Le Comtat Venaissin (; ou ) ou, par ellipse, le Comtat [consulté le ]., est un ancien État pontifical. Il a été fondé au Moyen Âge en 1274 et a été totalement dissous le .

actuelles composaient le Comtat Venaissin réparties entre le département de Vaucluse et le département de la Drôme. Ce qui correspond aujourd'hui à la partie sud du département de la Drôme pour 10 % d'entre elles, 90 % des communes concernant le Vaucluse qu'il recouvre presque entièrement, entre le Rhône, la Durance et le mont Ventoux, comprenant les villes de Rochegude, Bouchet, Carpentras, Vaison-la-Romaine, L'Isle-sur-la-Sorgue et Cavaillon.

Avignon était par ailleurs une cité-État depuis son rachat en par le pape .

Il a donné son nom, en 2003, à la communauté d'agglomération Ventoux-Comtat Venaissin, en abrégé « COVE », dont le territoire s'étend sur approximativement un tiers du Comtat.

Les géographes, à la suite de Claudine Durbiano, distinguent le Comtat, région agricole actuelle, du Comtat Venaissin, entendu comme une région historique..

Origine du Comtat Venaissin et de sa dénomination Les thèses en présence vignette|gauche|Carte du Comtat Venaissin, d'après d'Anville, 1745. vignette|Agrandissement et coloriage d'une partie de la section 121 de la carte de Cassini, mettant en évidence (en rouge) les enclaves du Comtat Venaissin dans le bas-Dauphiné (ainsi que, en bleu, les enclaves provençales, et, en jaune, celles de la principauté d'Orange). Il y a deux thèses en présence : celle de Bouche, Papon et A. Brun, popularisée par Amédée Thierry dans son Histoire des Gaulois (1828)Histoire des Gaulois, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'entière soumission de la Gaule à la domination romaine, par Amédée Thierry (1828, tome 1 et suivants), BNF. qui font dériver le Comtat Venaissin d’un comté de Venasque ()L’hypothétique « Comitatus Vendascensis » n’a pu donner selon les règles de la toponymie un « Comitatus Venessinus » à tel point que les partisans de cette thèse ont été contraints de forger de toutes pièces un apocryphe « Venascinus » pour la justifier. ; celle du jésuite Valladier, de Joannes Jansonnius et de Jules Courtet qui indiquent que le Comitatus Venicinus (Comtat Venaissin) est issu de Comitatus Avennicinus (Comtat d’Avignon)Entre le et le existaient dans le futur département du Vaucluse outre le Comitatus Avennicinus (comté d’Avignon), le Comitatus Aptensis (comté d’Apt), le Comitatus Saltensis (comté de Sault), etc. Mais il n’y eut jamais de comté de Venasque. Cette cité fut seulement par deux fois le refuge des évêques de Carpentras lors des invasions entre 541 et 549 puis entre 573 et 603..

Déjà en 1601, André Valladier notait dans son Labyrinthe royal : André Valladier (1565-1638), abbé de Saint-Arnoul de Metz, auteur du Labyrinthe Royal de l’Hercule Gaulois triomphant (Avignon, Jacques Bramereau, imprimeur, 1601).

Toujours au , dans son , le graveur Joannes Jansonnius sur la page ayant trait à Avignon notait Johannes Janssonius (1588-1664), gendre de Jodocus Hondius et beau-frère de Hendrik Hondius II, grava ses cuivres à Amsterdam où il fit imprimer en 1650 son « Theatrum des villes de France et de Suisse ». Chaque page de cet atlas est notée « Amstelodami, apud Joannem Janssonium ». Un exemplaire déposé à la Bibliothèque d’Orange est cité par Jules Courtet à l’appui de sa thèse..

Quant à Jules Courtet, par deux fois, en 1849 et en 1876, il justifia sa théorie en rappelant l’histoire d’Avignon et de son comté. Entre 1125 et 1195, cette cité devint une commune libre indivise entre les comtes de Provence et de Forcalquier. La croisade contre les albigeois et le traité de Meaux (mars/avril 1229) accéléra le processus de séparation entre Avignon et son ancien comté. , comte de Toulouse et marquis de Provence, dut le céder, après sa mort en 1249, à son gendre Alphonse, comte de Poitiers et de Toulouse, frère de .

Puis Alphonse de Poitiers le laissa à son neveu qui ne le rendit au pape qu’en 1274. Le roi de France se réserva Avignon qu’il céda à , devenu comte de Provence, en 1290Grégoire X, le 27 avril 1274, nomma Guillaume de Villaret, premier recteur du Comtat Venaissin. Pierre Rostaing, évêque de Carpentras, rendit immédiatement hommage au représentant du pape. Cette allégeance fait partie des actes du Cartulaire de l’évêché de Carpentras. Il est à souligner que dans sa rédaction, pour la première fois, était utilisé le titre de comté pour cet État pontifical jusqu’alors dénommé « Venaissinum » ou « terra Venaissini ». Ce fief était aussi dénommé marquisat de Provence au ..

Les arguments en faveur de chacune des hypothèses vignette|Pierre d'Hozier, Histoire générale des maisons nobles de Provence, du Comtat d'Avignon, de la principauté d'Orange et du comté de Nice, 1666. Charles RostaingCharles Rostaing, Essai sur la toponymie de la Provence, Éd. Jeanne Laffite, Marseille, 1994., l’éminent toponymiste, dans son Essai sur la toponymie de la Provence, fait état des deux thèses en présence. À l’appui des partisans de Venaissin issu de Venasque, il cite deux actes du cartulaire de Saint-Victor de Marseille. La première charte (v. 274), datée de 1030, note , quant à la seconde (v. 1081), datée de 1067, elle signale un En dépit de notre respect dû au maître de la toponymie, nous ne pouvons souscrire à une origine venant de Venasque pour VENNECENSI mais bien d'Avignon par aphérèse du A.. Mettant la charte 274 en parallèle avec le Testament d’Abbon daté de 730, qui cite in pago Vendascino, il suggère le glissement de sc en x. Aucun comté de Venasque n’ayant existé on peut penser à une erreur de scribe.

Jules Courtet, quant à lui, cite deux chartes plus anciennes rédigées sous le règne de Louis l’Aveugle, roi de ProvenceLes sources de Courtet sont celles de Gallia christiana, eccles. arelat. (instr. I, ). Les chanoines Albanès et U. Chevalier ont réédité et complété ces chartes dans Gallia christiana novissima (T. III, Arles) Valence, 1901.. Dans la première, datée de 898, ce roi fait don de Bédarrides « mansum in comitatu Vancensi »Sans doute mauvaise graphie pour Veneisi mais on peut déjà noter l’aphérèse du A. au prêtre Rigmond d’Avignon.

Puis le , alors qu’il se trouve à Vienne et qu’il est devenu empereur, Louis l’Aveugle donne à Remigius, évêque d’Avignon « ad sedem Avinionensam ecclesiam in onore Sancti Stefani sacratum », tout le territoire compris entre la Sorgue et le Rhône dont une villa à Bédarrides « in comitatu Aveniocensi ».

La référence à Amédée Thierry et à son Histoire des Gaulois

Dans son tome II, l’historien signale que Domitius battit les Gaulois à Vindalium et explique en note : .

Il est exact qu’en -120/-121, une expédition, dirigée par Cnaeus Domitius Ahenobarbus et Quintus Fabius Maximus, paracheva la conquête de la future Provincia. Les Allobroges et les Voconces se heurtèrent aux légions romaines d’Ahenobarbus à Vindalium, mais ce site se trouve au Mourre du Sève, entre Sorgues et Vedène.

Jules Courtet rectifie la seconde erreur de cette courte note à propos de Venasque, capitale du Comtat Venaissin. . Ce fut le cas, puisque les auteurs plus modernes ont reproduit et continuent à reproduire ces indications erronées.

Toponymie régionale Le Comtat est noté en provençal : lou Coumtat Venessin / la Coumtat de Venisso / La Coumtat selon la norme mistralienne, principalement utilisée de nos jours dans le Vaucluse ou lo Comtat Venaicin / la Comtat selon la norme classique.

Histoire Le Comtat Venaissin propriété des comtes de Toulouse

Maïeul, abbé de Cluny, est enlevé par les Sarrasins, en 972, au cours d'un raid depuis leur place-forte du Fraxinet située dans le Var près de Toulon. Les comtes de Provence Guilhem dit le Libérateur et Roubaud, avec l'aide de seigneurs provençaux et du marquis de Turin, libèrent la Provence des Sarrasins en les chassant définitivement du massif des Maures. Cette opération permit à Guillaume d'obtenir la suzeraineté de fait de la Provence et d'être nommé marquis en 975. La capitale du marquisat fut fixée à Arles. Toutefois, le titre de marquis était une simple dignité, circulant entre les descendants de Guilhem et de Roubaud, mais ne correspondant pas à un fief érigé en marquisat. thumb| Le comté de Provence est possédé en indivision par , son frère, , et leur cousine, Emma de Provence. En 1019, Emma, comtesse de Provence, se maria avec Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, transmettant les droits de la lignée de Roubaud à la maison de Toulouse. Le titre de marquis de Provence passa définitivement à cette maison à compter de 1093. En 1112, Douce de Provence, héritière des droits de la ligne de Guilhem le Libérateur épousa , comte de Barcelone, qui devient Raimond-Bérenger de Provence. Les maisons de Toulouse et de Barcelone entrèrent alors en conflit pour le marquisat. Un traité fut conclu, en 1125, entre Raymond-Bérenger et Alphonse Jourdain de Toulouse : par celui-ci, le comté de Provence fut divisé en un marquisat au nord de la Durance et un comté au sud, attribué aux Barcelone. La partie nord-est de la Provence a formé le comté de Forcalquier qui est revenu à Adélaïde de Forcalquier (ou Alix de Provence) à la mort de son père vers 1067. Ce comté devint autonome au début du . Toutefois, en 1193, le mariage d' avec Garsende de Sabran, petite-fille de , comte de Forcalquier, a permis l'unification du comté de Provence et de celui de Forcalquier.

Le marquisat comprend notamment la partie sud du marquisat en propriété propre, appelé aussi Comtat Venaissin, qui prit définitivement ce nom en 1274 ; ainsi que le comté d'Orange et celui de Valentinois. À la suite de la croisade des Albigeois, le traité de Meaux-Paris (1229) est imposé à . Celui-ci entraîne la perte pour les comtes de Toulouse de leurs possessions le long du Rhône : les territoires à l'ouest du fleuve passent au roi de France alors que les territoires situés à l'est doivent passer à la papauté. L’administration a été confiée par le légat du pape aux agents du roi de France. Le roi de France hésite à le voir passer à l'Église. Blanche de Castille demande au pape la restitution du marquisat de Provence au comte de Toulouse en justifiant cette demande par le mariage du frère du roi avec la fille du comte de Toulouse et le roi de France ne veut plus garder les terres ayant appartenu au comte de Toulouse situées au rive gauche du Rhône. Le marquisat relevant du Saint-Empire romain germanique, c'est finalement l'empereur qui restitue le marquisat de Provence au comte de Toulouse en . L'empereur n'apprécie pas que le pape refuse de rendre au comte de Toulouse des terres qui font partie de son domaine et envoie des troupes pour aider Barral des Baux qui est le sénéchal du Comtat Venaissin pour le comte de Toulouse. Ce dernier reprend toutes les villes du Comtat entre 1236 et 1239. Frédéric II a renouvelé en l'investiture du Comtat Venaissin au comte de Toulouse. Ce n'est qu'à la mort d'Alphonse de Poitiers, comte de Toulouse, par la suite de son mariage avec Jeanne, fille de Raymond VII comte de Toulouse, en 1271, mort sans descendance directe, que le marquisat passe au roi de France, , qui le cède en 1274 au pape qui l'érige en Comtat Venaissin.

Le Comtat Venaissin sous les papes d'Avignon vignette|Juan Fernandez de Heredia et Raymond de Turenne, Capitaines des Armes du ComtatFresque de l’ospedale Santa-Maria della Scala à Sienne par Benvenuto di Giovanni (1436-1528)..

Le roi de France cède le Comtat au pape en 1274. Le pape établit sa Curie à Carpentras en 1313. La ville devint la capitale du Comtat quand le recteur Arnaud de Trian, neveu de , s'y installa en 1320. Trois ans plus tard, la plaine du Comtat Venaissin était devenue le grenier à blé de la papauté d'Avignon.

La reine Jeanne de Naples ayant vendu Avignon à en 1348, les deux possessions pontificales de Carpentras et d'Avignon formèrent alors chacune un État distinct, frappant monnaie et battant pavillon.