Charles X, né le au château de Versailles (France) sous le nom de Charles-Philippe de France et mort le à Görtz (Autriche, aujourd'hui Gorizia en Italie), est roi de France et de Navarre du au . Il est le dernier Bourbon de la branche aînée à avoir régné.

Issu de la maison capétienne de Bourbon, il est le septième enfant et cinquième fils du dauphin Louis et de la dauphine, née Marie-Josèphe de Saxe. Il est le dernier petit-fils de et de Marie Leszczynska et succède à ses deux frères et comme roi de France. Il est titré comte d'Artois à sa naissance.

Attaché aux conceptions et valeurs de l'Ancien Régime, chef de file des ultraroyalistes sous , il tente d'incarner la continuité de l'État et de la monarchie après la période révolutionnaire. Lorsqu'il accède au trône en 1824, à la mort de son frère, il a près de 67 ans, ce qui fait de lui le plus vieil héritier de l'histoire de la monarchie française à devenir roi. Sa priorité est de conserver la charte constitutionnelle octroyée par son frère dix ans plus tôt. Il renoue avec la tradition du sacre en 1825.

Très pieux et adhérant aux concepts sociaux du christianisme, il est confronté à plusieurs blocages parlementaires après la démission du président du Conseil Villèle, . Souffrant de sa réputation d'« ultra » et tentant de se passer de l'accord parlementaire avec des ordonnances, il est populaire parmi les paysans et opposants à la Première République, tout en étant moqué et critiqué, en particulier à Paris.

Son règne est pour la France une période de stabilité politique et de prospérité économique, qui, en matière de politique extérieure, voit le retour du royaume de France dans le concert des grandes puissances. Il instaure la loi d'indemnisation des émigrés et lance les expéditions françaises en Grèce (1828) et en Algérie (1830).

En 1830, ses ordonnances de Saint-Cloud, qui restreignent notamment la liberté de la presse et modifient le système électoral, provoquent une révolution à Paris, connue sous le nom des « Trois Glorieuses ». Face à l'insurrection, abdique le en faveur de son petit-fils Henri d'Artois. Mais son cousin Louis-Philippe d'Orléans, nommé entre-temps lieutenant général du royaume à l'initiative des députés libéraux, écarte la succession d'Henri d'Artois. Soutenu par les députés et les pairs, Louis-Philippe accepte la couronne et prend le titre de « roi des Français ».

Avec sa famille, part dans la foulée en exil, où il décède du choléra en 1836, à l'âge de . Il demeure le monarque français ayant vécu le plus longtemps.

Situation personnelle Origines, baptême, éducation gauche|vignette|redresse|Charles-Philippe, comte d'Artois, et sa sœur Clotilde de France, 1763, par Drouais (Musée du Louvre). Petit-fils de , roi de France et de Navarre, Charles-Philippe est le cinquième fils du dauphin Louis et de son épouse, la dauphine Marie-Josèphe de Saxe. Charles est ondoyé le , jour de sa naissance, par l'abbé de Bouillé, doyen des comtes de LyonRegistre des baptêmes (1757) de l'église Notre-Dame de Versailles, Archives départementales des Yvelines..

À sa naissance, il est au cinquième rang dans la succession au trône de France après son père, le dauphin et ses frères, le duc de Bourgogne, le duc de Berry (futur ) et le comte de Provence (futur ). Deux filles le suivront : Marie-Adélaïde-Clotilde, future reine de Sardaigne, et Élisabeth, victime de la terreur révolutionnaire. Son frère Xavier-Marie, duc d'Aquitaine, est mort au berceau en 1754.

gauche|vignette|redresse|Charles-Philippe, comte d'Artois, avec son chien par Katherine Read, 1764 (Collection privée).

Le petit prince est d'abord titré comte d'Artois, en mémoire de Robert de France, comte d'Artois, frère de Saint Louis, mais le choix de ce titre serait également lié aux conséquences de la tentative d'assassinat menée par Damiens contre Selon les souvenirs, en partie extrapolés, de la Marquise de Créquy : à la suite de cette tentative de régicide, les états d'Artois se rassemblent sous la présidence du marquis de Créquy, premier baron de la province, pour exprimer à leur désolation de ce que le criminel soit artésien, et en réparation proposent que la province paye cette année le double de ce qu'elle doit fournir en argent et en hommes pour le service de la couronne. ne veut pas accepter ce sacrifice, et pour témoigner à cette province son absence de toute rancune, fait donner le titre de comte d'Artois à son quatrième petit-fils, né justement cette année-là.. Damiens était né près d’Arras, dans l’Artois. Il fut donc décidé de lui donner le titre de comte d’Artois pour faire savoir aux habitants qu’on ne leur tiendrait pas rigueur de l’incidentS. Bula, L'apanage du comte d'Artois (1773-1790), Paris : École des Chartes, 1993, .. Le comte d'Artois se vit attribuer pour armes de France à la bordure crénelée de gueulesHervé Pinoteau, La Symbolique royale française, , P.S.R. éditions, 2004, .Ces armes furent aussi celles portées par son petit-fils, Henri d'Artois, duc de Bordeaux..

Le petit prince grandit dans une cour en deuil. En effet, l'année 1759 inaugure une décennie de décès pour la maison royale de France. La duchesse de Parme, fille aînée du roi, meurt à Versailles. En , le duc de Bourgogne, âgé de , meurt après une chute. En 1763 vient le tour de leur grand-père le roi de Pologne, également électeur de Saxe, suivi de peu par l'archiduchesse Marie-Isabelle après avoir donné le jour à une fille qui ne survit pas. En 1765, le duc de Parme et le dauphin meurent, suivis en 1766 par leur arrière-grand-père le roi Stanislas, en 1767 par la dauphine et en 1768 par la reine.

L'enfant est baptisé le , le lendemain du baptême du futur et du futur , avec les prénoms Charles Philippe par l'archevêque Charles Antoine de La Roche-Aymon dans la chapelle royale du château de Versailles, en présence de Jean-François Allart, curé de l'église Notre-Dame de Versailles. Sa marraine est sa tante Madame Sophie, et son parrain le roi (ce qui explique le choix de ses prénoms), représenté par Louis Auguste de France, duc de BerryRegistre des baptêmes (1761) de l'église Notre-Dame de Versailles, Archives départementales des Yvelines..

L’éducation de Charles-Philippe est assurée par cinq précepteurs, mais reste quelque peu délaissée du fait de ses maigres chances de régner. On ne lui enseigne pas moins l’histoire, la géographie, l’anglais et l’allemand, langue maternelle de sa mère. Il est confié à la comtesse de Marsan puis au duc de La Vauguyon à l’âge de trois ans. Le duc étant chargé de l'éducation des quatre fils du Dauphin, il les appelle « mes quatre F » : le duc de Bourgogne est « le fin », le duc de Berry « le faible », le comte de Provence « le faux », et le comte d'Artois « le franc ».

Vie privée et familiale vignette|redresse|Marie-Thérèse de Savoie, avec les ducs d'Angoulême et de Berry, ainsi que leur sœur Sophie, par Charles Le Clercq entre 1780 et 1782 (Château de Versailles).

Marie-Thérèse de Savoie

Bien que devant se marier dans un premier temps avec Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé, il doit consolider l'alliance savoyarde et épouse le Marie-Thérèse de Savoie (Palais royal de Turin, - Graz, ), fille de , roi de Sardaigne, et de l'infante Marie-Antoinette d'Espagne.

Avec cette dernière, il a quatre enfants : Louis-Antoine d'Artois (1775-1844), duc d'Angoulême (1775-1824) puis dauphin de France (1824-1844) et comte de Marnes (1830-1844) ; Mademoiselle d'Artois, ondoyée mais n'ayant pas reçu les cérémonies supplétives du baptême, ne fut pas prénommée. Citée parfois par erreur sous le prénom de Sophie ( – ). ; Charles-Ferdinand d'Artois (1778-1820), duc de Berry ; Mademoiselle d'Angoulême, ondoyée mais n'ayant pas reçu les cérémonies supplétives du baptême, ne fut pas prénommée. Citée parfois par erreur sous le prénom de Marie-Thérèse ( au ).

Sa préférence va à son plus jeune fils, Charles-Ferdinand, qui lui ressemble beaucoup, au physique comme au moral. L'aîné, Louis-Antoine, au contraire, est timide, souffre de myopie et de tics. Le comte d'Artois aime néanmoins beaucoup ses enfants et se montre très attristé du décès de sa fille aînée.

Son épouse, de nature timide, resta très effacée et ne devint jamais reine ; en effet, Artois et elle se réfugièrent à Turin lors de l'émigration ; ils furent par la suite souvent séparés. La princesse, dont la santé était très fragile, était tombée malade en quittant Turin. Alors que sa correspondance avec son époux s'était intensifiée depuis la mort de la comtesse de Polastron, elle meurt à son tour à Graz le à .

Louise d'Esparbès de Lussan vignette|redresse|La comtesse de Polastron par Alexandre Kucharski, avant 1789 (Château de Versailles). En 1785 (ou 1786)Henri Pigaillem, Dictionnaire des favorites, Pygmalion, 2010., il s'attache durablement à Louise d'Esparbès de Lussan, vicomtesse de Polastron, liaison qui ne lui donnera aucune descendance.

Le mari de la vicomtesse, Denis Gabriel Adhémar de Polastron, est le demi-frère de la future duchesse de Polignac, gouvernante des enfants de France, amie et confidente de la reine Marie-Antoinette. Également proche de la souveraine, le comte d'Artois se rend comme elle impopulaire par ses dépenses inconsidérées, et le public leur attribue une liaison, à tort sans doute.

Denis de Polastron, le mari de Louise, embrasse la carrière militaire, et combat lors de la guerre d'indépendance américaine, durant laquelle il est nommé colonel dans le régiment de La Fayette ; il meurt à l'âge de en 1821.

Le couple émigre dès 1789 et Louise d'Esparbès de Lussan meurt précocement de la tuberculose en 1804 à l'âge de .

Quand elle meurt, le prince se tourne intensément vers la religion, un trait de caractère qui ne le quittera plus jusqu'à sa propre mort. Elle lui fait promettre en outre de lui rester fidèle ; à la mort de son fils le duc de Berry en 1820, on lui proposa de se remarier afin d'avoir d'autres héritiers à la Couronne éventuels ; le comte d'Artois déclina cette offre avec comme raison que sa maîtresse lui avait demandé de ne plus être qu'à Dieu.

Anne-Barbe Pouyer En 1779, il aurait eu un fils issu d'Anne-Barbe Pouyer, épouse Carpentier, qui est prénommé André Nicolas Thomas. Celui-ci est toutefois baptisé comme le fils légitime d'André Carpentier, époux de sa mère, mentionné absent lors du baptême (chose fréquente pour un père dans le registre paroissiale d'Etoutteville). Des analyses génétiques fortuites auraient conduit, selon un descendant d'Anne-Barbe Pouyer, à la découverte de cette branche agnatique subsistante méconnue du grand public comme des historiens. Aucune preuve sérieuse et scientifique n'est toutefois venue corroborer cette extrapolation fondée sur une simple similarité génétique relevée avec d'autres descendants de Louis XV. On voit du reste mal comment un prince royal aurait pu avoir une relation avec une petite roturière vivant dans cette campagne reculée de la Normandie, ni comment cette ascendance aurait pu par la suite demeurer à ce point secrète.

Années de jeunesse gauche|vignette|redresse|Le comte d'Artois en 1771 par Louis-Michel van Loo (Château de Versailles).