vignette|250px|La République française en 1800. Les frontières de la France correspondaient alors aux frontières naturelles définies par les révolutionnaires français.
Les frontières naturelles de la France sont une théorie politique et géographique développée en France, notamment pendant la Révolution française. Elles correspondent au Rhin, aux Alpes, à la Méditerranée, aux Pyrénées et à l'océan Atlantique, selon les révolutionnaires.
Théorie vignette|upright=1.2|Carte de la Gaule avant la Guerre des Gaules selon l'interprétation de Gustav Droysen (1886)Gustav Droysens Allgemeiner historischer Handatlas in 96 Karten mit erläuterndem Text Bielefeld [u.a.]: Velhagen & Klasing 1886, S. 16 d'après les peuples définis par Posidonios d'Apamée et Jules César : les Belges (en orange), les Aquitains (en rouge), la Gaule celtique (en vert) et la Gaule narbonnaise (en jaune).
La première mention des frontières naturelles apparaît en 1642 dans un testament apocryphe du cardinal de Richelieu.. Il faut cependant attendre 1786 pour que cette notion soit à nouveau développée. Le Prussien Jean-Baptiste Cloots publie cette année-là les Vœux d'un gallophile et se prononce pour le rattachement à la France de la rive gauche du Rhin, .
Cette notion se répand chez les révolutionnaires français dès 1790, notamment chez les jacobins. Après la victoire de Valmy le , la Convention nationale exhorte les soldats à chasser les armées prussiennes de l'autre côté du Rhin. Pour le général Custine, commandant de l'armée du Rhin, . Le , la Convention adopte le Décret sur l'administration révolutionnaire française des pays conquis, prélude à l'annexion des Pays-Bas autrichiens (anciens Pays-Bas espagnols, future Belgique) par la France. Celle-ci est demandée par Danton le , justifiant que .
Application Dans les Alpes L'armée des Alpes envahit la Savoie, partie intégrante du royaume de Sardaigne allié de l'Autriche, presque sans combattre entre les et . Le , une assemblée des élites savoyardes se réunit à Chambéry. Elle ne reconnaît plus comme souverain et supprime les privilèges. Le , l'assemblée se prononce pour le rattachement de la Savoie à la France. Cette réunion est décrétée à la Convention le et la Savoie forme le département du Mont-Blanc.
Le , la Convention annexe le comté de Nice et la principauté de Monaco pour former le département des Alpes-Maritimes.
En Rhénanie vignette|250px|Évolution territoriale des départements français en Rhénanie et en Belgique. Le discours de Danton est repris par Lazare Carnot et répandu dans les territoires occupés par les représentants en mission de la Convention et les révolutionnaires locaux favorables aux Français pour préparer et justifier l'annexion de ces territoires. Toutefois, les Français sont battus à Neerwinden le et sont contraints de quitter la Belgique. La victoire décisive des Français à Fleurus en et la fondation de la République batave en confirment l'occupation française de la Belgique. La Prusse entame les négociations qui aboutissent au premier traité de Bâle, signé le par lequel la Prusse cède à la France ses territoires sur la rive gauche du Rhin.
Les victoires de Bonaparte en Italie obligent l'Autriche à signer le traité de Campo-Formio le . L'Autriche cède à la France tous ses territoires à l'ouest du Rhin. Le Directoire réorganise alors la rive gauche du Rhin et crée quatre nouveaux départements : le Mont-Tonnerre, le Rhin-et-Moselle, la Roer et la Sarre.
En Belgique vignette|150px|left|Départements français issus des Pays-Bas autrichien et du royaume de Hollande en 1811. Après la victoire de Fleurus, de longs débats ont lieu à la Convention pour décider du sort des Pays-Bas autrichiens. Poussée par Merlin de Douai, la Convention craint qu'une république belgique séparée, comme la République batave, soit trop faible pour résister aux Anglais et aux Autrichiens et qu'elle ne devienne un État tampon contre la République française. La Convention vote finalement l'annexion de la Belgique le , créant les neuf départements belges : la Dyle, les Deux-Nèthes, l'Escaut, les Forêts, le Jemmapes, la Lys, l'Ourte, la Meuse-Inférieure et la Sambre-et-Meuse. Cette annexion est confirmée par le traité de Campo-Formio, par lequel l'Autriche cède officiellement les Pays-Bas autrichiens à la France, puis par le traité de Lunéville en 1801.
Dépassement des frontières naturelles sous le Premier Empire vignette|150px|La Première Restauration en 1814. Les territoires en rouge sont cédés par le second traité de Paris en 1815. Sous le Consulat et le Premier Empire, fait sortir la France de ses frontières naturelles au moyen de ses conquêtes, principalement dans le but de contrôler les côtes. En effet, la guerre contre le Royaume-Uni repose en partie sur l'interdiction de tout commerce avec la Grande-Bretagne. En 1812, la France compte 134 départements. Son territoire s'est étendu au-delà du Rhin en annexant la Hollande, et la côte nord de l'Allemagne jusqu'à Lübeck (1811), au-delà des Pyrénées en annexant une partie de la Catalogne (1812) et au-delà des Alpes en annexant une partie de l'Italie entre 1801 et 1805.
Persistances du concept Après la première abdication de Napoléon le , la France perd, par le traité de Paris, tous les territoires conquis depuis 1792. Elle ne conserve qu'une partie de la Savoie. Après Waterloo, par le second traité de Paris en 1815, la France est ramenée à ses frontières de 1790 et perd donc la Savoie. La Savoie et Nice sont définitivement annexés en 1860 à la France par le traité de Turin. Mais le concept de frontières naturelles continuera d'alimenter le débat public et les réflexions stratégiques de dirigeants de la France. Le débat sur les frontières naturelles de la France se poursuit pendant tout le et une partie du . Michelet, par exemple, dans son Histoire de France, y voit une cause déterministe de l'histoire de France. Il ressurgit en 1830 au moment de l'indépendance de la Belgique puis entre 1871 lorsque l'Alsace-Moselle est intégrée à l'Empire allemand et 1918, voire jusqu'en 1945. Sous la Restauration À la chute de Napoléon, une partie de l'opinion publique française et certains modérés espéraient conserver au moins une portion de la rive gauche du Rhin, incluant des départements comme la Sarre, les Forêts, Sambre-et-Meuse, Jemmapes et la Lys. Les plus ambitieux visaient l'ensemble de la rive gauche comme . Ces idées étaient nourries par les déclarations ambiguës du tsar Alexandre , qui laissaient espérer des concessions minimales. Il s'agissait moins de projets formels que d'attentes collectives, exprimées dans la presse et les cercles politiques. Par exemple, on croyait que la France ne reviendrait pas strictement aux frontières de 1789, mais conserverait des gains napoléoniens pour des raisons stratégiques. Des discours et écrits de figures libérales, bonapartistes, républicaines et militaires plaidaient pour l'annulation des traités de 1815, perçus comme provisoires. Par exemple, le maréchal Gouvion-Saint-Cyr, dans ses Mémoires, insistait sur la rive gauche comme champ de bataille essentiel pour défendre les frontières nord et est de la France. Des articles d'Armand Carrel et des interventions parlementaires comme celles de Mauguin visaient à ces traités, exporté de Wikisource le 6 janvier 2022.. Sous le ministère de Jules de Polignac (-), François-René de Chateaubriand rédigea un mémoire réclamant la rive gauche du Rhin comme de la France. Il arguait que les guerres napoléoniennes avaient révélé la vulnérabilité de Paris, trop proche des frontières. Le projet consistait en une revendication diplomatique pour des raisons d'honneur et de sécurité. Polignac pria secrètement la Russie via des canaux diplomatiques de soutenir un retour aux territoires cédés par Talleyrand à Vienne en 1815. Chateaubriand, obsédé par cette idée dont il rêvait selon son entourageM. de Marcellus, Chateaubriand et son temps, p. 246., voyait cela comme le moyen d'affermir la Restauration, potentiellement via une alliance avec la Russie pour redessiner l'Europe.Le plan prévoyait l'abolition complète du Royaume-Uni des Pays-Bas (créé en 1815). La partie nord (Hollande) serait annexée par la Prusse. La partie sud (Belgique et Luxembourg) irait à la France. En échange, la Prusse renoncerait à ses territoires sur la rive gauche du Rhin (provinces rhénanes acquises en 1815, comme le grand-duché du Bas-Rhin et Juliers-Clèves-Berg), qui seraient annexés par la France pour atteindre le Rhin. Le projet s'inscrivait dans un remodelage plus large : la Russie gagnerait des territoires ottomans (principautés danubiennes), la Prusse obtiendrait la Saxe en plus du nord des Pays-Bas, et la France annexerait non seulement la Belgique et le Luxembourg mais aussi la rive gauche rhénane cédée par la Prusse. Le Royaume-Uni serait encouragé à recevoir des colonies néerlandaises en compensation, mais le plan était anti-britannique, alignant les monarchies conservatrices contre l'Angleterre. En échange de la perte totale de son royaume (annexé par la France et la Prusse), Guillaume serait dédommagé par un nouvel État prestigieux : le trône d'un indépendant, centré sur Constantinople, taillé dans l'Empire ottoman affaibli après une guerre soutenue par la Russie) Cela incluait potentiellement les biens de la maison d'Orange-Nassau et une souveraineté sur la Grèce libérée, avec Constantinople comme capitale. Ce compensatoire visait à apaiser le roi déchu, en lui offrant un rôle dans la libération grecque dans le contexte de la guerre d'indépendance grecque 1821-1830. Polignac adopta ce plan, préparé par Chateaubriand, mais il resta secret et théorique.. Néanmoins, l'absence de conflit favorable et la force des alliances anti-françaises post-Napoléon rendirent toute reconquête impossible. Les traités de 1815 étaient imposés par les puissances alliées (Russie, Autriche, Prusse, Royaume-Uni), qui voyaient toute revendication française comme une menace. Polignac recula en , craignant une posture envers l'Allemagne, et la Russie ne répondit pas favorablement aux demandes secrètes. Ces idées restèrent verbales ou théoriques, sans mobilisation militaire ou diplomatique réelle, en raison de la prudence des gouvernements successifs (Louis XVIII et Charles X). Enfin, la Prusse assimila progressivement les territoires rhénans, malgré le mécontentement local.
Sous la monarchie de Juillet Sous Louis-Philippe, les ambitions pour la rive gauche ressurgirent lors de la de 1840, menée par Adolphe Thiers (premier ministre en 1840). Motivé par la peur d'une alliance austro-prusso-anglaise en Orient (affaire égyptienne), Thiers revendiqua la rive gauche comme pour sécuriser la France. Le projet consistait en une mobilisation militaire ( hommes) et une propagande nationaliste, visant à annexer les territoires rhénans via une guerre préventive ou des négociations. Thiers arguait que les traités de 1815 étaient obsolètes ; il espérait un soutien russe et exploitait le mécontentement rhénan. Le roi refusa la guerre, limogea Thiers, et opta pour une paix avec l'Angleterre avec François Guizot. Sous le Second Empire vignette|150px|right|Annexion par le Second Empire du duché de Savoie et du comté de Nice par le traité de Turin.