Joachim Gauck Prononciation en haut allemand standardisé retranscrite selon la norme API. , né le à Rostock (Mecklembourg), est un pasteur et homme d'État allemand. Sans appartenance partisane, il est président fédéral d'Allemagne du au .

Fervent opposant à la dictature est-allemande, il est l'un des animateurs du mouvement qui fait tomber le régime en . Il participe ensuite à la fondation du Nouveau Forum, puis de l'Alliance 90.

Dans la foulée de la Réunification allemande, il est nommé commissaire fédéral pour les archives de la Stasi. Il acquiert une grande popularité dans l'exercice de cette fonction sans précédent, grâce au travail de son administration pour enquêter sur les crimes commis par l'ancienne police politique.

Sa candidature à l'élection présidentielle de 2010 est proposée par les sociaux-démocrates et les écologistes mais il est battu par le conservateur Christian Wulff à l'issue d'un scrutin très disputé. Moins de deux ans plus tard, après la démission de ce dernier, il est de nouveau proposé comme candidat à la présidence fédérale. Soutenu cette fois-ci par une large coalition s'étendant des écologistes aux conservateurs, il remporte le scrutin présidentiel avec une très confortable majorité.

Après avoir refusé de briguer un second mandat présidentiel en , il voit le social-démocrate Frank-Walter Steinmeier lui succéder à l'issue de son quinquennat.

Pasteur anticommuniste Joachim Gauck est né à Rostock, durant la Seconde Guerre mondiale. Il est le fils du capitaine de marine Joachim Gauck Sr. et Olga Gauck (née Warrenman), tous deux membres du parti Nazi allemand.. Son père est arrêté puis déporté en Sibérie pendant quatre ans, de 1951 à 1955, sur l'ordre des autorités communistes ; c'est de cet événement que naît la répulsion de Joachim Gauck pour le communisme soviétique « Joachim Gauck, un homme de convictions », Euronews, .

Intéressé par le journalisme et la philosophie, son anticommunisme connu de la Stasi, la police secrète du régime communiste de la République démocratique allemande, l'empêche de s'orienter vers ces domaines. Il décide alors d'étudier la théologie à l'université de Rostock qu'il intègre en 1958. L'année suivante, en 1959, il épouse Gerhild Radtke, avec laquelle il a quatre enfants et dont il se sépare en 1991 sans pour autant divorcer.

En 1965, Joachim Gauck sort diplômé de la faculté de théologie de l'université de Rostock. Devenu pasteur après son ordination, il exerce son ministère dans la région de Rostock. Malgré son « incorrigible anticommunisme » relevé par la Stasi, il parvient à mener ses activités religieuses, sans renoncer à son combat contre le régime communiste de RDA.

Après la chute du régime est-allemand 125px|thumb|gauche|Le député Joachim Gauck, en 1990. Député est-allemand En 1989, tandis que les mouvements de protestation prennent de l'ampleur en République démocratique allemande, Gauck devient le porte-parole du Nouveau forum, un nouveau mouvement d'opposition au régime communiste. Ses discours acerbes contre le régime et sa doctrine font de lui l'une des figures de proue de l'opposition démocratique, si bien que, candidat aux premières élections libres, il est élu membre de la Chambre du peuple, sur une liste du mouvement d'opposition Alliance 90.

Il s'investit pour la disparition du ministère de la Sécurité d'État et contribue à la rédaction d'une loi relative à la conservation des archives de la police secrète.

Dans les derniers jours du régime est-allemand, une procédure parlementaire liée à la Réunification permet à Joachim Gauck de devenir député au Bundestag, la chambre basse du Parlement fédéral.

Commissaire fédéral aux archives de la Stasi Élu le , il doit cependant mettre un terme à son mandat parlementaire deux jours seulement après son élection, puisqu'il est désigné, le , « commissaire fédéral pour la documentation du service de sécurité de l'État de l'ex-République démocratique allemande » par le président fédéral Richard von Weizsäcker. Il doit diriger une institution forte de fonctionnaires chargés de la gestion d'un important volume d'archives mises à la disposition du grand public. En 1995, Gauck est reconduit dans ses fonctions pour une nouvelle période de cinq ans.

C'est tout au long de cette période que Joachim Gauck acquiert le respect de l'opinion publique allemande, qui voit en lui un « avocat des droits de l'homme » et un militant convaincu pour la liberté. Son travail est prolifique : outre des conférences et l'organisation d'expositions concernant le travail de son institution, le commissaire fédéral offre sa contribution pour un ensemble de travaux liés à la recherche sur le régime communiste : en 1998, par exemple, il offre sa contribution à l'édition allemande du Livre noir du communisme, dans laquelle il livre un témoignage personnel et défend la qualité de ses propres travaux.

Militant des droits de l'homme Au début de l'année 1999, à quelques mois de l'élection présidentielle, les Unions chrétiennes (CDU/CSU) et le Parti libéral-démocrate (FDP) lui proposent de soutenir sa candidature à la présidence de la République fédérale, mais Joachim Gauck finit par refuser de concourir à l'élection. L'année suivante, il termine son mandat de commissaire fédéral, qu'il laisse à Marianne Birthler. Séparé de son épouse depuis plusieurs années, il rencontre alors la journaliste Daniela Schadt, qui devient sa compagne.

Après 2000, Joachim Gauck est approché par le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) mais il refuse les propositions qui lui sont faites, préférant se consacrer à son militantisme, en faveur des droits de l'homme et de l'idéal européen. En 2003, il accepte la présidence de l'association « Contre l'oubli - Pour la démocratie » (Gegen Vergessen – Für Demokratie) et, cinq ans plus tard, fait partie des signataires de la déclaration de Prague, au côté, notamment, de l'ancien président tchèque Václav Havel. Cette déclaration, signée le par un grand nombre d'intellectuels, condamne résolument les crimes commis par les régimes communistes du monde entier, et plus particulièrement en Europe.

Première candidature à la présidence fédérale

thumb|Un rassemblement citoyen favorable à la candidature de Joachim Gauck, le , à Berlin. Le , quatre jours après la démission du président fédéral Horst Köhler, le SPD et les Verts, les deux principaux partis de l'opposition de centre-gauche, déclarent soutenir la candidature de Joachim Gauck à l'élection présidentielle anticipée du 30 juin suivant, face à celle du ministre-président de Basse-Saxe, Christian Wulff, soutenu quant à lui par la CDU/CSU, dirigée par la chancelière Angela Merkel, et le FDP.

Si, dans les faits, Christian Wulff a toutes les chances d'être élu chef de l'État, le candidat de l'opposition dispose d'un vaste soutien populaire, bien plus important que celui acquis par le candidat de la coalition noire-jaune, notamment dans le milieu culturel« Allemagne : les candidats à la présidence », ARTE, . La presse allemande estime d'ailleurs qui si le président fédéral devait être élu au suffrage universel direct, Joachim Gauck l'emporterait aisément sur Christian Wulff, jugé plus politique et moins charismatique que son concurrent. Le parcours personnel de Joachim Gauck suscite d'ailleurs la sympathie de l'opinion, ce qui fait dire au président du SPD, Sigmar Gabriel, que le candidat soutenu par son parti « se présente avec toute sa vie d'homme, pas avec une carrière politique bien remplie » « Élection présidentielle en Allemagne - Le point à quelques jours du scrutin », Fondation Robert-Schuman, .

Une grande partie de l'échiquier politique, dont un certain nombre de conservateurs, assument leur préférence pour Gauck, comme Kurt Biedenkopf qui conteste la consigne de vote pour les conservateurs et appelle à la liberté de vote dans une tribune publiée par le Frankfurter Allgemeine Zeitung « Gebt die Wahl frei! », Frankfurter Allgemeine Zeitung, . Seul le parti de gauche radicale Die Linke refuse de reconnaître la qualité de sa candidature, Gauck étant un opposant déclaré de longue date au communisme.

Le , le jour du scrutin, Joachim Gauck obtient 499 suffrages à l'issue du premier tour, mais est devancé par Christian Wulff, fort de 600 voix, un résultat à peine satisfaisant pour le candidat soutenu par la chancelière. Au deuxième tour, le candidat de l'opposition perd neuf voix mais obtient un résultat supérieur au nombre de grands électeurs qui devaient voter pour lui, contraignant ainsi le candidat de la coalition gouvernementale à patienter jusqu'au troisième tour de scrutin pour espérer être élu comme prévu, avec 625 voix contre 494 à Gauck.

Si l'issue de cette élection présidentielle devait être favorable à Christian Wulff, elle est néanmoins présentée, par la presse allemande, comme un « camouflet » pour Angela Merkel qui pouvait faire élire son poulain dès le premier tour mais qui dut en attendre un troisième pour le faire élire péniblement. Les critiques sont d'autant plus grandes qu'il est reproché à la chancelière de ne pas avoir soutenu un candidat préféré par l'opinion. Défait à l'issue de cette élection très disputée, Gauck a néanmoins gagné le surnom de « président des cœurs »..

Président fédéral Élection présidentielle de 2012

Soupçonné de prévarication, Christian Wulff est contraint de démissionner le . Une importante partie de l'échiquier politique et la presse allemande évoquent alors une éventuelle candidature de Joachim Gauck pour remplacer le chef de l'État démissionnaire« Joachim Gauck sera le prochain président allemand », Le Monde, , d'autant qu'un sondage, publié quelques jours seulement après le retrait de Wulff, indique que 54 % de ses concitoyens souhaiteraient le candidat défait en 2010 comme président de la République fédérale« Gauck, futur président allemand », Europe 1, . Finalement, le suivant, Gauck reçoit formellement le soutien des chrétiens-démocrates, des sociaux-démocrates, des libéraux et des écologistes « Gauck soll Bundespräsident werden », Frankfurter Allgemeine Zeitung, . C'est la première fois, depuis 1989, que l'ensemble des forces politiques représentées à l'Assemblée fédérale, à l'exception notable du Parti national-démocrate, d'extrême droite, et de Die Linke, s'associent pour faire élire un candidat commun au château de Bellevue. Même la chancelière Angela Merkel, d'abord réticente, reconnaît en Joachim Gauck un « professeur de démocratie » tout à fait capable de redorer le blason d'une fonction présidentielle jugée « entachée » par l'ancien chancelier Helmut Schmidt, très sévère à l'égard du président sortant.

Quelques heures après sa nomination, Joachim Gauck tient une conférence de presse, entouré des dirigeants des partis soutenant sa candidature, au cours de laquelle il se dit « troublé et confus » par la situation le poussant à briguer la présidence fédérale« La revanche de Joachim Gauck, futur président allemand », Euronews, , mais aussi honoré que « quelqu'un comme [lui], né durant une guerre terrible et qui a vécu cinquante ans sous une dictature […] soit appelé à devenir chef de l'État ». Se posant en rassembleur, il enjoint à ses concitoyens de « retrouver la foi dans leur propre force », alors que l'Allemagne est vivement confrontée à la crise économique européenne et mondiale.

Le , Joachim Gauck est largement élu président de la République fédérale à l'issue du premier tour, par 991 voix sur votants, soit un peu plus de 88 % des suffrages exprimés, contre 126 voix pour Beate Klarsfeld, l'ancienne « chasseuse de nazis » soutenue par le parti Die Linke, et 3 voix pour Olaf Rose, présenté par le Parti national-démocrate. Onzième président fédéral d'Allemagne, Joachim Gauck est le mieux élu de tous : seul le conservateur Richard von Weizsäcker, lorsqu'il avait sollicité un second mandat en 1989, avait obtenu un résultat semblable, suffisamment large pour être présenté comme un candidat consensuel.