Johann Strauss , dit Johann Strauss fils (Johann Strauss Sohn) ou Johann Strauss le jeune, né le à Vienne et mort le dans la même ville, est un compositeur autrichien.
On lui doit en particulier de la musique de danse et des opérettes. Il a composé plus de cinq cents valses, polkas, quadrilles, et d'autres types de musique de danse, ainsi que plusieurs opérettes et un ballet. Surnommé « le roi de la valse », il est responsable de la popularité de la valse à Vienne au cours du .
Parmi ses œuvres les plus célèbres, on peut citer Voix du printemps, Le Beau Danube bleu, Kaiserwalzer (La Valse de l'Empereur), les Histoires de la forêt viennoise et la Tritsch-Tratsch-Polka. Parmi ses opérettes, Die Fledermaus (La Chauve-souris) et Der Zigeunerbaron (Le Baron tzigane) sont les plus connues.
Nom
Le patronyme Strauss se trouve dans les ouvrages de référence, fréquemment avec un eszett (). En allemand, a deux significations : « bouquet » ou « autruche ». Strauss lui-même écrivait son nom avec un s long suivi d'un s rond, une forme de remplacement pour l'eszett utilisé dans les manuscrits anciens. Sa famille l'appelait « Shani », dérivé du prénom italien « Gianni ».
Ses deux jeunes frères, Josef et Eduard Strauss, également compositeurs de musique légère, n'ont jamais eu la notoriété de leur frère aîné. Ses frères et lui, ainsi que leur père, n'ont aucun lien de parenté avec Richard Strauss, qui est allemand.
Biographie
Enfance et jeunesse
La famille Strauss est originaire de Basse-Autriche. Fils aîné du compositeur Johann Strauss et de Maria Anna Streim, Johann Strauss II a cinq frères et sœurs : Josef (né en 1827), Anne (née en 1829), Thérèse (née en 1831), Ferdinand (né en 1834 mais qui ne vécut que 10 mois) et Eduard (né en 1835). Il naît à St Ulrich près de Vienne (aujourd'hui une partie de Neubau), le . Son arrière-grand-père paternel était un juif hongrois. Ce fait sera dissimulé par les Nazis, qui soutenaient Strauss dont la musique, disaient-ils, était « aussi allemande »The story of the forgery in 1941 of the entry for the marriage of Johann Michael Strauss to Rosalia Buschin. Son père ne veut pas qu'il devienne musicien et le destine à une carrière de banquier. Néanmoins, Strauss junior étudie très tôt en secret le piano avec Vencelas Plachy et le violon avec le premier violoniste de l'orchestre de son père, Franz Amon. Il est à peine âgé de six ans lorsqu'il compose sa première valse. Quand son père découvre que son fils pratique le violon, il le punit sévèrement en lui donnant le fouet. Il semble que, quoiqu'en disent certaines légendesCette rivalité supposée est l'objet de l'opérette Valses de Vienne, plutôt que d'essayer d'éviter une rivalité musicale avec son fils, Strauss père veuille seulement que son fils échappe aux rigueurs de la vie d'un musicienGartenberg (1974), .
Ce n'est que lorsque le père abandonne sa famille en 1842, pour sa maîtresse , que le fils alors âgé de dix-sept ans, peut se concentrer pleinement sur une carrière de compositeur avec le soutien de sa mèreGartenberg (1974), , laquelle divorce en 1844.
Strauss poursuit l'étude du violon avec Anton Kohlmann et étudie la théorie et la composition avec Joseph Drechsler. Il étudie également le contrepoint et l'harmonie avec le professeur et théoricien de la musique Joachim Hoffmann, qui possède une école privée. C'est pendant cette période qu'il compose sa seule œuvre sacrée, le graduel Tu qui regis totum orbem (1844). Son autre professeur de violon, Anton Kollmann, qui est répétiteur de ballet de l'Opéra de Cour de Vienne, nous a laissé d'excellents témoignages à son sujet. Avec les recommandations de ses professeurs, il s'approche des autorités viennoises et obtient une Musiklicenz (permis officiel de donner des concerts publics) bien qu'il n'ait pas encore atteint la majorité. Il forme un petit orchestre dont il recrute les membres à la taverne Zur Stadt Belgrad, où les musiciens cherchant du travail peuvent être embauchés facilement.
Ses débuts de compositeur
En , avec sa formation de vingt-quatre musiciens, Strauss fait ses débuts au casino Dommayer à Hietzing et présente un programme qui comporte six de ses compositions ainsi que des nouvelles valses de son père. On y entend notamment les valses Sinngedichte (Épigramme), Gunstwerber et la polka Herzenslust. La prestation remporte un tel succès — les Valses, sont bissées à dix-neuf reprises — qu'il est aussitôt considéré comme le grand rival de son père. Celui-ci refuse de jouer au casino de Donmayer, qui avait vu ses premiers succèsGartenberg (1974), p. 125.
Malgré ce début en fanfare, les premières années de Strauss comme compositeur sont difficiles, mais il a rapidement séduit le public après avoir accepté des contrats en dehors de Vienne. Il part en tournée en Europe et en Amérique du Nord. Le premier poste majeur pour le jeune compositeur est sa nomination comme Kapellmeister du régiment des citoyens de Vienne, qui est resté vacant après le décès de Joseph Lanner deux ans auparavant.
En 1846, Johann Strauss père est nommé directeur des bals de la Cour d'Autriche au château de Schönbrunn, tandis qu'en 1848, Johann fils est nommé chef de la musique municipale de Vienne
Vienne est secouée par la révolution de 1848 et la rivalité intense entre le père et le fils Strauss est devenue beaucoup plus évidente. Johann fils décide de s'associer aux révolutionnaires. Cette décision est professionnellement désavantageuse, car la royauté autrichienne lui refuse par deux fois le poste très convoité de KK Hofballmusikdirektor, créé spécialement pour Johann en reconnaissance de ses contributions musicales. En outre, le jeune Strauss est également arrêté par les autorités viennoises pour avoir joué publiquement La Marseillaise. Il est ensuite acquitté. Strauss père reste fidèle à la monarchie et compose sa Marche de Radetzky, op. 228, consacrée au maréchal Joseph Radetzky von Radetz et qui deviendra l'une de ses compositions les plus connues.
Lorsque Strauss meurt d'une scarlatine à Vienne en 1849, son fils fusionne les deux orchestres et part dans de nouvelles tournées. Plus tard, il compose un certain nombre de marches patriotiques dédiées à l'empereur François-Joseph , comme la Kaiser Franz-Josef Marsch, op. 67 et la Kaiser Franz Josef Rettungs Jubel-Marsch, op. 126, probablement pour s'attirer les bonnes grâces du nouveau monarque, monté sur le trône autrichien après la révolution de 1848.
Suite de la carrière La renommée de Strauss fils dépasse finalement celle de son père. Il devient l'un des compositeurs de valses les plus populaires de l'époque. Il part en tournée en Autriche-Hongrie, en Pologne et en Allemagne avec son orchestre. Strauss postule au poste de Hofballmusikdirektor (directeur de la musique de bal de la Cour). Il l'obtient finalement en 1863, après plusieurs tentatives infructueuses dues à ses démêlés avec les autorités locales. Avec ses musiciens, il visite Paris, Berlin, Londres, Saint-Pétersbourg et les États-Unis, obtenant partout d'énormes succès.
En 1853, en raison de sollicitations mentales et physiques constantes, Strauss subit une dépression nerveuse. Sur les conseils des médecins, il prend sept semaines de vacances à la campagne pendant l'été. C’est son jeune frère Josef, qui a quitté sa carrière d'ingénieur, qui prend alors la direction de son orchestre pendant cette période.
En 1855, Strauss accepte des commandes de la direction de la compagnie ferroviaire de Tsarskoye-Selo de Saint-Pétersbourg pour jouer en Russie, l'année suivante, au pavillon Vauxhall à Pavlovsk. Il se produira en Russie tous les ans jusqu'en 1865.
Dans les années 1870, Strauss, avec son orchestre, visite les États-Unis, où il participe au Festival de Boston à l'invitation du chef d'orchestre militaire Patrick Gilmore. Il dirige un Monster Concert réunissant, au World's Peace Jubilee and International Musical FestivalGartenberg (1974), plus de musiciens. Il y interprète, entre autres sa valse Spring Waltz, avec un succès considérable.
Mariages Strauss épouse la cantatrice Henrietta Treffz le et abandonne la baguette de chef d'orchestre à ses frères cadets Josef et Eduard, eux-mêmes auteurs de valses et de polkas. Henrietta incite son mari à se lancer dans le répertoire lyrique. Après deux premiers essais en 1871 (Indigo und die 40 Räuber) et 1873 (Der Karneval in Rom), Strauss compose en 1874 ce qui est considéré aujourd'hui comme son chef-d'œuvre : Die Fledermaus (La Chauve-Souris).
Henrietta meurt le à 59 ans. Strauss épouse six semaines plus tard l'actrice Angelika Dittrich (1850-1919) mais des dissensions, tant sur le plan privé que professionnel, naissent rapidement et le couple finit par divorcer. L’Église catholique refusant l'annulation du mariage, Strauss se convertit au protestantisme et devient citoyen du duché de Saxe-Cobourg et Gotha en . Il épouse une veuve de 26 ans, Adele Deutsch (1856-1930), en août de la même année. Celle-ci va se montrer d'un soutien précieux dans la composition de ses dernières œuvres majeures comme l'opérette Waldmeister et la Kaiserwalzer (Valse de l'Empereur).
Mort et postérité
Strauss contracte une pneumonie et, le , il meurt à Vienne, à l'âge de 73 ans. Il est enterré dans le Cimetière central de Vienne. Au moment de mourir, il composait encore un ballet, AschenbrödelJacob (1940) .
À la suite des efforts de Clemens Krauss qui a présenté un programme spécial tout-Strauss en 1929 avec l'Orchestre philharmonique de Vienne, la musique de Strauss est régulièrement interprétée au Concert du nouvel an à Vienne. Parmi les chefs de ce concert, Willi Boskovsky"Willi Boskovsky, 81, Waltz Violinist, Dies", The New York Times, April 24, 1991. continuait la tradition de conduire avec le violon en main. Parmi les chefs les plus célèbres, on peut retenir Herbert von Karajan, Carlos Kleiber, Lorin Maazel, Zubin Mehta, Daniel Barenboim, Riccardo Muti et plus récemment le jeune Gustavo Dudamel (2017). De plus, le Wiener Johann Strauss orchester, formé en 1966, rend hommage à la famille Strauss lors de ses tournées dans le monde entierVienna Johann Strauß Orchestra. En 1987, le violoniste et chef hollandais André Rieu a également créé un orchestre Johann Strauss.
Deux musées à Vienne sont consacrés à Johann Strauss II. Sa résidence dans la Praterstrasse où il a vécu dans les années 1860 fait maintenant partie du Vienna Museum. Le Museum der Johann Strauss Dynastie est consacré à toute la famille en mettant l'accent sur Johann Strauss II.
Au Stadtpark de Vienne est édifié le monument dédié à Johann Strauss avec une statue en bronze doré de Edmund Hellmer (1921). Lors de l'inauguration de la statue, Arthur Nikisch dirige les valses Künstlerleben, An der schönen blauen Donau et Wein, Weib un Gesang. Lors du centenaire de la naissance de Strauss, le , Felix Weingartner consacre un concert au musicien.
Rivaux et admirateurs
Bien que Strauss ait été le compositeur de musique de danse le plus recherché dans la seconde moitié du , il est fortement concurrencé par Karl Michael Ziehrer et Émile Waldteufel. Ce dernier occupe une position dominante à ParisWaldteufel, Émile – Biography. Phillip Fahrbach a également refusé au jeune Strauss la position dominante de KK Hofballmusikdirektor lorsque celui-ci avait d'abord postulé pour le poste. Le compositeur allemand Jacques Offenbach, célèbre à Paris, est un rival de Strauss dans le domaine de l'opérette.
Strauss est cependant admiré par d'autres compositeurs de renom : Richard Wagner admettait qu'il aimait particulièrement la valse Wein, Weib und Gesang op. 333Jacob (1940) p. 226. Richard Strauss (sans rapport avec la famille Strauss), quand il écrivait ses valses pour Rosenkavalier, déclarait en référence à Johann Strauss : « Comment pourrais-je oublier le génie rieur de Vienne ? ».