thumb|Vue de l'USS John Paul Jones (DDG 53) de la classe Arleigh Burke de l'US Navy (Flight I).
Un destroyer (pour la France jusqu'en 1951, le contre-torpilleur) est un navire de guerre capable de défendre un groupe de bâtiments (militaire ou marchand) contre toute menace, comme d'attaquer un groupe de navires moyennement défendus. Il possède des moyens de lutte antiaérienne, anti-sous-marine et anti-surface. À l'origine, il s'agit d'un bâtiment rapide destiné à détruire les torpilleurs ennemis ; par la suite, il a lui-même acquis des capacités de torpillage, puis de lutte anti-sous-marine, de lancement de missiles et d'embarquement d'hélicoptères.
Son nom est la reprise de son équivalent anglais (« destructeur »), abréviation de (« destructeur de torpilleurs »).
Histoire Origine thumb|upright=1.3|Torpilleur japonais Kotaka, 1887.
Le destroyer apparaît au Royaume-Uni, peu de temps après la guerre civile chilienne de 1891 et la guerre sino-japonaise (1894-1895), deux conflits où les petits torpilleurs ont fait preuve de leur efficacité.
Petits bâtiments extrêmement rapides pour l'époque, les torpilleurs arrivent, grâce à leur petite taille, à s'approcher à la distance nécessaire au lancement de leurs torpilles contre les cuirassés, beaucoup plus lents. Ils peuvent donc causer des dégâts considérables, pour un coût de possession dérisoire, même s'ils sont détruits. Ils sont particulièrement dangereux quand ils sont employés de façon combinée avec des cuirassés amis, les navires ennemis ayant le choix soit de s'en protéger, soit de combattre les cuirassés ennemis. Vu le prix de ces , l'assaillant a alors, quoi qu'il arrive, acquis un avantage certain.
thumb|left|Destroyer américain USS MacDonough de classe Lawrence entré en service en 1903. thumb|upright=1.3|Destroyer norvégien HNoMS Draug en 1908.
Le besoin d'un navire spécialement étudié pour les couler, en faisant écran devant les grosses unités, se fait sentir ; ainsi naît le (littéralement « attrapeur de torpilleurs ») puis (« destructeur de torpilleurs »), bientôt abrégé en « destroyer » et qui prend le nom dans la marine française ou italienne de « contre-torpilleur ». Le principe est de construire des navires plus rapides que les torpilleurs, mais armés de canons à grande cadence de tir et non plus exclusivement de torpilles. En opérant devant la flotte de ligne, ils empêchent les torpilleurs d'atteindre une position de lancement de leurs torpilles sur les gros bâtiments. Cependant, le concept évolue très rapidement, car ces nouveaux petits navires risquent eux aussi de se retrouver confrontés aux cuirassés adverses et il est donc décidé de les armer eux aussi de torpilles. Par ailleurs, le destroyer doit pouvoir opérer avec la flotte et donc être capable de la suivre, contrairement au torpilleur qui agit près de ses bases. Finalement, le destroyer devient un bâtiment bien plus important que celui qu'il doit combattre.
La première réussite du concept a lieu au Royaume-Uni, avec le lancement des deux navires de la classe en 1893. Le destroyer finit, du fait de ses torpilles embarquées, par reprendre les missions des navires qu'il est chargé de détruire, c'est-à-dire l'attaque rapide avec des torpilles. Un premier exemple en est donné par les Japonais à Port-Arthur dès 1904. Le torpilleur finit par désigner dans la marine française un petit destroyer à court rayon d'action, le rôle du pur torpilleur, l'attaque à proximité des côtes, étant assurée par les vedettes lance-torpille et autres « motor-boats ».
Pendant l'entre-deux-guerres, la marine nationale française construit trente-deux contre-torpilleurs caractérisés par leur vitesse élevée et leur tonnage importants. Le plus rapide, Le Terrible, file à ses essais à la mer en 1935 pour un déplacement « Washington » de , ce qui reste longtemps le record mondial de vitesse sur mer.
Les plus lourds et les plus puissants, le Volta et le Mogador, en 1938, atteignent à pleine charge un déplacement de . Ce tonnage n'a jamais été atteint à cette époque pour un navire de ce type dans aucune autre marine au monde. À ses essais à feux poussés, le Mogador atteint , développant , ce qui constitue un record de puissance sur deux lignes d'arbre porte-hélice, à un déplacement « Washington » de .
Évolution thumb|Chantier naval New York Shipbuilding Corporation, à Camden (New Jersey), en 1919. vignette|gauche|Le Fantasque en 1944 après sa modernisation aux États-Unis. Il appartient à la classe de bâtiments de combat de plus de la plus rapide du monde jusqu'à la mise en service des Littoral combat ship dans les années 2010. thumb|Destroyer Vozbuzhdenyy de la Marine soviétique en 1981. thumb|Destroyers sud-coréens Yi (DDG 975) et Euljimundok (DDG 972) en 2004.
Pendant la Première Guerre mondiale, la généralisation du danger des sous-marins amène les destroyers à assurer une autre mission : la protection des grosses unités contre ces nouveaux ennemis au sein des escadres. Les convois, eux, lorsqu'ils commencent à s'organiser, font plus appel à des escorteurs anti-sous-marins spécialisés, les avisos puis, bientôt, au début de la Seconde Guerre mondiale, les corvettes et frégates qui, du fait des navires qu'ils sont censés protéger, sont bien moins rapides que les destroyers ou les contre-torpilleurs, mais beaucoup plus endurants à la mer et avec un meilleur rayon d'action du fait des distances à parcourir.
L'armement et les tactiques des destroyers doivent évoluer pour cette mission et ainsi apparaissent les grenades sous-marines qui finissent par être lancées par mortier ASM, l'asdic puis le sonar pour détecter les sous-marins. En revanche, les destroyers, grâce à leur grande vitesse, sont souvent capables d'éperonner les sous-marins avant qu'ils puissent plonger profondément. Grâce à leur vitesse élevée, ils peuvent effectuer des raids à proximité de côtes hostiles et désorganiser les convois ennemis. Les capacités offensives des destroyers contre les cibles de surface en souffrent : parfois des canons et tubes lance-torpilles sont démontés pour laisser la place à l'équipement anti sous-marin, mais plus généralement, on assiste à une inflation du déplacement pour pouvoir remplir efficacement toutes les missions et à l'apparition de destroyers spécialisés dans la protection, les « destroyers d'escorte », qui sont au départ réalisés par l'évolution de bâtiments anciens. C'est encore plus vrai lorsque la Seconde Guerre mondiale rajoute à la menace sous-marine le danger aérien. Les destroyers doivent alors embarquer de nouvelles armes pour combattre celui-ci. On installe donc de l'artillerie anti-aérienne en abondance, puis des radars de navigation, de veille aérienne et de conduite d'artillerie, et enfin, des missiles surface-air. Bientôt, l'augmentation de taille n'est plus possible et on commence à spécialiser les navires pour certains rôles. La mission offensive connaît une éclipse après guerre du fait de l'efficacité déclinante des canons et des torpilles dans le combat moderne. Il n'a pendant cette période que deux rôles défensifs, contre le sous-marin et contre l'avion. Au cours des années 1970, la possibilité de monter des missiles mer-mer, qui sont devenus moins encombrants et plus fiables, fait réapparaître ce rôle, sous une forme nouvelle.
vignette|Destroyer canadien de classe Iroquois en 2013.
De nos jours, le nom de destroyer est plus une appellation traditionnelle, qui varie selon les pays, les termes « destroyer », « frégate » et « corvette », sont bien souvent utilisés pour des navires aux caractéristiques très proches. Parfois, leur déplacement permet de les classer comme croiseur léger. La polyvalence est leur maître-mot, car même s'ils sont plus spécialisés dans une mission particulière (lutte antiaérienne, anti-sous-marine ou antisurface), ils ont quand même des capacités dans les autres domaines. Une autre caractéristique a émergé au début des années 1950, et s'est par la suite généralisée, la présence d'hélicoptères embarqués. Ces voilures tournantes peuvent remplir plusieurs missions : lutte anti-sous-marine, guidage de missiles au-delà de l'horizon radar, assaut héliporté, reconnaissance et sauvetage en mer, ce qui participe grandement à l'accroissement des tâches qui peuvent être confiées à ces bateaux, les autorisant à opérer loin de leurs bases de façon isolée.
En France
Même si l'on peut lire assez souvent dans des revues non spécialisées ou des traductions étrangères , la France n'a utilisé la désignation de destroyer qu’à une seule occasion : entre 1943 et 1972, pour les 14 destroyers d'escorte (DE) construits aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale et conçus pour la lutte anti sous-marine en escorte de convois. Bien qu'officiellement répertoriés « torpilleurs d'escorte » dans les flottes de combat de 1947 puis escorteurs, ces bâtiments ont toujours été nommés dans la "Royale", destroyers d'escorte ou « D E », jusqu'à la fin de leur carrière.
Les bâtiments à l’origine destinés à combattre les torpilleurs, sont tout simplement appelés « contre-torpilleurs», terme qui apparaît la première fois dans le décret ministériel du , qui ordonne la transformation des dix torpilleurs numérotés de 65 à 74, par le montage de quatre canons revolver de ; finalement seul le sera converti. En , le « bateau canon » Gabriel Charmes, armé à l'origine d'un canon de , sera aussi transformé en contre-torpilleur et portera le numéro 151. En 1890, ils sont tous reclassés en torpilleurs.
La désignation réapparaît en 1896, lorsque les « aviso-torpilleurs » Cassini, D’Iberville et Casabianca sont reclassés « contre-torpilleurs d’escadre ». Les deux Dunois et Lahire reçoivent eux aussi cette désignation dès leur mise en service. La , d'abord classée en croiseur-torpilleur, l'adopte aussi, de même que le croiseur de , Milan en 1897.
En 1901, les contre-torpilleurs d’escadre deviennent officiellement des contre-torpilleurs et sont construits : 32 de , 13 de et 21 de . La désignation est de nouveau modifiée en 1914, en « torpilleur d’escadre ».
Le terme de contre-torpilleur réapparaît à l'occasion du programme naval de 1922. Pendant l'entre-deux guerres, la France construira 32 contre-torpilleurs pour sa Marine nationale. D'abord les six de de la , "les Félins", puis les 18 de , les "Quatre tuyaux", (six classe Guépard, six classe Aigle et six classe Vauquelin), ensuite les six classe Fantasque de 2600 tonnes, surnommés "les lévriers des mers", enfin les deux Classe Mogador de 2800 tonnes. Ces deux unités seulement seront construits sur les six prévus. Quatre des six de la classe Fantasque (Le Fantasque, Le Terrible, Le Malin et Le Triomphant ) qui ont survécu au combat de Dakar (perte de l'Audacieux) et au sabordage de Toulon, (l'Indomptable) seront reclassés croiseurs légers après leur modernisation aux États-Unis en 1943 et 1944Il s'agit du Malin, du Terrible, du Fantasque et du Triomphant, modernisés en 1943 à Boston pour les trois premiers et en 1944 à Charleston pour le quatrième.. En 1951, ils seront reclassés escorteurs de par analogie avec les escorteurs d'escadre T47 alors en construction. Le capitaine de frégate Lemonnier, plus tard amiral et chef d'état-major de la Marine, a écrit dans un article de la Revue maritime sous le titre « Apologie du contre-torpilleur », en 1938 : .
thumb|Le Maillé-Brézé, premier musée naval à flot, amarré quai de la Fosse à Nantes.