200px|vignette|Devant un buste tutélaire de l'empereur , le président Louis-Napoléon Bonaparte (à droite) délivre ses instructions aux conjurés dans la nuit du au . De gauche à droite : son secrétaire Mocquard tient la liste des personnes à arrêter, le général de Saint-Arnaud tient les ordres militaires destinés au maréchal Magnan, Morny (par ailleurs demi-frère du président) glisse dans sa poche le décret le nommant ministre de l'Intérieur tandis que Persigny se tient fidèlement en retrait. Estampe de Philippoteaux, gravée par E. Leguay, 1853.
Le coup d'État du est l'acte par lequel Louis-Napoléon Bonaparte, président de la Deuxième République française depuis trois ans, conserve le pouvoir à quelques mois de la fin de son mandat alors que la Constitution de la Deuxième République lui interdisait de se représenter.
Le matin du , Louis-Napoléon Bonaparte édicte six décrets proclamant la dissolution de l'Assemblée nationale législative et du Conseil d'État, le rétablissement du suffrage universel masculin, la convocation du peuple français à des élections et la préparation d'une nouvelle constitution, promulguée le pour succéder à celle de et qui aura duré moins de quatre ans. Cette nouvelle constitution établit un régime présidentiel autoritaire, le Second Empire (1852-1870).
Conclusion non seulement des difficultés que la Deuxième République rencontra pour s'imposer, mais aussi d'un conflit de trente mois avec le parti de l'Ordre, qui détient la majorité au Parlement, ce coup d'État marque la victoire des bonapartistes autoritaires.
Si le peuple de Paris réagit relativement peu pour défendre une assemblée conservatrice qui l'a dépouillé d'une partie de ses droits politiques, ce n'est pas le cas dans les zones rurales de près d'une trentaine de départements, en particulier en Bourgogne et en Provence (Basses-Alpes, Drôme, Var intérieur, Vaucluse…).
Dans certains endroits, les républicains prennent les armes et marchent sur les chefs-lieux. La résistance menée à Paris ou en province par les républicains (Victor Schœlcher, Victor Hugo, Alphonse Baudin…), par des membres du parti de l'Ordre non ralliés (le père Lacordaire, le prince de Broglie) est écrasée par l'armée en quelques jours.
Si l'on compte plusieurs centaines de tués à Paris, il n'y a pas de bilan global des affrontements et exécutions sommaires d'insurgés menées par l'armée. Ainsi, dans le Var, les colonnes républicaines, mal armées, furent facilement dispersées par la troupe et il y eut entre en quelques jours.
Sur l'ensemble de la France, plus de sont arrêtées et inculpées. Cette résistance, présentée comme une jacquerie par la propagande bonapartiste, et la fermeté de la répression crédibilisent alors rétrospectivement le mythe d'une guerre sociale se préparant pour 1852, alimentant la peur des petits et grands possédants, qui se rallient au nouveau régime, recréant ainsi les conditions d'une alliance entre les bonapartistes et les élites pour les huit années suivantes. De fait, la propagande gouvernementale, relayée par le bouche à oreille, avait démesurément grossi quelques épisodes locaux : massacres de gendarmes désarmés, viols systématiques.
Face à la légalité constitutionnelle, à laquelle se raccrochent les défenseurs de la République, les bonapartistes préfèrent opposer le suffrage universel (masculin) et la confiance directe manifestée par le peuple comme seule source de légitimité. Louis-Napoléon plébiscite les Français les 20- afin de faire approuver son action et les réformes annoncées. Moins d'un an plus tard, le , à la suite d'un autre plébiscite, le Second Empire est établi, Louis-Napoléon Bonaparte devenant « , empereur des Français ».
Tout au long de la République, le coup d'État sert de repoussoir à l'historiographie républicaine, et alimente une légende noire autour de et du Second Empire, selon les historiens Louis Girard, Pierre Milza, Yves Bruley, Jacques-Olivier Boudon, Jean Garrigues ou encore Éric Anceau.
Le blocage institutionnel progressif de la Deuxième République La monarchie de Juillet succomba en partie à cause de la plus grave crise économique du . La Deuxième République ne sut pas plus la résoudre, et fut confrontée à une véritable guerre civile lors des journées de . Cette crise lui ôta ses plus fermes soutiens, à commencer par les républicains et les ouvriers insurgés, puis, en , tous les exclus du corps électoral.
Conflit entre la Présidence et l'Assemblée conservatrice vignette|gauche|Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République (daguerréotype, vers 1851). vignette|Mais je ne pourrai jamais avaler tout cela ! Assis à table, le président Louis-Napoléon Bonaparte est interloqué par tous les plats servis par Montalembert, Véron, Berryer et Baroche : loi Falloux, loi électorale « des Burgraves », loi sur la presse Au premier plan, Thiers débouche narquoisement une bouteille de vin blanc. Caricature de Charles Vernier, 1850.
Le , Louis-Napoléon Bonaparte est élu président de la République avec 74 % des voix contre le général Cavaignac. Il est le premier chef d'État français élu au suffrage universel.
S'il a obtenu le soutien du parti de l'Ordre lors de son élection, Louis-Napoléon est politiquement isolé, sans assise parlementaire pour le soutenir et étranger au milieu politique français. Rejeté par les républicains, il doit former, contre son gré, un gouvernement dont les hommes forts sont les monarchistes Odilon Barrot et Alfred de Falloux. Mais cette compromission ne l'empêche pas de se retrouver en permanence en conflit avec les députés de l’Assemblée nationale redevenue, en non seulement majoritairement conservatrice et monarchiste mais tout autant hostile au Président. Ainsi, en , sa lettre de soutien à la contre le rétablissement de l'absolutisme du pouvoir temporel du pape lui accorde le soutien de la gauche mais la désapprobation du gouvernement et de la majorité parlementaire.
Pour marquer son indépendance vis-à-vis de l'Assemblée, il parvient à former en un gouvernement de sa mouvance politique avec le ministère des Commis dirigé par le général d'Hautpoul. Même si le gouvernement est dévoué à Louis-Napoléon, c'est l'Assemblée nationale qui vote les lois que le gouvernement doit ensuite appliquer. Profitant de sa position dominante, l'assemblée conservatrice approuve notamment la loi Falloux sur la liberté de l'enseignement, favorisant de fait l'influence du clergé.
Elle adopte également, cette fois avec l'accord de Louis-Napoléon Bonaparte, la loi électorale du , limitant le suffrage universel masculinRené Rémond, Les Droites en France, collection historique sous la direction de Maurice Agulhon et Paul Lemerle, Aubier, 1982, .. Le corps électoral passe de d’électeurs. En imposant une résidence communale de trois ans pour les électeurs et en multipliant les cas de radiation des listes (vagabondage, condamnation pour rébellion ou atteinte à l'ordre public…), la nouvelle loi élimine un tiers du corps électoral dont beaucoup sont des artisans et des ouvriers saisonniers. Cependant, même si les éliminés sont en grande partie des électeurs de la , on y trouve aussi des légitimistes ou des bonapartistes, partisans de la .
Pour Louis-Napoléon, la manœuvre prive l'ennemi commun de moyen d'action légale. Mais cette compromission avec les membres du parti de l'Ordre ne peut le satisfaire d'autant plus que le suffrage populaire est l'un de ses principes et que la nouvelle loi lui retire des électeurs. Si le président a laissé faire les parlementaires et son ministre, c'est de sa part un calcul politique comme il l'expose à une de ses proches. Son objectif est qu'au moment opportun, il lâche l'Assemblée pour se présenter face à elle comme . Il ne tardera pas d'ailleurs à s'en désolidariser. Louis Girard note que . Pour Éric Anceau, il ne se dégageait aucun candidat sérieux qu'il soit républicain ou royaliste susceptible alors de pouvoir battre dans les urnes le président sortant lors de l'élection présidentielle prévue en 1852.
Tournée nationale du président vignette|Créé par Honoré Daumier, le personnage de Ratapoil symbolise le butor propagandiste du bonapartisme, armé d'une canne plombée et membre de la société du Dix-Décembre.. Dans cette caricature, lui et ses acolytes patibulaires crient en brandissant leurs chapeaux au bout de leurs gourdins lors d'une revue militaire.. Lithographie de Daumier, Le Charivari, .
Durant sa tournée hexagonale de l'été 1850, Louis-Napoléon constate l'effervescence qui monte dans les provinces. Au cours du voyage présidentiel qu'il effectue dans l'Est, il critique l'Assemblée nationale en déclarant Discours prononcé le 9 juin 1850 lors de l'inauguration de la ligne de chemin de fer Paris-Saint-Quentin. Cité par .. À Lyon, dans une ville qui ne lui est pas acquise, il déclare que Alain Frerejean, « Le train du président est avancé », Historia , octobre 2008, ., manière de désavouer publiquement la nouvelle loi électorale.
En , en Normandie, terre acquise et traditionaliste, il se pose en conservateur de l'état des choses existant pourvu que le peuple veuille le maintenir au pouvoir, multipliant les allusions à une évolution politique à venir, faisant référence aux vœux exprimés par des conseils généraux se prononçant en faveur d'une révision constitutionnelle pour permettre la réélection du président.
En effet, en vertu du principe constitutionnel de non-rééligibilité du président, Louis-Napoléon devrait légalement quitter le pouvoir en . Comme les élections législatives ont lieu la même année, l'Assemblée avait voté le principe de tenir les deux élections à la même date, au printemps 1852, soit avant la fin théorique du mandat présidentiel.
Tentatives de révision de la Constitution Durant l'année 1850, les deux tiers des conseils généraux des départements, sollicités par le gouvernement Hautpoul, se prononcent pour la révision de la Constitution de 1848 afin de permettre au président de la République d'exercer un second mandat. Au début de l'année 1851, la classe politique dans son ensemble, à l'exception des républicains, est convertie à l'idée d'une révision constitutionnelle pour supprimer la clause de non-rééligibilité, le risque de voir Louis-Napoléon se représenter illégalement et remporter la majorité des suffrages populaires étant réel.
Dans sa volonté de réformer la Constitution, le Président obtient le soutien d'Odilon Barrot, du comte de Montalembert et de Tocqueville. La première moitié de l’année 1851 est ainsi consacrée à proposer des réformes de la Constitution afin qu’il devienne rééligible et que son mandat soit porté de . Mais, à cette demande de révision constitutionnelle, le prince-président ajoute l'abrogation de la loi électorale du qui avait supprimé le suffrage universel. Sur ce point, les résistances sont plus nombreuses et exprimées au sein même du parti de l'Élysée formé de .
vignette|gauche|Commission de la révision de la Constitution à l'Assemblée nationale (L'Illustration, ).
Le , une nouvelle équipe ministérielle dirigée par Léon Faucher est mise en place dans le but de rallier le vote conservateur mais c'est un échec, Léon Faucher étant lui-même hostile à l'abrogation de la loi électorale, un texte qu'il avait défendu un an auparavant. À la suite d'une vaste campagne de pétition. recueillant sur l'ensemble du territoire national (avec une prépondérance de signatures en provenance du Bassin parisien, de l'Aquitaine et du Nord), le duc de Broglie dépose le à l'Assemblée une proposition de loi soutenue par pour réviser la Constitution et ainsi rendre rééligible le président de la République. En province, Louis-Napoléon prononce des discours en forme de manifeste et d'appel au peuple. Il s'en prend notamment à et déclare se mettre . Si les deux tiers des conseils généraux se rallient à sa cause, les orléanistes de Thiers et Changarnier s’allient à la fraction ouverte de gauche « Montagne parlementaire » pour s'y opposer.