Kormantin, connu aussi sous le nom de Fort Amsterdam, est un ancien comptoir colonial fortifié, construit en 1631 par les Anglais de la Guinea Company, sur la Côte de l'Or (actuel littoral du Ghana). Il jouera un rôle important dans la traite négrière européenne, au point que dans la Caraïbe, en particulier en Jamaïque, une partie des esclaves étaient appelés Kormantin car ils venaient de ce lieuThe Historical encyclopedia of world slavery, par Junius P. Rodriguez, page 195. Depuis 1979, il fait partie des forts de la côte ghanéenne inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco.
Historique Le lieu avait d'abord été ignoré par les Portugais puis les Néerlandais, malgré une offre que leur fit en 1624 un chef africain local pour commercer. Construit en 1631 par les Anglais, d'abord sous forme de baraquements, puis de fort avec ses geôles, il fut récupéré en 1665 par les Hollandais, qui le rebaptisèrent fort Amsterdam et le conservèrent jusqu'en 1807. C'était un important centre de détention pour des milliers d'esclaves, avant leur départ pour les coloniesLes villes précoloniales d'Afrique noire, par Ogunsola John Igue, page 101.
Comptoir colonial britannique (1631-1665) La Guinea Company, compagnie commerciale anglaise fondée en 1618 pour le commerce sur les côtes d'Afrique, dirigée en 1625 par Nicholas Crisp, possédait un autre fort sur la Côte de l'Or, à Komenda (du nom d'une ville minière d'Europe de l'Est), et une quinzaine de bateauxhttps://www.danbyrnes.com.au/business/business13.html.
En 1631, Arent Groote, un ancien employé mécontent de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales, s'arrange avec le roi fanti Ambro Braffo, afin de louer le site pour le compte de la société anglaise. Cette dernière y fait alors construire un comptoir fortifié pour s'approvisionner en or. Le bénéfice tiré par cette compagnie de ces importations à Londres a représenté sterling dans les 11 à 12 ans qui ont suivi l'année 1632.
En 1640, le fort est victime d'un incendie. Il est reconstruit et aménagé avec de la ventilation car il servait à parquer les esclaves. « On considère Kormantin comme le premier ouvrage conçu pour la traite négrière. Jusque-là, rien n'était prévu dans les forts » : en 1646, un capitaine amenant des esclaves de la Côte des Esclaves à Elmina refusa de les débarquer faute d'équipements permettant de les accueillir.
La Guinea Company fut mise en cause par le parlement britannique. En , le capitaine John Lad arriva sur le navire Our Lady, et embarqua une cargaison de 100 esclaves à Winneba en . Il fut embauché par la Biemba Company, qui en 1648 s'empare du fort de KormantinGhanaian pidgin English in its West African context, par Magnus Huber, page 33, aux dépens de la Guinea Company. En 1650, la Biemba Company a acquis un nouveau fort sur le site actuel d'Accra, qu'elle abandonna trois ans après, pour une raison inconnue.
En 1655, la conquête britannique de la Jamaïque augmente considérablement la demande en main d’œuvre servile. Kormantin devient le premier port d'approvisionnement en esclaves. C'est à partir de ce moment qu'en Jamaïque et dans les Caraïbes, le mot Kormantin (ou Coromantin) est utilisé pour désigner les esclaves en provenance de la Côte de l'Or. Les esclavagistes se plaignaient d'eux, et les considéraient comme forts, belliqueux et rebelles.
En 1657, le fort est repris par la Compagnie anglaise des Indes orientalesSpreading the word: the issue of diffusion among the Atlantic Creoles, par Magnus Huber et Mikael Parkvall. Ensuite, un peu avant la Restauration anglaise de 1660, le fort avait été récupéré par des colons suédois, qui se servirent de l'or qu'ils y trouvèrent pour payer la rançon permettant de libérer l'un des leurs puis fuirent la région.
De 1660 à 1665 le fort fut repris par les Anglais.
Colonie néerlandaise (1665-1782) Fondée en 1661, juste après la Restauration britannique de 1660, la compagnie anglaise des aventuriers d'Afrique fait construire trois autres forts sur cette côte ghanéenne, à Anashan, Winneba et Accra, et reprend celui de Carolusburg, alias fort de Cape Coast, aux Danois.
vignette|Le fort Amsterdam en 1747. vignette|Le fort Amsterdam vers 1665.|gauche
C'est en raison de cette vaste offensive anglaise dans le secteur, entre 1661 et 1664, avec la prise aux Néerlandais des forts ghanéens de Morée et Takoradi, puis d'Anomabu et Egya, ainsi que celui de Gorée, plus au nord, que les Hollandais s'attaquent en retour aux colonies anglaises du Suriname, et s'emparent de Kormantin, le plus grand fort anglais.
Ainsi, en 1665, les Britanniques sont chassés du fort par une attaque à grande échelle lancée par Michiel de Ruyter, amiral en chef de la flotte néerlandaise. Le fort est alors renommé Fort Amsterdam. À leur tour, les Néerlandais utilisent le fort comme site d'approvisionnement pour les lucratifs commerces de l'or et des esclaves.
Voyant les richesses générées par cette activité, les royaumes africains locaux négocient avec les Néerlandais la mise en place d'un versement pour chaque escale de navire dans le comptoir de Fort Amsterdam.
À nouveau possession britannique (1782-1957) En 1782, au cours de la Quatrième guerre anglo-néerlandaise, le capitaine britannique Thomas Shirley, à la tête du navire de 50 canons Leander et du sloop de guerre Alligator, capture les forts néerlandais de Nassau, Amsterdam, Patience, Goede Hoop et Ussher.
En 1811, le peuple Anomabo attaque le fort et le laisse en ruines.
Depuis l'indépendance du Ghana en 1957 Le fort, resté longtemps inoccupé, est restauré en 1951 par le Ghana Museums and Monuments Board.
Chronologie 1598 : le site est visité par les Portugais 1618 : création de la Compagnie des aventuriers de Londres pour le commerce dans les ports d'Afrique, appelée Guinea Company. [1624 : un chef africain local boudé par les Hollandais 1625 : Nicholas Crisp devient directeur de la Guinea Company 1631 : une nouvelle charte est signée par pour former la Company of Merchants Trading to Guinea : Arent de Groot arrive avec quatre navires 1636 : la Barbade édicte le décret de 1636 sur l'esclavage à vie 1637 : Peter Blower, Hollandais du Brésil introduit la canne à sucre à la Barbade, avec ses secrets de fabrication. 1637 : la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales s'empare d'Elmina, située à du fort de Cape Coast. 1638 : début des travaux sur le fort de Kormantin 1640 : le fort est victime d'un incendie [1642 : création du "petit Accra", qui deviendra en 1649 le fort Crèvecœur par Henry Caerlof 1646 : le capitaine John Lad arrive dans la région et prend 100 esclaves 1646 : un capitaine amenant des esclaves de la Côte des Esclaves à Elmina refuse de les débarquer faute d'équipements permettant de les accueillir. 1646 : reprise par la Biemba Company et le capitaine John Lad 1647 : fin des travaux sur le fort 1647 : Thomas Modyford, gouverneur de Barbade, paie 7000 sterling pour la moitié de la plantation sucrière du colonel Hilliard. 1649 : Première Révolution anglaise. Accueil des exilés par William Berkeley en Virginie, Thomas Modyford à la Barbade. 1649 : Nicholas Crisp se plaint d'avoir été évincé par la Compagnie suédoise d'Afrique sur le site de Carolusburg, futur fort de Cape Coast : création par le parlement de Londres d'une taxe de 15% sur la cargaison de tous les navires marchands 0ctobre 1651 : Premier des Actes de Navigation 1651 : débarquement et saccages à la Barbade. George Monck négocie un compromis avec Thomas Modyford 1652 : la New Model Army fait le blocus de la Barbade pour y imposer des taxesRobin Blackburn, The Making of New World Slavery: From the Baroque to the Modern, 1492-1800, Verso World History Series, 2010 : la Première guerre anglo-néerlandaise est déclarée, elle s'achèvera en 1654. 1652 : Henry Caerlof construit le futur fort Christiansborg, alors appelé fort Osu, à Accra 1652 : la New Model Army renverse le gouverneur de Virginie William Berkeley, resté fidèle au roi en exil. 1655 : la New Model Army s'empare de la Jamaïque mais sans développer l'esclavage: les espagnols ont libéré avant environ 300 noirs 1655 : conflits entre Nicholas Crisp et les Danois. 1657 : reprise par la Compagnie anglaise des Indes orientales 1659 : des Suédois trouvent de l'or dans Kormantin déserté 1660 : restauration britannique, reprise par la compagnie des aventuriers d'Afrique, organisée par le roi 1661 : le roi rédige la charte de la compagnie des aventuriers d'Afrique 1663 : de grands planteurs de la Barbade, Thomas Modyford, Colonel Benjamin Berringer et John Yeamans s'installent en Jamaïque :Charles II d'Angleterre déclare la Deuxième guerre anglo-néerlandaise aux Provinces-Unies, qui dure jusqu'au traité de Breda 1665 : reprise par l'amiral hollandais Michiel de Ruyter 1666 : la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales fait construire un deuxième fort, le fort Saint-Jacques, sur les hauteurs d'Elmina.
Galerie
Références
Voir aussi
Bibliographie
Articles connexes
Forts de la côte ghanéenne
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