Karl Popper, né le à Vienne et mort le à Londres (Croydon), est un enseignant et philosophe des sciences du , autrichien naturalisé britannique. Penseur anticonformiste, il a invité à la réflexion, au dialogue et à la confrontation des idées dans toutes ses œuvres.

Il est célèbre pour ses positions épistémologiques, mais il a su porter un regard nouveau en politique et dans les sciences sociales. Il a collaboré à de hautes discussions avec les plus grands scientifiques de son époque. Sa notoriété s'est établie en élaborant un critère de démarcation entre les sciences expérimentales et les autres savoirs. Il a mis l'accent sur l'idée de réfutabilité par l'expérimentation pour caractériser le savoir scientifique. Il a aussi défini l'ouverture à la critique comme un critère adéquat pour désigner le savoir rationnel en général. Il définit ainsi les théories métaphysiques comme des systèmes irréfutables par l'expérimentation mais il admet la possibilité d'en étudier la pertinence et de les confronter entre elles.

Professeur à la London School of Economics, il souligne la nécessité de fonder les recherches scientifiques sur des « programmes de recherche métaphysique » et inscrit son travail de recherche dans le cadre de l'épistémologie évolutionniste.

Biographie Famille et éducation Karl Popper est né à Vienne (alors en Autriche-Hongrie) en 1902 dans une famille d'ascendance juive. Ses parents s'étaient convertis au luthéranisme avant sa naissanceMagee, Bryan. The Story of Philosophy. New York: DK Publishing, 2001. , et il reçut un baptême luthérien. Le père et la mère de Popper voyaient cette conversion comme une partie de leur assimilation culturelle et non comme un véritable acte de foi. Le père de Karl, Simon Siegmund Carl Popper était un avocat de Bohême et un docteur en droit à l'Université de Vienne ; sa mère Jenny Schiff était d'ascendance silésienne et hongroise. Après s'être installés à Vienne, les Popper connurent une rapide ascension sociale au sein de la vie viennoise : Simon Siegmund Carl devint associé dans le cabinet d'avocats du maire libéral de Vienne, Raimund Grübl et, après la mort de Grübl en 1898, Simon le remplaça à sa tête.

Le père de Karl Popper était bibliophile, il possédait de dans sa bibliothèque personnelleRaphael, F. The Great Philosophers London: Phoenix, , et s'intéressait à la philosophie, aux classiques ainsi qu'aux questions sociales et politiques. Popper hérita de lui sa bibliothèque et son goût pour la collection d'ouvragesManfred Lube: Karl R. Popper – Die Bibliothek des Philosophen als Spiegel seines Lebens. Imprimatur. Ein Jahrbuch für Bücherfreunde. Neue Folge Band 18 (2003), S. 207–238, .. Plus tard, il dira que son éducation avait pris place dans une atmosphère .

Malgré l'homonymie, il n'y a pas de lien de parenté entre Karl Popper et l'ingénieur et philosophe Josef Popper (lequel est parfois présenté, à tort, comme étant son oncle biologique).

Karl Popper quitta l'école à l'âge de 16 ans et étudia les mathématiques, la physique, la philosophie, la psychologie et l'histoire de la musique en tant qu'élève invité à l'Université de Vienne. En 1919, Popper fut séduit par les thèses marxistes et adhéra par la suite à l'Association des étudiants socialistes. Il devint aussi membre du Parti social-démocrate d'Autriche, à l'époque marxiste. Le , après une bataille de rue, la police tira sur huit de ses camarades du parti, pourtant non-armés. Ensuite il rejeta ce qu'il voyait comme une « pseudo-science » : le matérialisme historique de Marx. Il en abandonna l'idéologie et devint dès lors un partisan du social-libéralisme jusqu'à la fin de sa vie.

Il travailla un temps dans les travaux publics, mais en supportant mal la pénibilité du travail. En continuant ses études à l'université comme élève invité, il commença un apprentissage en ébénisterie, duquel il sortit « compagnon ». Il rêvait alors de créer un établissement pour enfants, pour lequel il pensait que sa capacité de fabriquer des meubles pouvait lui être utile. Après cela, il fit un service volontaire auprès d'une clinique du psychanalyste Alfred Adler pour les enfants. En 1922, il passa sa matura (équivalent du Baccalauréat en Autriche) grâce à une école de seconde chance et put enfin rejoindre l'Université en tant qu'étudiant ordinaire. Il passa l'examen pour devenir enseignant en 1924 et commença à travailler comme éducateur dans un foyer pour enfants en difficulté sociale. En 1925, il entra dans le Pädagogisches Institut nouvellement créé tout en continuant d'étudier la philosophie et la psychologie. Dans ces années-là, il rencontra Josefine Anna Henninger avec qui il se mariera plus tard.

En 1928, il obtient un doctorat en psychologie sous la direction de Karl Bühler, avec un mémoire intitulé Die Methodenfrage der Denkpsychologie (Question de méthode en psychologie de la pensée). En 1929, il put enfin enseigner les mathématiques et la physique au lycée. Il épousa sa collègue Josefine Anna Henninger (1906–1985) en 1930. Craignant la montée du nazisme et l'Anschluss, il commença à écrire le soir et la nuit son premier livre Die beiden Grundprobleme der Erkenntnistheorie (Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance). Il avait besoin d'en publier un pour obtenir un poste académique dans un pays plus sûr pour les personnes d'ascendance juive comme lui. Néanmoins, ce n'est pas ce manuscrit en deux volumes qu'il publia, mais une version condensée Logik der Forschung (Logique de la découverte scientifique) en 1934. Il y critiquait le psychologisme, le naturalisme, l'inductivisme et l'empirisme logique, et y exposa sa théorie de la réfutabilité comme le critère démarquant la science et la non-science. Entre 1935 et 1936, il prit un congé sans solde pour une visite d'étude au Royaume-UniA. C. Ewing était à l'initiative de l'invitation de Karl Popper en 1936 à l'Université de Cambridge (Edmonds and Eidinow 2001, )..

Parcours académique Il côtoie le Cercle de Vienne (néopositiviste), qui le fait connaître, mais sans jamais y entrer. Sa pensée est influencée par ses lectures de Frege, Tarski et Carnap. , il a entendu parler du surtout vers 1926-1927, rapporte la philosophe Mélika Ouelbani : Mélika Ouelbani, « Les critiques du positivisme logique », dans M. Ouelbani, Le cercle de Vienne, Paris cedex 14, Presses Universitaires de France, « Philosophies », 2006, , .

En 1936, il donne des conférences au Royaume-Uni, où il rencontre ses compatriotes Hayek et Gombrich. En 1937, il accepte une proposition de professeur () à Christchurch en Nouvelle-Zélande, où il reste le temps de la Seconde Guerre mondiale.

Début 1946, il revient s'installer à Londres. Sur une proposition de Hayek, il devient professeur à la . Il y fonde en 1946 le département de logique et de méthodologie des sciencesAujourd'hui Department of Philosophy, Logic and Scientific Method. Il participe également à de nombreux séminaires et conférences dans d'autres universités, notamment américaines.

Il est membre de la .

Il prend sa retraite d'enseignant en 1969 et meurt le , sans avoir eu le temps de rédiger la préface de son dernier recueil de conférences Toute vie est résolution de problèmes.

Sa pensée

vignette|Karl Popper en 1990.

Philosophie des sciences Le problème de la démarcation Dans Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance (K. Popper. Ed. Hermann) que sont pour Popper le problème de l'induction (ou « problème de Hume »), et le problème de la démarcation (ou « problème de Kant »), l'auteur précise que puisqu'aucune théorie universelle stricte n'est justifiable à partir d'un principe d'induction sans que cette justification ne sombre dans la régression à l'infini, ceci implique, notamment, qu'aucun énoncé de ce genre ne peut être vérifié sur la base d'un dénombrement d'énoncés particuliers.

À l'époque de Popper, la conception empiriste traditionnelle (Bertrand Russell, le Cercle de Vienne, etc.) soutenait que la solution au problème de la démarcation nécessitait de résoudre le problème de l'induction. Bertrand Russell, par exemple, avait exprimé l'idée que si le problème de Hume ne pouvait être résolu, « il n'y a aucune différence intellectuelle entre la raison et la folie ». En revanche, pour Popper, cette impossibilité de l'induction logique ne posait aucun problème, à condition de pouvoir expliquer le fonctionnement de la science d'une autre manière. Il partageait l'avis de Russell, mais faisait remarquer que, si un nombre fini d'énoncés d'observation ne peut vérifier une théorie universelle, ils suffisent néanmoins à la mettre à l'épreuve.

Willard Van Orman Quine, dans son ouvrage La poursuite de la vérité, arrive aux mêmes conclusions que Popper en ce qui a trait à son rejet du positivisme. Il commence, dans la première section, par y poser la question fondamentale du succès de la science: Il suggère que la neurophysiologie, la psycholinguistique et la génétique évolutive peuvent avoir à dire à ce sujetW.V. Quine. "La poursuite de la vérité". Éditions du Seuil, Paris, janvier 1993. Chapitre 1 : "L'Apport empirique", p. 21.. Dans la section sur les tests et la réfutation, comme Popper, il critique l'épistémologie traditionnelle : W.V. Quine. "La poursuite de la vérité". Éditions du Seuil, Paris, janvier 1993. Chapitre 1 : "L'Apport empirique", p. 35..

Dans ce contexte, où la confirmation des théories était censée permettre de distinguer la science empirique de la non-science, Popper accorde une importance centrale au problème de la démarcation. Il propose comme critère logique la réfutabilité d’une théorie : celle-ci est empirique si elle entre en contradiction avec au moins certains énoncés de base possibles décrivant des événements observables, appelés ses falsificateurs potentiels.

Le critère de la réfutabilité peut être ainsi formulé : « Si on entend par énoncé de base un rapport d'observation, une théorie est dite scientifique si elle permet de diviser en deux sous-classes non vides les énoncés de base : la classe des énoncés qui la contredisent, appelés falsificateurs potentiels (si ces énoncés sont vrais, la théorie est (logiquement) fausse) ; la classe des énoncés avec lesquels elle s'accorde (si ces énoncés sont vrais, ils la corroborent). »

Ce critère logique appelle toutefois deux précisions. D’une part, il ne constitue pas à lui seul la forme méthodologique de la démarcation. Popper distingue ce critère logique des règles méthodologiques qui gouvernent la pratique scientifique : la logique permet de déterminer si une théorie est réfutable, mais non si les chercheurs s’efforceront effectivement de la mettre à l’épreuve. Selon Wettersten, Popper rompt avec la conception selon laquelle la méthodologie scientifique serait une simple application de la logique. La logique permet de déduire les conséquences d’une théorie et de constater leur contradiction avec un énoncé d’observation, mais elle n’interdit pas de protéger la théorie par des modifications ad hoc. Popper lui ajoute donc des règles méthodologiques de caractère social, destinées à régir la manière dont les chercheurs choisissent, testent et modifient les théories. Dans l’introduction de 1982 au Réalisme et la Science, Popper revient sur cette distinction parce que des critiques avaient conclu de l’impossibilité d’une réfutation expérimentale définitive à l’inapplicabilité du critère logique de démarcation. Il oppose donc la réfutabilité d’une théorie — l’existence de falsificateurs potentiels — à sa réfutation effective, toujours méthodologiquement problématique.