Les royaumes francs ou royaume des Francs ( en latin) sont les différents royaumes barbares qui se succèdent ou cohabitent en Europe occidentaleActuels France, Belgique, Pays-Bas et Allemagne. durant le haut Moyen Âge après le déclin de l'Empire romain d'Occident et la conquête de ces territoires par les Francs au cours du .
Ces royaumes forment ensemble une entité parfois unifiée et perdurent pendant tout le haut Moyen Âge, du au ..
À partir de 911, sous , le plus occidental des royaumes francs, issu du traité de Verdun en 843 et que certains historiens qualifient de Francie occidentale, revendique seul de façon continue l'héritage du royaume des Francs de Clovis et Charlemagne par la titulature permanente de ses rois se proclamant tous rois des Francs.
Ce royaume des Francs où, dès le , le terme « Franc » a perdu toute connotation ethnique du fait des mariages mixtes entre Gallo-Romains et Francs et de l'enrôlement dans l'armée de non-Germains, ., conserve ainsi seul le nom de Francia ou France (dans des actes officiels, sous les règnes de et puis sous le règne de , .).
Les premiers royaumes des Francs saliens et rhénans
thumb|left|330px|Les Francs entre 400 et 440. Les zones colorées et pâles indiquent les tentatives d'extension des deux peuples francs..
Les Francs sont un des nombreux peuples germaniques installés sur la rive droite du Rhin, à l'extérieur des frontières de l'Empire romain. Dès 256-257, ils participent à la grande invasion qui pénètre dans l'Empire pour piller. Ils prennent part à de nombreux autres raids ultérieurement.
Tout d'abord installés entre Rhin et Ardennes en tant que Lètes, les Francs s'étendent petit à petit sur le territoire de l'ancienne Gaule belgique. Ils se séparent progressivement en deux groupes, les Francs saliens et les Francs rhénans, au nord de la Gaule belgique, de part et d'autre du Rhin.
Le commence par une période d'accalmie entre les Romains et les Francs. Mais la pression des Huns venant d'Asie pousse les Vandales, les Wisigoths et les Burgondes vers l'ouest. Avec les hivers particulièrement rigoureux de 405 et 406, le Rhin et le Danube sont pris par les glaces et les Barbares peuvent franchir facilement ces fleuves. Tandis que les Francs rhénans pillent une première fois Trèves, les Francs saliens protègent les provinces romaines de Belgique et de Germanie. Un de leurs chefs, Edobich, se rallie à l'usurpateur qui organise la défense contre les envahisseurs.
Les Francs saliens se regroupent ensuite en un seul royaume et sont gouvernés par Théodomir, tué vers 420 par les Romains, puis par Clodion le Chevelu. Profitant du retrait des troupes romaines de Gaule, celui-ci conduit son peuple vers le sud et s'empare de Tournai et de sa région. Ils sont cependant arrêtés et battus par Ætius, qui leur accorde un fœdus (les Francs saliens deviennent un peuple fédéré de Rome) leur permettant de s'installer autour de Tournai (Belgique). Plusieurs rois s'y succèdent, jusqu'à Clovis qui devient roi en 481.
La migration des Francs saliens, puis le fœdus qui leur est accordé, a pour conséquence d'isoler les Francs rhénans qui se retrouvent seuls face aux Alamans. Entre 431 et 469, ils se regroupent en un seul royaume et négocient une alliance avec le royaume burgonde. Comme Gondioc, roi des Burgondes est également maître de la milice, les Francs rhénans obtiennent le droit de s'implanter sur la rive gauche du Rhin et occupent Cologne, Mayence et Trèves. Plus tard, en 496, ils écrasent les Alamans à la bataille de Tolbiac avec l'aide de Clovis. Sigebert le Boiteux et Clodéric, les derniers rois de Cologne, meurent en 508, et les Francs rhénans choisissent le Salien Clovis pour leur succéder.
En 406, les Francs sont en première ligne pour défendre le Rhin contre l'invasion des Vandales. Un demi-siècle plus tard, ils sont alliés du général romain Ætius contre les Huns lors de la bataille des champs Catalauniques, près de Troyes..
L'extension prise par leurs royaumes en Gaule belgique est visible en 450 sur la carte de l'Empire hunnique. Un des rois saliens, , est un général romain cantonné et peut-être gouverneur de la province de Belgique seconde. D'autres rois y sont aussi implantés (comme à Cambrai). D'autres royaumes fondés par les Francs rhénans existent sur le Rhin, autour de Cologne notamment.
Naissance du royaume des Francs avec Clovis
unifie les royaumes francs en exécutant les autres rois francs saliens ou rhénans, ses parentsChristian Settipani, La Préhistoire des Capétiens, éd. Patrick Van Kerrebrouck, 1993, . : le roi Ragnacaire (Cambrai) et ses frères Richaire et Rigomer, le roi Cararic, le roi Clodéric.
Ayant unifié les royaumes francs saliens et rhénans, , avec l'appui du clergé et des grandes familles gallo-romaines unifie la Gaule par la destruction des autres royaumes germaniques dont les rois, de confession arienne, ne bénéficient guère de la confiance de populations majoritairement catholiques.
En 486, il emporte les villes de Senlis, Beauvais, Soissons et Paris. Sa victoire à Soissons, contre Syagrius, considéré comme « roi des Romains », qui contrôle une enclave gallo-romaine entre Meuse et Loire considérée comme le dernier fragment de l'Empire romain d'Occident, permet à Clovis de contrôler tout le Nord de la Gaule.
Trois puissances exercent leur domination au sud du royaume de Clovis : les Wisigoths au sud-ouest, les Burgondes au sud-est et, plus loin, en Italie, les Ostrogoths. Clovis noue des alliances successives pour continuer l'expansion de son royaume sans avoir à affronter une coalition hostile. Il s'empare ainsi du Sud-Ouest de la Gaule en chassant les Wisigoths.
Géographiquement, le royaume des Francs se confond alors en grande partie avec la Gaule. Les mariages entre Francs et Gallo-Romains, notamment au sein de l'aristocratie, l'enrôlement de non-Francs dans l'armée, l'adoption d'une langue commune entraînent une fusion progressive des deux populations, de sorte que dès le , le terme « Franc » perd sa valeur ethnique pour désigner tout homme libre sujet d'un roi mérovingien, indépendamment de son origine.
L'unité du royaume des Francs en dépit des partages Le royaume des Francs fondé par Clovis est par la suite souvent divisé en sous-royaumes, appelés « parts de royaume »Stéphane Lebecq, Les Origines franques, , éditions du Seuil, 63. ou « État séparé »Eugen Ewig, Die fränkischen Teilungen und Teilreiche (511-613), in Spätantikes und frankisches Gallien, Munich, 1976., suivant la coutume franque de partage équitable du royaume entre les fils du souverain. Les périodes d'unité monarchique sont donc plutôt exceptionnelles. Cependant, l'unité de ces différents sous-royaumes est en permanence reconnue, malgré des affrontements parfois violents. Plusieurs faits témoignent de cette unité : Le sentiment d'appartenance à une entité commune et supérieure, le royaume des Francs, couvrant l'essentiel de la Gaule et uni par l'allégeance à une même dynastie royale, reste fort chez les Francs et maintient le sentiment de l'unité franque. D'ailleurs dès la seconde moitié du , les habitants de la moitié nord de la Gaule se reconnaissent comme Francs, témoignage de l'accomplissement de la fusion progressive entre Gallo-Romains et Francs qui s'achèvera au Pierre Riché, Patrick Périn, Dictionnaire des Francs. Les Mérovingiens et les Carolingiens, éd. Bartillat, 2013, et 259. ainsi que de la naissance, selon l'expression de Ferdinand Lot d'un .. Ces royaumes savent par ailleurs faire taire leurs conflits internes pour s'unir contre d'autres royaumes, comme lors des assauts des rois francs contre les Burgondes. Malgré les partages du royaume unifié par , tous ses descendants régnant sur des portions du territoire franc porteront le titre de roi des Francs., manifestant par là la conscience de l'unité et de l'identité particulière du royaume des Francs. Cette unité du royaume des Francs se manifeste aussi par le caractère indivis de Paris, siège du royaumeChristian Settipani, La Préhistoire des Capétiens, éd. Patrick Van Kerrebrouck, 1993, . par la volonté de , puis la proximité des différentes capitales dans le Bassin parisien.
Cependant, cette idée d'un royaume franc unifié malgré le partage des territoires entre mérovingiens n'est pas partagée par tous les historiens. Certains privilégient l'idée d'une « dualité franque », c'est-à-dire la division de l'ancienne Gaule romaine entre deux entités concurrentes, que certains monarques tentèrent d'unifier sans succès : le royaume salien/neustrien et le royaume rhénan/austrasien..
Le prestige du royaume des Francs L'unité du royaume des Francs est également probablement renforcée par le prestige particulier dont il bénéficie auprès de la papauté et de l'Empire romain d'Orient.
Ainsi, le pape écrit à , roi des Francs d'Austrasie. : . Le prologue de la loi salique, rédigée entre 757 et 766, que le pape mentionne dans une lettre aux chefs clercs et laïcs du royaume des Francs, exalte. aussi longuement . Ce prestige de la royauté franque apparaît également avec l'attribution par les papes de la qualification de () à Charles Martel et à ses descendants rois des Francs..
Le prestige de la royauté franque était tel que l'empereur mentionne.Constantin VII Porphyrogénète, De administrando imperio, Budapest, 1949, éd., tradi Gy Moravckik, R.J.H. Jenkins, . qu'un édit gravé sur la basilique Sainte-Sophie de Constantinople attribué à stipule qu'. Ce prestige des Francs viendrait des grandes carrières que font plusieurs chefs francs dans le monde romain et des liens de parenté établis entre Francs et Romains, en particulier avec le mariage en 395 de l'empereur Arcadius (377-408) avec Eudoxia Ællia (380c-404), fille du prince franc Bauto (?-388).
Les royaumes mérovingiens (Teilreiche) après Clovis alt=Regnum Francorum divisé en Teilreiche|vignette|Regnum Francorum divisé en Teilreiche|440x440px
La Neustrie
Le terme apparaît au , utilisé par le moine Jonas de Bobbio, pour désigner le royaume de l'Ouest lors des partages entre rois mérovingiens.
Karl Ferdinand Werner, historien allemand, présente la distinction entre Neustrie et Austrasie comme héritière de la distinction entre Francs saliens et Francs rhénans. À ce titre, la Neustrie comprend la partie principale de l'héritage salien reçu par Clovis de son père .
La Neustrie couvre le nord-ouest du royaume des Francs, approximativement entre Loire (frontière avec l'Aquitaine) et Escaut, incluant l'Armorique, avec une frontière à l'est floue, dans l'actuelle Champagne : Reims est ainsi généralement en Austrasie, et la Bourgogne est souvent détachée en royaume autonome. L'Aquitaine fait parfois partie de la Neustrie.
La capitale est généralement fixée à Soissons bien que le nombre de palais royaux rende cette notion assez floue. Rouen tient également ce rôle par périodes.
La première forme de la Neustrie, bien que le terme ne soit connu par les sources qu'un siècle après, est le royaume de , créé lors du partage qui suit la mort de . L'emploi du terme est donc alors anachronique. Ce royaume, au fil des successions, se fond dans le royaume des Francs réunifié par .
À la mort de , en 561, le royaume est à nouveau partagé entre ses quatre fils (, Gontran, et ). Ce dernier hérite de la Neustrie et y ajoute l'Aquitaine à la mort de Caribert.
Âgé seulement de quelques mois, , fils de , hérite de la Neustrie à la mort de son père en 584. À la mort de , en 613, Clotaire II récupère l'Austrasie et devient ainsi seul roi des Francs. À sa mort, le roi de Neustrie est son fils (629-639), puis son fils, puis , fils de ce dernier. C'est l'époque d'une certaine prépondérance des Neustriens dans le royaume franc. La Neustrie a ses propres maires du palais. Ebroïn en est le plus célèbre.
Après la mort de en 674, la Neustrie se voit imposer un roi par les Austrasiens, l'Aquitaine ayant retrouvé auparavant son indépendance.