ans, vit à Bondy, elle a un enfant et s'apprête à divorcer.

Thèmes Classe et culture populaire Pour Faïza Guène, « être pauvre et avoir des origines étrangères est une double malédiction ». Elle précise que ce qui est important dans ses écrits est sa classe sociale : L’écrivaine raconte « des histoires de gens ordinaires, des antihéros aux revenus modestes ».

Banlieue parisienne La banlieue parisienne est le cadre principal des romans de Faïza Guène. Dans un article intitulé Paris et ses banlieues dans les romans de Faïza Guène et Rachid Djaïdani., l’universitaire Mirna Sindičić Sabljo explique que les romans de ces deux auteurs permettent de saisir la complexité des espaces périphériques. Elle note une diversité du type de banlieues, celle des barres HLM dans Kiffe kiffe demain et celle de la banlieue pavillonnaire dans Les Gens du Balto. Pour Mirna Sindičić Sabljo, ces espaces sont à l’opposé des stéréotypes diffusés par les médias français. Dans les romans de Guène, elle note que ces espaces sont des « communautés fraternelles », « lieux d’une interaction sociale forte ». Les romans de Faïza Guène et de Rachid Djaïdani « contestent l’image mythifiée de Paris » et « démontrent l’hétérogénéité des banlieues » ainsi que leur relation avec la capitale.

Cette analyse sur la représentation de la banlieue dans le premier roman de Guène, loin des clichés, est également partagée par l’universitaire Mirka Ahonen.. Aussi, les femmes du roman ne sont pas victimes d’un ordre patriarcal, elles parviennent à améliorer leur condition matérielle et sont solidaires.

Lors d’une conférence donnée en 2009., à l’occasion de la sortie de la traduction anglaise de Du rêve pour les oufs (Dreams from the Endz), Faïza Guène déplore la déshumanisation des habitants de la banlieue. Elle fait remarquer que les noms donnés aux grands ensembles sont souvent ceux d’insectes ou ceux évoquant la multitude. Elle donne comme exemple le quartier des Courtilières (une espèce d'insectes orthoptères) à Pantin où elle a grandi mais aussi « La Ruche » de Bobigny, la cité des 3000 à Aulnay-sous-Bois ou encore la cité des 4000 à La Courneuve. Elle explique avoir choisi pour cadre de son deuxième roman, dont le sujet est la précarité, la cité de l’Insurrection à Ivry-sur-Seine. Pour l'universitaire Mirelle Le Breton, Faïza Guène « ré-humanise » la banlieue contre les représentations stéréotypées.. Elle change d’échelle, passant des « grands ensembles » à une communauté qui s’apparente à un petit village où les individus vivent dans la fraternité.

Cellule familiale À 15 ans déjà, Faïza Guène avait exploré dans son court-métrage RTT la précarité sociale et affective qui survient dans les classes populaires dès lors que la cellule familiale éclate. Ce thème est récurrent dans l’ensemble de ses romans.

Dans Kiffe Kiffe demain, Du rêve pour les oufs et Millénium Blues elle explore les conséquences de la précarité de la cellule familiale monoparentale. Dans Un homme, ça ne pleure pas, la cellule familiale est ébranlée par le départ de la sœur ainée, qui coupe toute relation avec son milieu social et culturel d’origine.

Déterminisme social