Les châteaux forts et enceintes du roi Édouard dans l'ancienne principauté de Gwynedd sont un site du patrimoine mondial de l'UNESCO situé au pays de Galles. Il s'agit d'un ensemble de quatre places fortes fondées par le roi d'Angleterre Édouard dans l'ancien royaume de Gwynedd : le château de Beaumaris, le château de Harlech, le château de Caernarfon et le château de Conwy, ainsi que les enceintes des villes de Caernarfon et Conwy.

Ces forteresses sont fondées après la campagne d'Édouard dans le nord du pays de Galles, en 1282. Cherchant à coloniser de manière permanente la région, le roi fonde des villes nouvelles fortifiées à Caernarfon, Conwy et Harlech, pour que des Anglais viennent s'y installer. Ce projet, très coûteux, est menacé par une révolte galloise en 1294. Conwy et Harlech résistent aux insurgés, mais Caernarfon, encore en travaux, est détruit. Après cet épisode, Édouard relance son programme de construction et ordonne la construction d'un château à Beaumaris. Cependant, les ressources et l'attention du roi sont bientôt accaparées par les affaires écossaises, et les travaux cessent au début du , alors que Caernarfon et Beaumaris sont encore inachevés.

Ces places fortes jouent un rôle militaire important lors de la révolte d'Owain Glyndŵr au début du , puis lors de la guerre des Deux-Roses à la fin de ce même siècle. L'arrivée au pouvoir de la maison Tudor réduit leur importance stratégique, mais elles sont à nouveau mises à contribution lors de la Première guerre civile anglaise, au . Après ce conflit, le Parlement ordonne le démantèlement partiel de Conwy et Harlech, mais la menace d'une invasion royaliste venue d'Écosse permet à Caernarfon et Beaumaris de rester intacts.

Tombés en ruine à la fin du , les châteaux deviennent une source d'inspiration pour les artistes britanniques. Le développement du rail à l'ère victorienne permet à davantage de visiteurs de les découvrir. L'État reprend le contrôle des sites au début du et œuvre à leur restauration. Ils entrent au patrimoine mondial en 1986, en tant que témoignages exemplaires de l'architecture militaire de la fin du et du début du en Europe. Ils sont aujourd'hui gérés par l'organisme public Cadw.

Histoire

Les

Contexte

À partir des années 1070, les rois d'Angleterre et les princes gallois se disputent le contrôle du pays de Galles. Les Normands envahissent à plusieurs reprises la région, et les colons anglais agrandissent peu à peu leurs domaines. Le prince Llywelyn le Dernier profite de la guerre civile qui oppose le roi Henri III à ses vassaux pour prendre l'ascendant dans la région. En 1267, il est formellement reconnu comme prince de Galles par le traité de Montgomery.

Édouard devient roi d'Angleterre en 1272. C'est un guerrier endurci, qui s'est battu au pays de Galles en 1257, a assiégé Kenilworth pendant six mois en 1266 et s'est croisé en 1270. Ses voyages lui ont permis d'étudier plusieurs places fortes du continent européen, en particulier la ville nouvelle d'Aigues-Mortes. L'une des premières décisions d'Édouard à son arrivée sur le trône est d'ordonner la rénovation et l'agrandissement de la tour de Londres. Il fonde également une série de bastides en Gascogne afin d'accroître son emprise sur la région et autorise la fondation de villes nouvelles en Angleterre même.

Les relations entre Édouard et Llywelyn ne tardent pas à s'envenimer et le roi anglais envahit le Nord du pays de Galles en 1276. Durant cette campagne, il construit plusieurs châteaux pour asseoir son autorité et servir de base d'opérations. Vaincu, Llywelyn est contraint d'accepter le traité d'Aberconwy en 1277, par lequel la majeure partie de son domaine est divisée entre ses frères et Édouard .

La conquête et les premières constructions

vignette|Carte de la campagne d'Édouard en 1282, avec les quatre châteaux classés au patrimoine mondial.|alt=Carte des principaux lieux mentionnés dans l'article montrant la progression d'est en ouest des armées anglaises

Une rébellion menée par Dafydd ap Gruffudd, le frère de Llywelyn, éclate en 1282. Édouard réagit en levant une armée de et qu'il mène vers Rhuddlan, tandis qu'au sud, les barons des marches frontalières avancent depuis Carmarthen et Montgomery. Édouard envahit également l'île d'Anglesey et porte la guerre en Snowdonia, au cœur du pays de Galles. Llywelyn trouve la mort au mois de décembre, et Dafydd est capturé et exécuté au début de l'année suivante. Cette fois-ci, Édouard décide d'entreprendre la colonisation systématique du nord du pays de Galles. Les derniers membres de la famille de Llywelyn sont écrasés et leurs terres distribuées à des nobles anglais. Le statut de Rhuddlan, proclamé le , entérine la division du pays de Galles en comtés, sur le modèle anglais. Dans le nord-ouest, les anciennes subdivisions laissent ainsi la place aux comtés de Caernarfon, Merioneth et Anglesey.

Dès 1283, Édouard ordonne la construction de nouveaux châteaux et de nouvelles villes fortifiées dans les territoires occupés, en partie afin d'attirer des immigrants anglais. Parmi ces nouvelles places fortes se trouvent le château de Caernarfon, qui surplombe la , le château de Conwy, qui contrôle un point de passage sur la Conwy, et le château de Harlech, qui protège un port de mer et une ville nouvelle anglaise. Les villes de Caernarfon et Conwy possèdent également des enceintes fortifiées. Un château (le futur château de Beaumaris) est vraisemblablement prévu dès cette date près de la ville stratégique de Llanfaes, sur Anglesey, mais le projet reste en suspens en raison du coût important des autres fondations d'Édouard.

Ces villes nouvelles doivent jouer un rôle important dans la nouvelle administration de la région. Les châteaux sont importants d'un point de vue militaire, mais ils sont également conçus comme des palais susceptibles d'accueillir la maisonnée du roi et de la reine de manière confortable et sûre. Une part de symbolisme entre également dans leur fondation. Ainsi, Conwy est fondé sur le site de l'abbaye d'Aberconwy, nécropole des princes gallois, qui doit être déplacée de plusieurs kilomètres vers l'intérieur des terres. Le site de Caernarfon, occupé depuis l'époque romaine, a une place importante dans l'imaginaire des princes gallois, et les fortifications du nouveau château réutilisent à dessein une partie des matériaux de l'époque galloise. Enfin, Harlech est associé à la légende de la princesse galloise Branwen.

Édouard confie ces projets de construction à des hommes de confiance, parmi lesquels l'architecte savoyard Jacques de Saint-Georges, mais aussi son ami Othon de Grandson, le soldat John de Bonvillars ou encore le maçon John Francis. Ces nouvelles forteresses sont encore plus grandes que les châteaux édifiés durant la campagne de 1272, qui étaient eux-mêmes déjà nettement plus grands et onéreux que ceux des princes gallois. Charpentiers, terrassiers et tailleurs de pierre de toute l'Angleterre sont recrutés par les shérifs locaux et rassemblés à Chester et à Bristol avant d'être envoyés sur les chantiers du nord du pays de Galles, où ils travaillent du printemps à l'automne avant de rentrer chez eux pour l'hiver. Ces grands travaux requièrent un nombre considérable d'ouvriers, dont l'absence pèse sur les capacités de la force ouvrière anglaise. Ils ont également un coût financier énorme : pour le château et l'enceinte de Caernarfon, environ également pour Conwy, et pour le château de HarlechPour comparaison, les revenus annuels de , un noble moyen de la fin du , s'élèvent à seulement ..

Les villes fortifiées, qui s'inspirent des bastides françaises et des diverses villes nouvelles anglaises, sont uniquement peuplées d'immigrants anglais : les Gallois ont interdiction de s'y établir. Elles subissent des fortunes diverses, que l'on peut mesurer au nombre de Un burgage est un bâtiment appartenant à la Couronne qui peut être loué par les citadins. dont chacune dispose : Conwy en compte 99 vers 1295, et Caernarfon en compte 57 vers 1298, mais Harlech est à la traîne, avec seulement 24 burgages et demi en 1305. Les châteaux sont confiés à des connétables, avec des garnisons permanentes : 40 hommes à Caernarfon, 36 à Harlech et 30 à Conwy, équipés d'armures et d'arbalètes. La situation côtière des trois villes leur permet d'être ravitaillées par la mer en cas de nécessité, un solide avantage dans la mesure où la marine anglaise n'a pas de rivale sur le littoral gallois. Les trois châteaux sont équipés de poternes permettant un ravitaillement par mer même si les villes qu'ils défendent tombent entre des mains ennemies.

Révolte et reconstruction

Les forteresses d'Édouard sont mises à l'épreuve en 1294, lorsque Madog ap Llywelyn se révolte contre la domination anglaise. Ce premier soulèvement d'importance depuis la conquête semble avoir eu pour origine l'imposition nouvellement imposée aux Gallois, et Madog bénéficie d'un important soutien populaire. Édouard réagit rapidement : il lève une grande armée et marche de Chester à Conwy, où il arrive aux alentours de Noël. Les rebelles l'assiègent dans son château pendant tout le mois de janvier, mais le ravitaillement se fait par mer, et l'arrivée de renforts en février permet de briser le siège. Harlech est également assiégé, mais tient bon grâce au ravitaillement arrivé d'Irlande. En revanche, Caernarfon, dont la construction n'est pas achevée, est pris d'assaut par les Gallois, qui incendient le château et la ville. Le shérif anglais d'Anglesey est également tué par les Gallois. Au printemps, Édouard poursuit sa contre-attaque à la tête d'une armée de et parvient à écraser le soulèvement.

Édouard I relance ensuite les travaux de construction à Caernarfon, ainsi que les projets de fortification sur l'île d'Anglesey. Le site choisi pour la fondation d'un château est Beaumaris, à un kilomètre et demi de la ville galloise de Llanfaes, qui est vidée de ses habitants autochtones. Ceux-ci sont relogés à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest, dans la ville nouvelle de Newborough. Cette éviction permet la fondation d'une ville purement anglaise, protégée par un château particulièrement imposant. Malgré l'absence d'une enceinte fortifiée, elle grandit rapidement, avec 132 burgages et un quart loués à la Couronne vers 1305.

Le projet de Beaumaris, dirigé par Jacques de Saint-Georges, est particulièrement coûteux : vers 1300, alors que le château n'est toujours pas achevé (les murs intérieurs ne font que la moitié de la hauteur prévue, et les murs extérieurs ne sont pas complets), son prix s'élève déjà à . À cette date, le château de Caernarfon est lui aussi encore incomplet, bien que la construction de l'enceinte de la ville soit terminée. En 1304, le coût total du programme de construction s'élève à plus de , soit six fois les revenus annuels de la Couronne. L'attention d'Édouard s'est alors tournée vers les affaires écossaises, une question qui l'accapare jusqu'à la fin de son règne et détourne les fonds de la Couronne des châteaux gallois, où les travaux continuent donc à un rythme très ralenti. En 1308, la menace d'une invasion écossaise dans le nord du pays de Galles donne lieu à une nouvelle vague de travaux, mais les financements restent très inférieurs à ce qu'ils ont été auparavant. Les travaux ont définitivement cessé avant 1330, sans que Beaumaris ou Caernarfon aient jamais été achevés.

Déclin