Le Rorqual boréal (Balaenoptera borealis), appelé également Rorqual de Rudolphi ou Rorqual sei, est une espèce de baleines à fanons présente dans tous les océans du monde et dans toutes les mers attenantes, avec une prédilection pour la haute mer et les océans profonds. Il évite les eaux glaciales et tropicales ainsi que les mers semi-fermées. Le rorqual boréal effectue une migration annuelle des mers subpolaires froides en été, vers les mers subtropicales tempérées l'hiver, sans qu'on connaisse précisément ses routes de migration dans la plupart des régions du globe.
C'est, derrière la baleine bleue et le rorqual commun, le troisième plus grand rorqual au monde.. Ces baleines atteignent une longueur de vingt mètres et un poids de quarante-cinq tonnes. Elles ingèrent quotidiennement en moyenne de nourriture, se composant essentiellement de copépodes, de krill, et d'autres formes de zooplancton.. Elles comptent parmi les cétacés les plus véloces, avec une vitesse pouvant dépasser sur de courtes distances. Dans de nombreuses langues, son nom est associé au lieu noir (sei dans les langues scandinaves), car ce poisson migre périodiquement vers les côtes de Norvège à la même saison que le Rorqual boréal.
À la suite de la pêche industrielle qui, entre la fin du et le début du , décima cette espèce avec plus de individus capturés, le rorqual boréal est aujourd'hui reconnu comme une espèce protégée par les accords internationaux. L'article dans la base de données explique pourquoi cette espèce est classée comme « en danger »., bien qu'une chasse confidentielle demeure autorisée dans le cadre de « programmes de recherche » controversés, menés par l'Islande et le Japon. Pour l'année 2006, la population mondiale de rorquals boréaux était estimée à individus, soit environ un cinquième de l'effectif d'avant la pêche à la baleine.
Description thumb|left|Schéma montrant les dimensions d'un Rorqual boréal par rapport à l'homme. thumb|left|Vue en gros plan des fanons, qui filtrent la nourriture de l'eau de mer. Mensurations Le rorqual boréal est, par sa taille et son poids, le troisième représentant de la famille des Balaenopteridae, derrière la baleine bleue, qui peut atteindre 200 tonnes, et le rorqual commun, qui pèse jusqu'à 77 tonnes. Les adultes matures atteignent typiquement 12–15 mètres pour un poids de 20 à 30 tonnes. Le rorqual boréal de Schlegel, sous-espèce vivant dans l'hémisphère Sud, est plus grand que son homologue de l'hémisphère nord. Il peut dépasser les et les , tandis que les plus grands spécimens capturés au large de l'Islande ne font guère plus de . Les femelles sont bien plus grandes que les mâles. Le plus grand rorqual boréal connu mesurait , et pesait entre 40 et . À la naissance, un baleineau mesure en général 4 à .
Morphologie générale Le corps de ce cétacé est gris acier avec des marques irrégulières gris clair à blanchâtres sur la face ventrale, ou vers l'avant de cette dernière. Ce rorqual possède le long de sa face ventrale 32 à 60 sillons ou replis, qui permettent une dilatation considérable de sa gorge pendant l'ingestion du plancton. Le museau est pointu et les nageoires pectorales, à l'extrémité pointue, sont relativement plus courtes que celles des autres cétacés, puisqu'elles ne font que 9 à 10 % de la longueur totale de l'animal. Le rorqual boréal possède une crête unique, qui prend naissance au-dessus du museau et s'étend jusqu'à la paire d'évents, le double évent étant une caractéristique morphologique de la famille des rorquals.
Sa peau présente fréquemment des crevasses ou des coupures, qui, après cicatrisation, prennent une couleur blanche. On attribue ceci à l'action d'ectoparasites, des copépodes (Penella spp.), ou des lamproies (famille des Petromyzontidae), voire au squalelet féroce (Isistius brasiliensis).
La nageoire dorsale est haute (de 25 à ), falciforme ; elle se dresse au 2/3 du corps en partant du museau. La forme de cette nageoire, la pigmentation cutanée et les cicatrices servent jusqu'à un certain point à identifier ces rorquals sur les photos.. La queue est épaisse et les nageoires caudales ou « lobes » sont relativement petites comparées à la taille de l'animal.
Mâchoire et fanons Le rorqual boréal est un animal filtreur ; il utilise ses fanons pour séparer sa nourriture de l'eau de mer : il ouvre la bouche, engouffre de grandes quantités d'eau contenant de la nourriture, puis il force l'eau à sortir à travers les fanons, piégeant ainsi le plancton qui vient se plaquer sur la face interne. Un adulte possède de 300 à 380 fanons de couleur cendrée de chaque côté de la gueule, chacun mesurant près de de longueur. Chaque fanon, fait de kératine cornée, se termine vers l'intérieur de la gueule près de la langue par des filaments blanchâtres. Ces très fines soies de d'épaisseur environ, constituent le signe distinctif le plus sûr de cette espèce au sein du groupe des baleines à fanons.
Espèces similaires Le rorqual boréal étant très semblable aux autres rorquals, le meilleur moyen de le distinguer du rorqual de Bryde, si l'on fait exception des différences mentionnées précédemment, est la présence chez le rorqual de Bryde de rainures latérales sur la face dorsale de la tête. On pourrait encore confondre un grand rorqual boréal avec le rorqual commun, si ce n'est que, chez ce dernier, une asymétrie de la couleur de peau de part et d'autre de la tête est bien repérable : tandis que le bas de la joue droite est blanc, le bas de la joue gauche est gris. Vue de côté, la face supérieure de la tête du rorqual boréal est légèrement convexe entre la pointe du museau et l'œil, alors que le profil du rorqual commun est plutôt plat.
Écologie et comportement Organisation et comportement sociaux Le rorqual boréal se déplace généralement seul ou en petit groupe jusqu'à six individus. On ne voit de plus grands regroupements que dans des zones d'alimentation exceptionnellement riches. On ne sait pratiquement rien de leur comportement social. Il se pourrait que mâle et femelle restent en couple, mais la recherche actuelle ne permet pas de l'affirmer .
Chant
Comme les autres cétacés, le rorqual boréal émet des sifflements longs et graves (sons de basse fréquence). On sait relativement peu de choses des appels spécifiques à ce rorqual, mais en 2003, des observateurs ont enregistré, mêlé au chant des rorquals, des sons à large bande spectrale qu'ils ont décrits comme des « grognements » ou des « grincements » au large de la péninsule Antarctique. Ces chants, pour l'essentiel, sont constitués d'une série de sifflements avec un changement de note à chaque sifflement. Ces changements sont caractéristiques de l'espèce : ils permettent de distinguer le rorqual boréal des autres baleines. La plupart des sifflements durent moins d'une demi-seconde et correspondent à une fréquence comprise entre 240 et 625 hertz, ce qui correspond parfaitement aux fréquences audibles par l'oreille humaine. Les vocalisations sont fortes, d'une puissance acoustique pouvant atteindre 152–160 décibels pour de pression sonore, à une distance de référence d'un mètre. Pour comparaison, un homme qui se trouverait à un mètre de l'animal lorsqu'il émet ce sifflement percevrait un volume sonore équivalent environ à celui produit par un marteau-piqueur se trouvant à deux mètres de luiPour différentes raisons, il est en réalité délicat d'essayer de comparer directement les sons émis dans l'eau et dans l'air ; pour plus d'explications sur ce point, voyez ce site..
Cycle de vie et reproduction L’accouplement a lieu l'hiver dans les eaux subtropicales tempérées ; la période de gestation a une durée estimée, selon le modèle de croissance du fœtus utilisé, à dix mois et trois semaines, onze mois et une semaine, voire un an. Ces différences d'estimation proviennent du fait qu'il n'a pas été possible, jusqu'ici, d'observer la totalité de la période de gestation de cet animal ; la plupart des informations disponibles sur la reproduction des rorquals sont tirées d'observations faites sur des animaux tués par des chasseurs de cétacés, ce qui n'offre qu'un point de vue très partiel sur la croissance fœtale. C'est pourquoi les chercheurs tentent de déterminer par extrapolation la date de conception, par comparaison des mesures et des caractéristiques physiques des fœtus avec celles des baleineaux nouveau-nés. Le petit, à la naissance, pèse déjà près de ..
Le nouveau-né est sevré vers l'âge de 6–9 mois, en été ou à l'automne, et il se trouve alors dans les bancs de krill ; sa taille est déjà de 11–12 mètres. Les femelles mettent bas tous les 2–3 ans et, bien que l'on rapporte le cas d'un rorqual boréal portant 6 fœtus, les naissances uniques sont de loin les plus fréquentes. L'âge moyen de maturité sexuelle chez les deux sexes est de 8–10 ans, les mâles ayant alors une taille de 12 mètres et les femelles de 13 mètres. Les baleines peuvent vivre jusqu'à l'âge de 65 ans, mais le record actuel de longévité serait de 74 ansHaley D. 1978 Marine Mammals of Eastern North Pacific and Arctic Waters Pacific Research Press, Seattle.
Alimentation thumb|right|Un rorqual boréal s'alimentant à la surface. thumb|right|Un amas de krill : ces invertébrés marins apparentés aux crevettes constituent la principale source de nourriture du rorqual boréal.
Le rorqual boréal se nourrit dans les eaux de surface des océans par « écrémage » (skimming) : il nage de côté à faible profondeur, la gueule ouverte, à travers les bancs de plancton. On pense que cette manière de chasser lui permet de s'alimenter correctement dans des zones à faible concentration de nourriture, qui ne conviendraient pas aux autres espèces de rorquals. Engloutissant en moyenne chaque jour 900 kilogrammes de nourriture, composée principalement de zooplancton, mais aussi d'un peu de céphalopodes et de petits poissons de tailles inférieures à , il se trouve assez bas dans la chaîne alimentaire. Il est ainsi moins susceptible d'être considéré par les pêcheurs comme un concurrent, mais ce régime très sélectif le rend plus sensible aux variations de sa ressource alimentaire.
La préférence des baleines pour le zooplancton a été établie par analyse de leur contenu stomacal et par observation directe de leur comportement alimentaire. Elle a également été déterminée par analyse du contenu des fèces prélevées à proximité du rorqual boréal, fèces qui apparaissent comme un fin brouillard marron dans l'eau. Ces dernières sont collectées dans des filets, et le matériel génétique présent dans les déchets est isolé, identifié individuellement et comparé avec l'ADN de spécimens d'autres espèces génétiquement connues.. Le rorqual est en compétition alimentaire avec d'autres prédateurs, notamment les clupéidés (c'est-à-dire les poissons apparentés au hareng), les requins pèlerins, et les baleines à fanons.
Dans l'Atlantique Nord, le rorqual boréal se nourrit principalement de copépodes calanoïdes, plus précisément de Calanus finmarchicus, puis (et par ordre de préférence) d'euphausiidés (krill), en particulier Meganyctiphanes norvegica et Thysanoessa inermis.