Pier Giorgio Frassati (né à Turin le et mort dans la même ville le ) est un étudiant, alpiniste et membre du Tiers-Ordre dominicain. Vénéré comme saint par l'Église catholique, il est fêté le .

Pier Giorgio est né à Turin dans une famille bourgeoise : son père, Alfredo Frassati, agnostique, est le fondateur du journal La Stampa ; sa mère, née Adélaïde Ametis, est une artiste peintre reconnue. Il poursuit ses études malgré des difficultés scolaires. Très vite, il se met au service de la foi et de la charité, secourant les pauvres des taudis de Turin, sans même que sa famille s'en aperçoive. Avec ses amis, il se consacre à un apostolat de son cru, au sein d'une compagnie créée par lui, la , qui mêle amitié spirituelle et esprit potache lors d'excursions dans les Alpes.

L'arrivée du fascisme met fin à ses espoirs d'émergence d'une démocratie chrétienne qu'il soutient par ses engagements associatifs et politiques. Il cherche alors à promouvoir la primauté de la paix en Europe, notamment à travers l'association . Lors de l'une de ses visites aux pauvres, il contracte la poliomyélite et meurt une semaine après le déclenchement de la maladie, le , à .

Lors de son enterrement, de nombreuses personnes pauvres qui ont bénéficié de son aide sont présentes et ses proches se rendent compte de son activité secrète. Très vite, de nombreux groupes de jeunes catholiques s'inspirent de son exemple.

En 1981, son corps est exhumé et on le découvre intact. Il est alors transféré à la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Turin.

Il est déclaré vénérable en 1987, puis bienheureux en 1990, par Jean-Paul II. Décrit comme l' lors de sa béatification, il est déclaré saint patron des montagnards du fait de sa passion pour la montagne. Jean-Paul II et Benoît XVI le présentent comme un modèle de sainteté lors des différentes Journées mondiales de la jeunesse. Il est canonisé le par Léon XIV, en même temps que Carlo Acutis.

Biographie Enfance Pier Giorgio Frassati est né à Turin le dans une famille de la haute bourgeoisie italienne. Son père, Alfredo Frassati est agnostique, même s'il n'est pas hostile à l'Église22. ; sa mère, Adélaïde Ametis (épouse Frassati) est une artiste peintre renommée ; catholique pratiquante, sa foi se limite à l'observation scrupuleuse des prescriptions de l'Église. Pier Giorgio est éduqué de manière assez sévère21., son père nourrissant l'espoir que son fils reprenne l'entreprise familiale26..

Dès son plus jeune âge, Pier Giorgio se montre très bienveillant envers les pauvres. Selon une anecdote, un jour, un pauvre sonne à la porte des Frassati, mais le maître de maison le congédie au motif que son haleine est celle d'un ivrogne. Pier Giorgio se met alors à pleurer auprès de sa mère, soutenant qu'il s'agit là d'un refus de l'aide qui est due aux pauvres42.. En 1909, le jeune garçon perd son grand-père maternel, Pier Giorgio Ametis31..

Au cours de ses études, Pier Giorgio éprouve des difficultés scolaires. Il suit des cours particuliers dispensés par un salésien34., qui n'hésite pas à faire des digressions sur l'Évangile29.. Luciana, sa cadette d'un an, suit les mêmes cours que lui.

Le , Pier Giorgio et Luciana font leur première communion31.. Sa mère l'initie aux excursions en montagne. À onze ans, il gravit le mont Castor à plus de mètres en compagnie de sa mère136.. Son père, directeur de La Stampa, accède au Sénat en 191343. ; Pier Giorgio est alors malicieusement considéré par ses amis comme « le fils du sénateur ».

Pier Giorgio poursuit ses études à l'Istituto sociale des Jésuites à Turin en 1913-1914, puis au lycée Massimo d'Azeglio jusqu'en 1917213. à l'instigation de son père spirituel, dom Lombardi. À l'instar de ce dernier, il communie régulièrement, ce qui est relativement rare à l'époque. Il apprend le piano et poursuit ses études.

Lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale, Pier Giorgio défend, comme son père et le journal La Stampa, une position neutraliste, refusant l'entrée de l'Italie dans un conflit armé55.. Dès que la guerre éclate, Pier Giorgio suit des cours d'agriculture et obtient un diplôme dans cette discipline59.. Très vite, il offre le fruit de son travail aux nécessiteux qu'il rencontre. Il se passionne pour les écrits de Dante.

École royale polytechnique vignette|Pier Giorgio Frassati adolescent. À la fin de la Première Guerre mondiale, Alfredo Frassati est nommé ambassadeur d'Italie à Berlin entre 1918 et 192299.. Pier Giorgio demeure dans la capitale piémontaise (Turin) et part en vacances régulièrement en montagne à Pollone. C'est à cette époque qu'il veut devenir prêtre, ce que refuse sa mère qui a d'autres ambitions, affirmant même 68.. Pier Giorgio vit alors sa foi dans l'indifférence générale de sa famille. Son père s'irrite par ailleurs que son fils refuse de le suivre dans sa carrière de propriétaire et de directeur du quotidien La Stampa63...

Pier Giorgio Frassati entre en 1918 à l'École polytechnique de Turin afin de devenir ingénieur des Mines. Il choisit d'intégrer l'école afin de pouvoir côtoyer des ouvriers. Son père, qui ne connaît pas les motivations profondes de son fils, regrette qu'il ne prenne pas la voie nécessaire à la reprise de l'entreprise familiale La Stampa. Pier Giorgio s'engage au sein de la Fédération des universitaires catholiques italiens (FUCI) et son cercle de Turin, le Cercle Cesare Balbo109.. Au sein de la FUCI, il prend connaissance de la doctrine sociale de l'Église, qu'il défend, avec une réforme agraire plus juste, l'Italie étant composée en grande partie de riches propriétaires terriens, beaucoup de paysans ne possédant pas leurs terres107..

En 1918, il s'inscrit aux Conférences Saint-Vincent-de-Paul, fondées par Frédéric Ozanam189.. Cette association qui regroupe des bénévoles cherche à développer l'aide aux plus pauvres, en organisant soit des visites, soit la collecte de dons. L'année suivante il prend contact avec l'ordre des Dominicains. Pier Giorgio participe quotidiennement à la messe49. et participe à des adorations eucharistiques61.. Il lit souvent les épîtres de l'apôtre Paul, qu'il admire beaucoup, principalement pour ses écrits sur la charité207.. Il aime lire des vies de saints, qu'il considère comme des 138..

En cette période de troubles en Italie, Pier Giorgio se livre de plus à une forme d'activisme politique, et cela malgré les dangers liés au contexte politique. Il milite pour le nouveau parti démocrate chrétien, le PPI, collant des affiches lors de la campagne pour les élections de 191998., et écrivant dans le journal du parti 73. Il affiche publiquement son appartenance au groupe politique des Jeunesses catholiques.

Engagement politique

En , Pier Giorgio, qui vient d'avoir vingt ans, participe au premier congrès de la Jeunesse catholique italienne ( (SGCI), Action catholique italienne)89., à Rome. Le congrès a l'autorisation de célébrer la messe dans le Colisée le . Lors de l'arrivée des fidèles au matin, l'autorisation est reportée et les congressistes sont accueillis par la police. Alors qu'ils essaient de déposer une gerbe devant la tombe du Soldat inconnu, la manifestation est interdite par les autorités. La police exige que tous les drapeaux soient retirés. Pier Giorgio défend celui du Cercle Cesare Balbo118.. Il est arrêté avec ses camarades et emprisonné. Au cours d'un interrogatoire brutal, les policiers apprennent qu'il est le fils de l'ambassadeur d'Italie à Berlin, lui présentent leurs excuses et veulent le remettre en liberté. Pier Giorgio refuse de sortir de prison sans ses camarades ; tous les détenus sont relâchés91..

vignette|gauche|redresse|Pier Giorgio Frassati dans le bureau de son père.

En 1921, Pier Giorgio s'inscrit au Parti populaire italien de don Sturzo qui se réclame des idées de la Démocratie chrétienne. Au cours du mois d', Pier Giorgio rend visite à sa famille à Berlin. Il en profite pour passer plusieurs semaines à Fribourg-en-Brisgau où il étudie, auprès du professeur Karl Rahner, le père des théologiens jésuites Karl et Hugo Rahner, la langue et la culture allemandes. C'est au cours de cette période, et au cours de discussions avec celui-ci, qu'il renonce au sacerdoce : De retour dans sa famille, Pier Giorgio fuit les mondanités nécessaires à la vie d'un fils de diplomate, préférant soutenir les nécessiteux, leur distribuant de la nourriture ou fleurissant leurs tombes avec les fleurs qu'il récupère après les réceptions à l'ambassade. Sa mère, Adélaïde Ametis, peintre reconnue et recherchée, qui ne comprend ni les raisons de ses retards aux réceptions ni son refus des mondanités, en conclut qu'il dispose d'une intelligence médiocre Témoignage de Luciana Frassati, sœur de Pier Giorgio, dans Pier Giorgo, les jours de sa vie, page 93. ; de fait, elle le considère de plus en plus comme un incapable de se plier aux exigences de la vie mondaine.

Pier Giorgio, quant à lui, se passionne de plus en plus pour la montagne, organisant régulièrement des excursions avec ses amis en altitude. En 1921, l'un d'eux se tue lors d'une de ces sorties à la placca Santi. En 1922, lui-même est pris dans une tempête alors qu'il tente de gravir le col du Petit-Saint-Bernard174.. Pendant la période du Carnaval, il part avec son groupe faire du ski et des promenades en montagne176..

Le , Pier Giorgio, après avoir étudié la spiritualité pendant plus de quatre ans, devient membre laïc du Tiers-Ordre dominicain. Il explique ainsi son choix : « Dans l'état laïc, j'aurai plus facilement des contacts quotidiens avec le peuple, je pourrai plus facilement assister mes frères68.. » L'année suivante, il fait profession perpétuelle comme laïc dominicain sous le nom de Frère Jérôme en l'honneur de Jérôme Savonarole, qu'il admire pour sa volonté de réforme démocratique et de lutte pour la chasteté125.. Il continue son engagement auprès des pauvres, dans lequel il voit

L'arrivée du parti de Benito Mussolini au pouvoir le est pour Pier Giorgio source d'une grande tristesse et d'un sentiment de révolte dans la mesure où le Parti populaire italien (« les Populaires »), présidé par Alcide De Gasperi, s'allie aux fascistes dès le mois de 119.. L'union est de courte durée : le PPI est dissous en 1926 et Alcide De Gasperi, devenu un opposant sérieux, condamné à quatre années de prison. De Berlin, que sa famille s'apprête à quitter, Pier Giorgio écrit à ses amis :

Le père de Pier Giorgio, Alfredo Frassati, lui aussi profondément anti-fasciste, démissionne. Quittant Berlin avec sa famille, il s'en retourne vivre à Turin, se consacrant à La Stampa117.. Quelques mois plus tard, le pouvoir en place l'oblige à quitter le monde de la presse et à vendre son journal pour un prix dérisoire à Giovanni Agnelli, patron de Fiat.

En , Pier Giorgio se montre très préoccupé par la crise internationale que provoque l'occupation de la Ruhr par les troupes françaises133.. Il écrit une lettre à la Jeunesse catholique de la Ruhr le ; publiée dans le journal , elle tend à soutenir la population :

Toujours en 1923, il rencontre Laura Hidalgo, qui sera sa grande histoire d'amour. Orpheline et étudiante en mathématiques, vue pour la première fois pendant le carnaval de 1923, elle devient pour lui un guide et un soutien. Il ne parle à personne de cet amour, qu'il garde secret pendant plusieurs mois et auquel l'opposition de sa famille le fera renoncer. Le , il apprend la mort de son oncle Pietro et de l'un de ses amis lors d'une ascension en montagne le 135..

En octobre, le journal auquel il participe, , soutient désormais le Duce et sort le drapeau du cercle en son honneur lors de sa venue à Turin. Pier Giorgio écrit alors une lettre de démission du Cercle Cesare Balbo auquel appartient le journal157. :

La compagnie des types louches