(en ) (Moscou, – Saint-Pétersbourg, ), empereur de Russie ( – ), dit « le Libérateur », est également grand-duc de Finlande et roi de Pologne jusqu'en 1867, date à laquelle la Pologne est formellement annexée par l'Empire russe.

Il est principalement connu pour ses réformes, notamment l'abolition du servage. Malgré les grandes réformes libérales mises en place, il est assassiné, le , lors d'un attentat organisé par le groupe terroriste russe Narodnaïa Volia.

Titres 1818-1825 : Son Altesse Impériale le grand-duc Alexandre Nicolaïévitch de Russie 1825-1855 : Son Altesse Impériale le tzarévitch Alexandre Nicolaïévitch de Russie 1855-1881 : Sa Majesté Impériale l'empereur Nicolaïévitch de Russie

Enfance De son nom d'état civil Alexandre Nikolaïevitch Romanov (en ), le grand-duc Alexandre de Russie naît le à Moscou. Il est le fils aîné du grand-duc Nicolas Pavlovitch, frère de l'empereur régnant, , et de la grande-duchesse Charlotte de Prusse. À la mort d', le , son père monte sur le trône et devient empereur sous le nom de . Alexandre, alors âgé de sept ans et demi, devient tsarévitch.

Dans son enfance, il est baigné des convictions et de l'esprit réactionnaires qui prédominent dans les milieux dirigeants de la Sainte-Alliance. Après l'échec de l'insurrection décabriste le et durant les trente années où il est le prince héritier, l'atmosphère de Saint-Pétersbourg n'est guère favorable au développement intellectuel ni à l'innovation politique. Le gouvernement décourage la liberté de pensée et l'initiative personnelle. La censure est très sévère et toute critique des autorités considérée comme un crime.

Dès l'âge de six ans, on a confié son éducation au capitaine , ancien combattant des guerres de 1805 et de 1807 qui s'efforce d'inculquer à son jeune élève le courage et la discipline militaire. Plus tard, sous la supervision du poète libéral Vassili Joukovski, il reçoit l'éducation stricte que tous les jeunes Russes de bonne famille reçoivent : une solide culture générale et surtout une maîtrise de plusieurs langues européennes : russeLangue qu'il maitrisait extrêmement bien, selon Carrère d'Encausse., polonais, français, anglais, allemand… Prince athlétique et cultivé, aux idées libérales et germanophiles, il n'éprouve cependant aucun intérêt pour les affaires militaires, au grand regret de son père.

L'héritier En 1837, il entreprend deux « voyages d'étude », le premier, de sept mois, l'emmène dans la Russie d'Europe. Il rentre à Saint-Pétersbourg le .. Le second en Europe occidentale se déroule en 1838. Alexandre embarque le pour la Suède. Le périple se poursuit : Prusse, Vienne, Italie, Wurtemberg (Darmstadt), Angleterre, retour à Darmstadt.…

Après avoir envisagé d'épouser la princesse Alexandrine de Bade, le à Saint-Pétersbourg, il épouse Marie de Hesse-Darmstadt, convertie à l'orthodoxie et rebaptisée Maria Alexandrovna..

En 1845, Ivan Golovine écrit toutefois dans un ouvrage très critique qu'il fait paraître à Paris :

Empereur de Russie Les grandes réformes libérales des années 1860 thumb| posant la couronne sur la tête de son épouse, Maria Alexandrovna dans la cathédrale de la Dormition située dans le Kremlin de Moscou en 1856. À la mort de son père le , il monte sur le trône sous le nom d'. Il est couronné ainsi que son épouse Maria Alexandrovna le / dans la cathédrale de la Dormition située dans le Kremlin de Moscou.

Après la guerre de Crimée en 1856, où la Russie est vaincue par la France, le Royaume-Uni et l’Empire ottoman, il tente d'adapter la monarchie russe en faisant de grandes réformes.

L'abolition du servage

thumb|Rouble commémoratif pour le monument de et effigie d', en 1859. Après la défaite de la Russie lors de la guerre de Crimée et face à la multiplication des révoltes paysannes locales, le jeune empereur pense que la force et la tranquillité de l'Empire dépendent du règlement de la question agraire et en particulier de la fin du servage.

La politique menée par le tsar rencontre de grandes résistances du côté de la noblesse et six années de débats au sein de multiples commissions et comités sont nécessaires pour aboutir à l'établissement d'un nouveau statut : le , proclame par un oukase la liberté personnelle des serfs (les paysans des domaines de l'État la possèdent déjà depuis 1858).

L'oukase règle tout d'abord le statut juridique des paysans : ces derniers deviennent des « sujets ruraux libres ». Ils ne peuvent plus être vendus, achetés ou échangés ; ils sont libres dans leur vie privée (ils obtiennent le droit d'exercer un métier, de posséder un bien, de choisir de se marier) mais, durant les deux années qui suivent l'acte de libération, les paysans restent assujettis aux anciennes corvées et obligations économiques dues au seigneur et ne peuvent se déplacer sans l'accord du pomiechtchik pendant deux ans puis sans l'accord de la commune (mir) par la suite.

Le problème le plus délicat concerne la propriété de la terre. Le paysan libéré ne devient pas propriétaire de la terre qu'il cultive. La moitié des terres revient aux paysans, le reste aux propriétaires. Chaque paysan reçoit un lot de (environ ) mais cette concession n'est pas gratuite : il doit racheter la terre, payable en à l'État qui, de son côté, avance la somme aux propriétaires. L'évaluation des terres réalisée par l'administration est très favorable aux propriétaires.

Par ailleurs, les terres ne sont pas attribuées directement à chaque paysan mais à la commune paysanne (mir) qui les répartit ensuite entre les paysans.

La création des zemstvos En sont créées dans les provinces et les districts des assemblées (zemstvos) élues au suffrage indirect qui reçoivent la responsabilité du budget local, de l'instruction publique, de la construction des routes et des ponts et de la création de dispensaires. En 1870, la gestion des villes est confiée à des doumas suivant à peu près le même principe que pour les zemstvos.

Ces institutions sont très imparfaites sur le plan démocratique mais, pour la première fois, une part non négligeable de la population russe est appelée à participer à la gestion des affaires au moins locales. Toutefois, après les premiers décrets, l'influence du parti conservateur conduit à la publication de nouveaux décrets restreignant l'autonomie accordée initialement, faisant monter le mécontentement dans la population.

La réforme judiciaire À la fin de 1864 est promulguée la réforme de la justice. , tel est le sens de cette réforme. Le système judiciaire russe se rapproche des autres modèles européens.

La justice est désormais séparée de l'administration : l'instruction est confiée à des juges inamovibles, les débats deviennent publics et contradictoires, des avocats défendent les accusés et, pour les procès criminels, des jurys sont institués.

Des procédures d'appel sont organisées aux différents échelons : au Congrès des juges de paix pour les districts, à la Cour d'appel pour les affaires les plus graves, au Sénat pour les pourvois en cassation.

L'arbitraire ne disparaît pas pour autant : internements et déportations en Sibérie continuent à se faire sur simple décision administrative.

Développement économique et industrialisation du pays La guerre de Crimée a exposé les grandes lacunes de l'Empire russe sur le plan industriel. Selon l'historien Georges Sokoloff, cela s'est manifesté sur le champ de bataille par un manque flagrant de navires à vapeur, mais aussi sur le plan de l'armement : en pleine apogée du fusil à canon rayé, aussi nommé Stutzen, l'armée britannique disposait d'un Stutzen pour deux soldats, un pour trois soldats pour l'armée française, et seulement un pour vingt-trois soldats chez les Russes..

Dans ce contexte, une des ambitions majeures du nouveau tsar est de rattraper ce retard industriel, et en premier lieu dans le domaine ferroviaire. Par un oukaze de 1857, fonde la Société principale des chemins de fer russes, chargée de la supervision de la construction de lignes de chemin de fer dans l'empire. Mais en raison d'un manque de ressources financières, bancaires et techniques, le pouvoir impérial est contraint de faire appel au savoir-faire d'entreprises européennes. Ainsi, toujours en 1857, une concession ferroviaire de 4000 km de chemin de fer est concédée aux frères Pereire, permettant un accroissement majeur du réseau ferroviaire sur un temps court, passant de 350 km de voie ferrée en 1857 à 2000 en 1860.

À l'échelle de l'ensemble du règne d', les progrès en la matière sont également considérables : de 1864 à 1867, le réseau s’allonge de 12 600 kilomètres environ. En 1883, soit seulement deux ans après la mort du tsar, il s'évalue 24 000 kilomètres de longueur. Mais cette croissance du réseau ferroviaire russe est encore très largement insuffisante à l’échelle de l'ensemble de l’empire. En effet, les territoires situés dans l'Arctique et la Finlande sont très peu desservis, et les chemins de fer sont quasi inexistants dans les terres d'Asie Centrale. L’essentiel des voies ferrées sont concentrées dans la partie occidentale de l'empire, surtout en Russie d’Europe.

Les réformes de l'enseignement donne l'ordre à ses ministres de l'Éducation Poutiatine puis Golovnine de relever le niveau de l'instruction.

L'enseignement primaire est détaché de la tutelle de l'Église et pris en charge par les zemstvos (plus de sont ainsi créées). Les gymnases (lycées) sont divisés en deux catégories, classique et moderne, ouverts théoriquement à tous les élèves sans distinction d'origine ou de religion. Des collèges avec un seul cycle de quatre ans accueillent les enfants des milieux les moins favorisés.

Le Statut des Universités (1863) donne à celles-ci une très large autonomie et quelques franchises (les professeurs, les doyens et les recteurs sont désormais élus par leurs pairs et non plus nommés par le ministère). Elles sont désormais ouvertes à tous les jeunes gens indépendamment de leurs origines sociales à l'exception des jeunes fillesDes établissements destinés spécialement à l'enseignement des jeunes filles sont créés en parallèle par Golovnine..

Un mouvement initié dans l'aristocratie réformatrice conduit à la création d'écoles et d'universités privées pour jeunes filles (à Saint-Pétersbourg et Moscou), formant des infirmières et des médecins contre l'avis du pouvoir.

La réforme militaire La réforme militaire est rendue nécessaire par la défaite de la Russie lors de la guerre de Crimée. Le ministre de la Guerre Dimitri Milioutine entend s'appuyer sur l'exemple de l'armée prussienne qui sera victorieuse, lors de la guerre franco-prussienne de 1870.

Les innovations les plus importantes portent sur le service militaire. Tous les Russes doivent servir dans l'armée. Les conscrits sont tirés au sort avec des exemptions pour les cas sociaux et la durée du service actif est ramenée de 25 à , le service étant abrégé pour les jeunes gens instruits.

Les autres changements importants sont introduits dans le règlement et la justice militaire : les châtiments corporels sont interdits, la qualification du corps des officiers est améliorée et des écoles militaires sont créées à cet effet.

La réforme de la censure Une nouvelle loi sur la censure voit le jour en 1865 : elle est composée en réalité d'une série de règlements particuliers qui se superposent.

La censure préalable est abolie dans les deux capitales où elle est remplacée par un système d'avertissement et dont le troisième entraîne la suppression de la publication concernée. En outre, les affaires de presse sont transférées aux tribunaux réguliers.

De ce fait, la censure exerce un pouvoir plus fort, interdisant la propagation des ouvrages écrits par les socialistes et réformistes européens. Il se met en place une contrebande via la Pologne de livres en provenance d'Allemagne, d'Angleterre, de France, de Suisse principalement et les cercles d'étudiants s'échangent secrètement les livres et journaux interdits..