vignette|Louise Grandjean dans le rôle de Magdalene.
(en français Les Maîtres chanteurs de Nuremberg) est un opéra de Richard Wagner.
Septième des dix opéras de maturité de Wagner dans l'ordre d'achèvement, c'est la deuxième comédie de Wagner, après Das Liebesverbot, comédie de jeunesse créée en 1836. Les deux comédies sont seules à s'inscrire dans un contexte historique et géographique précis plutôt que dans un cadre mythique ou légendaire.
Il porte la référence WWV 96 du catalogue de ses œuvres. Il fut créé le à l'Opéra d’État de Bavière à Munich. Il dure environ quatre heures et demie.
Fiche technique Titre : Die Meistersinger von Nürnberg (Les Maîtres chanteurs de Nuremberg) Description : drame musical en trois actes Durée : environ quatre heures trente minutes sans les entractes Catalogage : Wagner-Werk-Verzeichnis 96 Livret du compositeur Composition : Livret : première esquisse en , deuxième et troisième en , rédaction de à Musique : de au Dédicataire : Louis II de Bavière Création : Königliches Hof- und Nationaltheater, Munich, . Direction musicale : Hans von Bülow Entrée au répertoire du Festival de Bayreuth : 1888. Direction musicale : Hans Richter Publication : B. Schott's Söhne, Mayence, 1868
Personnages PersonnagesVoixDistribution lors de la première,le }(Chef d'orchestre: Hans von Bülow)Eva, fille de Pogner sopranoMathilde MallingerMagdalena, nourrice d'Evamezzo-sopranoSophie DiezWalther von Stolzing, jeune junker de FranconieténorFranz NachbaurDavid, apprenti de Hans SachsténorMax SchlosserHans Sachs, cordonnier, maître-chanteurbaryton-basse, parfois basse chantanteFranz BetzVeit Pogner, orfèvre, père d’Eva, maître-chanteurbasseKaspar BauseweinSixtus Beckmesser, greffier municipal et ’marqueur’ de la Guilde des MaîtresbarytonGustav HölzelFritz Kothner, boulanger, maître-chanteur et président de la Guilde des MaîtresbarytonKarl FischerKunz Vogelgesang, pelletier, maître-chanteurténorKarl Samuel HeinrichKonrad Nachtigall, ferblantier, maître-chanteur basseEduard SiglHermann Ortel, savonnier, maître-chanteurbasseFranz ThomsBalthasar Zorn, étameur, maître-chantaurténorBartholomäus WeixlstorferAugustin Moser, tailleur, maître-chanteurténorMichael PöpplUlrich Eisslinger, épicier, maître-chanteurténorEduard HoppeHans Foltz, chaudronnier, maître-chanteurbasseLudwig HaynHans Schwarz, bonnetier, maître-chanteurbasseLeopold GrasserUn veilleur de nuitbaryton-basseFerdinand LangBourgeois et femmes de toutes les corporations, compagnons, apprentis, jeunes filles, peuple de Nuremberg
Ouverture Le vorspiel (c'est-à-dire le prélude) de l'opéra est célèbre par son caractère joyeux, solennel et débordant de vie, conséquence de la lumineuse tonalité d'ut majeur. C'est sans doute un des préludes les plus réussis de Wagner, il contient les principaux leitmotive de l'œuvre, résumant l'opéra avec maestria. Il commence par le solennel motif des maîtres-chanteurs, les caractérisant bien : ce sont des citoyens puissants et satisfaits d'eux-mêmes, traditionalistes n'acceptant que très peu le changement. Le motif lyrique, symbolisant la volonté de renouveau voulue par Sachs et Walther résonne doucement, mais Walther échoue à convaincre les maîtres d'où l'étouffement subit du motif par l'énergique marche des maîtres-chanteurs. Celle-ci cède sa place au motif représentant la bonne volonté de la confrérie que Gustave Kobbé appelle « motif de la Fraternité de l'Art », allant crescendo jusqu'à un forte exposant le motif de l'Idéal artistique, qui finit par se superposer au thème des maîtres-chanteurs. Ce thème est l'allégorie musicale de la lutte entre les esprits progressistes et conservateurs. Émerge ensuite une belle phrase pleine de force émotionnelle, dont l'idée est celle qui pousse Walther à participer au concours de chant : l'amour d'Eva, c'est le motif de l'Ardeur impatiente (dixit Albert Lavignac). Il est suivi par un fugitif passage du chant de Walther (toujours en ébauche à l'acte II) menant au superbe motif du Printemps qui n'est pas sans rappeler celui de la Walkyrie. Puis dans un passage léger et très drôle confié aux violons, flûtes et hautbois, Wagner tourne en ridicule les maîtres-chanteurs (notamment l’ultra-conservateur Beckmesser qui massacre sa sérénade à la fin du ) avant d'ajouter justement le motif du Ridicule en lui-même. Le fait qu'ici le motif du Printemps n'arrive pas à s'imposer montre que Walther et Sachs ont encore beaucoup à faire avant de convaincre les maîtres. Mais le triomphe est au bout du combat et lorsque le motif des maîtres-chanteurs et celui de la Fraternité de l'Art reviennent toujours aussi énergiquement, les bois jouent avec vivacité le Chant de Concours de Walther qui semble être porté par les cuivres triomphants. Enfin les maîtres, convaincus, reconnaissent Walther et le travail de Sachs et le soutiennent avec ferveur. L'allégresse générale de la joyeuse coda illustre l'heureux dénouement de l'œuvre.
Argument
L'action se déroule à Nuremberg au .
Acte I À l'intérieur de l’église Sainte-Catherine.
Scène 1. Le prélude s'enchaîne directement avec le choral 'Da zu dir der Heiland kam' qui termine le service divin. Eva, fille du riche bourgeois Veit Pogner, orfèvre et maître-chanteur, et Magdalene, sa nourrice, s'apprêtent à quitter l'église. Walther von Stolzing, jeune nobliau rural ('Junker'), lance des regards fougueux dans la direction d'Eva, qu'il a rencontrée la veille dans la maison de son père, où il loge, venu de sa campagne. Ils sont tombés éperdument amoureux l'un de l'autre. Walther apprend qu'elle est promise par son père au gagnant du concours de chant qui se tiendra le lendemain. Malheureusement, Walther sans être ignorant de cet art n'en est pas un expert.
Scène 2. David, apprenti chez le poète, cordonnier et maître prestigieux Hans Sachs, prépare l'église pour la prochaine réunion des maîtres chanteurs avec les autres apprentis, dont il est le chef. Magdalene, dont David est amoureux, lui promet monts et merveilles s'il apprend à Walther les règles des maîtres. David, après une ode aux maîtres, se lance dans une énumération de l'infinité de styles, de genres et de figures musicales reconnus par la Guilde des chanteurs. David apprend à Walther qu'un maître doit à partir de ces éléments composer une nouvelle mélodie et des vers. Chaque erreur vis-à-vis de ces modes est sanctionnée par le marqueur. Un candidat ne peut faire que sept fautes.
Scène 3. L'assemblée se prépare. Les maîtres arrivent, parmi eux Pogner, Hans Sachs, et aussi Sixtus Beckmesser, greffier de la ville, et surtout 'marqueur' ('Merker') de la confrérie : c'est lui qui lors des épreuves de chant comptabilise les fautes commises par le chanteur. Il voudrait épouser Eva et presse Pogner de l'aider à obtenir la main de sa fille. Walther, quant à lui, fait part au père d'Eva de sa volonté de participer au concours, et donc de se faire admettre comme maître. D'emblée Beckmesser s'en méfie.
Pogner présente Walther à la confrérie : il voudrait devenir maître, car seul un maître pourra épouser Eva. Il doit donc chanter devant la confrérie, qui l'intronisera ou non. Beckmesser est désigné marqueur, et humilie Walther en l'arrêtant au beau milieu de son chant : il n'a plus assez de place sur son tableau noir pour noter les erreurs du chevalier. Walther ne sera pas admis parmi les maîtres.
Hans Sachs enjoint à ses confrères de ne pas rejeter le chant sous prétexte qu'il n'est pas tout à fait orthodoxe, et encourage Walther à poursuivre son ode. Mais le tumulte grandit, le chant est refusé. L'acte se termine dans une extrême confusion, Walther jurant ses grands dieux qu'on ne l'y reprendra plus.
Acte II Une rue coupée en son milieu par une étroite ruelle, aux coins de la quelle se dressent d’un côté la maison de Pogner, de l’autre celle de Sachs. Tou près, un grand tilleul dont le pied est masqué par des buissons. Devant l’échoppe de Sachs, un lilas en fleur. Sereine nuit d’été, la nuit tombe progressivement.
Scène 1. Les apprentis célèbrent la nuit de la Saint-Jean et raillent l'application de David. Celui-ci apprend l’échec de Walter au concours à Magdalene, qui lui en fait le reproche et le plante là. Les apprentis se moquent, il s’apprête à les rosser mais Sachs arrive, remet de l’ordre, ordonne à David de lui mettre sur la forme les chaussures qu’il lui faut finir ce soir, l’envoie dans sa chambre, et rentre chez lui.
Scène 2. Eva arrive avec son père ; elle lui demande si elle sera obligée de se marier avec le gagnant. Pogner lui rappelle qu’elle épousera « le maître de son choix » à elle. Magdalene entre et apprend l'échec de Walther à Eva, qui décide d’aller chercher conseil auprès de Sachs.
Scène 3. Hans Sachs, revient à sa tâche, mais avant de s’y mettre songe à la bizarrerie des temps et à l'étrange séduction du chant de Walther si novateur, regrettant l'attitude passéiste des maîtres (Monologue du Lilas : Fliedermonolog)
Scène 4. Eva apparaît, invoque la longue amitié qui les lie, et Hans confirme que le jeune chevalier n'a aucune chance de gagner. Magdalene demande à Eva de rentrer et comprend à son humeur qu'elle est amoureuse. Il faut donc trouver un stratagème. Sachant que Beckmesser a décidé de lui chanter sa sérénade ce soir même, Eva convainc Magdalene de prendre sa place sur le balcon.
Scène 5. Walther apparaît au pied de la maison, Eva descend, ils se dissimulent dans les buissons au pied du tilleul ; elle explique son plan pour s'enfuir. Sachs surprend la conversation. Eva rentre se travestir avec les vêtements de Magdalene. Le veilleur de nuit passe, chantant 10 heures. Eva revient dans l’apparence de Magdalene, les deux amoureux vont s’enfuir quand Sachs sort et éclaire brusquement la scène. Les amoureux ne pouvant partir restent dissimulés dans les buissons.
Scène 6. Beckmesser apparaît dans la ruelle. Aussitôt qu'il commence à chanter sa sérénade, Sachs entonne à tue-tête un chant à Ève expulsée du paradis ('Chant Biblique'), dont il scande le rythme de son marteau frappant une semelle de chaussure. Magdalene, dans les habits d'Eva, apparaît sur le balcon tandis que Beckmesser désespère de pouvoir chanter, et demande à Sachs d’arrêter de travailler. Le cordonnier lui propose un marché : il jouera le rôle du marqueur, soulignant d'un coup de marteau chaque faute de Beckmesser. Beckmesser fait tant de fautes que Sachs finit la paire de chaussures avant la fin de la sérénade, rendant ainsi la monnaie de sa pièce au marqueur qui a humilié Walther l'après-midi même.
Le bruit a réveillé tout le voisinage. David, s'apercevant que c'est Magadelene qui est sur le balcon et reçoit l'hommage de Beckmesser, saisit un gourdin et s'en prend violemment au greffier ; les voisins, attirés par le bruit descendent dans la rue, chacun prend parti, une petite émeute éclate dans tout le quartier. Durant le tumulte, Sachs garde un œil sur les deux amants. Lorsque ceux-ci veulent s'enfuir, il pousse Eva dans les bras de son père, et pousse Walther dans son échoppe. L'acte se termine sur une brillante fugue dans la partition, et dans le plus grand tumulte sur scène, jusqu’à se disperser juste avant le nouveau passage du veilleur de nuit municipal qui chante 11 heures.
Acte III vignette|Illustration de Ferdinand Leeke 1° tableau : Dans l'échoppe de Sachs.