La vallée des Merveilles est une vallée du massif du Mercantour, dans la région du mont Bégo, Alpes et sur le territoire de la commune française de Tende.
Lieu d'une forte concentration de gravures, la vallée des Merveilles proprement dite est située dans le secteur archéologique des Merveilles et a donné son nom au site d'art rupestre. Ce dernier s'étend de part et d'autre du mont Bégo (ou Bego, selon la graphie italianisée) et compte quelque gravures rupestres préhistoriques, datées du Néolithique et de l’Âge du bronze ancien, au milieu d’autres gravures plus récentesRichard Bradley note: 'Not only did activity on Mont Bego start in the Neolithic...' (A Comparative Study of Rock Art in Later Prehistoric Europe, Cambridge University Press, 2020, p. 37).
Les gravures préhistoriques thumb| Dalles de roches moutonnées du val de Fontanalbe et mont Bégo en arrière-plan. thumb| Dalles gravées avec corniformes. thumb| Gravures par technique de cupules. thumb| Gravures représentant des corniformes. thumb|left| Une des roches gravées. thumb|left| Le « Christ ». thumb| Le chef de tribu. thumb| Le sorcier. thumb| Un homme avec un araire attelé à deux animaux. thumb| Différents types de pétroglyphes. thumb| Gravure corniforme par technique de cupules.
Découvertes à la fin du , les gravures se trouvent sur des affleurements rocheux (roches moutonnées) ou bien sur des blocs erratiques (pélite et grès essentiellement) en plein air. Il existe essentiellement deux techniques de gravure: par piquetage (gravures piquetées) et enlèvements millimétriques à centimétriques de roches (cupules) par incision (gravures incisées, ou gravures linéaires)
Ce sont les gravures piquetées, considérées les plus anciennes, qui ont concentré la majorité du travail archéologique de relevé systématique.
Thématique
Les gravures piquetées comprennent : des corniformes (figures à cornes) interprétés comme des représentations de bovins; des armes (poignards, hallebardes, haches, etc.); des anthropomorphes; des réticulés; des formes géométriques (plages rectangulaires, spirales, etc.); des gravures indéterminées (semis de cupules, formes irrégulières, etc.)
Contexte géographique
Située dans la région du mont Bégo à la frontière franco-italienne, le site prend son nom de la vallée des Merveilles. Il apparait aussi fréquemment sous le toponyme de "site du mont Bego" (ou Bégo). Le site archéologique comprend plusieurs secteurs de gravures (Merveilles, Fontanalbe, Valmasque, Valaurette, Sabion, Sainte-Marie) où ont été recensés près de gravures piquetées, dont environ figuratives, qui concernent couvrant près de réparties dans un ensemble plus vaste de . Le total des gravures piquetées (bien renseignées) et des gravures incisées (moins étudiées) pourrait avoisiner les ce qui fait de ce site (en quantité) le premier ensemble rupestre du territoire français, devant celui de Fontainebleau.. Ces gravures sont en effet réparties dans sept hautes vallées situées à plus de d’altitude, autour du mont Bégo () et du pic des Merveilles (), dont six en France : Vallauretta, Valmasque, col du Sabion, lac Sainte-Marie et surtout Merveilles () et Fontanalba () remarquables par leur richesse en gravures. Sur le versant italien se trouve le secteur de .
Par ordre décroissant d'importance, les principaux secteurs sont: vallée des Merveilles, vallée de FontanalbeLa vallée de Fontanalba ; secteur de Valaurette, secteur du col du Sabion (à cheval entre la France et l'Italie), secteur du lac de Sainte-Marie, secteur de Valmasque, secteur du lac du (en Italie).
Historique des recherches
Relevées et identifiées depuis la fin du , les gravures ne furent systématiquement étudiées qu'à partir de 1897 par le Britannique Clarence BicknellClarence Bicknell, découvreur de la vallée des MerveillesLes Berry collaborent et aident Bicknell dans toutes ses initiatives, telles que la création du musée Clarence-Bicknell, ses études botaniques, les recherches archéologiques sur le mont Bégo, la construction de la maison Fontanalba à Casterino, etc., puis le sculpteur Carlo Conti de 1927 à 1942. L'équipe d'Henry de Lumley (Muséum national d'histoire naturelle) a répertorié depuis 1967 l'ensemble des gravures sur un territoire de (soit ).
Entre 1967 et 2009, le professeur Henry de LumleyHenry de Lumley (ancien directeur du Muséum National d'Histoire Naturelle et du Musée de l’Homme), avec la collaboration de chercheurs du laboratoire de Préhistoire du Muséum national d’histoire naturelle et du laboratoire départemental de Préhistoire du LazaretLe laboratoire départemental de Préhistoire du Lazaret se consacre à l'étude de l'homme préhistorique et à son environnement avec le concours du conseil général des Alpes-Maritimes et de la ville de Nice, a entrepris un relevé systématique des gravures piquetées. Ce corpus, tendant à l’exhaustivité, n'a été que partiellement publié de manière systématique.
Depuis le début des années 1990, jusqu'au début des années 2010, les gravures piquetées ont été le sujet de dix thèses doctorales *
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Le travail de relevé
Des équipes d’archéologues stagiaires se relayaient tous les étés pour inventorier, cartographier, photographier, décrire (et si nécessaire mouler), relever sur calque cellophane chacune des roches. Le site accueillait alors des étudiants en histoire de l’art, archéologie, géologie du Quaternaire et géomorphologie du monde entier sous la responsabilité d’archéologues spécialisés. Au laboratoire, les relevés, photographies, descriptions, coordonnées étaient numérisés et rentrés dans une base de données. Les institutions organisatrices comprenaient, entre autres, des universités, musées et instituts scientifiques, et étaient financées par le ministère de la Culture et le conseil général des Alpes-Maritimes.
Les gravures incisées
Moins célèbres — et moins bien étudiées — que les gravures piquetées, de nombreuses gravures dites linéaires ou en sillon en V parsèment les sites et sont faites par traçage (d'autres néanmoins conservent la technique par cupules). Si une partie d'entre elles peut clairement être rattachée aux périodes historiques (par exemple, les textes de bergers qui témoignent de résidences estivales.), d'autres renvoient certainement à des périodes préhistoriques. La plus ancienne gravure linéaire, étonnante et grivoise, est datée par l'épigraphie du de notre ère et est rédigée en latin : HOC QVI SCRIPSIT PATRI MIII FILIVM PIIDICAVIT, soit en caractères actuels : hoc qui scripsit patri mei filium pedicavitNathalie Magnardi, Roches confidentes, Images en Manœuvres Éditions, 2005 , p.33...
Les figures dites anthropomorphiques, arboriformes et arbaletiformes. sont attribuées au Moyen Âge. S'ensuivent divers thèmes, associés à certaines catégories sociales : marins (bateaux à voile détaillés) ou soldats (figures du avec la représentation de baïonnettes et mitres de grenadiers), voire contrebandiers.
À l'époque moderne et contemporaine, ce sont les témoignages de soldats alpins italiens ou des bergers de la vallée de la Roya qui dominent, avec notamment des signatures.
Le lieu où ces gravures sont les plus denses (et visibles par le GR52) et quasi exclusives (avec l'inscription latine, en dehors de deux poignards de l'Âge du bronze) est la Paroi vitrifiée (Z VII. G I. R 17, secteur des Merveilles), imposante paroi rocheuse lustrée par le poli glaciaire.
Aujourd'hui, l'acte de graver, dans un site classé monument historique et dans la zone centrale d'un parc national, est considéré comme une dégradation du site et est susceptible de poursuites judiciaires..
Interprétation des gravures Les recherches dirigées par les équipes d'Henry de Lumley ont permis de jeter les bases d'une interprétation de l’organisation sociale et culturelle des peuples anciens de la Préhistoire récente.
Les interprétations symboliques
Les pétroglyphes sont considérés comme des signes stylisés, des symboles, voire des idéogrammes: chaque gravure ou association volontaire de gravures a une signification propre et représenterait une notion, une pensée mythique. Ces pictogrammes seraient destinés à inscrire sur la pierre certains rites sacrés en relation avec les préoccupations agricoles et pastorales des populations locales. En ce sens, on peut commencer à parler d’une protoécriture. Il s’agit d’un langage symbolique, essentiellement religieux, où l’image permet d’établir une communication avec le divin.
Les gravures témoigneraient des croyances des populations d'agriculteurs des Âges du cuivre et du bronze. Pour certains chercheurs, le mont Bego aurait été divinisé et aurait été une puissance à la fois tutélaire en raison des eaux qui en descendent et redoutable par ses orages fréquents et violents. Le thème le plus représenté est celui du corniforme, souvent interprété comme une figuration du taureau. La présence d'araires attelées aux animaux atteste la pratique de l'agriculture ; des dessins réticulés évoquent des enclos ou des parcelles de champs. Par ailleurs on trouve des représentations d'armes (poignards, haches et hallebardes, arme formée d'un long manche où vient se fixer perpendiculairement une lame de poignard) gravées en nombre. Peu nombreuses, les figures anthropomorphes ont été affublées de surnoms plus ou moins traditionnels, pour les plus connues du secteur des Merveilles : le Sorcier (Z VIII. G II. R 3(4)), le Christ (Z VII. G I. R 4), le Chef de tribu, la Danseuse (Z IX. G II. R 4)… D'autres, plus énigmatiques, autorisent toutes les interprétations, tel l'Arbre de vie (Z XVIII. G II. R 77ε) dans le secteur de Fontanalba.
Des interprétations isolées et controversées D’autres chercheurs travaillent également sur des sujets de recherche variés, en rapport avec les gravures : astronomie, mesure du temps, comparaison avec des religions anciennes
Émilia Masson (chercheur du CNRS) estime, quant à elle, que les gravures évoquent une même idée, celle de la survie. Elle interprète celles du secteur de Fontanalbe comme des scènes naturalistes (représentant le domaine des mortels) et celles des Merveilles comme des scènes cosmologiques (le monde divin). Avec une approche linguistique et spiritualiste de l’étude du site, elle décrit en ces termes les trois principales stèles : « La stèle la plus élevée montre l’union entre le ciel et la terre, le ciel étant représenté comme l’effigie du soleil auréolé qui chevauche une échelle. La terre lève les bras afin de recevoir les pluies célestes. Les deux poignards parallèles tracés entre les figures divines traduisent leur union. Le deuxième épisode du récit, la séparation du couple primordial devenue indispensable afin de maintenir l’équilibre cosmique, est évoqué à l’aide d’une image anthropomorphe qui manie deux poignards en position horizontale. La troisième stèle, située au niveau le plus bas, et au bord même du torrent des Merveilles, relate la victoire du dieu de l’orage et, grâce à elle, la naissance d’un monde nouveau où vont intervenir les mortels. »Bulletin MGEN, novembre-décembre 1992, et La vallée des Merveilles, un berceau de la pensée religieuse européenne, Dossiers de l’Archéologie, avril-mai 1993
En , lors d’un colloque international consacré aux gravures des Merveilles qui s’est tenu à Tende, Emilia Masson avait inauguré de l’interprétation des trente à quarante mille signes découverts autour du mont Bégo, sur la centaine de mille que l’on peut observer entre les vallées de la Roya et la Gordolasque. Elle a orienté les recherches vers d’autres messages livrés à travers les millénaires par les hommes, en d’autres endroits de la terre. Plus précisément, cette spécialiste des écritures, notamment hittites, se place sur le terrain de la relation du soleil, le père, avec la terre, la mère, que l’on retrouve dans d’autres civilisations.