La guerre du Chaco () fut un conflit entre le Paraguay et la Bolivie pour le contrôle du Chaco Boreal, une région semi-aride d'Amérique du Sud, riche en ressources naturelles et surtout soupçonnée de receler des gisements de pétrole. C'est l'un des conflits les plus violents du continent sud-américain au , laissant des cicatrices profondes dans l'histoire des deux nations.
La Bolivie, enclavée et sans accès direct à la mer depuis sa défaite dans la guerre du Pacifique, cherchait un moyen de compenser cette perte en revendiquant la région du Chaco, qu'elle considérait comme une voie potentielle vers l'océan Atlantique. Le Paraguay, de son côté, y voyait un territoire national historique et crucial pour son développement. Cette région était assez mal connue, d'autant qu'elle n'était pas toujours représentée sur les cartes géographiques.
Le conflit, marqué par des combats intenses dans un climat et un terrain difficiles, causa de lourdes pertes humaines, notamment en raison de la chaleur extrême, des maladies, et du manque d'eau. Le Paraguay, bien que moins bien équipé que la Bolivie, s’avéra mieux préparé à la guerre en raison de sa connaissance du terrain et de son soutien populaire. Après trois ans de guerre, le Paraguay parvint à contrôler la majeure partie du Chaco Boreal.
Le conflit prit fin avec la signature du traité de paix en 1938, qui consacra la victoire paraguayenne. Le Paraguay obtint la majorité du territoire contesté, tandis que la Bolivie conserva une petite portion dans le nord de la région. Ce conflit eut des conséquences profondes sur les deux pays, renforçant leur identité nationale mais entraînant également des pertes humaines et économiques importantes. Les deux pays signent un nouveau traité en 2009 qui fixe définitivement les frontières..
Origines du conflit
thumb|La guerre de la Triple Alliance opposa une première fois le Paraguay et ses voisins de 1865 à 1870. Ce conflit, comme pour la plupart des guerres latino-américaines des , trouve ses origines profondes dans l'incertitude des frontières et des compétences des institutions coloniales espagnoles et dans l'absence d'occupation effective et d'administration sur de vastes portions de territoires (question juridique de lUti possidetis juris (littéralement : « vous posséderez ce que vous possédiez déjà ») qui peut être de jure ou de facto (littéralement « en droit ou de fait »).
Le premier conflit qui opposa les États frontaliers ou périphériques des steppes du Gran Chaco (sans que celui-ci n'en fût toutefois l'enjeu) fut la guerre de la Triple Alliance qui, de 1864 à 1870, opposa le Paraguay à une coalition formée par l'Uruguay, l'Argentine et le Brésil et qui tourna à la totale déconfiture du Paraguay, l'Argentine s'assurant de fait la mainmise sur le Chaco.
thumb|right|Les territoires perdus par la Bolivie au fil des conflits qui l'opposèrent à ses voisins.
Profitant de cette défaite, la Bolivie considéra dès cette époque le comme faisant partie de sa sphère d'influence, en appelant, vainement, à l'appui des vainqueurs du Paraguay. Les discussions entre les deux États démarrèrent en 1879 mais, bien que plusieurs protocoles d'accord soient intervenus (1913, 1915, 1916, 1917 & 1918), aucune implantation permanente bolivienne ou paraguayenne ne s'établit, vu l'âpreté du pays, les conditions climatiques infernales et l'absence de toute infrastructure. Parallèlement, un autre contentieux entre la Bolivie et le Paraguay ne fait qu'empirer les choses. En 1884, la Bolivie a en effet perdu tout accès à l'océan Pacifique au profit du Chili, à la suite de la « guerre du nitrate » ou « guerre du Pacifique ». En 1885 survient l'incident de Puerto Pacheco, sur le Haut-Paraguay, à la suite de la concession par la Bolivie de la construction d'un port. La Bolivie, qui a perdu sa côte sur l'océan Pacifique, doit renoncer à tout espoir de récupérer un accès maritime en 1904. Ses velléités en direction du fleuve Paraguay sont alors perçues à La Paz comme une nécessité pour s'ouvrir un accès à l'Atlantique et à Asuncion comme une nouvelle provocation.
Les escarmouches sont fréquentes mais les premiers affrontements notables ont lieu à partir de 1920. La Bolivie décide non seulement de tenter de s'implanter sur le haut Paraguay, mais de descendre le cours du río Pilcomayo jusqu'au confluent avec ce fleuve. Le Paraguay, qui s'était essentiellement intéressé aux abords du fleuve, avait obtenu de l'Argentine le renoncement à son profit, par arbitrage international du président américain Hayes, du triangle sud du Chaco dit Boréal, entre Paraguay et Pilcomayo (1878). Les gouvernements paraguayens concédèrent des superficies de millions d'hectares du Chaco boréal à des sociétés argentines (la plus grande étant concédée à la société ), pour l'exploitation du quebracho, un bois très dur et riche en tanin . Le maté n'est pas cultivé dans cette région mais plutôt de l'autre côté du fleuve, la plus grande concession allant à la Industrial Paraguaya, consortium d'intérêts alors anglo-argentins.
Compte tenu de cet état de tension entre les deux pays, le Paraguay commença finalement à établir des « colonies militaires » dans le Chaco à partir de 1921 mais la guerre civile sanglante qui frappa le pays en 1922 mit un terme à cette tentative de colonisation. Profitant des difficultés internes de son voisin, la Bolivie prit le relais en installant à son tour une ligne de fortins dans la région. Ces infrastructures se résumaient de fait en une série de misérables huttes en adobe surmontées d'un toit de paille, entourées d'un fossé (inondé en période de pluie) et occupée par l'équivalent d'une compagnie.
Le pétrole, que les politiques des deux pays élèvent en argument pour mobiliser leur population (en particulier le Paraguay, entièrement dépourvu de ressources fossiles), fait partie des mythes quant aux objectifs réels de la guerre. Il semble en effet que quelques aventuriers escrocs ayant obtenu des concessions de prospection, restées infructueuses, aient par ailleurs tenté de récupérer « au prix fort » leur mise de fonds en propageant ces rumeurs mensongères… Une pratique trop fréquente à l'époque dans le domaine des prospections (métaux rares, pierres précieuses) qui a fourni la trame de nombreux romans d'aventures ou policiers ( infra).
L'incident considéré comme le casus belli décisif a lieu le : c'est l'accrochage dit de la Lagune Pitiantuta (ou Chuquisaca), point d'eau où un fortin bolivien est détruit par les Paraguayens. Ce n'était pas cependant le premier du genre.
En effet, le , une patrouille paraguayenne égarée, commandée par le lieutenant Rojas Silva est capturée en territoire bolivien et internée. Le lieutenant Rojas Silva est abattu par une sentinelle bolivienne en tentant de s'évader et la fièvre belliciste monte d'un cran dans les deux pays.
Le , paraguayens sous le commandement du Major Rafael Franco capturent le fortin Vanguardia. L'incident porte la tension à un niveau très élevé, La Paz dépêchant sa toute nouvellement créée (DI) pour reprendre la position. Les relations diplomatiques sont rompues le tandis que le , les Boliviens chassaient les maigres forces adverses du fort de Boqueron et de la position Mariscal Lopez. Il fallut la médiation d'une commission internationale composée de la Colombie, de Cuba, du Mexique, de l'Uruguay et des États-Unis pour obtenir le rétablissement du statu quo tandis que le Paraguay, comme agresseur, était admonesté par la Société des Nations.
Description du Chaco Boréal thumb|Paysage du Chaco Boréal.Le Chaco Boréal est, comme son nom l'indique, la région septentrionale du Grand Chaco. L'hégémonie argentine acquise sur les régions fertiles du Chaco Central (l'actuelle province de Formosa) et du Chaco Méridional (les actuelles provinces du Chaco et de Santiago del Estero) dans la deuxième moitié du , il ne restait ainsi plus que le Chaco Boréal à se disputer entre la Bolivie et le Paraguay. Le Chaco Boréal est une région d'environ de superficie qui, dans les années 1920, est quasiment inhabitée et inexplorée. Les milliers de colons mennonites n'y ont pas encore afflué. La région est couverte de forêts, d'arbustes épineux et de palmiers. Le développement de l'agriculture dans la région y est presque nul, à l'exception des abords du fleuve Paraguay (où pousse le quebracho rouge). Le Chaco Boréal est l'habitat d'une grande variété de serpents venimeux, d'insectes et de parasites, vecteurs de maladies, comme la maladie de Chagas dont le responsable est le triatome, insecte vecteur. La montagne est l'absurde matérialisé dans les arbres. C'est le monde terrible de la désorientation. Partout, c'est le même vert bas, sale, terreux [...] Les arbres ne sont pas des arbres, ce sont des épouvantails aux formes torturées, dans l'écorce desquels épines et parasites mâchent leur misère physiologique. Ces arbres croissent attachés à une terre stérile et infertile, c'est pourquoi ils vivent et meurent sans orner leurs branches de la caresse verte de la feuille ou du miracle lumineux du fruitCarlos Arce Salinas, ex-combattant et homme politique bolivien..
Le secteur oriental du Chaco Boréal a un climat de type savane tropicale, tandis que le secteur occidental a un climat de type semi-aride chaud. Le climat est par ailleurs extrêmement continental : les étés sont pluvieux et la température peut y monter jusqu'à et les hivers sont secs et la température peut y descendre sous les . L'eau est rare dans les zones centrales, la maîtrise des quelques puits et lagunes est donc d'une importance vitale pour les deux armées, mais ces quelques points d'eau ont une eau souvent saumâtre et contaminée (ce qui a causé, par exemple, de nombreux cas de dysenterie). De décembre à mai, lors de la saison des pluies, les pistes poussiéreuses du Chaco Boréal se transforment en vasières presque impraticables en raison de la faible perméabilité du sol. Ainsi, le deuxième ennemi pour les Boliviens et les Paraguayens est bien le Chaco Boréal lui-même.Il y a un magnifique puits d'eau à Platanillos, mais les Paraguayens l'ont totalement souillé avant de partir. Il fait 40 mètres de profondeur et des efforts sont ainsi faits pour le réhabiliter, mais son eau est intouchable car elle est nauséabonde. Une énorme quantité d'eau a déjà été extraite : elle est cristalline mais infecte, puant la tannerie, les peaux pourries. Le résultat des analyses de Villa Montes est attenduLuis Fernando Guachalla, trésorier du bolivien, ..
Historique du conflit : campagnes et batailles
Bataille du lac Pitiantuta (juin - juillet 1932) thumb|right|Le Rio Paraguay une des pommes de discordes à l'origine du conflit La découverte du (un des rares points d'eau de cette région de savanes arborescentes) et la dispute qui s'ensuivit allaient irrévocablement mettre le feu aux poudres. En , les soldats d'Asuncion établirent le fortin Carlos Antonio Lopez sur les bords du lac. Profitant de la guerre civile au Paraguay, une unité bolivienne sous le commandement du major Moscos marche sur la position le et l'occupe le lendemain. Asuncion fait donner son d'infanterie, équipé de mortiers de , qui reprend le fort. L'engrenage fatal est engagé.
Le président bolivien Daniel Salamanca ordonne les représailles et fait marcher ses troupes contre les positions adverses : le fort de Corrales tombe le , celui de Toledo le et celui de Boqueron le après deux jours de combats.
Une commission internationale tente encore une fois de calmer le jeu mais devant l'intransigeance de La Paz, la guerre est devenue inévitable.
Le siège de Boqueron (septembre 1932) thumb|Un retranchement typique de la guerre du Chaco et notamment du siège de Boqueron.