Raúl Castro, né le à Birán (province de Holguín), est un homme d'État cubain.
Dans le cadre de sa participation à la révolution cubaine, il est l'un des membres du Mouvement du 26 Juillet. Par la suite, il est ministre de la Défense de 1959 à 2008 et premier vice-président du Conseil d'État et président du Conseil des ministres de 1976 à 2008.
Il est président par intérim à partir du , puis est élu président des Conseils d'État et des ministres le , succédant à son frère Fidel Castro. Il occupe le poste jusqu'au . Membre du Parti socialiste populaire depuis 1953, il adhère au Parti communiste de Cuba en 1965 et en est Premier secrétaire du au .
Situation personnelle Naissance et jeunesse Raúl Modesto Castro Ruz est le quatrième enfant d'Ángel Castro Argiz, riche planteur sucrier, et de sa cuisinière Lina Ruz González. Des rumeurs persistantes prétendent que Raúl Castro ne serait que le demi-frère de Fidel. Son père biologique aurait été un sergent dans l'armée et commandant de poste de garde de Birán (le village natal des frères Castro), nommé Felipe Miraval, un métis chinois et mulâtre qui aurait entretenu des relations avec sa mère Lina Ruz González, ce qui pourrait expliquer qu'on le surnomme « le Chinois », en raison de sa petite taille et des traits de son visage très différents de ses frères. Son père est un ancien soldat de la guerre d'indépendance de 1895, sympathisant franquiste et riche planteur sucrierHector Lemieux, « Raul Castro, grand oublié de la révolution cubaine », Le Figaro, samedi 3 / dimanche 4 juin 2017, page 7..
Études Il est envoyé dans une école militaire à l'âge de 6 ans. Malgré des études dans des écoles jésuites de Cuba, Raúl Castro n'obtiendra pas de diplôme. Il adhère au Parti communiste en 1953Sylvie Kauffmann Le bras armé Le Monde, 10 août 2006, après un voyage derrière le rideau de fer et participe activement aux émeutes estudiantines sous la dictature de Fulgencio Batista.
Parcours politique
Révolution cubaine (1953-1959) thumb|left|Raúl Castro et Che Guevara. Les frères Castro organisent une réaction armée au putsch de Batista en attaquant la caserne de Moncada le , mais celle-ci est un désastre et la moitié des assaillants est exécutée sommairement après sa capture. Raúl est emprisonné sur l'île des Pins pendant 22 mois à cause de cette opération manquée.
Amnistié en 1955 par le dictateur Fulgencio Batista, il s'exile au Mexique, puis aux États-Unis avec son frère Fidel, d'où il réorganise la résistance à Batista, que l'on appelle le mouvement du 26 juillet. Il se lie d'amitié avec Che Guevara, un autre membre de la résistance. Durant son exil à Mexico, il participe aux préparatifs de l'expédition à bord du navire Granma, qui débarque à Cuba le . Après avoir été prise dans une embuscade sanglante des troupes de Batista et harcelée par l'aviation, la petite troupe révolutionnaire est rapidement ébranlée. Il fait partie du petit groupe de survivants qui réussissent à rejoindre un refuge dans la sierra Maestra d'où ils poursuivent la lutte armée.
En février 1958, il reçoit pour mission de prendre l'ancienne province orientale afin d'ouvrir le front à la colonne des guérilleros au nord-est de ce territoire. Il devient commandant le . En juin, acculé par les bombardements incessants de l'aviation ennemie, il fait enlever une cinquantaine de citoyens nord-américains, ingénieurs et soldats rentrant à Guantánamo après une permission en territoire cubain. La prise d'otages suscite une vive attention de l’ambassade des États-Unis et dans une certaine mesure de l'opinion publique, que Raúl Castro exploite en publiant des photos démontrant que les avions de Batista prennent leur ravitaillement sur la base de Guantánamo. La manœuvre réussit et les États-Unis font cesser les bombardements dans l'attente de la libération des otages, ce que fait la troupe rebelle tout en se laissant le temps de se redéployer et de se réarmer. L'opération devient aussi un succès médiatique grâce aux prisonniers eux-mêmes, qui témoignent auprès de la presse de leurs conditions de détention des plus bienveillantes et de la légitimité de l’insurrection cubaine. Certains iront jusqu'à expliquer qu'ils auraient souhaité rester avec Raúl.
Au sujet des soldats du gouvernement de Batista capturés, Raúl Castro note dans ses carnets de guerre : « On a apporté à manger aux trois et on leur a dit qu’on les remettrait en liberté et que l’on garderait uniquement leurs armes. Ils avaient de l’argent et des montres dont nous avions besoin, mais suivant nos principes, nous n’y avons pas touché ». Dans les territoires sous contrôle de la guérilla, il fonde une structure autonome en établissant des hôpitaux, des écoles et plusieurs usines de fabrication de matériels. En 1958, il est également à l'origine des services de renseignements du M-26.
Ministre des forces armées (1959-2008) Le , après la chute de Batista, Raúl Castro fait abattre à Santiago de Cuba, sans procès, 71 soldats et policiers de l'ancien régime.. La communauté internationale réprouve ces exécutions.
Il devient ministre de la Défense, et dirige les forces armées cubaines, poste qu'il conservera jusqu'en 2008.
La CIA projette son assassinat et recrute pour cela en 1960 le pilote de l'avion qui ramenait Raul Castro de Prague vers La Havane pour « arranger un accident », lui proposant 10 000 dollars. Le projet échoue, le pilote expliquant à son retour n'avoir « pas eu l'occasion d'arranger un accident comme discuté ».
En 1964, Raúl Castro participe à la mise en place des unités militaires d'aide à la production, des camps de travail agricole pour les Cubains considérés « asociaux » par le régime castriste et exemptés de service militaireIsis Wirth, La Ballerine et El Comandante, Bourin éditeur, 2013, pages 88 et suivantesRoberto Ampuero Quand nous étions révolutionnaires. L'historien Pierre Rigoulot indique que Raúl Castro avait découvert en Bulgarie une thérapie permettant de soigner les homosexuels. Ces derniers devaient visionner un film montrant une relation homosexuelle et quand ils étaient excités par le film, ils recevaient une décharge électrique.. Selon l'écrivain chilien Roberto Ampuero, Raúl Castro voulait former des révolutionnaires « avec des couilles ». Dans les faits, selon l'universitaire américain Jafari Sinclaire Allen, « il ne semble pas y avoir eu de tentative d’y traiter l’homosexualité des prisonniers. Les détenus avaient bien quelques rendez-vous avec des “psychologues”, mais il semble que cela ait plus été des formalités administratives qu’une forme de thérapie ».
Il intègre la direction nationale des organisations révolutionnaires et le Parti uni de la révolution socialiste cubaine. Il devient également le second secrétaire du comité central du Parti communiste cubain lors de sa fondation en octobre 1965. Peut-être sous l'influence de sa femme Vilma Espín, militante pour les droits LGBT, il manifeste des désaccords sur la question de la répression de l’homosexualité dans les années 1960 et 1970. En tant que ministre de la Défense, il contrôle les forces militaires cubaines, ce qui alimente les spéculations selon lesquelles il pourrait conduire un coup d'État après la mort de son frère. Raúl Castro est souvent vu comme plus dur et plus sévère que Fidel Castro. Ce dernier le présente comme son dauphin :
En 1994En 1994 se tient à La Havane une manifestation anticastriste, à la suite de laquelle est annulée l'interdiction d'émigrer (Balsero)., il fait preuve de pragmatisme et s'oppose à son frère, en déclarant : , alors que Fidel Castro s'oppose à une libéralisation des marchés agricoles. Raúl précise :
Chef de l'État (2008-2018) et Premier secrétaire du Parti communiste (2008-2021)
Transition du pouvoir Le président Fidel Castro est hospitalisé en raison, d'après le gouvernement cubain, d'une hémorragie gastro-intestinale, que l'on attribue au stress. Plus tard, un message du gouvernement cubain expliquant que son état de santé est stable est diffusé sur la télévision d'État. Le , il délègue ses pouvoirs à son frère Raúl qui assure donc, en tant que vice-président et conformément à la Constitution, la direction conjointe de l'État et du gouvernement. Il occupe également par intérim les fonctions de Premier secrétaire du Parti communiste. Selon certains journalistes de la presse internationale, Raúl Castro n'aurait ni le charisme, ni l'éloquence de Fidel pour assurer une transition de pouvoirLe Point n°1798, mars 2007, p. 48-53.. Il définit alors les trois priorités de la politique des années à venir : l'alimentation, les transports et le logement.
En 2007, il engage un débat national, à l'instar de son frère Fidel plusieurs fois dans le passé, afin de débattre sur les problèmes du pays. Les Cubains se réunissent au sein de groupes de discussions pour évoquer des idées et présenter des doléances . Plus d'un million de personnes auraient participé à ce débat, parmi lesquelles le sociologue Aurelio Alonso, sous-directeur de la revue Casa de las Americas, qui dénonce « un système trop étatisé, trop bureaucratisé, avec un niveau de participation populaire trop limité dans la prise de décisions »Il était une fois la révolution, édité par l'Humanité, 2009. Le chanteur Pablo Milanés, à son tour, plaide pour un rajeunissement du Conseil d'État : « Il faut passer le témoin aux nouvelles générations pour que celles-ci fassent un autre socialisme ».
Toutes les condamnations à mort (une trentaine) sont commuées entre 2008 et 2010, bien que plus aucune n'eût été exécutée depuis 2003.
Élection à la présidence Le , il est élu président du Conseil d'État (chef de l'État) et du Conseil des ministres par l'Assemblée nationale du pouvoir populaire. Peu après, il signe deux accords sur les droits de l'homme des Nations unies, décide d'attribuer les terres inutilisées de l’État pour l'agriculture, de libérer beaucoup de prisonniers et de desserrer les restrictions de voyage des Cubains. Les opérations de changement de sexe pour les personnes reconnues transgenres sont autorisées et totalement gratuites.
Relations internationales En novembre 2008, Raúl Castro reçoit le président russe Dmitri Medvedev, puis, le mois suivant, le vice-amiral Vladimir I. Koraliov, substitut du chef de la flotte du Nord, à la tête d’un détachement de la marine de guerre de Russie en visite à Cuba. Il espère ainsi avoir de meilleures relations avec ce pays. À la suite de trois ouragans successifs qui dévastent les infrastructures et provoquent une chute de la production agricole en 2008, Raúl Castro met en place une « politique d'austérité » pour essayer de sortir de la crise économique et financière. De plus, afin d'apaiser les tensions avec les États-Unis et espérant diminuer l'embargo économique, il décide de rencontrer le président américain nouvellement élu, Barack Obama. Il se rapproche des États-Unis et les deux pays rétablissent leurs relations diplomatiques en 2015.
Le , Raúl Castro entreprend un rapprochement de plus de 3 milliards de dollars avec le Venezuela.
Élection à la tête du parti Le , il est élu premier secrétaire du Parti communiste cubain lors du .
Le , il est reconduit à la tête du pays par l'Assemblée, à la suite des élections législatives du 3 février. Il indique à cette occasion que ce sera son dernier mandat, et qu'un nouveau président devra donc être choisi en 2018 au plus tard"Cuba : "dernier" mandat pour Raul Castro, la transition au menu", Le Monde, 25 février 2013. Son successeur pressenti est alors Miguel Díaz-Canel, élevé au poste de premier vice-président du Conseil "Raúl Castro Says His New 5-Year Term as Cuba’s President Will Be His Last", New York Times, 24 février 2013. Celui-ci lui succède le .
Réformes de Raúl Castro