Les émeutes de à Aix-en-Provence sont un mouvement insurrectionnel provoqué par l'affrontement de plusieurs clubs patriotiques avec des sociétés monarchiques au début de la Révolution française. Durant plusieurs jours, la ville d'Aix-en-Provence est en émoi. Les troubles sont provoqués par un discours de l'avocat Jean Joseph Pierre Pascalis, qui se plaint des désordres menés par les patriotes et appelle au retour de la constitution provençale d'Ancien Régime. Le mouvement se solde par la mort de plusieurs protagonistes, dont celle de Pascalis, lynché par la foule sur le cours Mirabeau.
Contexte thumb|Portrait de Jean Joseph Pascalis peint par Joseph Villevieille vers 1900. L'Assemblée départementale des Bouches-du-Rhône s'installe à Aix le . Cette création a pour conséquence le démembrement de l'ancienne administration provençale. L'article 10 du décret du 2- provoque la suppression du Parlement de Provence. Sous le coup d'une vive colère devant l'état de ruines des anciennes institutions de la province, l'avocat aixois Jean Joseph Pierre Pascalis décide dans ces conditions de se retirer des affaires politiques et du barreau.
Le discours du 27 septembre Le 27 septembre, il entre en robe au palais du Parlement en compagnie de plusieurs avocats. Annoncé par l'huissier, il prononce un discours qui aura des conséquences majeures, discours que certains historiens qualifient « des plus séditieuxInstitutions et vie municipale à Aix-en-Provence sous la Révolution, Christiane Derobert-Ratel, Édisud, Aix-en-Provence, 1981, p.111. ».
Réactions locales au discours du 27 septembre
La teneur de ce discours se répand dans toute la ville en quelques heures et, tandis qu'il éveille les sentiments monarchistes d'une frange silencieuse de la population, il provoque un déchaînement de colère chez les partisans de la Révolution et de la crainte chez les administrateurs d'Aix. Le président Noé dénonce les mots de Pascalis, les qualifiant d'« inconstitutionnels » et de « dangereu ». En début de soirée, les officiers municipaux, en tête desquels le maire Jean Espariat, débattent des mesures à prendre. Une délégation du club des Amis de la Constitution, menée par l'avocat Arbaud, futur juge de district à Marseille, surgit alors pendant le conseil et demande l'interdiction de la publication du discours, quitte à rendre visite à tous les imprimeurs d'Aix, ce qui sera le cas. Le registre sur lequel est retranscrit le discours est lacéré.
Charles Ribbe précise les accusations formulées contre Pascalis : « Ils allèrent jusqu'à l'accuser d'avoir voulu lever le drapeau de la guerre civile, ils le dénoncèrent comme un conspirateur cherchant à ramener les privilèges et les abus. » Le procureur de la commune rend une plainte contre l'avocat. Les officiers municipaux d'Aix rédigent un procès-verbal qu'ils adressent à l'Assemblée nationale, dont l'examen est confié au Comité des recherches de la constituante.
Une société populaire de la ville va désigner en Pascalis l'ennemi du peuple : le Club des Amis de la Constitution, formé de jeunes avocats et d'artisans que Ribbe qualifie de « désœuvrés ». Ajoutée à cette société, celle de l'abbé Rive s'acharne à insulter et à inciter ses membres à la violence contre Pascalis.
La conspiration du Sud-Est Celui-ci, craignant pour sa vie, mais, selon les témoignages, « inaccessible à la peur », se retire dans la campagne aixoise, au quartier des Pinchinats, dans le château de la MignardeCe château abritera, quelques années plus tard, la liaison entre Pauline Borghèse, la sœur de Napoléon, et Auguste de Forbin, jeune aristocrate aixois.. Le lieu est connu du tout Aix, car Pascalis y passe plusieurs moments de sa vie et vient s'y ressourcer, loin des bruits de la ville. Plusieurs amis lui rendent visite : Joseph Dubreuil, le futur maire d'Aix, le procureur Darbaud, les présidents d'Albert de Saint-Hippolyte et de Mazenod, ainsi que des magistrats du Parlement non encore exilés. Le royaliste Antoine Balthazar Joachim d'André lui propose même de fuir par une lettre de Paris du 12 octobre, ce que Pascalis refuse catégoriquement.
Le 31 octobre, l'abbé Rive organise une réunion des paysans d'Aix dans l'ancienne église des Bernardines, donnant à l'assemblée le titre d'« Assemblée particulière des vénérables frères anti-politiques, c'est-à-dire des hommes vrais, justes et utiles à la patrie ». Charles Ribbe rappelle la façon dont Rive parle de Pascalis : « Quand il parle de Pascalis, il écume de rage : Pascalis n'est pas seulement à ses yeux un ennemi, c'est un monstre ; c'est l'incendiaire Pascalis, le scélérat Pascalis, l'exécrable, le forcené Pascalis, l'abominable conjuré, le fameux énergumène Pascalis. » Alors qu'il prédit une « très prochaine anti-révolution » de la part des ennemis du peupleLa rumeur court alors dans les milieux jacobins de l'imminence d'un mouvement contre-révolutionnaire., lui et son club pressent la municipalité de poursuivre Pascalis.
Chronologie Samedi 11 décembre La création d'une société monarchique à Aix va mettre le feu aux poudres. Le , un écuyer à l'Académie royale d'équitation, le chevalier de Guiramand, accompagné de quatre hommes, Darbaud, ancien procureur au Parlement d'Aix, Pons, maître d'armes, Coppet, maître-gantier, et Blanc, commis, vient demander l'autorisation de la création de sa société, la « société des amis de l'ordre et de la paix » (aussi appelée « société des amis de la religion et du roi ») à l'hôtel de ville. Celle-ci tient ses réunions au cercle Guion, sur le cours Mirabeau. Une rumeur se répand, selon laquelle un projet de contre-révolution se mettrait en place dans Aix. Aussitôt, on s'agite dans les clubs patriotiques. On dit que les « ennemis de la révolution [ont] employé des ouvrières à fabriquer des cocardes blanches ». La cocarde blanche est en effet le signe de reconnaissance de cette société qui recueille des adhésions en échange d'offres d'emploi et d'argent aux signataires. Le but que poursuit ce club est l'avènement du « triomphe prochain des contre-révolutionnaires ». Les républicains considèrent l'initiative de Guiramand comme une déclaration de guerre. Des pétitions sont immédiatement envoyées au corps municipal pour faire interdire la nouvelle société. On délibère qu'une réunion se tiendra le lendemain à 9 heures et que les Frères anti-politiques y seront invités, pour s'unir aux Amis de la Constitution.
Dimanche 12 décembre Le lendemain, , des gardes nationaux patrouillent en costume dans la ville, sabre en bandoulière. La quasi-totalité des membres de clubs patriotiques parcourent les rues pour montrer leur présence. La réunion du matin a finalement lieu à 16 heures. Elle porte le nom de « Sainte Coalition ». Les clubs des Amis de la Constitution et des Frères anti-politiques se jurent union, concorde et fraternité. Chacun jure de verser jusqu'à la dernière goutte de son sang pour le maintien de la Constitution. Selon Charles Ribbe, l'ambiance est délirante. thumb|Le 53 bis du cours Mirabeau qui abrite alors le cercle Guion. Une heure plus tard, alors que la nuit tombe, des mouvements de foule ont lieu dans la ville, causant des troubles. Les clubistes avancent sur le cours Mirabeau en chantant Ah ! ça ira. Arrivés à l'hôtel de Gantès, au numéro 53 bisDeux ans plus tard, en 1792, sera créé au même endroit un café nommé « café des Deux-Garçons ». Celui-ci est toujours en activité., où se trouve alors le cercle de Guion, ils lancent des cris comme « Ouf, ouf, les aristocrates à la lanterne ! ». Le chevalier de Guiramand, en compagnie de deux hommes, se présente à la porte du cercle. Un coup de feu soudain le blesse à la cuisse. Le chevalier riposte à l'aide de ses deux pistolets. La foule en colère tente de forcer l'entrée du cercle au cri de Foou toutei leis esgourgea !« Il faut tous les égorger », en provençal. Propos rapportés par Pierre-Joseph-Fortuné Bonnaud de la Galinière et consignés par .. Plusieurs personnes sont alors présentes dans la salle : de Tressemane, de Gueydan, de Bayen, de Bonnaud de la Galinière, de Castellet (qui est le directeur de la poste), Grandin de Salignac (trésorier de France), mais aussi une dizaine de soldats du régiment du Lyonnais, attablés et jouant aux cartes. Comme des coups de feu sont tirés dans la salle, les officiers décident de se frayer un chemin dans la foule pour sortir du cercle, sabre à la main, et tentent de fuir par le cours Mirabeau. D'autres s'échappent par une porte arrière dans la rue des Grands-Carmes. Plusieurs sont blessésLe soldat Valeix, blessé, tombe sur les marches de l'église des Carmélites (aujourd'hui chapelle des Oblats).. Quelques soldats sont pris en otage par la foule et conduits à l'hôtel de ville. thumb|left|Le cours Mirabeau de nos jours. Aussitôt, les officiers du Lyonnais parviennent aux casernes Saint-Jean à quelques centaines de mètres du Cours et rassemblent un régiment pour venir en aide aux soldats retenus. Quelques soldats aux casernes refusent toutefois de marcher contre les patriotes. L'un d'eux, nommé Ferréol, sera ultérieurement ovationné par les patriotes, qui demandent le 30 janvier suivant qu'une rue contiguë à la place de Prêcheurs porte son nom et qu'une inscription soit placée aux casernes « en mémoire du civisme du brave Ferréol ».
Une fois le calme rétabli, le corps administratif de la ville fait murer les portes du cercle Guion et les juges du tribunal viennent enquêter. On décide dans le même temps de faire partir de la ville les compagnies du Lyonnais : cinq iront à Lambesc, trois à Roquevaire et deux à Auriol.
Pour les patriotes, les membres du cercle Guion étaient décidés à mettre la ville d'Aix à feu et à sang. Et un homme est, à leurs yeux, derrière le complot : l'avocat Pascalis. Pour la société des amis de la Constitution, « les sinistres prédictions consignées dans les adieux de Pascalis à la Chambre des Vacations étaient un indice irrécusableRécit historique des faits qui ont précédé et suivi la découverte d'un projet de contre-révolution médité à Aix, imprimé par ordre de la société des amis de la Constitution, Aix, veuve André Audibert, 1791, p. 4.. » Une réunion comprenant vingt députés des deux clubs a alors lieu chez l'abbé Rive. Celui-ci, dans sa hargne habituelle, convainc ses visiteurs d'aller s'emparer de l'avocat, qu'il dit gardé par une cinquantaine de paysans, allégation fantaisiste, Pascalis se trouvant alors quasiment seul à la Mignarde. Il semble que Pascalis ne croit à aucun moment que la foule oserait venir l'arrêter. Quelques jours avant le , quand un ancien magistrat lui propose de fuir pour Eyguières, dans sa famille, en lui disant : « On en veut à vos jours », celui-ci se contente de répondre par un laconique : « Ils n'oseraient », formule jadis employée par le duc de Guise. Cette détermination de Pascalis à ne pas fuir vient sans doute du fait qu'il est persuadé que le peuple d'Aix reste de son côté, viscéralement attaché aux racines qu'il défend lui aussi. Tout le monde parmi la municipalité s'attend pourtant au pire. Joseph Dubreuil répond même à un officier municipal qui critique l'attitude entêtée de Pascalis : « Vous qualifiez d'imprudence la conduite de M. Pascalis ; sachez que si quelqu'un attentait à sa personne, il se répandrait du sang. » L'arrestation prochaine de Pascalis ne faisant guère de doute parmi ses proches et malgré les appels à la fuite non suivis d'effet, personne n'ose plus s'interposer. Le secrétaire de l'avocat, prenant un repas, est averti dans la soirée du 12 que Pascalis est sur le point d'être arrêté. Impassible, il poursuit son repas jusqu'à son terme. Au même moment, 80 hommes environ investissent le château de la Mignarde et enlèvent Pascalis, le garrottent et l'emmènent à l'hôtel de ville.
Lundi 13 décembre