Fârâbî (en arabe فارابي), de son nom complet Abû Nasr Muhammad ibn Muhammad ibn Tarkhân ibn Uzalagh al-Fârâbî, également connu en Occident sous les noms de Alpharabius, Al-Farabi, Al-Fārābī, Farabi, Abunaser et Alfarabi, est un philosophe médiéval persan et musulman. Né en 872 à Wâsij près de Farab en Transoxiane, ou à Faryab au Grand Khorassana b c d e f g h i j Dimitri Gutas, « Farabi » in Encyclopædia Iranica, Online Edition 2005-2007; accessed March 1, 2007.(in Flügel ), il meurt à Damas, en Syrie en 950. Il approfondit toutes les sciences et tous les arts de son temps, et est appelé le Second instituteur de l'intelligence.

Il étudie à Bagdad (actuel Irak). On lui doit un commentaire de La République, ainsi qu'un Sommaire des Lois de Platon. Il fut aussi un théoricien de la musique et un excellent joueur de luthCf. Livre de l'inventaire des sciences, cité par M. Honegger, Dictionnaire usuel de la musique, Paris, Bordas, 1995, ..

Al-Farabi est une figure majeure parmi les philosophes et savants de l'Islam médiéval. Il a marqué de son influence Avicenne.

Contexte La fermeture des écoles philosophiques païennes d'Athènes, par Justinien en 529, marque la fin de l'Académie de Platon. Les textes grecs antiques sont sans cesse recopiés et étudiés (seul procédé de conservation de l'époque) dans les centres monastiques de Grèce et à Constantinople.

Les philosophes chrétiens d'orient ou nestoriens sont les héritiers de la translatio studiorum des Grecs vers le monde arabe. Les philosophes platoniciens se retrouvent à Alexandrie, à Harran et à Antioche, avant d'essaimer vers Bagdad. Bagdad au se caractérise par une atmosphère d'effervescence intellectuelle et d'éclectisme. La dynastie bouyide favorise l'émergence du chiisme et le développement de la culture, aussi bien arabe que persaneAl-Farabi. Philosopher à Bagdad au X e siècle. Dossier historique par Ali Benmakhlouf, p. 195.. Mais les tensions entre les chiites et les sunnites les plus conservateurs, les hanbalites, tournent plusieurs fois à l'affrontement violent.

Fârâbî est un philosophe qui vit dans le contexte particulier de la longue émergence de l'Islam comme civilisation et entité politique stable. Le califat central se morcelle en émirats et en États qui se veulent indépendants. La période est troublée : de 847 à 945, six califes sont assassinésAl-Farabi. Philosopher à Bagdad au Xe siècle. Présentation par Ali Benmakhlouf, p. 10.. Cette instabilité n'est pas sans répercussions sur la pensée politique d'al-Farabi. Les détails de la science de la religion et du droit musulman (fiqh) structurent les détails et les discussions qui se développent au sein de la vie intellectuelle en pays d'Islam.

Biographie Fârâbî serait d'origine persane, ou d'un des peuples turcs vivant en Perse B.G. Gafurov, Central Asia:Pre-Historic to Pre-Modern Times, (Shipra Publications, 2005), 124; "Abu Nasr Farabi hailed from around ancient Farabi which was situated on the bank of Syr Daria and was the son of a Turk military commander".Will Durant, The Age of Faith, (Simon and Schuster, 1950), 253. Nicholas Rescher, Al-Farabi's Short Commentary on Aristotle's Prior Analytics, University of Pittsburgh Pre, 1963, p.11, Online Edition. Antony Black, The History of Islamic Political Thought: From the Prophet to the Present, Routledge, , Online Edition James Hastings, Encyclopedia of Religion and Ethics, Kessinger Publishing, Vol. 10, , Online Edition(a) edited by Ted Honderich. (1995). The Oxford companion to philosophy. Oxford: Oxford University Press. . "Of Turki origin, al-Farabi studied under Christian thinkers" (b) edited and translated by Norman Calder, Jawid Mojaddedi and Andrew Rippin. (2003). Classical Islam a sourcebook of religious literature. New York: Routledge. . "He was of Turkish origin, was born in Turkestan" (c) Ian Richard Netton. (1999). Al-Fārābī and his school. Richmond, Surrey: Curzon. "He appears to have been born into a military family of Turkish origin in the village of Wasil, Farab, in Turkestan" (d) edited by Henrietta Moore. (1996). The future of anthropological knowledge. London: Routledge. "al-Farabi (873-950), a scholar of Turkish origin." (e) Diané Collinson and Robert Wilkinson. (1994). Thirty-Five Oriental Philosophers.. London: Routledge. "Al-Farabi is thought to be of Turkish origin. His family name suggests that he came from the vicinity of Farab in Transoxiana." (f) Fernand Braudel ; translated by Richard Mayne. (1995). A history of civilizations. New York, N.Y.: Penguin. "Al-Farabi, born in 870, was of Turkish origin. He lived in Aleppo and died in 950 in Damascus" (g) Jaroslav Krejčí ; assisted by Anna Krejčová. (1990). Before the European challenge : the great civilizations of Asia and the Middle East. Albany: State University of New York Press. . "the Transoxanian Turk al-Farabi (d. circa 950)" (h) Hamid Naseem. (2001). Muslim philosophy science and mysticism. New Delhi: Sarup & Sons. . "Al-Farabi, the first Turkish philosopher" (i) Clifford Sawhney, The World's Greatest Seers and Philosophers, 2005, (j)Zainal Abidin Ahmad, Negara utama (Madinatuʾl fadilah) Teori kenegaraan dari sardjana Islam, al Farabi. 1964, (k) Haroon Khan Sherwani, Studies in Muslim Political Thought and Administration, 1945, (l) Ian Richard Netton, Al-Farabi and His School, 1999, . Son lieu de naissance est Farab, en Perse à l'époque Samanide, dans la région du Turkestan, et dans le Kazakhstan actuel. Fārāb était le nom d'une ville, et du district qui en dépendait. Al-Farabi n'est peut-être pas né dans la ville elle-même, mais dans le village voisin de Wasij. Mais on sait peu de choses de son enfance. Il connaît le turc et le persan. Il apprend l'arabe, et c'est dans cette langue qu'il écrit son œuvre. Il mène une vie simple, consacrée à l'étude, se tient à l'écart de la vie politique et porte l'habit des soufis. Fârâbî fut appelé le « Second Maître » par Maïmonide, le « Premier Maître » n'étant autre qu'Aristote. Il est l'un des premiers à étudier, à commenter et à répandre parmi les musulmans la connaissance d'Aristote et à influencer l'école péripatéticienne orientale.

Fils d'un chef turc iraniséJean-Paul Roux, Histoire de l'Iran et des Iraniens, Fayard, 2006, . qui aurait exercé un commandement militaire à la cour samanide, vassale du califat abbasside arabe de Bagdad, Abu Naser Fârâbî part se former dans la capitale califale en 941 ou 942. À Bagdad (actuel Irak), il étudie la grammaire, la logique, la philosophie, les mathématiques, la musique et les sciences.

Fârâbî suit les enseignements de Abu Bishr Matta ben Yunus et fréquente les philosophes chrétiens nestoriens. Son éloquence, ses talents dans la musique et la poésie lui valent l'estime du sultan de Syrie, Sayf al-Dawla, qui voulut l'attacher à sa cour de Damas. Mais Fârâbî s'en excusa pour s'installer à Alep, voyager en Égypte, et revenir mourir à Damas en 950Henry Corbin, p. 223..

Selon une autre version, il passe la plus grande partie de sa vie à la cour de Syrie dès 942, pensionné par le prince. Après avoir accompagné le souverain au cours d'une expédition, il décède vers l'âge de 80 ans. Badawi considère comme le plus probable cet itinéraire : Farabi quitte Bagdad pour Alep en 942 (330 AH). Il part pour Damas l'année suivante, où il est l'hôte de Sayf al-Dawla de 946 à 948. Il fait un séjour en Égypte puis revient à Damas en 949, et y meurt l'année suivanteA. Badawi, p. 483..

Qu'il fût le protégé d'un prince hamdanide peut être l'indice de la part d'al-Farabi d'un penchant pour le chiismeIan Richard Netton. Al-Fārābī and his school, p. 4.. En général, sa vie est mal-connue par comparaison avec Ibn Sina par exemple.

Œuvre et pensée Fârâbî n'est pas le premier philosophe de la civilisation islamique, ses deux grands prédécesseurs sont Al-Kindi et Razi, mais leurs réflexions éthiques demeurent assez éloignées des considérations politiques. Fârâbî, quant à lui, s'intéresse particulièrement à la question du régime politique.

Al-Farabi connaît l'histoire de la philosophie grecque. Dans son petit traité de Ce qu'il faut savoir avant d'étudier la philosophie, il en décrit les différentes écolesTraduit sous le titre Les préliminaires indispensables à l'étude de la philosophie dans Philosopher à Bagdad au .. Il retrace fidèlement l'histoire de l'école péripatéticienne et celle de la transmission de l'héritage aristotélicien des Grecs aux ArabesA. Badawi, p. 496-498..

Il publie un certain nombre de textes qui sont des commentaires, ou des synthèses personnelles sur la philosophie de Platon et d'Aristote : L'Accord des Philosophes Platon et Aristote, une énumération des Dialogues de Platon, un ouvrage consacré aux Opinions des habitants de la Cité vertueuse et un Sommaire des Lois de Platon. Il connaît La République de Platon. Il a commenté toutes les parties de lOrganon d'Aristote, dont il connaît aussi la Métaphysique. En revanche, il semble qu'il n'ait pas eu connaissance de la Politique d'Aristote, qui n'était pas traduite en arabeA. Badawi, p. 575.. Il a lu également la « Théologie », un ouvrage d'origine plotinienne traduit à l'époque d'al-Kindi et attribué par erreur à Aristote. Déconcerté par les incohérences qui éclatent entre la Métaphysique et la « Théologie », il n'imagine pas que le Maître ait pu se contredire aussi grossièrement, et envisage l'idée que les deux livres puissent ne pas être du même auteur. Mais, sur le point de découvrir la vérité, il se ravise, considérant que l'authenticité de deux ouvrages aussi célèbres ne peut être mise en douteA. Badawi, p. 526-527.. De ce fait, sa pensée est également imprégnée des idées de Plotin. Alors que dans sa théorie politique, Platon est sa source principaleA. Badawi, p. 558 et suivantes., sa métaphysique est marquée par l'empreinte d'AristoteA. Badawi, p. 530. et fortement teintée de néo-platonismeA. Badawi, p. 541-543 et 556..

Le style ésotérique de certains de ses ouvrages, comme Fuṣūṣ al-hikam (« Les gemmes de la sagesse »), exprime l'influence mystique néo-platonicienneA. Badawi, p. 554. et soufieHenry Corbin, p. 225..

Philosophie première Fârâbî utilise la philosophie grecque pour penser la vérité du monothéisme et des données de la révélation . Pour autant, il ne faudrait pas en conclure que la philosophie est mise au service de la religion. La religion véritable est identique à la philosophieAl-Farabi. « Le livre de la religion x (Kitab al-millah) in Philosopher à Bagdad au , p. 51-53.. La Révélation et la philosophie sont deux moyens différents (l'une qui repose sur l'inspiration, l'autre sur la démonstration) d'atteindre une même véritéHEnry Corbin, p. 230..

Fârâbî est l'un des premiers, après les néo-platoniciens Simplicius et Damascius, à tenter de concilier Platon et Aristote, qu'il ne voit pas en contradiction, mais en étapes sur le chemin d'une seule et même sagesseAli Benmakhlouf, p. 11.Christian Jambet 2011, op. cit., p. 427 note 26.. Il opère une synthèse fondée sur les Ennéades (IV-VI) de Plotin.

L'être nécessaire Fidèle à la tradition péripatéticienne, il définit la métaphysique ('ilm al-ilâhî) comme science de l'être. L'être se divise en être contingent (avec une cause) et en être nécessaire (sans cause matérielle). L'être nécessaire est celui dont la négation implique contradictionA. Badawi, p. 532.. Ces distinctions sont un héritage d'Aristote. Mais l'originalité d'al-Farabi est d'introduire une distinction entre l'essence et l'existenceHenry Corbin, p. 226.. Les deux ne coïncident pas. L'existence de l'être contingent n'est pas contenue dans son essence. Elle est un accident. C'est seulement chez l'être nécessaire que l'existence est essentielle. On ne peut pas concevoir son essence sans son existence. Ces réflexions sont au fondement d'une preuve de l'existence de Dieu, reprise par AvicenneA. Badawi, p. 533-534..

Théorie de l'émanation