Jos Jullien, pseudonyme de Joseph Victor Jullien, né le à Tournon (Ardèche) et mort le à Joyeuse (Ardèche) est un médecin chercheur, inventeur, homme politique, préhistorien, peintre, graveur et homme de lettres français.
Biographie Un médecin de campagne Jos Jullien fait ses études classiques à Bourg-en-Bresse, où l’héberge son oncle paternel, puis poursuit des études médicales à l'université de médecine à Lyon. Il commence son internat à l'hôtel-Dieu, dans le service de chirurgie osseuse du chirurgien Louis Léopold Ollier, originaire des Vans en Ardèche. Durant ses années de médecine, il travaille tour à tour avec Raphaël Lépine dans le service de médecine expérimentale, Alexandre Lacassagne, fondateur de l’anthropologie moderne qui occupe la chaire de médecine légale de l’université de Lyon..
vignette|gauche|150 px|Alexandre Lacassagne
En parallèle, il prend des cours de dessin à l’École des beaux-arts et s’intéresse également à la littérature. Il est membre de la Société d’Anthropologie et côtoie Ernest Chantre et Claudius Savoye qui l’initient au monde de la préhistoire.
En 1902, il soutient et publie une thèse en médecine intitulée L'Industrie des gants : Étude d'hygiène professionnelle et de Médecine légale. Il publie, peu après, un essai sur la syphilis en Vivarais.. Il épouse le de la même année, à Joyeuse, Camille Mesclon. Dès lors, il installe son cabinet médical à Joyeuse, tout d’abord rue de la Calade puis plus tard dans la maison Mesclon dans la rue Sainte-Anne à Joyeuse, demeure de deux étages qui donne sur l’actuel square François-André. En 1908, dans la continuité de son travail de thèse, il s’essaie à la construction d’un "conformateur manuel", « dans le but d’obtenir pratiquement une fiche reproduisant avec exactitude diverses dimensions de la main, au point de vue anthropologique et anthropométrique »Jos Jullien, Essai de construction d´un conformateur manuel, t. XXIII, Archives d'anthropologie criminelle de médecine légale et de psychologie normale et pathologique, 15 avril 1908, p. 268-270.Laurent Jullien, Le conformateur manuel Jullien–Souel, un nouvel outil d'anthropométrie médico-légale pour l'identification d'un individu par ses mains, Clystère, , septembre 2020.. Malgré ses tâches médicales, le jeune Jos Jullien ne dédaigne pas non plus la politique locale et devient maire de Joyeuse de 1908 à 1912 puis de 1929 à 1944d'après le Tableau des maires affiché à la mairie de Joyeuse.
Il rejoint l’armée le où il est affecté au service de santé militaire en tant qu’officier du corps de santé de l’armée territoriale, avec le grade de médecin aide major de .
Mandats politiques Adjoint au maire de Joyeuse, , de au (liste du congrès républicain radical) Maire de Joyeuse du au (liste du congrès républicain radical) Maire de Joyeuse d' à (liste radicale-socialiste)Jos Jullien, bien que démissionnaire en 1944, ne fut jamais un proche ou un admirateur du régime de Vichy. S'il conserve sa mairie entre 1940 et 1944, c'est pour mieux venir en aide à ses concitoyens qui traversent cette période particulièrement difficile. Ces faits ont été attestés par les plus anciens de la commune. D'ailleurs, une fois la guerre terminée, personne ne lui reprocha son attitude, ni un hypothétique rapprochement avec l'occupant. Lors de cette période de troubles, il sera resté intègre et fidèle à ses principes.
Un pionnier de la préhistoire en Ardèche Outre la médecine et la politique, Joseph Jullien a une autre passion : la découverte et l'étude des premiers occupants des bords de l’Ardèche et la PréhistoireOdette Gros et André-Charles Gros, « Un pionnier oublié de la préhistoire ardéchoise le docteur Jos Jullien » Ardèche Archéologie, 2005. En se fixant à Joyeuse en 1902, après des études à Lyon qui lui ont permis de rencontrer Chantre et Savoye, il entreprend un important travail sur toutes les périodes de la Préhistoire de ce secteur. Comme ses devanciers, il s’intéresse aux cavités et abris (fouilles à l’abri de Vernon, la Baume Grêna, les Bouchets, la Gleisasse ; avec H. Müller à Peyroche 1...), aux dolmens (groupement de Font-Méjeanne). Mais aussi, fait nouveau, il effectue des ramassages sur une quinzaine de sites de surface et même quelques fouilles de “fonds de cabanes” dans les lapiaz à Beaulieu, ce qui était une première pour ce type particulier et caractéristique de sites néolithiques ardéchoisAlain Beeching « Le néolithique de l’Ardèche : repères historiographiques » Cahiers scientifiques -Département du Rhône - Muséum, Lyon, hors série (2005) - . Il publie essentiellement le résultat de ses recherches dans le Bulletin de la Société préhistorique française.. Deux publications (Jullien, 1913, 1914) sont des essais de synthèse importants sur le Néolithique ardéchois à l’issue de toutes ces années pionnières. Contemporain de Henri Breuil, il a été marqué par l'œuvre de Jacques Boucher de Perthes.
À l’occasion de son décès, un résumé de cette carrière parallèle est publié dans le Bulletin de la Société préhistorique française : Franck Delarbre ajoute dans sa rubrique nécrologique que Jos Jullien aurait donné la plus grande partie de ses "collections [archéologiques] au musée qui est au Syndicat d'initiative des Vans"Revue du Vivarais- Tome LX- juillet septembre 1956 ().
Il est membre de plusieurs sociétés scientifiques, délégué à la conservation des monuments historiques et aux Beaux-Arts, correspondant de l’Institut et directeur des fouilles d’Alba Augusta Alba Augusta. En 1931, il profite du Congrès de Préhistoire de France, pour proposer le lundi une excursion aux stations néolithiques du Gard et de l’Ardèche, Uzès, Joyeuse, le Vié Cioutat.. En 1946, il fait le point sur l'état des fouilles d'Alba dans la revue RhodaniaJos Jullien et H. Muller, « Recherches archéologiques sur l’emplacement de la ville romaine d’Alba Augusta Helviorum » Congrès d’Avignon, Rhodania, 1946.
Sa passion pour sa région le conduit à envisager la création d'un « musée Vivarois » au début de l'année 1914 et à publier une brochure sur le sujet.Jos Jullien, Pour un musée Vivarois, Aubenas, Imprimerie Habauzit, 1914. En raison du déclenchement de la Première Guerre mondiale, le projet n'a malheureusement pas de suite.
Première Guerre mondiale Bataille d'Arras Le , la France déclare officiellement la guerre à l’Autriche-Hongrie. Des centaines de milliers de jeunes gens répondent alors à la mobilisation générale et s’enrôlent dans l’armée. Jos Jullien fait de même et rejoint le d’artillerie de campagne le où il est nommé médecin aide major de (lieutenant) le S.H.A.T., état de services, cote 6Ye 55.726, dossier personnel Jullien, Joseph Victor, Cdt médecin, RdC 24.6.38Laurent Jullien, Jos Jullien, médecin aux armées en 1914-1918, Archives départementales de l’Ardèche, cote BIB 4 BR 2811, 2014., où il côtoie Gaston Riou. Il participe en cette qualité à la première bataille d'Arras qui débute le . L’armée française tente de déborder l’armée allemande pour l’empêcher de rejoindre la Manche. Après une offensive massive de l’armée allemande, les Français sont contraints de se retirer sur Arras. Cet échec de l’armée française se termine par la prise de Lens le . Les Français réussissent cependant à tenir Arras. Le médecin aide major Jullien se distingue lors de la défense de la ville et obtient la croix de guerre avec une citation à l’ordre de la division le : vignette|redresse|Le médecin aide major Jullien (au centre) sur le champ de bataille vers 1916. Le , il intègre le d’artillerie de campagne. Ses supérieurs le notent comme un Lors de l’offensive en Alsace, le à Wolfesdorf, il est blessé à la face par un éclat d’obus.
Bataille de la Somme Depuis le mois de juillet, l’armée française, soutenue par des divisions de blindés britanniques, tente une percée dans les lignes ennemies lors de la bataille de la Somme. Cette bataille fait partie d’une des plus sanglantes du conflit. Le est envoyé au front en qualité de médecin. Il est blessé dans la région lombaire par un éclat d’obus à Maurepas le . Il est alors admis à l’hôpital du Val de Grâce à Paris au mois de septembre et obtient un congé de convalescence d’un mois à partir du . Cet acte de bravoure lui vaut une citation à l’ordre de l’armée le :
Hôpitaux militaires Le , il rejoint la à Marseille et passe au dépôt de convalescence, rue Vaugirard à Paris, le . Il est ensuite mis à la disposition du médecin général de l’hôpital de Toulon le en tant que médecin traitant. Ses états de services pour l’année 1916 sont les suivants : Le , il est affecté au des tirailleurs malgaches. en formation au camp de Fréjus puis passe au à la suite de la dissolution du . Le , il est décoré de la croix de chevalier de la Légion d’honneur pour « faits de guerre ». Ces mois passés dans les hôpitaux militaires lui permettent d’écrire et de publier dans le numéro du de la revue Le Mercure de France un articule intitulé « la guerre et les progrès de la chirurgie » dans lequel il relate les progrès des soins d’urgence réalisés au cours de ces quatre années de guerre.. Il est ensuite affecté à un hôpital d'orientation et d’évacuation (H.O.E) et devient médecin chef le .
Il passe médecin major de (capitaine) de l’armée territoriale le : Au cours de cette guerre, le médecin major Jullien a fait 49 mois de front en deux séjours, dont le premier fut interrompu à la suite d'une évacuation pour blessures. À la fin de la campagne, Jos Jullien est employé pendant sept mois dans une ambulance et un hôpital d'évacuation (hôpital d'origine d'étapes, HOE). Il s’est révélé comme un Il est décoré de la croix de guerre avec étoile d’argent le et palme le et de la Légion d'honneur en 1917. Il est démobilisé le et rendu à la vie civile..
Carrière artistique Au sortir de la grande guerre, Jullien veut faire évader son esprit. À côté de son métier de médecin de campagne (et après avoir fait longtemps de la peinture), il développe un don, qu’il avait toujours pratiqué, celui du dessin. L’éditeur et poète ardéchois Charles Forot (de Saint-Félicien-en-Vivarais), dont il fait la connaissance en 1920, frappé par ce talent, lui conseille de s’essayer à la gravure, où Jullien, d’emblée, excelle. Ce sera d’abord par la technique du bois gravé, où il fait notamment des portraits (Verlaine, Paul-Jean Toulet), mais aussi une série, intitulée Masques, dans laquelle il représente huit personnages de comédie et de tragédie : Bérénice, Faust, Phèdre, Othello, Sganarelle, Scapin, Tartuffe, Don Juan. Puis, par celles de l’eau-forte et du burin. Ses goûts littéraires l’incitent à composer en 1925 des illustrations pour Une saison en enfer de Rimbaud. À la même époque, il dessine et grave une série de portraits d’écrivains, dans laquelle il parvient à se détacher des modéles dont il s’ inspire pour recréer des portraits originaux et personnels : Casanova, Stendhal, Nietzsche, Rimbaud, Ramuz, Anatole France, Pierre Loti, Anna de Noailles, Paul Valéry et bien d’autres. Ces années 1920 sont aussi pour Jullien celles où il orne un grand nombre d’ouvrages, à commencer par ceux des Éditions du Pigeonnier de son ami Charles Forot, puis en agrémentant de dessins La Cigale uzégeoise, revue créée par Georges Gourbeyre. Tout ce côté artistique de Jos Jullien, notamment des années 1919 à 1931, doit être lié à ses inclinations littéraires qui aboutissent, par exemple, à des essais sur le cardinal de Bernis, ainsi que sur Casanova, son auteur préféré avec Stendhal, à qui il consacre deux écrits : Casanova à Nîmes et Casanova à Aix-en-SavoieJos Jullien, Casanova à Nîmes, Rue Boucarie- Uzès, éditions de la Cigale, 1930.Jos Jullien, Les secrets de Casanova : Casanova à Nîmes - Casanova à Aix-en-Savoie (présentation et mise en page de Laurent Jullien), Brignon, Éditions de la Fenestrelle, juin 2022... Il rencontra ses contemporains Marcel Gimond, Hippolyte Paquier-Sarrasin qui réalise pour lui des vitraux à Joyeuse, Jean Chièze. thumb|Paquier Sarrasin
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