Caroline Bonaparte, née Maria-Annunziata di Buonaparte le à Ajaccio et morte le à Florence, fut grande-duchesse consort de Berg puis reine consort de Naples par son mariage avec Joachim Murat. Elle est la plus jeune sœur de Napoléon .

Jeunesse Maria-Annunziata Bonaparte fut baptisée à Ajaccio le . Elle était la troisième et dernière fille de Charles Bonaparte et de Maria Letizia Ramolino, et leur avant-dernier enfant, le dernier étant Jérôme Bonaparte. Pendant son enfance, sa famille ayant peu d'argent, elle reçut une éducation rudimentaire dans un couvent de religieuses, et dut probablement travailler comme couturière.

En , Napoléon Bonaparte fit venir sa famille à Mombello, où Caroline, 15 ans, assista le au mariage de ses sœurs Élisa et Pauline. Lors de leur voyage de noces dans les lacs italiens, Caroline fit la connaissance de Joachim Murat, fringant aide de camp de Napoléon âgé de 30 ans, dont elle tomba amoureuse. Grand séducteur, soupçonné d'avoir eu une liaison avec Joséphine de Beauharnais, Murat ne fut d'abord pas accepté par Napoléon comme prétendant pour sa sœur.

Napoléon estimait également que l'éducation de Caroline était insuffisante, c'est pourquoi il l'envoya en 1798 au pensionnat de jeunes filles de Madame Campan à Saint-Germain-en-Laye. Elle y consolide sa maîtrise du français et y apprend « l'administration domestique ». Caroline y eut pour camarades, notamment, Hortense et Stéphanie de Beauharnais ; Hortense, en particulier, devint son amie. Elle se fait remarquer par son tempérament affirmé et par une certaine impulsivité, traits de caractère jugés peu appréciables pour une jeune femme de son rang. Après la fin de la campagne d'Égypte, Napoléon invita Caroline et Hortense chez lui pour participer aux réceptions qu'il donnait ; Caroline y rencontra à nouveau Murat. À l'approche de Brumaire, Caroline fut renvoyée au pensionnat.

Outre sa relation avec Madame Campan, avec laquelle elle reste en lien même après son départ du pensionnat, Caroline s'inscrit dans les cercles de sociabilité prisés du Directoire, et se lit d'amitié avec Juliette Récamier, qui façonne son bon goût et sa sensibilité aux dernières modes.

Après le coup d'État du 18 Brumaire, Murat se rendit en personne chez Madame Campan pour annoncer la nouvelle à Caroline. Napoléon était toujours réticent à l'idée de marier sa sœur à Murat ; il envisageait de la donner au général Jean-Victor Moreau. Celui-ci s'étant déjà fiancé à Hulot d'Osery, Napoléon donne son consentement à Murat.

vignette|gauche|Acte de mariage de Joachim Murat et de Marie Annonciade Bonaparte, 8 nivôse an VIII. Don de Napoléon III. Le , le contrat de mariage fut signé en présence de la famille et Caroline reçut une dot. Le , le mariage civil fut célébré à Mortefontaine. Le couple s'installa à l'hôtel de Brionne et, le , Napoléon leur fit don d'une partie du domaine de Villiers. Ils s'installent par la suite à l'hôtel Thélusson, qu'ils acquièrent en janvier 1802. Cet hôtel, construit au XVIIIe siècle, fait l'objet d'un ameublement d'une grande élégance et devient le berceau d'une nouvelle sociabilité codifiée. En effet, le jeune couple doit tenir son rang, Napoléon assurant une place de plus en plus importante dans le paysage politique français.

Caroline était aux côtés de Joséphine quand l'attentat de la rue Saint-Nicaise les manqua de peu. Caroline était alors enceinte de son premier fils, Achille, et sa grossesse ne fut pas remise en cause.

Pour la naissance d'Achille, le , Caroline reçut de son mari des cadeaux qui provenaient du tribut de l'armistice de Foligno le . Murat lui fit envoyer ces cadeaux et ne put rentrer de Toscane, où Napoléon lui ordonna de rester.

En avril, Caroline fut autorisée à rejoindre son mari à Florence. En , Murat fut nommé général en chef des armées de la République cisalpine et fut chargé de préparer l'arrivée des souverains du royaume d'Étrurie, Louis et Marie-Louise, qui furent accueillis le au Palazzo Vecchio de Florence. Envoyés par la suite à Milan, Caroline et son mari revinrent à Paris pour la naissance de leur second enfant, Letizia. Ils se marièrent à l'église le , en même temps que Louis Bonaparte et Hortense de Beauharnais.

Entre 1802 et l'été 1803, Caroline séjourna alternativement à Paris et à Milan, où elle reçut plusieurs personnalités de France et d'Italie, organisant pour eux des dîners et des spectacles. Le , les Murat revinrent à Paris. Joachim Murat fut nommé par Napoléon gouverneur de Paris et commandant de la première division militaire.

En , Caroline s'opposa vivement à l'adoption par Napoléon de Napoléon-Charles Bonaparte, fils d'Hortense de Beauharnais, alors que ses propres enfants n'avaient ni titre ni terre. Le , à la proclamation de l'Empire, les frères de Napoléon prirent le titre de princes impériaux, rien de particulier n'étant prévu pour ses sœurs. Irritée, Caroline accabla Napoléon de plaintes ; il céda et conféra à Caroline, Pauline et Élisa le titre d'altesses impériales.

À la naissance de sa fille Louise, le , Caroline reçut de Napoléon la permission et l'argent pour faire l'acquisition du palais de l'Élysée, à un prix particulièrement élevé. Avec son mari, elle entreprit la restauration du palais, la construction de deux salles aux dimensions imposantes et la restructuration du jardin. Ces travaux sont conduits sous la direction de Barthélémy Vignon et de Jean Thomas Thibault. On doit notamment au couple Murat l'aménagement de l'escalier d'honneur (remanié sous le Second Empire) et du boudoir d'argent, tous deux toujours en place de nos jours. L'hôtel est décoré d'une très riche collection de peintures.

Murat se rendit à Vienne pour y livrer bataille le , et Caroline le rejoignit peu de temps après. Elle assista au mariage d'Eugène de Beauharnais avec la princesse Augusta-Amélie de Bavière, fille du Grand Électeur, les 13 et .

Grande-duchesse consort de Berg Au début de l'année 1806, Napoléon distribua des terres et des titres à ses proches, et pensa d'abord attribuer à Caroline la principauté de Neuchâtel. Celle-ci n'acceptait pas un territoire aussi petit.

Le , Napoléon attribua aux Murat le grand-duché de Berg, formé du duché de Berg et du duché de Clèves, et destiné à servir de « barrage » entre la France et la Prusse en cas de conflit. Murat s'y rendit le , Caroline restant à Paris. Sa venue fut annoncée pour juillet ; devant la menace d'une guerre, le voyage fut annulé.

Le , elle ouvrit un salon à l'Élysée, invitant des gens de pouvoir et donnant de somptueuses fêtes, notamment des bals costumés. Espérant obtenir la nomination de son mari comme roi de Pologne, elle reçut chez elle la noblesse polonaise. Napoléon ne créa finalement pas de statut particulier pour la Pologne.

À partir du , la cour impériale résidant à Fontainebleau, Caroline fit la connaissance de Klemens Wenzel von Metternich, ambassadeur d'Autriche à Paris. Il y devient son amant.. La même année, elle se fit portraiturer par la fameuse peintre Élisabeth Vigée-Lebrun, ancienne peintre de la reine Marie-Antoinette et de toute l'Europe royale, mais non sans difficultés. L'artiste déclara d'ailleurs : .

Le , Napoléon ordonna à Murat de commander ses troupes en Espagne. Restée à Paris, Caroline espérait obtenir des titres espagnols à l'issue de la guerre. Napoléon confia l'Espagne à son frère Joseph Bonaparte. Quant à Murat, il eut le choix entre le royaume de Naples et celui de Portugal ; il choisit Naples.

Reine consort de Naples vignette|droite|Caroline en costume traditionnel de paysanne napolitaine par Giuseppe Cammarano, 1813.

Le , le traité de Bayonne conféra la couronne de Naples aux Murat ; son article 3 précisait que :

Une autre clause du traité précisait qu'en contrepartie du royaume de Naples, le couple devait faire don à Napoléon de tous les biens qu'il possédait en France. Caroline fit emballer et emporter vers Naples une bonne partie des meubles et des œuvres d'art de l'Élysée, son frère Joseph, le précédent roi de Naples, ayant prélevé des sommes importantes dans les comptes de l'État et vidé de ses meubles le Palazzo Reale en quittant Naples. Murat entra à Naples le ; Caroline, partie après lui, y arriva le .

Affaiblie par son voyage, Caroline commença à organiser les fêtes et les bals royaux à partir de .

Durant une bonne partie de son règne, Caroline ne s'entendit pas très bien avec son époux, celui-ci étant frustré de ne devoir ses titres qu'à son mariage avec elle, et la soupçonnant de favoriser son frère. Il ne lui laissa que peu de pouvoir politique.

Caroline s'occupa alors de la décoration des palais royaux, en particulier le Palazzo Reale qu'elle fit remeubler et où elle fit installer des nouveaux jardins. Elle s'intéressa également aux fouilles archéologiques de Pompéi, où elle suggéra de reconstruire et remeubler l'une des maisons de l'ancienne ville romaine. Certains des meubles qu'elle commanda pour ses palais étaient d'inspiration romaine ; l'une de ses tables intégrait une véritable mosaïque romaine provenant d'Herculanum, représentant Méduse la Gorgone. De plus, elle aménagea au sein de ses appartements du Palazzo Reale le "Musée de la Reine", où artefacts archéologiques et production contemporaine se côtoient selon une disposition réfléchie, quasi-scientifique.

Elle prit également des décisions importantes dans le domaine économique, notamment en développant le secteur manufacturier. Elle fit moderniser les équipements des fabriques, notamment pour les fabricants de soie, pour lesquels elle mit en place des formations pour les ouvriers et des plantations de mûriers sélectionnés. Elle aida également les filatures de coton et les fabricants d'ornements de corail.

Elle consacra également de l'attention à l'éducation des jeunes filles napolitaines. En s'inspirant de l'Institut Élisa créé par Élisa Bonaparte, elle fonda en 1808 un pensionnat de jeunes filles dans les bâtiments de l'ancien couvent Santa Maria della Providenza, dit des « Miracoli ». Elle fit également inspecter et rénover les établissements existants, comme la Casa Carolina d'Aversa fondée par Joseph Bonaparte.

Elle importa et favorisa également les arts français à Naples, notamment la mode, le théâtre et la cuisine. Elle appréciait le peintre Ingres, à qui elle acheta en 1808 un tableau intitulé La Dormeuse ; en 1814, elle lui commanda La Grande Odalisque, qui fut livrée en décembre.

Les premières tensions avec Napoléon Le , Murat et Caroline, rentrés à Paris, assistèrent au divorce de Napoléon et de Joséphine. Peu de temps après, Napoléon réclama à Murat le paiement des contreparties du traité de Bayonne, et Caroline dut intercéder en faveur de son époux.

Napoléon ayant décidé de se remarier avec Marie-Louise d'Autriche, Caroline fut chargée de préparer le trousseau de la mariée, puis d'escorter Marie-Louise de Munich à Paris.

Le , Murat dirigea une expédition en Sicile qui se solda par un échec, ce qui raviva encore les tensions entre lui et Napoléon.

Le , pour la naissance de Napoléon II, Murat se rendit aux Tuileries et reçut un accueil froid de la part de Napoléon, qui refusa de retirer les troupes françaises stationnées à Naples. Caroline, pourtant choisie comme marraine du prince, ne se rendit pas en France, craignant que Napoléon lui enlève le royaume de Naples : elle déclara que Frédéric Masson, Napoléon et sa famille, 1897-1919, tome VI. Ce fut Hortense de Beauharnais qui fut désignée comme marraine par procuration.

Le , craignant une montée en force du « parti français » à Naples, Murat décréta que tous les étrangers occupant des emplois civils à Naples devaient demander leur naturalisation ou renoncer à leurs emplois ; la mesure visait particulièrement les Français, alors nombreux à Naples. Napoléon réagit violemment en rappelant que tous les citoyens français devaient être également considérés comme citoyens du royaume de Naples.