Cet article présente les différents facteurs pouvant entraîner la prise de risque sexuel et amener une personne à être contaminée par le virus du sida (syndrome de l'immunodéficience acquise). Différentes dimensions sont présentées, afin de mieux comprendre la complexité de ce phénomène.

Définition

Le risque est donc une mesure/évaluation de la probabilité d'un danger en fonction des connaissances que la personne a de la situation. La prise de risque, elle, est le comportement faisant suite à cette évaluation de la situation.

Rechercher les risques les plus souvent rencontrés à travers les études statistiques et épidémiologiques permet de mieux cibler la prévention et réduire les prises de risque. Cela est valable pour les maladies, les accidents, la finance, et une riche littérature abonde sur le risque et la prise de risqueMMWR Surveill Summ. 2010 Jun 4;59(5):1-142. Youth risk behavior surveillance - United States, 2009. Eaton DK, Kann L, Kinchen S, Shanklin S, Ross J, Hawkins J, Harris WA, Lowry R, McManus T, Chyen D, Lim C, Whittle L, Brener ND, Wechsler H; Centers for Disease Control and Prevention (CDC).

Facteurs cognitifs Les facteurs cognitifs sont les raisons "intellectuelles" invoquées par les personnes ayant des prises de risque Sida :

Manque d'informations et de connaissances Les individus sont mal informés, ils ne connaissent pas réellement les modes de contamination, considèrent que le Sida ne concerne que les toxicomanes ou les homosexuels, , (ou l'inverse), etc. Le manque d'information envers la population générale et les populations les plus à risque (prévention spécifique pour les homosexuels, les toxicomanes, les prisonniers et les populations sub-sahariennes) est actuellement le facteur le plus souligné par les organismes et les associations de lutte contre le Sida, ces organismes estimant qu'une personne mal informée est une personne potentiellement en danger (elle n'a pas les éléments suffisants pour mesurer ses actes et prendre conscience du danger).

Mauvaise estimation ou ignorance Cela consiste à supposer ou estimer que l'autre n'a pas le sida, ou de ne pas s’en préoccuper car l’autre n’a rien demandé non plus. Il est très fréquent qu'une personne relate des rapports sexuels non protégés au motif que "l'autre a une bonne tête", "l'autre n'avait pas une tête de séropositif", "je le connais bien, ce n'est pas son style", « il ne m’a rien demandé donc c’est qu’il est sûr de ne rien avoir », etc. La croyance que l'on a bien évalué l'autre, que l'on sait plus ou moins s'il se met en danger de son côté n'enlève pas pour autant la possibilité d'une contamination. Les organismes de lutte contre le sida montrent en effet que ce fonctionnement par croyance et par évaluation subjective de ce type, provoque des contaminations. Estimer le statut sérologique d'une personne "à sa tête" ou selon le degré de confiance en la personne ne remplace pas la connaissance réelle de son statut sérologique (demander ou voir ses analyses de sang) ou l'utilisation systématique du préservatif. Le problème est similaire dans le sérotriage : exemple issus de Sida Info Service : « Moi je suis séropo. J'ai eu des rapports non-protégés avec un mec que j'ai rencontré il y a une semaine sur un lieu de drague. On a eu quatre rapports sur plusieurs jours. Hier il m'a posé la question. J'ai répondu que oui, je suis séropo. En fait, je pensais qu'il l'était aussi, vu qu'il ne me proposait pas de préservatif. Et lui, il pensait que j'étais négatif. » Perspect Sex Reprod Health. 2010 Mar;42(1):49-55. Lack of awareness of partner STD risk among heterosexual couples. Witte SS, El-Bassel N, Gilbert L, Wu E, Chang M.http://www.sida-info-service.org/sites/sida/IMG/pdf/SIS_2009_Appels_HSH.pdfPIALOUX G., LERT F. Mission RDRs. Prévention et réduction des risques dans les groupes à haut risque vis-à-vis du VIH et des IST. Novembre 2009

Dédramatisation Certains individus estiment que le sida n'est pas facilement contractable. Premier exemple : "je n'ai que 3 ou 4 rapports sexuels non protégés par an, ce n'est pas comme si c'était toutes les semaines. À mon avis, ceux qui ont le sida ont dû le faire bien plus souvent que moi". C'est un fait connu dans la recherche sur le Sida qu'une contamination est dépendante du statut sérologique du partenaire sexuel et que cela est complètement aléatoire. Autres exemples : croire que la circoncision ou être actif permettent d’éviter tout risque d’être contaminé.

Même si le rapport Hirschel de 2008 a confirmé qu'un séropositif sous traitement indétectable avait un risque faible de contaminer un séronégatif (le TASP treatment as prevention dans le cadre d'une relation stable) l'utilisation de préservatifs reste fortement conseillée.

Depuis l'arrivée des trithérapies en 1998, certains observateurs se sont demandé si les traitements n'avaient pas engendré l'idée (fausse) que « les traitements marchent bien, on meurt de moins en moins ou plus du tout, donc contracter le virus du Sida n'est plus aussi grave qu'avant ». Cette croyance a fait passer le Sida de maladie mortelle à maladie chronique. Selon les statistiques de l'INVS/INPES, le nombre de décès par an reste élevé malgré la trithérapie, les médicaments ont des effets secondaires importants (et ne marchent pas chez tout le monde AIDS. 2009 Oct 23;23(16):2143-9. HIV-infected persons continue to lose kidney function despite successful antiretroviral therapy. Choi AI, Shlipak MG, Hunt PW, Martin JN, Deeks SG.), et le sida a des conséquences sociales non négligeables (solitude affective, difficultés à trouver ou garder son emploi, tabou et silence par peur de la réaction des gens à l'annonce du statut sérologique, ...) très largement négligées par ces personnes considérant les trithérapies comme ayant écarté tout problème. Les organismes de lutte contre le Sida soulignent aussi le fait que les rapports non protégés provoquent la transmission d'autres maladies comme les Hépatites, Clamydia, condylomes, syphilis, papillomavirus, étant aussi de forte dangerosité, et complètement oubliées par ces personnes.

Raisons organiques ou de plaisir De nombreuses personnes évoquent le souci d'allergies ou douleurs provoquées par les préservatifs, ce qui rend l'acte sexuel contraignant, et à terme une mauvaise observance du port du préservatif. D'autres personnes parlent de liberté et de plaisir malgré le risque de contamination, pratique volontaire du sexe sans préservatif appelée barebacking.

Facteurs sociaux Ces multiples facteurs peuvent faire qu'une personne ne peut pas ou ne veut pas mettre de préservatif afin d’être en accord avec son milieu d’appartenance, ou est poussée à ne pas en mettre. Exemples : domination de l'homme sur la femme dans certaines cultures, polygamie, être d’un milieu riche ou pauvre Afr J Reprod Health. 2010 Mar;14(1):55-69. Factors that influence attitudes and sexual behavior among constituency youth workers in Oshana Region, Namibia. Lawoyin OO, Kanthula RM Adolesc Med State Art Rev. 2009 Dec;20(3):1005-25, xii. A global perspective of adolescent sexual and reproductive health: context matters. Secor-Turner M, Kugler K, Bearinger LH, Sieving R Psychol Addict Behav. 2010 Jun;24(2):311-21. Application of the social action theory to understand factors associated with risky sexual behavior among individuals in residential substance abuse treatment. Reynolds EK, Magidson JF, Bornovalova MA, Gwadz M, Ewart CK, Daughters SB, Lejuez CW. Int J STD AIDS. 2010 May;21(5):359-61. What is driving the HIV epidemic in French Guiana? Nacher M, Vantilcke V, Parriault MC, Van Melle A, Hanf M, Labadie G, Romeo M, Adriouch L, Carles G, Couppié P. Cult Health Sex. 2010 Jun;12(5):515-27. Contextual factors influencing HIV risk behaviour in Central Asia. Smolak A. J Adolesc Health. 2002 Oct;31(4):343-53. Predicting adolescent profiles of risk: looking beyond demographics. Zweig JM, Phillips SD, Lindberg LD..

Certaines configurations peuvent faire qu'un individu n'est pas du tout au courant de ce qu'est le virus du sida, ou le sait mais n'a aucun moyen matériel de trouver l'information. De même, il se peut aussi que ce même individu connaisse la maladie mais qu'une contrainte l'empêche d'accéder au dépistage ou aux préservatifs. Exemples : vivre dans une région sans centre médical, peur d'être appréhendé par la police quand on est prostitué(e) ou consommateurs de drogues Care. 2010 Jul 16:1-9. "We fear the police, and the police fear us": structural and individual barriers and facilitators to HIV medication adherence among injection drug users in Kiev, Ukraine. Mimiaga MJ, Safren SA, Dvoryak S, Reisner SL, Needle R, Woody G.

Facteurs émotionnels Ces facteurs concernent les ressentis émotionnels invoqués par les individus ayant des prises de risque Sida.

Anxiété L'anxiété est décrite chez les individus timides ou souffrant de phobie sociale, avec une tendance à l'alcoolisme pour faciliter leurs rapports sexuels, ce qui entraîne une perte de conscience des risquesDr Christophe André, Patrick Légeron (1995). La peur des autres, Dr. Frédéric Fanget (2002). Affirmez-vous !, (Ed. Odile Jacob).Pr Jean Tignol (2006). La phobie sociale, .

Recherche de stimulation Certains individus décrivent le besoin de ressentir des sensations fortes, souvent couplé avec des prises de drogues ou d'alcool et de recherche de partenaires multiples. Ce facteur fait objet de très nombreuses recherches, principalement en sociologie, psychologie et psychiatrie, notamment dans le repérage des profils dits , des tempéraments ou personnalités sous-jacents à ces prises de risque, qu'elles soient sexuelles, drogues ou sports à risque. Il ressort de ces études : une intolérance à l'ennui et une recherche de sensations fortes retrouvées chez les consommateurs de drogues, ceux qui pratiquent des sports à risque et les personnes ayant une prise de risque sexuelle ; la prise d'alcool ou de drogues entraîne une désinhibition face au danger et empêche de le raisonner.

Certains individus disent avoir très bien compris la prévention, les modes de contamination, la gravité des rapports sexuels non protégés et continuent néanmoins à avoir des rapports sexuels à risque, comme une contrainte, malgré elle. La recherche s'oriente vers les profils de personnalité ou pathologies psychiatriques.

Désespoir Aucun article actuel n'existe sur ce point dans la littérature scientifique spécifique sur le Sida, mais de très nombreuses références sont trouvées en psychiatrie dans le trouble bipolaire, et la cyclothymie, et ce principalement dans l'état mixte (état de tension interne avec irritabilité, impulsivité, couplé à des ressentis dépressifs) provoquant des automutilations, des tentatives de suicide et des rapports sexuels non protégés. Il est décrit de même en psychiatrie que les épisodes dépressifs ou troubles bipolaires peuvent provoquer une non-utilisation du préservatif en raison du désespoir et de l'impression que peuvent avoir certains individus J Affect Disord. 2009 May;115(1-2):11-7. Hopelessness across phases of bipolar I or II disorder: a prospective study. Valtonen HM, Suominen K, Haukka J, Mantere O, Arvilommi P, Leppämäki S, Isometsä ET..

Risque émotionnel La littérature scientifique approfondit cette notion de prise de risque, qu’elle soit volontaire ou par contrainte, à travers la recherche de tempéraments et profils psychologiques, ou dans la recherche d'élément psychiatriques, et semble faire ressortir des données importantes entre pathologies psychiatriques et prise de risque sexuelle.

Recherche d'excitation