Jean-François Champollion dit Champollion le Jeune, né le à Figeac (Lot) et mort le à Paris, est un linguiste, historien et égyptologue français, principalement reconnu pour avoir déchiffré les hiéroglyphes égyptiens, ouvrant ainsi la voie à l'égyptologie moderne.

Biographie Naissance et enfance Origine familiale Du côté paternel, Jean-François, dit le JeuneIl ajouta ce qualificatif à sa signature pour se distinguer de son frère., appartient à une famille du ValbonnaisAlain Faure, Champollion : le savant déchiffré, Fayard, 2004. originaire de Valjouffrey (Isère)Marcel Vieux, Les Champollion. Généalogie d'une famille du Valjouffrey, dact., 1994, Bibliothèque municipale de Grenoble, cote : R.12590.., village habité par des paysans qui parcouraient les régions comme colporteurs durant l'hiver. Ses grands-parents, Barthélemy Champollion, né en 1694 à Valjouffrey, qui ne savait pas signer, et Marie Géréoud ou Géroux, née en 1709 à Valbonnais, se marient à Valbonnais en 1727Voir aussi le relevé de leur acte de mariage par le Centre Généalogique du Dauphiné : Code Insee : 38518 Commune: Angelas (Les) (commune de Valbonnais) Canton: Valbonnais Jour : 22 Mois : 07 Année : 1727 Nom-époux : Champollion, prénom-époux : Barthélemy, décès père époux : †, Prénom père époux : Claude, Nom mère époux : Pélissier, décès mère époux : †, Prénom mère époux : Benoite, lieu (origine, habitation, etc.) : Valjouffrey Nom-épouse : Géréou, prénom-épouse : Marie, Prénom père épouse : Louis, Nom mère épouse : Rousset, Prénom mère épouse : Marianne, lieu (origine, habitation, etc.) : La Roche.. Ils ont cinq enfants dont Jacques, né le à La-Roche-des-Engelas (aujourd'hui hameau de Valbonnais)Alain Faure, Champollion : le savant déchiffré, Fayard, 2004, ., qui est expulsé de son hameau natal pour des causes peut-être politiquesIl aurait vendu des livres prohibés par le gouvernement. et doit sillonner la France comme colporteur avant de s'installer à FigeacD’après une lettre de de la Brière à la société des « Amis du vieux Figeac » cité dans . sans doute invité par un cousin, chanoine de la basilique Saint-SauveurArchives du Lot cité par l'abbé Bouillat.. Il y épouse le Jeanne-Françoise GualieuL'acte de mariage fut signé par onze témoins, mais pas par la mariée qui ne signa pas non plus son testament en 1807. Voir Philippe Calmon, Bulletin de la Société des études du Lot, 1982., d'une famille de bourgeois de cette ville ; il achète en 1772 une maison. et en 1779 une boutique de libraire sur la place Basse ainsi qu'une nouvelle maison qui deviendra le musée ChampollionD'après les archives de P. Calmon.. Il a sept enfants. de sa femme : Guillaume, mort à la naissance (), Thérèse née un an après, Pétronille en 1776, Jacques-Joseph le , Jean-Baptiste mort à trois ans, Marie-Jeanne en 1782 et enfin Jean-François en 1790.

Naissance et petite enfance Une étrange histoireParue dans le Journal de la Société phrénologique de Paris sous le titre de « Notice phrénologique sur Champollion le jeune » et cité dans . qui court sur la naissance de Champollion nous raconte que sa mère, affectée de rhumatisme au point de l’empêcher de se mouvoir, fut guérie par un paysan qui lui promit, alors qu’elle avait quarante-huit ans, la naissance d’un fils. En effet, Champollion naît un an après ces faits, le D’après . La Biographie universelle de Michaud et le Dictionnaire encyclopédique de France donnent la date de 1791. à Figeac et est baptisé le soir mêmeParoisse Notre-Dame-du-Puy... La Révolution fait alors rage à Figeac et le père de Champollion est plutôt dans la mouvance jacobine même s’il est douteux qu’il soit secrétaire de police..

Il est élevé principalement par son frère, mais celui-ci part à Grenoble en Il avait trouvé un petit emploi... Il entre à l’école en novembre de la même année. Il a de très grandes difficultés en mathématiques et en orthographeLettre de Jean-François Champollion à son frère, 2 janvier 1801, et réponse de Jacques-Joseph le 29 février 1801. (elle ne se corrigera que bien plus tard.…) ; son très mauvais caractère lui donne beaucoup de difficultésSes biographes parlent de lui comme d'un enfant dyscole, « dont le comportement est difficile à vivre; qui est de tempérament morose ». Voir Jean Lacouture, Champollion, page 54.. Il a un précepteur, l’abbé Jean-Joseph CalmelsCuré de la paroisse du Puy élu en 1791 selon la Nomenclature des prêtres jureurs et non jureurs du Lot, Hermine Hartleben fait de dom Calmet un moine bénédictin réfractaire., qui l’ouvre à la culture et lui enseigne des rudiments de latin, de grec ancien et d’histoire naturelleLettre de don Calmels à Jacques-Joseph Champollion du . et son grand frère s’occupe encore de lui malgré les distances par une abondante correspondance..

Une éducation dirigée par son frère Le , il quitte Figeac pour Grenoble pour rejoindre son frère Jacques-JosephIl devient commis dans la maison d’import-export Chatel, Champollion et Rif et habite un deux pièces sur la rue Neuve . qui dirige son éducation.. En effet, son frère aîné lui donne lui-même des cours« Lettre de Jacques-Joseph Champollion à dom Calmels du 25 janvier 1802 » ..

La tâche étant beaucoup trop lourdeIl se plaint à Dom Calmels à plusieurs reprises dans sa correspondance., il décide de confier son élève à l'abbé Dussert, pédagogue réputé de GrenobleSon enseignement devait représenter un investissement financier non négligeable pour le modeste commis qu’était Jacques-Joseph Champollion, car il indique dans une lettre que le prix de la pension est de douze (sans doute francs)... Champollion est son élève de novembre 1802 aux vacances d’été de 1804. Il prend ses cours sur les lettres auprès de l’abbé et pour le reste à l’école centrale de Grenoble où son professeur de dessin est Louis-Joseph Jay. L’abbé lui enseigne le latin et le grec, et il aborde l’étude de l'hébreu et acquiert des rudiments d'arabe, de syriaque et de « chaldéen » (araméen biblique), encouragé en cela par l’abbé et son frère, grand admirateur de l'Orient qui lui transmet son goût pour l'archéologie« Lettre de l’abbé Dussert à Jacques-Joseph Champollion du 6 août 1803 » .. Il manifeste un réel engouement pour ces études.

En , après avoir brillamment passé le concours d’entrée devant les commissaires Villars et Lefèvre-Gineau, il obtient une bourse et entre dans la nouvelle institution créée par Napoléon, le lycée impérial de Grenoble (actuel lycée Stendhal)., il entre au Lycée impérial de Grenoble qu’il fréquente jusqu'en , année du décès de sa mère.. Il a pour maître l’abbé Claude-Marie Gattel, qui l’aide dans son apprentissage linguistique, et le botaniste Dominique Villars. Se pliant mal à la discipline rigoureuse du lycée, il y est malheureux, même s’il exerce souvent la fonction de « caporal », qui consiste à surveiller les autres élèves, et il est gêné par le peu de moyens dont dispose son frèreIl n’était en effet que commis., à qui il devait tout demanderLa vie de Champollion au lycée est décrite précisément dans ..

Les contacts étroits et fréquents avec son frère Jacques-Joseph, nouveau secrétaire de l'Académie delphinale, mettent l'Égypte au centre des préoccupations des deux frères, puisqu'en juin 1804, Jacques-Joseph fait à cette académie une communication sur les inscriptions de la pierre de Rosette (un fragment de stèle trouvé en Égypte en 1799 et portant un décret rédigé en grec, en démotique et en hiéroglyphes) et publie deux ans plus tard sa Lettre sur une inscription grecque du temple de Denderah.. L'aversion de Champollion pour le lycée culmine en 1807 lors de « l’affaire Wangelis », du nom de son seul ami de lycée, de qui on le sépare de forceCorrespondance de Champollion.. Il y étudie, à côté des mathématiques et du latin, les deux grandes disciplines du Lycée, les langues anciennes, pour lesquelles il se passionne, grâce à de nombreuses lectures fournies par son frère, comme le relate sa correspondanceCelle-ci est maintenant conservée aux archives de l’Isère et a été partiellement publiée dans .. Il crée aussi une « Académie des Muses » avec d’autres élèves, pour débattre de littérature, et est conduit à commenter un passage de la Genèse en hébreu devant le préfet Joseph FourierCorrespondance d’août 1806. Jacques-Joseph servait de secrétaire au préfet pour sa contribution à la Description de l'Égypte... Il rencontre alors en juin 1805, dom Raphaël de Monachis, moine melchite proche de Bonaparte ayant participé à l’expédition d’Égypte, par l’intermédiaire de Fourier, et il est probable que celui-ci lui démontre que le copte vient de l’égyptien ancien.. Il veut alors s’engager dans l’étude de cette langue, mais il ne peut le faire, Grenoble offrant trop peu de ressources. C’est à cette époque que naît sa passion pour les hiéroglyphes égyptiens entre autres grâce au livre de Bernard de Montfaucon intitulé L’Antiquité expliquée et représentée en figures. publié en 1719 qui l'aidera grandement dans son futur travail de traduction.

Il écrit en dans une lettre à ses parentsOn ne connaît pas l’original de cette lettre, même si elle est citée par de nombreux auteurs (, , …). :

Le , le général de La Salette lit devant le lycée des sciences et des arts de Grenoble un texte de Champollion, les Remarques sur la fable des Géants d'après les étymologies hébraïques. Champollion travaille beaucoup, rédige quelques opuscules comme un « Dictionnaire géographique de l’Orient », un « Commentaire sur Isaïe ».… Pour continuer ses études, il veut partir pour Paris, les possibilités de recevoir un enseignement très spécialisé étant limitées à Grenoble. Son frère part d’août à septembre 1806 à Paris pour chercher à obtenir l’admission de Jean-François dans un établissement spécialisé.. Alors qu'il vient de quitter le lycée et qu'il possède les meilleures armes pour entreprendre une carrière d'orientaliste, Jean-François Champollion présente le à l’Académie des sciences et des Arts de Grenoble un Essai de description géographique de l’Égypte avant la conquête de Cambyse. La prestation surprend et intéresse tant que six mois plus tard, il est élu membre correspondant de cette académie. Le maire de Grenoble, Charles Renauldon, lui annonce la nouvelle en ces termes : Le , Jean-François se rend à Vif après le mariage de son frère Jacques-Joseph avec Zoé Berriat, qui lui a apporté en dot la maison familiale des Berriat.. Le jeune fera par la suite de nombreux séjours au domaine dit « Les Ombrages » pour voir sa famille, travailler dans le calme des champs et se reposer.

Études vignette|Statue de Champollion par Bartholdi, cour du Collège de France, Paris.

Le , après soixante-dix heures de voyage en diligence, il arrive enfin dans la capitale pour étudier, entre autres, le copte et l’amharique. Il obtient une bourse, mais vit chichement. En effet, la bourse n’est pas suffisante pour subvenir à ses besoins, et son frère doit lui payer sa chambre et sa nourritureJacques-Joseph reprochera souvent à son frère ses dépenses dans leur correspondance (voir entre autres )... Il suit les cours de langues orientales au Collège de France, et plus particulièrement ceux d’arabe par Antoine-Isaac Silvestre de Sacy, de persan par Louis Langlès et d’hébreu par Prosper Audran.. Il assiste aussi à ceux de l’École des langues orientales dans les mêmes matières et fréquente la Bibliothèque impériale. Il se lie avec Aubin Louis Millin, conservateur du cabinet des antiques qui lui enseigne la numismatique, avec Prosper Audran qui ira même jusqu’à lui confier son cours au Collège de France lors de ses absences., et avec dom Raphaël de Monachis qui lui fait connaître un prêtre égyptien, Geha Cheftitchi, qui lui apprend le copte. Il est si doué qu’en décembre, un homme nommé Id Saouda le prend pour un Arabe. Voici son emploi du temps tel qu’il l’explique à son frère le .. :