Le siège d'Arles de 507-508 se déroule dans le cadre des guerres entre Francs, Burgondes et Wisigoths du début du et plus particulièrement lors de la deuxième guerre franco-wisigothique. Après la bataille de Vouillé où le roi des Wisigoths, Alaric II, trouve la mort, les Burgondes et les Francs exploitent ce succès militaire et se dirigent vers la Provence pour conquérir Arles, bastion wisigoth contrôlant le trafic commercial entre l'Europe du Nord et la Méditerranée.
Dès la fin de 507, la cité, ex-préfecture des Gaules, garnison wisigothique et ville à forte dominante gallo-romaine est ainsi assiégée, alors que le roi Ostrogoth, Théodoric qui était intervenu pour pacifier les relations entre Francs et Wisigoths, ne peut réagir immédiatement. Ce n’est qu’en juin 508 qu’une armée de renfort est envoyée pour délivrer la cité qui en dépit de tensions internes résiste toujours. Finalement, après avoir été défaites devant les remparts de la ville, les forces franques et burgondes doivent lever le siège, se replier sur la rive gauche du Rhône et abandonner leur projet.
Francs et Burgondes contenus, la Provence sous la tutelle des Ostrogoths (contre lesquels Justinien a fait la guerre) va bénéficier d’une période de tranquillité appelée parfois Pax ostrogothica jusqu'au milieu des années 530, et Arles connaître un renouveau à la fois politique et ecclésiastique avec le rétablissement de la préfecture du prétoire et du statut de primatie.
Contexte Arles : une ville wisigothe à tradition gallo-romaine
Après la chute de l’Empire romain d'Occident et la prise d’Arles en 476 par Euric, la ville gallo-romaine passe sous le contrôle du roi wisigoth qui applique à la cité gallo-romaine le régime en vigueur des guerriers germaniques, notamment le cantonnement de troupes et la cession de terres. L’organisation administrative et militaire est désormais assurée par un duc, mais en revanche les traditions culturelles de l’Antiquité y sont maintenues et en dépit de la religion arienne des Wisigoths, le clergé catholique de la ville n'est aucunement inquiété, même si le nouvel évêque Césaire, suspecté de sympathies Burgondes, doit se justifier en 505 à Bordeaux devant le roi Alaric. Il semble qu'il en est également de même vis-à-vis de la colonie juive déjà bien implantée dans la cité. Mais, en dépit de cet historique militaire, les Wisigoths, comme les Ostrogoths et la population gallo-romaine de la ville, se considèrent toujours comme faisant partie de l’Empire romain. Aussi, à la mort du roi Euric en 484Le roi Euric qui aime la cité rhodanienne, y fait de nombreux séjours et y décède en décembre 484., c’est l’Empereur d’Orient Zénon qui confirme à son fils, Alaric II, la possession des terres provençales.
Ainsi, au début du , Arles est une ville importante, très bien défendue avec une forte garnison et disposant d'une enceinte fortifiée. Ville portuaire, commerciale et fiscale, mais abritant une société complexe tant au niveau politique que religieux, cette riche cité attire les convoitises de ses voisins, notamment des Burgondes, dont le royaume descend jusqu'au nord de la Durance, soit à moins de 50 kilomètres de la cité.
Arles : une ville convoitée La cité initialement conquise par les Wisigoths en 476 était restée constamment sous la menace des royaumes voisins, Burgondes et Francs.
Pour l'historien Édouard Baratier, la ville d'Arles aurait été prise par le roi burgonde, Gondebaud, au plus tard en 499 ou peut-être dès la mort d'Euric à la fin de 484, et serait repassé vers 500 à l'occasion d'un conflit entre Francs et Burgondes à nouveau sous le contrôle des WisigothsEn effet, pour se défendre de son frère Godégisile et de Clovis qui l'assiègent à Avignon, Gondebaud doit s'allier avec le roi Wisigoth Alaric II qui profitant de la situation, aurait récupéré la cité.. Toutefois, Justin Favrod, sans se prononcer sur un épisode Burgonde éventuel précédent, signale qu'au printemps 500 lorsque Gondebaud demande assistance à Alaric, la ville est déjà sous contrôle WisigothJustin Favrod, Les Burgondes : un royaume oublié au cœur de l'Europe, : « En délicatesse avec Clovis, Alaric II reçut alors avec bienveillance l'aristocrate gaulois Arédius que Gondebaud lui envoyait à Arles, où il tenait sa cour ».
Mais après les Burgondes, les Francs, réconciliés avec Gondebaud, essayent à leur tour d'accéder à la mer. Au printemps 501 ou 502, mais plus probablement en 501Justin Favrod - Les Burgondes : un royaume oublié au cœur de l'Europe, : Gondebaud et Clovis se rencontrent en 501, probablement au printemps, à proximité de la Cure, une rivière formant frontière entre leurs deux états., ils font une première tentative pour s'emparer de l'ancienne préfecture des Gaules. Cette expédition est conduite par « Thierry, fils de Clovis, [qui] après avoir remporté une victoire à Nîmes est battu près d'Arles, puis dans la plaine de Bellegarde » peu de temps avant la mort de l'évêque d'Arles d'origine bourguignonne Éonaoût 501 ou 502.. La défaite franque et burgonde transparait dans le testament de l'évêque arlésien, qui « ayant reçu la promesse que ses volontés seraient accomplies, destine tout son bien au rachat des captifs » Il s’agit certainement des prisonniers d'origine franque ou burgonde, c'est-à-dire de compatriotes, capturés par les Wisigoths lors de cette première tentative de reprise de la cité..
La victoire de Vouillé : une occasion de conquête
Vers 506/507, Théodoric inquiet de la situation en Gaule et du risque de progression des Francs vers le Midi, avec une menace pour son propre territoire essaye de réconcilier Francs et Wisigoths. Il pense y avoir réussi quand la bataille de Vouillé, avec la mort du roi wisigoth Alaric, donne aux premiers et à leurs alliés Burgondes l'occasion tant redoutée de la conquête d'une grande partie du Midi. Le pouvoir Wisigoth en pleine déliquescence et l'armée ostrogothe dans l'incapacité momentanée d'intervenir, créent pour la coalition Burgonde une situation exceptionnelle pour la conquête de la Provence si souvent désirée.
Événements
Le début du siège Les Francs et leurs alliés, les Burgondes, profitent de la déroute wisigothe : toute l'Aquitaine passe entre les mains de Clovis, tandis que les Burgondes, après avoir franchi la Durance puis le Rhône, envahissent la Septimanie. Puis, comme en 501/502, ces deux peuples essayent d’annexer la Provence et de prendre la cité rhodanienne d’Arles, ville portuaire et fiscale, qui contrôle le commerce entre l’Europe du Nord et la Méditerranée. Probablement dès l'automne 507, au retour de la campagne en Septimanie, la cité est assiégée par une armée coalisée comprenant des troupes burgondes renforcées d'un contingent franc, mais loin d'accueillir ces envahisseurs, elle se défend contre leurs attaques avec la dernière énergie.
Nous ne savons pas si Clovis lui-même participe à cette expédition ; Grégoire de Tours n'en fait pas mention, tout comme il passe sous silence cet épisode, hormis une allusion à une expédition franque aux frontières du royaume burgondeGrégoire de Tours, Histoire des Francs, Livre II ici : Clovis envoya son fils Théodoric en Auvergne par Albi et Rodez ; celui-ci soumit à son père toutes les villes depuis la frontière des Goths jusqu’à celle des Bourguignons[cix]. Alaric avait régné vingt-deux ans. Clovis après avoir passé l’hiver dans la ville de Bordeaux et emporté de Toulouse tous les trésors d’Alaric, marcha sur Angoulême. Le Seigneur lui accorda une si grande grâce qu’à sa vue les murs s'écroulèrent d’eux-mêmes. Après en avoir chassé les Goths, il soumit la ville à son pouvoir ; ayant ainsi complété sa victoire ; il rentra dans Tours et offrit un grand nombre de présents à la sainte basilique du bienheureux Martin [l’an 508].. Mais si cela était, la présence de Clovis sur les bords du Rhône n’aurait pu se produire qu’au début 508, à l'époque du transfert du trésor wisigothIl s'agirait du trésor provenant du pillage de Rome en 410. de Toulouse à Bordeaux et juste avant la venue du roi franc à ToursDictionary of Christian Biography and Literature to the End of the Sixth Century ici.
Un siège long et complexe La trahison de Césaire ?
La ville où vivent en bonne intelligence païens, juifs, chrétiens ariens et chrétiens catholiques, voit sa concorde sociale fragilisée dans cette période de crise comme le souligne l'épisode de la « trahison » de l'évêque d'Arles CésaireJean-Maurice Rouquette (dir.), Arles, Histoire, territoires et cultures, p. 249..
Après des mois de siège alors que les assiégeants sont sur le point de l’emporter, la désertion d’un jeune clerc parent de l'évêque Césaire et supposé être son émissaire, attire sur ce dernier des soupçons de trahison. Il faut dire que le prélat est d’origine Burgonde comme les assaillants. Arrêté dans sa propre maison, l’évêque est mis de force dans une embarcation qui dans la nuit essaye de gagner la forteresse d’Ugernum (Beaucaire), au nord. Mais le contrôle des rives par l’ennemi empêche tout débarquement et oblige les Wisigoths à le ramener prisonnier dans sa maison. Il y reste quelque temps, jusqu’à la découverte fort opportune d’un billet qu’un Juif avait lancé vers les assaillants, « s’offrant de les introduire par un endroit où ses coreligionnaires sont de garde, à condition que lui et les siens soient épargnés dans le sac de la ville »Arthur Malnory, Saint Césaire, évêque d'Arles : 503-543, p. 94 ici. Avec cette « preuve », l’évêque innocenté est immédiatement libéré. Il semble toutefois que les Wisigoths ne soient pas dupes du stratagème, mais dans une ville assiégée où tous les bras comptent, l’importance numérique du peuple chrétien vis-à-vis de la population juive constitue certainement un argument décisif dans la libération de l’évêque.
Une ville bien défendue Le siège commencé à la fin 507 se prolonge pendant de longs mois. La capacité de résistance de la ville réside principalement dans la force numérique de sa garnison et comme Théodoric le souligne, dans la fidélité courageuse de ses habitants. Les Arlésiens résistent ainsi jusqu’à la fin de l'été 508, dans l'attente des renforts ostrogoths.
Le secours des Ostrogoths
Finalement, c'est seulement le que les troupes de Théodoric quittent leurs garnisons et se mettent en marche vers la GauleArthur Malnory, Saint Césaire, évêque d'Arles : 503-543, p. 92 ici. Arthur Malnory tente d'expliquer les raisons de ce retard : Théodoric paraît donc s'être décidé un peu tard à intervenir. Cependant, on ne peut l'accuser d'avoir permis à dessein la défaite d'Alaric afin d'en profiter. Confiant dans le bon résultat apparent de ses actives démarches pour réconcilier les deux adversaires, il avait été surpris par la rapidité avec laque les sentiments du roi des Francs s'étaient retournés. Puis, il avait été retenu par une démonstration maritime de l'empereur Anastase, de complicité avec Clovis. Maintenant que le mal était fait, la mesure dans laquelle il convenait de le réparer et le choix des moyens étaient des questions laissées à son appréciation, et dans la solution desquelles la plus élémentaire prudence lui faisait un devoir de ne pas séparer l'intérêt des Ostrogoths de celui des Wisigoths..
D'après Arthur Malnory, cette armée est commandée par le prince Ibbas.