Mary Church Terrell, née le à Memphis dans l'État du Tennessee et morte à Annapolis dans l'État du Maryland, est une essayiste américaine et l'une des premières femmes afro-américaine à avoir obtenu un diplôme de l'enseignement supérieur. Elle devient une militante qui dirige de nombreuses associations et s'implique en faveur des droits civiques et du droit de vote des femmes. Elle est la première afro-américaine à siéger à la Commission scolaire de la ville de Washington (district de Columbia) de 1895 à 1901, puis de 1906 à 1911. Elle est également la cofondatrice de la National Association of Colored Women's Clubs dont elle est la première présidente et une des fondatrices de la National Association for the Advancement of Colored People.
Biographie Jeunesse et formation Mary Church Terrell, née Mary Eliza Church, surnommée « Mollie » est la fille de Robert Reed Church, le fils illégitime de son maître le capitaine Charles B. Church, et Louisa Ayers Church, une domestique qui a appris à lire et à écrire et avait même reçu des cours de français. Tous les deux sont des anciens esclaves affranchis par le treizième amendement du abolissant l'esclavage qui se sont installés à Memphis. Le capitaine Charles B. Church se conduira vis-à-vis de Mollie comme un grand-père et sa grand-mère maternelle Eliza Ayres lui donnera le goût des livres en lui racontant des histoires et des contes et la sensibilisera à son héritage africain. Robert Reed Church est suffisamment clair de peau pour qu'on le prenne pour un blanc, tandis que sa mère Louisa est de couleur « café au lait », Mollie apprendra les problèmes de couleur de peau avec le temps. Ses parents ont veillé à ce qu'elle et son frère bénéficient de la meilleure éducation possible, c'est pourquoi ils envoient Mary, dès l'âge de ses , suivre ses études à l'école primaire rattachée à l'Antioch College de Yellow Springs dans l'Ohio, l'un des rares établissements non ségrégués. Mollie y restera pendant et sera sous la protection des Hunsters, un couple d'Afro-Américains propriétaires de la pension où elle réside. Elle fut souvent la plus jeune élève et la seule Afro-Américaine de sa classe et devra subir de temps à autre des remarques désobligeantes sur la couleur de sa peau, mais tenant tête, elle s'affirme en devenant la première de sa classe. À ses , ses parents l'envoient suivre ses études secondaires dans un établissement public d'Oberlin dans l'Ohio, où elle devient pensionnaire. Mollie découvre de nouveaux sports le tennis, l'équitation, le baseball et fréquente le conservatoire de musique d'Oberlin où elle se fait remarquer par sa voix de contralto et est intégrée à un groupe musical qui lui permettra de chanter Le Messie de Haendel. Adolescente, elle est déjà admise dans une société littéraire et franchissant tous les obstacles liés à sa couleur de peau, elle arrive à se faire éditer dans le journal de son école. Elle obtient son diplôme de fin d'études secondaires en 1879.
gauche|vignette|Anna J. Cooper. Mary Church est acceptée par l'Oberlin College, l'une des rares universités non ségréguées des États-Unis, elle se spécialise dans la littérature classique et antique (grec et latin) à l'Oberlin College, elle est une des rares femme afro-américaine parmi des étudiants pour la plupart masculins et blancs mais s'intègre bien. En obtenant son Bachelor of Arts (licence) en 1884, elle est avec Anna J. Cooper et l'une des trois afro-américaines diplômées de cette année par l'Oberlin College. Elle poursuit ses études universitaires à l'Oberlin College et obtient le Master of Arts (mastère) en 1888. Elle part ensuite étudier pendant deux ans en Europe, où elle visite la France, l’Allemagne, la Suisse, l’Italie et le Royaume-Uni.
Carrière Face aux préjugés vignette|Mary Church Terrell. De 1886 à 1888, Mary Church enseigne le latin et le grec dans un établissement d'enseignement secondaire () réservé aux Afro-Américains, la à Washington (district de Columbia) connue de nos jours sous le nom de la . Mariée depuis 1891, elle doit faire face aux préjugés envers les femmes universitaires, et plus généralement envers les femmes mariées qui travaillent, elles étaient l'objet de blagues et de caricatures les représentant comme mal attifées et accusées de violer les lois de la nature, leur place devant être celle de la femme au foyer, ce à quoi elle ne pouvait se résoudre. gauche|vignette|Portrait photographique de Frederick Douglass. En 1892, alors qu'elle est enceinte, elle apprend le lynchage d'un ami d'enfance Tom Moss, aussitôt, elle contacte Frederick Douglass et tous les deux se rendent à la Maison Blanche pour demander au président Benjamin Harrison de condamner la pratique du lynchage et faire voter une loi allant dans ce sens, mais en vain ; pendant les suivantes elle combattra sans relâche les lynchages.
L'engagement féministe Toujours en 1892, Mary Church Terrell accepte de prendre la direction d'une nouvelle organisation située à Washington (district de Columbia), la (Ligue des femmes de couleur). Trois années plus tard, la Ligue des femmes de couleurs fusionne avec la Federation of Afro-American Women de Boston pour former la National Association of Colored Women (NACW) (Association nationale de femmes de couleur) dont la première présidente sera Mary Church Terrell et Frances Harper, la vice présidente.
Parallèlement en tant qu'enseignante à la elle s'est faite un nom en devenant la première afro-américaine à siéger à la Commission scolaire de la ville de Washington (district de Columbia) de 1895 à 1901.
vignette|Portrait photographique de Susan B. Anthony. Comme d'autres Afro-Américaines telles que Frances Harper ou Ida B. Wells, elle milite pour le droit de vote des femmes, les Afro-américaines se sentent comme des marginales face au mouvement des suffragettes animé principalement par des femmes d'origine européenne. Du fait de sa fonction de présidente de la NACW , elle est appelée à tenir des conférences auprès d'organisations de suffragettes blanches comme la National American Woman Suffrage Association (NAWSA). En 1896, elle prend la parole lors d'un meeting de la NAWSA où elle expose la condition des femmes afro-américaines qui doivent subir les violences discriminatoires de la ségrégation en plus du sexisme, Susan B. Anthony lui demande si elle est membre de la NAWSA, ce à quoi Mary Church Terrell lui répond que non qu'elle parle au nom de la NACW, c'est la première étape d'une amitié empreinte de respect mutuel. Susan B. Anthony invitera régulièrement Mary Church Terrell à des réunions de la NAWSA et à ses conventions, et elle devient membre à part entière de la NAWSA. En 1900, elle tient un discours de qui fait date devant la NAWSA, sur le thème de la juste cause du suffrage des femmes (). Elle est la seule personne de couleur à prendre la parole au Congrès international des femmes de Berlin de , et afin de mieux être écoutée, elle prononce son discours en allemand puis elle fera des réponses aux questions sur son discours en allemand, français et bien sûr en anglais. L'impact de son discours est tel qu'elle est invitée à voyager en Europe, ce qui lui permet de revoir les relations qu'elle s'était faites lors de son voyage précédent.
Après avoir convaincu les femmes "blanches" d'intégrer les femmes de couleur au combat pour le droit de vote, il lui faut convaincre les hommes afro-américains ; pour cela elle va argumenter en leur démontrant que leur sexisme est du même ordre que le racisme qu'il subissent, qu'en fin de compte le racisme et le sexisme sont intrinsèquement semblables.
L'engagement au sein de la NAACP En 1906, Mary Church Terrell intègre l'équipe préparatoire à la fondation de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP). Après la création de la NAACP en 1909, elle crée et organise la section locale de l'association à Washington (district de Columbia) et en devient sa vice-présidente. Comme les autres sections de la NAACP, celle du district de Columbia lutte contre la pratique du lynchage et des violences raciales mais aussi contre le racisme ordinaire que subissent quotidiennement les Afro-Américains ; à Washington (district de Columbia) quand des Afro-américains assistaient à des concerts ou à des pièces de théâtre ils étaient relégués dans des galeries réservées aux gens de couleur, l'accès aux restaurants et hôtels du centre-ville leur était interdit tout comme la possibilité d’accéder à un logement dans ce même centre-ville, ils ne pouvaient se loger que dans les quartiers pauvres de la banlieue. Les transports publics de la ville étaient également ségrégués.
Le texte de sa conférence () est publié en 1912 par le magazine The Crisis, organe officiel de la NAACP, dans cet article elle démontre que le vote des femmes est indispensable pour faire avancer la justice raciale, que l'opposition au vote des femmes est une absurdité, que dénier le droit des femmes est discriminatoire, c'est écarter les femmes du genre humain, en faire des citoyennes de seconde zone.
La Première Guerre mondiale et le Congrès international des femmes de 1919 vignette|Portrait photographique d'Alice Hamilton. gauche|vignette|Portrait photographique de Jane Addams. Quand les États-Unis s'engagent dans la première Guerre mondiale, il est fait appel aux femmes pour remplacer les hommes partis au front, Mary Church Terrell propose sa candidature pour travailler au ministère de la guerre () elle est acceptée grâce à sa connaissance du français et de l'allemand. Dans un premier temps elle est affectée dans un service de "Blanches", mais au bout de deux mois, à la suite de protestations liées à sa couleur, elle est transférée dans un service uniquement composé de "Noires" et humiliation suprême il lui est interdit d'utiliser les toilettes réservées pour les seules femmes blanches ; outrée elle va se plaindre à la direction pour lui demander le motif d'une telle discrimination, il lui est répondu que cela est lié au fait que . À la fin du conflit alors que les revendications des suffragettes atteint son point culminant, elle et sa fille Phyllis rejoignent les piquets qui se tiennent devant la Maison Blanche, manifestation organisée par le National Woman's Party. Pendant que se tiennent les différentes conférences pour établir les traités consécutifs à l'armistice de 1918, Mary Church Terrell fait partie des trente femmes composant la délégation américaine invitée pour participer au Congrès international des femmes qui se tient à Zurich en Suisse. Durant la traversée de l'Atlantique elle prend ses repas à la table du capitaine avec d'autres déléguées américaines comme Jane Addams (la présidente du Congrès), Florence Kelley, Alice Hamilton et Emily Balch.
gauche|vignette|Portrait d'Alice Paul pris par le studio Harris & Ewing.