Les élections législatives pakistanaises de 2002 ont lieu le , trois ans après le coup d'État du chef de l'armée Pervez Musharraf, qui entend ainsi légitimer et stabiliser son pouvoir. Elles visent à élire les députés de l'Assemblée nationale et des quatre assemblées provinciales du Pakistan. Le scrutin fait suite aux élections législatives de 1997 mais marque surtout le retour à un régime civil et à la Constitution de 1973 après plus de deux ans de pleins pouvoirs militaires.
Les élections conduisent à la victoire de la nouvelle Ligue musulmane du Pakistan (Q) qui se sépare de la faction de Nawaz Sharif dans le but de soutenir le nouveau président Musharraf. Les deux principaux meneurs de l'opposition, Sharif et Benazir Bhutto, sont en exil, mais le Parti du peuple pakistanais (PPP) de cette dernière réalise une bonne performance, arrivant même en tête dans les urnes. À l'inverse, la ligue de Nawaz Sharif réalise la pire performance de son histoire. Ces élections marquent aussi l'émergence d'une nouvelle coalition, le Muttahida Majlis-e-Amal (MMA), qui agrège plusieurs partis islamistes et devient la troisième force du pays.
Malgré une forte mobilisation des moyens de l'État et de nombreux ralliements, le parti soutenant Pervez Musharraf n'obtient qu'un quart des voix et un tiers des sièges. Afin d'atteindre la majorité absolue, le nouveau Premier ministre Zafarullah Khan Jamali réunit autour de lui une large coalition incluant le Mouvement Muttahida Qaumi, l'Alliance nationale et des dissidents du PPP notamment. L'islamiste Fazal-ur-Rehman prend la tête de l'opposition avec le soutien du MMA et du parti de Nawaz Sharif. Cette législature sera la première de l'histoire du pays à atteindre la fin de son mandat de cinq ans.
Contexte Coup d'État
vignette|Pervez Musharraf en 2005.|alt=Photo d'un militaire portant un béret à un pupitre avec des micros.
Les précédentes élections législatives s'étaient déroulées le et avaient vu la très large victoire de la Ligue musulmane du Pakistan (N) qui s'empare d'une majorité des deux-tiers à l'Assemblée nationale alors que Nawaz Sharif retrouve son poste de Premier ministre. Celui-ci se trouve ainsi en position de modifier la Constitution et dès le , les parlementaires suppriment le amendement voté sous le régime militaire de Zia-ul-Haq et rétablissent en conséquence le parlementarisme en donnant la primauté au Premier ministre plutôt qu'au président. Sharif accroit ensuite son contrôle sur les différents leviers du pouvoir, y compris les médias, de sorte qu'il est accusé de dérive autoritaire.
En désaccord avec la politique du Premier ministre, le chef de l'armée Jehangir Karamat démissionne le . Nawaz Sharif choisit Pervez Musharraf pour le remplacer, voyant en lui un général peu influent qui lui resterait ainsi fidèle. Cependant, les relations entre civils et militaires se dégradent fortement après le conflit du Kargil. Face à des rumeurs de coup d'État imminent, le Premier ministre tente de remplacer le chef de l'armée, mais Musharraf réagit en renversant gouvernement le et en arrêtant des dizaines de responsables du pouvoir. Alors qu'il risque la peine de mort pour « tentative de meurtre », Nawaz Sharif est finalement condamné à la prison à vie, puis autorisé à s'exiler en Arabie saoudite pour une période de dix ans minimum.
Régime militaire Arrivé au pouvoir grâce à la fidélité de la hiérarchie militaire, Pervez Musharraf promet toutefois dans un premier temps une transition rapide vers la démocratie. Si la loi martiale n'est pas officiellement décrétée, il suspend la Constitution, fait pression sur les médias et nomme de nombreux militaires à la tête des administrations. Le , la Cour suprême valide le coup d'État en s'appuyant sur la doctrine de la nécessité et autorise le régime à modifier la Constitution, mais exige la tenue d'élections législatives d'ici trois ans, d'où l'organisation de ce scrutin...
Dès le , Musharraf s'attribue le titre de président de la république alors qu'il tente de rétablir un régime de droit commun. Le pouvoir organise un plébiscite le visant à accorder au président un mandat de cinq ans à la tête du pays. Selon les chiffres officiels, il recueille 99,7 % de « oui » avec une participation de 71 %, un taux inhabituellement élevé dans le pays. Alors que des fraudes sont dénoncées, Musharraf présente ses excuses lors d'une allocution télévisée concernant les irrégularités ayant entaché le vote mais il n'est pas annulé. Le président promet néanmoins des élections multipartites libres dans le délai accordé par la Cour suprême.
Campagne vignette|Le vétéran de la politique Ameen Faheem représente le PPP pour ce scrutin.|alt=Photo en buste d'un homme en costume portant une moustache parlant dans un micro
Pour asseoir son pouvoir sur la durée, le président-général Pervez Musharraf décide de la création d'un parti pour tenir les assemblées. Il choisit de créer une nouvelle faction du parti historique en fondant la Ligue musulmane du Pakistan (Q) le autour de personnalités influentes, surtout dans le Pendjab où il cherche à isoler Nawaz Sharif et marginaliser sa faction politique. Il donne ainsi une place importante à ses rivaux comme Chaudhry Shujaat Hussain qui prend la tête du parti et son cousin Chaudhry Pervaiz Elahi qui mène la campagne pour l'Assemblée provinciale du Pendjab et tente de rallier des ténors de tous les partis. Le parti promet la stabilité qui favorisera le développement du pays, affiche l'éducation comme sa principale priorité et souhaite une plus forte participation des femmes dans la société.
Les deux principaux partis ayant dominé la vie politique lors de la décennie précédente, la Ligue musulmane du Pakistan (N) et le Parti du peuple pakistanais (PPP), sont handicapés par l'absence de leur dirigeant historique. Nawaz Sharif est en effet exilé depuis 2000 et Benazir Bhutto avait quitté le pays dès 1998 pour échapper à des poursuites judiciaires en corruption. La faction de Sharif souffre en plus de nombreuses défections vers le parti de Musharraf, comme Jamali et Soomro, qui la privent d'ancrages locaux. Pour ce scrutin, elle est menée par Javed Hashmi qui critique l'alignement du nouveau pouvoir avec les États-Unis concernant la « guerre contre le terrorisme ».. Le PPP est quant à lui mené par Ameen Faheem. et le manifeste du parti prône la « tolérance religieuse », dénonce la « dictature miliaire » et promet de lutter contre les inégalités sociales et de préserver les droits humains..
Deux coalitions de partis se forment à l'occasion de ce scrutin. La Muttahida Majlis-e-Amal regroupe cinq partis islamistes, dont les principaux sont les rivaux Jamaat-e-Islami et Jamiat Ulema-e-Islam. Ils dénoncent l'alignement du régime militaire avec les États-Unis, affirment leur sympathie avec les talibans dans le contexte de la guerre d'Afghanistan et réclament l'instauration d'un « véritable système islamique » au Pakistan.. L'Alliance nationale est également fondée autour de l'ancien président Farooq Leghari et celle-ci s'allie avec le pouvoir militaire afin de permettre des ajustements dans les circonscriptions avec la Ligue (Q). L'alliance promet de revenir à la « vision originale » qui a mené à la création du pays sur des bases « progressistes ».
Mode de scrutin upright=0.8|vignette|Les candidats sont représentés par des images pour les électeurs analphabètes (élections de 2008).|alt=Photo montrant un morceau de papier blanc comportant des dessins dans des cases
Le Pakistan possède un régime politique parlementaire bicaméral de type système de Westminster ; le Parlement du Pakistan, qui se compose de deux chambres, l'Assemblée nationale et le Sénat dont les membres sont choisis par les membres des assemblées provinciales, elles-mêmes élues selon le même mode de scrutin que l'Assemblée nationale. Les candidats aux assemblées sont élus au suffrage universel direct uninominal majoritaire à un tour, c'est-à-dire que chaque électeur vote dans sa circonscription pour un candidat et celui arrivant en tête à l'issue d'un unique tour est élu, même avec une majorité relative de voix.
Un candidat peut présenter sa candidature dans plusieurs circonscriptions, mais ne doit garder qu'un siège s'il en remporte plusieurs. Une élection partielle est alors organisée dans la circonscription dont le poste de député est devenu vacant. Enfin, les membres élus doivent ensuite procéder à l'élection des « sièges réservés ». Par exemple, pour l'Assemblée nationale, les élus directement élisent réservés à des femmes et réservés à des minorités religieuses.
À l'occasion de ce scrutin, les circonscriptions électorales sont redessinées pour prendre en compte le récent recensement de la population de 1998. Le pouvoir introduit également diverses réformes électorales via le Legal Framework Order : le nombre total d'élus à l'Assemblée nationale passe de 217 à 342, soixante sièges sont désormais expressément réservés à des femmes, l'électorat séparé sur des bases religieuses introduit en 1985 est aboli et l'âge pour voter est abaissé de 21 à 18 ans. Plus de 70 partis politiques se présentent pour ces élections dans les 272 circonscriptions que compte le pays. Près de 72 millions de Pakistanais sont inscrits sur les listes électorales, et ont été acceptés pour concourir.
Résultats Assemblée nationale
Le , plus de 29 millions de Pakistanais se rendent aux urnes pour près de 72 millions d'inscrits, soit un taux de participation de près de 42 %, en hausse par rapport aux précédentes élections de 1997. La Ligue musulmane du Pakistan (Q) soutenant le président Pervez Musharraf arrive nettement en tête dans les circonscriptions avec 118 députés à l'Assemblée nationale soit 35 % des sièges. Ce succès est essentiellement rendu possible grâce aux bonnes performances dans le Pendjab. Le parti échoue toutefois à obtenir la majorité absolue.
Le scrutin marque le retour du Parti du peuple pakistanais qui émerge nettement comme le principal parti d'opposition, alors qu'il avait été marginalisé en 1997. Le parti arrive même en tête dans les urnes avec 26,1 % des voix contre 25,7 % pour la ligue, soit voix d'avance. Il remporte l'essentiel de ses élus dans le centre du Sind et le sud du Pendjab. Arrivé troisième en termes de vote populaire, la Ligue musulmane du Pakistan (N) s'effondre par rapport à 1997 en perdant plus de 90 % de ses élus. Il obtient 12 % des voix mais seulement 5 % des sièges avec 18 élus, dont la moitié sont élus à Lahore et Faisalabad.
La nouvelle alliance islamiste Muttahida Majlis-e-Amal réalise le plus gros succès de l'histoire du pays pour un parti religieux, arrivant troisième avec 60 sièges soit 18 % de l'Assemblée nationale et 11 % des suffrages, un succès rendu possible grâce à un électorat concentré dans le Nord-Ouest et le Baloutchistan. Enfin le Mouvement Muttahida Qaumi obtient 17 sièges en remportant largement la ville la plus peuplée, Karachi, et l'Alliance nationale remporte 16 sièges.
+Résultats à l'Assemblée nationale280pxPartisVotes+/-SiègesÉlusRéservésTotal+/-Parti du peuple pakistanais-Parlementaires26,056415281 63Ligue musulmane du Pakistan (Q)25,6692224118 118Ligue musulmane du Pakistan (N)11,66143118 119Muttahida Majlis-e-Amal11,414612260 60Alliance nationale4,77133016 16Mouvement Muttahida Qaumi3,19133117 5Ligue musulmane du Pakistan (F)1,134105 5Ligue musulmane du Pakistan (J)0,972103 3Mouvement du Pakistan pour la justice0,83 1001 1Pakistan Awami Tehrik0,691001 1Parti du peuple pakistanais (Sherpao)0,342002 2Pashtunkhwa Milli Awami0,33 1001 1Jamhoori Wattan0,331001 1Ligue musulmane du Pakistan (Z)0,27 1001 1Parti national baloutche0,201001 2Mouvement Mohajir Qaumi0,17 1001 1Autres partis2,54 0000 14Indépendants9,311400 14 7 Total (participation : 41,8 %) 100 272 60 10 342 135
Assemblées provinciales
Pendjab vignette|L'Assemblée provinciale du Pendjab en 2002.|alt=Image montrant le poids de chaque parti